//img.uscri.be/pth/c307f91a2574132959179cf3019e5d24a77ba83a
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Bendengue le sage

De
96 pages
Saisi par une incontrôlable curosité, Ekani, le jeune Bendengue, va acquérir les sept vertus sapientiales de son peuple sous l'initiation de son grand-père, pour devenir un sage de Yobo. Malgré les déchirures que la mort cause dans le tissu social, le sage Bendengue relève son rôle de régulateur de vie et s'exprime aussi sur la sorcellerie. L'auteur met ici en avant la relation entre les jeunes et leurs grands-parents, providentielle courroie de transmission de la sagesse ancestrale.
Voir plus Voir moins

ag
Luc Ga étan Félix Bengono KonoBenene le se
Saisi par une incontrôlable curiosité, le jeune Bendengue va
acquérir les sept grandes vertus sapientiales de son peuple sous l’initia- Benene e setion de son grand-père, pour devenir un sage de Yobo. Yobo est
un lieu réel dans la localité d’origine de l’auteur. Il est également
dérivé de « Yob » , qui signife le ciel. La sagesse proposée ici est
donc fll e d’une sagesse des peuples de la forêt au contact d’une Nouvelle
sagesse chrétienne révélée.
Malgré les déchirures que la mort cause dans le tissu social, le
sage Bendengue relève son rôle de régulateur de la vie. Au lieu de
craindre la mort, il vaut mieux se préparer à la rencontrer. Bien
vivre pour bien mourir. À travers son récit sur le « château des
margouillats », le sage invite à examiner l’utilité et la fnalité d’une
œuvre avant d’entreprendre sa réalisation.
Le sage s’exprime aussi sur la sorcellerie. Si le sorcier ne choisit
pas sa nature, s’il est mû dans ses actes par une incontrôlable force
extérieure comme il le semble souvent, le sorcier peut être
considéré lui-même comme une victime.
À travers Ekani, le petit-fls du sage Bendengue, l’auteur pro -
pose le recensement, la conservation, et la transmission de nos
cultures , à travers des centres culturels de base à l’aide d’outils et
méthodes modernes. Il met également en exergue la relation entre
les jeunes et leurs grands-parents, providentielle courroie de
transmission de la sagesse ancestrale.
Luc Gaétan Félix Bengono Kono est né le 18 octobre 1975 à Yaoundé.
Originaire de Nkolmeyang, dans l’arrondissement de Nkolafamba, région du
Centre-Cameroun, il fait ses études primaires, secondaires, et universitaires
à Yaoundé. Diplômé de l’École nationale supérieure des postes et
télécommunications, il est actuellement contrôleur principal des postes et
télécommunications en détachement à la Cameroon Telecommunications (CAMTEL)
depuis le 30 novembre 1999.
Photographie de couverture © Cliff : sculpture funéraire,
epeuple Sakalava ou Bara, Madagascar, xx siècle.
12 €
ISBN : 978-2-343-05312-7
H-CAMEROUN_PF_BENGONO_BENDENGUE-LE-SAGE.indd 1 22/12/14 17:09uglglududdg
Benene e se Luc Ga étan Félix Bengono Kono
ag
ag






