Blaise de Montluc, d'après sa correspondance inédite ; par M. le Cte H. de La Ferrière,...

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Impr. impériale ((Paris,)). 1864. Montluc, de. In-8° , 10 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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BLAISE DE MONTLUC
D'APRÈS
SA CORRESPONDANCE INÉDITE,
PAR M. LE COMTE H. DE LA FERRIÈRE,
MEMBRE DE LA SOCIETE DES ANTIQUAIRES DE NORMANDIE.
Parmi les nombreux documents que la Bibliothèque impériale
de Saint Pétersbourg possède sur notre histoire de France, un
des plus curieux, sans aucun doute, c'est le recueil des lettres
originales de Biaise de Moutluc.
Dans ses lettres, le grand capitaine du XVIe siècle revit avec
ses qualités et ses défauts, ses fiertés et ses finesses de langage,
cet âpre amour du gain qui lui a été si vivement reproché par
ses contemporains, ces brusques éclats de colère qui débordent
dans son style et le colorent si chaudement, cette humeur que-
relleuse qui le rendait si peu propre aux choses de la paix dans
cette province de Guyenne qu'il gouverna si longtemps.
Toutes ces lettres de Montluc sont adressées à Charles IX et à
Catherine de Médicis ; elles comprennent les dernières années de
sa vie, cette période sanglante des guerres de religion, où il prit
une si grande, une si cruelle part. Il en a fait lui-même le triste
aveu : « Ce n'est point comme aux guerres étrangères, où on com-
« bat pour l'amour et l'honneur ; mais aux civiles il faut estre maistre
« ou valet, vu qu'on demeure sous le mesme toit, et ainsi il faut
«venir, à la rigueur et à la cruauté; autrement la friandise du
« gain est telle qu'on désire plutost la continuation de la guerre
« que sa fin. »
18
Cette correspondance, rapportée par nous de Russie, est des-
tinée à prendre place dans la nouvelle édition de Montluc, que
prépare en ce moment la Société de l'histoire de France; elle ser-
vira à la fois à compléter ses Commentaires et à éclairer certaines
parties de sa vie restées un peu dans l'ombre. Laissez-moi, en
quelques pages, vous en faire apprécier la valeur. Elle commence
avec l'année 1562.. A cette date, M. de Burie, commandait en
Guyenne comme, lieutenant du roi; Montluc n'avait sous ses or-
dres que sa propre compagnie; mais il était de ceux auxquels on
va tout droit à l'heure du péril et que la gravité des événements
fait monter sur-le-champ à leur véritable rang. A la première
nouvelle de la prise d'armes du prince de Condé, Charles IX et
Catherine de Médicis le rappelèrent en toute hâte à Paris. Le mo-
ment était mal choisi : le Languedoc et la Guyenne étaient en feu,
les protestants maîtres de toutes les villes, à l'exception de Bor-
deaux et de Toulouse. Les chefs catholiques vinrent trouver Mont-
luc et le supplièrent de ne pas les abandonner. Montluc céda à
leurs instances et se trouva naturellement leur chef et le vrai lieu-
tenant du roi, quoiqu'il n'en eût pas le titre; aussi c'est à lui que
s'adresse le premier président du Parlement de Toulouse pour
lui demander en grâce de venir sauver leur ville, menacée à la
fois par les protestants du dedans, déjà maîtres de l'hôtel de ville
et de l'artillerie, et par ceux de Montauban, partis pour seconder
le mouvement. C'était l'homme des résolutions promptes : sans
perdre une minute, il donne l'ordre à MM. de Masses, de Belle-
garde, de Charry, de Gondrin , de marcher nuit et jour sur Tou-
louse et de s'y jeter, et à M. de Terride de se placer entre la ville
et les secours partis de Montauban. De sa personne il va droit à
Auch, qu'il pacifie chemin faisant; il y couche une nuit et arrive
assez à temps aux portes de Toulouse pour mettre fin, par la
seule autorité de son nom, au combat qui durait dans les rues
depuis quatre jours et quatre nuits.
Il nous a longuement raconté dans ses Commentaires la déli-
vrance de Toulouse. Il sera curieux de rapprocher ce récit de la
lettre qu'il écrit à Charles IX à cette occasion, et qui est datée de
Toulouse même. Catherine de Médicis reçut de lui, le même
jour, une lettre pleine de récriminations : il ne peut secourir la
Guyenne et le Languedoc, si on lui enlève les seules compagnies
sur lesquelles il peut compter; dans toutes les autres, il y a au-
tant de huguenots que de catholiques.
«Je vous supplie humblement, dit-il à la reine,'éëmm'âhdèr
« que celuy que l'on veut faire si grand vienne prendre la peine
«que je prends de mon costé, et vous supplie me donner mon
« congié, pour m'en aller tenir auprès de vous, car je ne sais ni
» ne veux dépendre d'autre que de Sa Majesté et de la Vostre..
« Pourquoi vous supplie que Descars vienne icy et je m'en iray
« donner du bon temps. Aussi bien suis-je vieulx et m'assure bien
« que; s'il me vient quelque désastre, qu'il en diroit bien son avis
«à son maistre. » Et il ajoute : « Quant à moy, je n'ay gages ni
« estât de la peine que je prends et sers à mes despens; et vous
«supplie, Madame, ne trouver estrange si je suis mal content,
« veu que je n'ay rien de mon maistre, et qu'il faut que, en lui
« faisant service, je despense le mien. »
Ce n'est pas tout à fait l'opinion de Brantôme.
Si nous l'en croyons : «Dans toutes ses guerres, Montluc gagna
« la pièce d'argent; auparavant il n'avoit pas grandes finances, et
« se trouva avoir dans ses coffres cent mille escus 1. »
A quelques mois de là (1er juillet 1562), le lendemain de l'en-
trevue de Beaugency, Catherine de Médicis voyant que les chefs
protestants, loin de tenir la promesse qu'elle leur avait arrachée
de quitter la France jusqu'au moment de la majorité du roi, se
mettaient en marche avec leur armée, en fait part à Montluc l'un
des premiers : «Vous pouvez juger par tant d'occasions quelle
«satisfaction je peux avoir d'eux, après avoir fait tant pour eux
« que j'ai fait jusqu'à cette heure, pour le désir que j'avois d'ar-
« rester une cruelle effusion ' de sang comme celle qui se pré-
«pare, d'autant que je ne vois plus de moien, incontinent que je
«serai partie, qui sera demain, s'ilz ne se retirent, que bientost
1 Charles IX, dans une lettre du mois de novembre 1562, lui rappelle qu'il
reçoit cinq cents livres chaque mois pour son plat. (Bibl. imp. de Saint-Péters-
bourg, Lettres inédites de Charles IX.)

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