Boule de Suif et autres nouvelles

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1870, la débâcle. Les Prussiens entrent dans Rouen. Et voilà que deux couples, deux bonnes sœurs, un démocrate et une femme de petite vertu s’apprêtent à quitter la ville par la même diligence. Drôle d'équipage !
D’abord rejetée, Boule de Suif, jolie fille aux mœurs légères, saura gagner par son bon cœur l’estime des bourgeois. Mais résistera-t-elle à l'intérêt personnel et à l’odieux chantage d’un Prussien mal intentionné ?
Dans cette célèbre nouvelle, Guy de Maupassant dénonce d’un trait rageur et insolent les fausses convenances, l’égoïsme et la cruauté.
Publié le : mercredi 28 août 2013
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EAN13 : 9782290080047
Nombre de pages : 109
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Contesnoirs.LaPetiteRoqueetautresnouvelles,Lib L’Odyssée d’une fille, Librio n° 1029
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BouledeSui
et autres nouvelles
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© E.J.L., 2013 pour le supplément
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Pendant plusieurs jours de suite des lambeau déroute avaient traversé la ville. Ce n’était point d mais des hordes débandées. Les hommes avaientl et sale, des uniformes en guenilles, et ils avançaien molle, sans drapeau, sans régiment. Tous sembl éreintés, incapables d’une pensée ou d’une résolut seulement par habitude, et tombant de fatigue sitaient. On voyait surtout des mobilisés, gens pacif tranquilles, pliant sous le poids du fusil ; desp alertes, faciles à l’épouvante et prompts à l’entho à l’attaque comme à la fuite ; puis, au milieud culottes rouges, débris d’une division moulue da bataille ; des artilleurs sombres alignés avec ces fan et, parfois, le casque brillant d’un dragon au piedp vait avec peine la marche plus légère des lignards. Des légions de francs-tireurs aux appellatio « Les Vengeurs de la Défaite — les Citoyens de la Partageurs de la Mort » — passaient à leur tour,a bandits. Leurs chefs, anciens commerçants en drapso ex-marchands de suif ou de savon, guerriers de nommés officiers pour leurs écus ou la longueurd taches, couverts d’armes, de flanelle et de galons,pa voix retentissante, discutaient plans de campag daient soutenir seuls la France agonisante sur leu fanfarons ; mais ils redoutaient parfois leurspr gens de sac et de corde, souvent braves à outran débauchés. Les Prussiens allaient entrer dans Rouen, disait-La garde nationale qui, depuis deux mois, faisait d sances très prudentes dans les bois voisins, fusill propres sentinelles, et se préparant au combatq
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Achard ; et, marchant après tous, le général, dé vant rien tenter avec ces loques disparates, éperd la grande débâcle d’un peuple habitué à vaincr ment battu malgré sa bravoure légendaire, s’enall deux officiers d’ordonnance. Puis un calme profond, une attente épouvant avaient plané sur la cité. Beaucoup de bourge émasculés par le commerce, attendaient anxieu queurs, tremblant qu’on ne considérât comme u broches à rôtir ou leurs grands couteaux de cuisi La vie semblait arrêtée, les boutiques étaien muette. Quelquefois un habitant, intimidé par c rapidement le long des murs. L’angoisse de l’attente faisait désirer la venued Dans l’après-midi du jour qui suivit le dép françaises, quelques uhlans, sortis on ne saitd la ville avec célérité. Puis, un peu plus tard,u descendit de la côte Sainte-Catherine, tandisq flots envahisseurs apparaissaient par les route de Bois-Guillaume. Les avant-gardes des trois c même moment, se joignirent sur la place de l’H par toutes les rues voisines, l’armée allemandear ses bataillons qui faisaient sonner les pavés sou rythmé. Des commandements criés d’une voix incon montaient le long des maisons qui semblaientm tandis que, derrière les volets fermés, des yeu hommes victorieux, maîtres de la cité, des fort de par le « droit de guerre ». Les habitants, dans assombries, avaient l’affolement que donnent les cat grands bouleversements meurtriers de la terre toute sagesse et toute force sont inutiles. Car la m reparaît chaque fois que l’ordre établi des choses e
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se défendent, emmenant les autres prisonniers,pill du sabre et remerciant un dieu au son du canon,s fléaux effrayants qui déconcertent toute croyan éternelle, toute la confiance qu’on nous enseigneen l du ciel et la raison de l’homme. Mais à chaque porte des petits détachementsfr disparaissaient dans les maisons. C’était l’occupat vasion. Le devoir commençait pour les vaincusd gracieux envers les vainqueurs. Au bout de quelque temps, une fois la premiè parue, un calme nouveau s’établit. Dans beaucou l’officier prussien mangeait à table. Il était parfois bien é par politesse, plaignait la France, disait sa répugna part à cette guerre. On lui était reconnaissant de puis on pouvait, un jour ou l’autre, avoir besoin de En le ménageant on obtiendrait peut-être quelqu moins à nourrir. Et pourquoi blesser quelqu’und dait tout à fait ? Agir ainsi serait moins de la br la témérité. — Et la témérité n’est plus un défaut d de Rouen, comme au temps des défenses héroïque leur cité. — On se disait enfin, raison suprême tiré française, qu’il demeurait bien permis d’être poli d rieur pourvu qu’on ne se montrât pas familier en pub soldat étranger. Au-dehors on ne se connaissait plu maison on causait volontiers, et l’Allemand demeu temps, chaque soir, à se chauffer au foyer commun La ville même reprenait peu à peu de son aspect Français ne sortaient guère encore, mais les sold grouillaient dans les rues. Du reste, les officiers deh qui traînaient avec arrogance leurs grands outilsd pavé, ne semblaient pas avoir pour les simples citoy ment plus de mépris que les officiers de chasseur d’avant, buvaient aux mêmes cafés.