Bendengue le sage



Luc Gaétan Félix Bengono Kono



Bendengue le sage
Nouvelle























































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05312-7
EAN : 9782343053127
Par un soir d’un débat sapiential, les sages de
YOBO n’arrivaient pas toujours à s’entendre au sujet
de « la curiosité ». Les uns soutenaient que la curiosité
est la mère de toutes les sciences, donc un chemin
indispensable pour acquérir la sagesse. Pour d’autres, c’est
plutôt un vilain défaut, contraire à la bienséance qui
voudrait que chacun s’occupe de ses affaires.
Les sages de YOBO avaient un cercle de réflexion au
sein duquel ils échangeaient régulièrement sur des thèmes
variés pour consolider leur sagesse et résoudre les
questions de la société pour améliorer le bien-être des
populations de leur village. Depuis plusieurs mois, ils
n’arrivaient pas à se départager au sujet de «la curiosité».
Petit village tranquille au cœur de la grande forêt, le
village YOBO était habité par un peuple connu comme
étant un peuple de seigneurs, peuple d’hommes et de
femmes ayant une sagesse et une noblesse sublimes.
À YOBO, il n’y avait ni chef ni roi, mais la société était
régie par des règles séculaires transmises de génération en
génération, basées sur l’égalité des hommes et le respect
du droit d’aînesse.
À YOBO, les hommes étaient toujours à la recherche
de la sagesse. Car la sagesse était le véritable instrument
d’autorité, de respect et de dignité.
Pour être un authentique fils de YOBO, il fallait avoir
la sagesse et la sagesse se transmettait de père en fils à
travers des récits, des proverbes, des légendes et des
5exemples. Seuls les plus futés étaient admis dans le cercle
des sages dans lequel le vieux MBARGA, le grand-père
du petit BENDENGUE trônait en maître.
La curiosité, mère des sciences pour les uns et vilain
défaut pour les autres, avait pris possession du petit
BENDENGUE.
Le petit BENDENGUE voulait tout savoir, il posait
toujours des questions et passait son temps à chercher le
pourquoi des choses. Pendant que les enfants de son âge
s’amusaient aux jeux d’adresse, BENDENGUE était à la
quête de la sagesse, poussé par une audacieuse curiosité.
Le petit BENDENGUE était autant aimé que redouté
par les sages du village YOBO. Ils étaient flattés par son
amour de la sagesse, mais le trouvaient aussi bien
embarrassant que gênant par le volume des questions qu’il
posait.
C’est ainsi que de plus en plus, les sages
l’éconduisaient poliment pour ne pas être importunés par
ses questions. Seul son grand-père le vieux MBARGA le
supportait encore et BENDENGUE passait alors tout son
temps auprès de lui.
Un jour, BENDENGUE et son grand-père eurent cette
étrange conversation :
BENDENGUE : Que faut-il faire Pa MBARGA pour
vivre longtemps et atteindre ton âge sinon le dépasser ?
MBARGA : La vie est un don de Dieu et Dieu seul
détient la clé de la longévité. Mais à la lumière de mon
expérience et à l’épreuve des faits, je pense qu’il existe un
6lien entre la sagesse et la longévité. Il me semble que plus
on est sage, plus on a des chances de vivre longtemps.
BENDENGUE: Qu’est-ce que c’est que la sagesse,
grand-père ?
MBARGA : C’est un ensemble de secrets et de valeurs
qui permettent à l’homme de se conduire sûrement afin de
trouver des solutions à ses problèmes et d’assurer son
bien-être. Bref, de pouvoir tirer son épingle du jeu.
BENDENGUE : Que faut-il donc faire et que doit-on
savoir pour être sage ?
MBARGA : Il faut apprendre à voir la vie sous un autre
regard et acquérir certaines vertus qui conduisent à la
sagesse.
BENDENGUE: Mais comment cela est-il possible
grand-père ?
MBARGA: Mon garçon, tu poses tellement de
questions! Je suis fatigué aujourd’hui, mais un temps
viendra où je te ferai faire une série de rêves qu’il faudra
bien interpréter pour connaître les vertus qu’il faut
acquérir pour être considéré comme un sage de notre
village.
BENDENGUE: Pa MBARGA, j’attends ce moment
avec impatience !
Après cette étrange conversation, le petit
BENDENGUE ne cessa pas d’importuner son grand-père.
Entre autres questions, il voulait savoir quand est-ce que
7son grand-père se décidera de l’initier à la sagesse et
comment il pourra provoquer les rêves dont il parle.
Le vieux MBARGA comprit que la seule façon de
trouver la paix était de satisfaire la curiosité de son
petitfils. Il l’invita alors dans sa chaumière un soir au coucher
du soleil. Il fit une décoction avec un mélange de feuilles
et d’écorces dont il connaissait seul la recette et
confectionna une sorte de collyre avec une feuille torsadée
sous forme conique dans laquelle il avait versé son étrange
mélange. Il pressa le collyre pour laisser tomber quelques
gouttes dans les yeux du jeune BENDENGUE. Ensuite, il
lui demanda de se coucher et de ne pas résister au
sommeil.
Le petit BENDENGUE rompit avec son courage et sa
curiosité habituelle. Il trouva le manège si étrange qu’il se
mit à supplier son grand-père de le laisser partir. En effet,
il venait de comprendre que son grand-père l’invitait à un
voyage mystérieux et même peut-être initiatique.
Saisi de peur, BENDENGUE se mit à greloter et jura
de ne plus jamais poser de question. Son grand-père se
pencha vers lui comme pour le rassurer, il lui dit qu’il ne
risquait rien et que tout allait bien se passer.
BENDENGUE demanda à son grand-père s’il n’était
pas en train de faire de lui un adepte des sciences
ésotériques ; bref, un pratiquant des exercices proches de
la sorcellerie.
Son grand-père le rassura qu’il s’agissait juste d’une
expérience pour lui permettre de satisfaire sa curiosité, et
qu’il allait vivre des moments exceptionnels dans le seul
8