Aux Lyonnais, l'un des souscripteurs pour la construction du monument religieux élevé aux Broteaux, à la mémoire des défenseurs et des habitants de Lyon mis à mort après le siège de cette ville . (Signé : B.)

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Impr. de J. Buynand née Bruyset (Lyon). 1821. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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AUX LYONNAIS.
L'UN DES SOUSCRIPTEURS POUR
LA CONSTRUCTION DU MONUMENT
RELIGIEUX ÉLEVÉ AUX BROTEAUX ,
A LA MÉMOIRE DES DÉFENSEURS ET
DES HABITANS DE LYON MIS A MORT
APRÈS LE SIÈGE DE CETTE VILLE.
LYON,
J. BUYNAND NÉE BRUYSET, IMPRIMEUR DU ROI,
1821.
AUX LYONNAIS.
L'UN DES SOUSCRIPTEURS POUR LA CONSTRUCTION
DU MONUMENT RELIGIEUX ÉLEVÉ AUX BROTEAUX
A LA MÉMOIRE DES DÉFENSEURS ET DES HABITANS
DE LYON MIS A MORT APRÈS LE SIÈGE DE CETTE
VILLE.
L'Époque du siége de Lyon n'est point assez
éloignée , pour qu'il n'y ait pas un grand
nombre de témoins des événemens qui l'ont
précédé et suivi. Loin de vous et de tous
les Français la pensée , l'intention d'exercer
des vengeances , le sentiment de la haine ,
l'affreux système des représailles et des pros-
criptions.... Mais les malheurs passés , mais
ceux que l'on peut craindre d'éprouver en-
core , exigent une utile et sage prévoyance
pour les écarter de nous et pour en préserver
les générations futures.
Si le pacte constitutionel, si les institutions
régénératrices des vertus et des moeurs et le
retour aux opinions saines et vraies , garan-
tissent le repos et la prospérité de la France ;
il n'est pas moins important, il n'est pas
(4)
moins nécessaire autant qu'il est juste, d'ériger
des monumens pour perpétuer le souvenir des
grandes actions, des services essentiels rendus
au prince et à l'état : leur existence , leur
seule présence flétrissent déjà les ennemis de
l'un et de l'autre.
En immortalisant les défenseurs de la pa-
trie , leur fidélité , leur persévérance, leurs
combats , leurs victoires ; les monumens im-
mortalisent aussi les coupables, leurs crimes,
leur résistance, leur défaite et leur opprobre.
En attirant, en frappant sans cesse tous les
regards, ils révèlent , ils publient la cause
des maux que l'on a soufferts ; semblables aux
fanaux placés auprès des écueils, ils signalent
le péril, ils préviennent, ils empêchent les
naufrages.
Qu'on ne craigne pas que les monumens
se multiplient au point de couvrir un jour
la terre et de la charger d'un poids inutile;
ces témoignages de la reconnaissance et de
la vénération des peuples , ne seront jamais
assez enviés pour devenir excessivement nom-
breux ; il n'y aura , comme il n'y a jamais
eu , que trop peu d'hommes ardemment
(5)
passionnés pour la véritable, pour la solide
gloire ; ne respirant que pour contribuer à
la splendeur , à la félicité de leur pays ; tou-
jours prêts à sacrifier les années qui composent
la vie la plus longue, avec les plaisirs et les
jouissances qu'ils croiraient pouvoir la rendre
heureuse , pour vivre pendant des siècles
dans la mémoire de leurs concitoyens et
peut-être dans celle, des habitans de tous les
pays , selon l'importance et la grandeur de
leurs services, l'éclat et l'influence de leurs
vertus , et les fruits que les générations au-
raient pu recueillir de leurs veilles et de leurs
travaux.
