Beyrouth pantomime

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Une journée Beyrouth. Au lendemain de l'assassinat d'un chef politique, une manifestation gante occupe mes esprits. En marge de la foule, spectateur indifférent, un jeune homme sans nom, cigarette au bec et bières la chaîne, brillant par sa volonté de ne rien entreprende, parcourt la ville avec ennui, suit une ancienne maîtresse, assiste une bagarre, écoute le récité des histoires qui se font et se défont. Une narration forte qui passe par une grande concision et une sobriété certaine.
Publié le : vendredi 1 février 2008
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EAN13 : 9782296179011
Nombre de pages : 153
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BEYROUTH PANTOMIME
Daniel Cohen éditeur
Littératures, une collection dirigée parDanielCohen
Littératuresest unecollection ouverte,tout entière, àl’écrire,quelle qu’en soit laforme:roman,cit,nouvelles, autofiction,journal ;dé-marche éditorialeaussi vieille que l’édition elle-même.Mais si prescrip-teursde goût ici, concepteursde laforme romanesque là, comptables deces prescriptions etdecesconceptionsailleurs, assèchent le vivier des talents,l’approchedeLittératures, chezOrizons,est simple — il eût été vainde l’indiquer endautres temps —:publierdesauteurs que leur force personnelle,leurattachementaux formes multiples,voire multi-culairesdu littéraire, a conduitsaudésirde faire partager leur expé-rience intérieure.Du textedépouilléàl’écrit porté par le soufflede l’aventure mentale et physique,nous vénérons,entre tous lescritères d’où s’exsude l’œuvre littéraire,le style. Flaubert écrivant:p« j’estime ar-dessus toutdabordle style, et ensuite le vrai »,il savaitavoir raisoncontre tous lesdépérissements. Nous en faisons notrecredo.D.C.
Dans lamêmecollection: Toufic El-Khoury,Beyrouth Pantomime,2008 Bertrand duChambon,Loin de V"r"nas#,2008 JacquelineDeClercq,Le Dit d’Ariane,2008 Gérard Laplace,La Pierre à boire,2008 HenriHeinemann,L’Éternité pliée, Journal,édition intégrale endix volumes,2007,2008 etau-delà
Àparaître: OdetteDavid,Le Maître Mot,2008 Gérard Gantet,Les Hauts Cris,2008
ISBN978-2-296-03818-9 © Orizons, chezLHarmattan, Paris,2008
Toufic El-Khoury
BeyrouthPantomime
roman
2008
Chapitre I
Beyrouth
l sortitdelasalle de cours, et latrouva. I Jeveux tevoir,toutdesuite. Le couloirdela faculté grouillaitdevisagesanony-mes ou vaguementfamiliers, etdubruissementdevoixau sortirdu silence.Elleleregardasurprise,morant par un regardl’empressementdesonami. Jenepeux pascesoir, dit-elle. Essaiequandmême. Ellesemblahésiter,puisfit ouidelatête, et ungeste delamain. Cesoir, après la fête,j’essaierai. Jet’attends. Lavoixavait unfond dautoritéqui l’irrita.Elle chercha àle déconcerter,rien qu’un peu. Jevais voir.Jenesais pas. Il laregarda encore,sombrement,puis s’éloigna.Il préférait quandleursdiscussions netraînaient pas.Libre pour lereste delasoirée,ilallal’attendre dans son studio.
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TOUFICEL-KHOURY
Elle arrivavers minuit.Ilavaitcommenun roman,La femme gauchèrede Handke,qu’il lisaitavecimpatience. Étendu sur son litétroit,ilentendit laportes’ouvrir,mais ne bougeapas, attendant qu’elle apparût.Elletraîna dans le petit vestibule,où une armoirelaissait peudeplacelibre, et ilcrutcomprendre,par lesilencequi suivit lesfroissements delaveste,que ces instants-là deplusétaientdusàune hésitation peut-être.Il nel’appelapas,maisposale roman par terre.Elle apparutenfin ;avança,sans leregar-der,vers la fenêtre,ouvrit les rideaux. Éteins lalumière, dit-elle;cequ’ilfit. Dans lanouvelleobscurité,lalumière dudehors éclairait uncôté desoncorps,unepartie deson visage.Il devinait lereste.Ellese débarrassa desa chemise,sous laquelle elle était nue.Son pantalonglissasur sapeaudans unfrottement léger.Elles’immobilisa,regardavers lelit. Tu viens ? Jarrive, dit-elle. Ellerelevasescheveux,les noua,touten s’appro-chantdu lit.Ellesepenchavers lui,l’embrassasans l’enla-cer.Ilfut soudainnéparcette distancequ’ellemarquait dans leursgestes les plus intimes, et qui semblait question-ner lanaturemême deleurs relations.Undoutese glissait entre eux,làoù il n’espérait qu’un peud’oubli.Une désa-gréablesensation passa dans ses nerfs. Çavapasêtre gai, cesoir, fit-ild’unevoix mono-toneoù perçait un peude cruauté. Pourquoi ?dit-elle.
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Ses yeux, dansl’obscurité, attendaient uneréponse pertinente.Cesdoutes n’avaientaucunejustification.Par paresse,ou parcrainte de gâchercequi restaitd’insouciant dans lasituation. Non,rien,je blaguais, dit-il. Elles’étenditenfin sur lelit.Il l’enlaça.
Elle dégageaunbras pour trouver la bouteille deau.La chaleurdans lapetite chambre devenait parfois insoutena-ble.Ilentenditdans l’ombreunglouglou pressé,suivi d’unerespiration saccadée.Ilfermales yeux.Un silence s’installasoudain,malgrétous lesbruits quicirculaient dans l’air, et ileut lesentiment, au moment où il seretrou-vaitdans son obscurité, dêtreseul. Jai rencontréquelqu’un, dit-elle,larespiration calmée. Encore? Elle fit semblantdenepasentendre. Ilal’airbien. Jele connais ? Son tonétait toujours monotone,mécanique, et in-différent, comme dans une discussionavecun voisinde train. Non.Tu veux lerencontrer ? Pas lapeine. L’ironie étaitàpeinepassée. Il semble amoureux, cestbien,non ?
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TOUFICEL-KHOURY
Oui, cestbien, commetoujours. Tudoisbien t’enfoutre, alorsépargne-moi tes remarques. Il ne demandait pas mieux que desetaire.Elleres-sentitcesilence commeun soulagement,lirée de cette voix qu’elletrouvait parfois insupportable.Ilsétaient tou-joursétendus, côte à côte,sans setoucher,invisibles l’unà l’autre.Leurs respirations se confondaientàpeine,mar-quées pardeux rythmesdifférents.Puis, après quelques mi-nutes,quelque chose dans lesilencemêmesemblase dis-soudre. Ila dit quejesuis salumière. Il rit, elle fitdemême. Çane fait pas rire, dit-elle enfin.Cest sérieux toutça. Jesais,justement, dit-il. Nos premièresfois n’étaient pas meilleures. Tu tesouviensdenos premièresfois ? Oui.Tu n’arrêtais pasdeparler. Tas voulu merevoir pourtant.Qu’est-cequet’as trouvé d’intéressant ? Jenesais pas.Audébut,rien.Çaneme disait riendeterevoir.Mais tu l’asdemandé gentiment.Tu semblais y tenir, çam’a flatté. Ça commencetoujourscomme ça.Une flatterie quelconquesuit l’autre, et l’on selaisse aller, comme àune invitation qu’onaccepteparcequ’on n’ariendautre à fai-re.Ou par paresse,jesais pas.
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