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Les vainqueurs exigeaient de l’argent, beauco habitants payaient toujours ; ils étaient riches plus un négociant normand devient opulent etp tout sacrifice, de toute parcelle de sa fortune qu’ mains d’un autre. Cependant, à deux ou trois lieues sous la ville cours de la rivière, vers Croisset, Dieppedalle o mariniers et les pêcheurs ramenaient souventd quelque cadavre d’Allemand gonflé dans son un coup de couteau ou de savate, la tête écrasée pa jeté à l’eau d’une poussée du haut d’un pont. Le ensevelissaient ces vengeances obscures, sauva héroïsmes inconnus, attaques muettes, plus pé batailles au grand jour et sans le retentissement d Car la haine de l’Étranger arme toujours que prêts à mourir pour une Idée. Enfin, comme les envahisseurs, bien qu’assuj à leur inflexible discipline, n’avaient accomplia reurs que la renommée leur faisait commettre to marche triomphale, on s’enhardit, et le besoin du de nouveau le cœur des commerçants du pay avaient de gros intérêts engagés au Havre quel occupait, et ils voulurent tenter de gagner cep terre à Dieppe où ils s’embarqueraient. On employa l’influence des officiers alleman fait la connaissance, et une autorisation de dépar général en chef. Donc, une grande diligence à quatre chevauxa pour ce voyage, et dix personnes s’étant fait insc turier, on résolut de partir un mardi matin, av éviter tout rassemblement. Depuis quelque temps déjà la gelée avait dur lundi, vers trois heures, de gros nuages noirsv
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sous leurs couvertures. On se voyait mal dansl l’entassement des lourds vêtements d’hiver fais tous ces corps à des curés obèses avec leurs lon Mais deux hommes se reconnurent, un troisième le causèrent : « J’emmène ma femme », dit l’un. « J’en fai « Et moi aussi. » Le premier ajouta : « Nous ne rev Rouen, et si les Prussiens approchent du Havren l’Angleterre. » Tous avaient les mêmes projets,é plexion semblable. Cependant on n’attelait pas la voiture. Une petite l portait un valet d’écurie, sortait de temps à aut obscurepourdisparaîtreimmédiatementdansu pieds de chevaux frappaient la terre, amortis par le f litières, et une voix d’homme parlant aux bêtes et j dait au fond du bâtiment. Un léger murmure degre qu’on maniait les harnais ; ce murmure devint bien sement clair et continu, rythmé par le mouvemen s’arrêtant parfois, puis reprenant dans une bru qu’accompagnait le bruit mat d’un sabot ferré batt La porte subitement se ferma. Tout bruit cessa.L gelés, s’étaient tus ; ils demeuraient immobiles etr Unrideaudefloconsblancsininterrompumiro en descendant vers la terre ; il effaçait les forme choses d’une mousse de glace, et l’on n’entendai grand silence de la ville calme et ensevelie sous l froissement vague, innommable et flottant de lane plutôt sensation que bruit, entremêlement d’atom semblaient emplir l’espace, couvrir le monde. L’homme reparut, avec sa lanterne, tirant au bo un cheval triste qui ne venait pas volontiers. Il lep timon, attacha les traits, tourna longtemps autou les harnais, car il ne pouvait se servir que d’une m portant sa lumière. Comme il allait chercher lase
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tour les dernières places sans échanger une paro Le plancher était couvert de paille où les pied Les dames du fond, ayant apporté des petitesc cuivre avec un charbon chimique, allumèrentc pendant quelque temps, à voix basse, elles enén avantages, se répétant des choses qu’elles sava longtemps. Enfin, la diligence étant attelée avec sixc de quatre à cause du tirage plus pénible, une demanda : « Tout le monde est-il monté ? » Une v répondit : « Oui. » On partit. La voiture avançait lentement, lentement,à to Les roues s’enfonçaient dans la neige ; le coffre en avec des craquements sourds ; les bêtes glissaien fumaient, et le fouet gigantesque du cocher claq voltigeait de tous les côtés, se nouant et se déro serpent mince, et cinglant brusquement quelque c qui se tendait alors sous un effort plus violent. Mais le jour imperceptiblement grandissait.C qu’un voyageur, Rouennais pur sang, avait comp de coton, ne tombaient plus. Une lueur sale filt gros nuages obscurs et lourds qui rendaientp blancheur de la campagne où apparaissaientt de grands arbres vêtus de givre, tantôt une ch capuchon de neige. Dans la voiture, on se regardait curieusement de cette aurore. Tout au fond, aux meilleures places, sommeillaien de l’autre, M. et Mme Loiseau, des marchands de rue Grand-Pont. Ancien commis d’un patron ruiné dans lesa avait acheté le fonds et fait fortune. Il vendaità t de très mauvais vin aux petits débitants des cam
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