Que l'on en doute pas ; l'intérêt général
et particulier , l'amour propre des contem-
porains , Forgueil national , défendront par-
tout de prodiguer les monumens avec une
indifférence, avec une légèreté qu'il est
impossible de supposer. Mais on peut dire :
que sont les monumens, pour conserver la
mémoire de ceux qui les ont mérités? quelle
vie leur rendront-ils après celle qu'ils ont
perdue ? et comment être assuré que l'exis-
tence qu'ils semblent promettre après qu'on a
(6)
cessé de vivre, sera continuée jusqu'au dernier
âge du monde ? Les cendres des hommes les
plus illustres , les plus célèbres , les plus
chers à leur patrie et même à l'humanité ,
ont été le jouet des vents qui les ont confondues
et dispersées avec la poussière des mausolées
qui les renfermaient. Les monumens qu'on
érige à la valeur , au génie , aux plus émi-
nentes vertus , ne sont donc point assez pour
l'homme ; il est pour lui , pour lui seul une
autre immortalité , indépendante de toutes
les révolutions et du pouvoir de la nature et
du temps : c'est l'immortalité dont le sentiment
l'éclairé et le fortifie, dont le sentiment ajoute
aux facultés qu'il a reçues de son auteur , et
lui fait entreprendre et accomplir ce qui
paraît extraordinaire , ce que l'on croit im-
possible.
Cependant tel est le naturel de l'homme :
la certitude , l'évidence de l'instabilité, de la
fragilité de tout ce qui est soumis à des lois
immuables et irrésistibles , les obstacles qu'il
lui faut vaincre pour que le souvenir de ce
qu'il a été , de ce qu'il a fait parvienne au
plus long avenir possible , ne l'ont point em-
( 7)
pêché , ne l'empêcheront jamais de vouloir
survivre à lui-même, en laissant un nom cher
et respecté à ses concitoyens et à leurs descen-
dans. Cette ambition, nécessaire au bonheur
de celui qu'elle anime , et plus encore au
bonheur des nations , ne peut se soutenir
qu'avec l'espoir ou plutôt l'assurance d'un
prix digne des travaux auxquels elle l'excite
à se dévouer , ou des périls qu'elle lui fait
braver.
LYONNAIS ! les monumens que la religion
et la patrie consacrent à ceux qui les servent et
qui les défendent, ont été et seront toujours
les seuls qui offrent l'immortalité qu'il est au
pouvoir des hommes de promettre et de
donner. Ce que ces monumens attestent, est
revêtu des signes, des caractères qui en garan-
tissent la vérité : les traditions cessent d'être
crues , parce qu'elles s'obscurcissent et de-
viennent infidèles ; les fastes, les annales d'un
peuple peuvent s'altérer ou se perdre ; l'his-
toire nationale , supposée la plus exacte, la
plus impartiale , n'a pas toujours pu être .
dictée par la vérité ; et quand même elle l'au-
rait été , il n'est pas, il ne sera jamais possible
(8)
à tous ceux qui ont le besoin ou le désir de
s'instruire, de la connaître et de la consulter :
tandis que les monumens élevés par la piété
et la reconnaissance publiques, transmettent
fidèlement à la postérité les dépôts qui leur
ont été confiés ; ils parlent aux sens ; quelque
soit la différence des idiomes, ils sont entendus
de tous ceux qui les voient ; ils ne s'érigent,
ils ne subsistent, ils ne se rétablissent qu'avec
le consentement des nations , maintenu et
confirmé d'âge en âge. Ce qu'ils expriment
avec plus d'éloquence que les orateurs habiles
et les meilleurs écrivains , est l'appel aux ci-
toyens de tous les rangs, de toutes les condi-
tions, pour se réunir et marcher à la défense
de leur pays , aussitôt qu'il est menacé ; ce
que proclament du fond de leurs tombeaux
ceux dont les monumens religieux perpétuent
le souvenir et la gloire , est une invitation
solennelle , expresse de secourir la patrie,
de combattre tous ses ennemis , tous ceux
qui oseraient attaquer le pouvoir légitime
ou qui tenteraient de le renverser.
LYONNAIS ! vos défenseurs ont prouvé que
c'est en se dévouant pour acquitter ces devoirs
(9)
essentiels et sacrés , qu'on imprime profon-
dément son existence sur la terre; c'est en
les remplissant comme eux , que l'on est sûr
de vivre après le trépas dans les monumens
qui rappelleront ce que l'on aura fait pour
la prospérité et le salut de son pays ; c'est
ainsi que l'immortalité est assurée , autant
qu'elle peut l'être, aux émules, aux succes-
seurs de ceux qui l'ont déjà reçue de la patrie
reconnaissante , de la patrie, qu'ils ont servie
et honorée.
Qu'on se garde de penser que la plupart des
hommes sont insensibles à la gloire; croyons
plutôt, croyons que celui qui feint de la dé-
daigner , avoue seulement qu'il se sent inca-
pable de l'atteindre. Les anciens peuples ont
dressé des autels à leurs fondateurs, aux sages
qui leur ont donné des lois, aux conquérans qui
ont étendu leurs limites, aux inventeurs des
sciences et des arts : et pourquoi les peuples
modernes priveraient - ils leurs défenseurs ,
ceux qui les éclairent, ceux qui les enri-
chissent , des honneurs , des distinctions qui
leur sont dus , et que la religion et les lois
permettent de leur accorder? Qui pourrait
( 10 )
douter que c'est en honorant les grands
hommes, qu'on augmente leur nombre? l'en-
thousiasme s'alume, le courage s'enflamme;
on s'élève au-dessus de soi-même et de l'hu-
manité , à l'aspect des lauriers qui ceignirent
le front des héros et qui ombragent leurs
mausolées dans les monumens religieux
Il semble que l'éclat de la Divinité réfléchit
sur l'image de celui qu'elle a inspiré ou dont
elle a dirigé le bras Les voeux qu'on lui
adresse se mêlent aux expressions de la re-
connaissance et de l'admiration, méritées par
les bienfaiteurs , par les libérateurs de la pa-
trie. Pénétré de ce sentiment, le panégyriste
du maréchal de Saxe a représenté deux sol-
dats français qui avaient servi sous ses ordres,
se prosternant dans le temple où sa cendre
repose, touchant avec leurs épées les marbres
qui la couvrent, et croyant que leurs armes
ainsi trempées les rendraient invincibles.
Que ne peuvent concevoir, que ne peuvent
exécuter de généreux et de grand, ceux qui
roulant mériter l'estime et les éloges de leurs
contemporains, aiment encore , aiment sur-
tout a se voir , à se contempler dans l'avenir?
qui, franchissant l'intervalle qui les sépare
de ce qui sera à l'époque la plus éloignée de
celle où ils auront cessé d'être , lisent aux
pieds de leurs statues, sur le frontispice des
monumens qu'on leur aura élevés , les ins-
criptions où leurs noms sont placés ? qui
entendent les souhaits que l'on formera pour
qu'il naisse beaucoup d'hommes qui leur
ressemblent ? qui assistent aux fêtes instituées
pour célébrer leurs vertus et leurs exploits,
et où ils sont proposés pour modèles ? En
jouissant de la gloire qu'ils ont acquise , en
s'efforçant de l'accroître pendant qu'ils vivent,
ils se plaisent à la suivre à travers les siècles;
ils se font les témoins des honneurs, des
hommages qu'ils recevront de la postérité ;
et cette utile , cette heureuse illusion leur
persuade que leur souvenir et celui de leurs
actions ne seront jamais effacés par le temps
et l'oubli qu'il entraîne après lui.... L'espoir
de l'immortalité, le désir de l'obtenir, enfan-
teront toujours les plus étonnans prodiges ;
ils animeront dans tous les temps ceux qui ne
redoutent que le silence de la renommée et
de ne laisser aucune trace honorable de leur
existence.
(12)
Une expérience constante a prouvé que là
leçon du malheur est presque aussitôt perdue
qu'il a cessé. La vertu est confiante , magna-
nime , généreuse ; mais souvent trop crédule ,
elle oublie l'injure et le mal, et ne se rappelle
que les bienfaits. Le crime ne perd que le
souvenir de l'indulgence et de l'impunité ;
il ne garde que l'intention , que la volonté
de nuire ; il médite, il prépare dans l'ombre
de nouveaux forfaits ; et lorsque, trompé par
une perfide et funeste sécurité, l'on croit
avoir étouffé à jamais les feux dont la patrie
a été récemment embrasée , ces feux se
ralument tout-à-coup avec plus de rapidité
et de violence, et ne s'éteindront peut-être
qu'après l'avoir entièrement dévorée.
Pour prévenir des malheurs qu'il est possible
d'empêcher, pour opposer une barrière in-
surmontable aux entreprises , aux succès, au
triomphe du crime , il faut présenter sans
cesse à tous les citoyens ce qui peut, ce qui
doit toujours les occuper , les intéresser, les
émouvoir ; il faut les attacher par des liens
indissolubles au souvarain et. à leur pays ; il
faut que l'immortalité dont l'homme peut

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