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Boutades sur l'amour et le mariage - Satire dialoguée

De
124 pages

UN FUMOIR.

Deux vieux garçons de 35 à 40 ans causent en fumant.

ARISTE, VALENTIN.

VALENTIN.

Décidément, mon cher, le célibat m’ennuie,
Je m’en sens excédé comme d’un jour de pluie ;
Je veux faire une fin.

ARISTE.

Et fort bien tu feras.

VALENTIN.

Tu ris ?.........

ARISTE

Moi ! pas du tout.

VALENTIN.

Ris tant que tu voudras.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Alexis de Chabre

Boutades sur l'amour et le mariage

Satire dialoguée

LETTRE D’OCTAVE FEUILLET

MEMBRE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

 

A L’AUTEUR DES BOUTADES

MONSIEUR,

 

Vous avez bien voulu me demander de lire les deux satires que vous vous proposez de publier : les Vieux Garçons et les Jeunes Filles, et vous désirez connaître mon impression.

Je vous remercie de la confiance dont vous m’honorez et de l’heure charmante que je vous dois. Je ne doute pas que le public ne goûte avec le même plaisir la lecture choisie et délicate que vous lui préparez. Il aimera comme moi le salubre parfum littéraire qu’on respire dans votre œuvre, cette pensée élevée et juste, quoique un peu chagrine, qui se traduit dans la langue du meilleur temps et du meilleur monde ; cet enjouement un peu grave, le seul- que les maîtres du XVIIesiècle se soient permis, et dont vous leur empruntez la grâce et la dignité ; enfin, Monsieur, cette forme et ce ton si polis, si étudiés ; cette conscience et aussi ce loisir dans le travail qui ne semblent pas être de notre époque fiévreuse et hâtive, mais du siècle heureux où l’on prenait le temps de bien penser et de bien dire.

Ne croirait-on pas, en effet, que les écrivains du XVIIesiècle, vos grands amis évidemment, trouvaient dans l’état social de leur temps non-seulement le loisir matériel qui nous manque, mais je ne sais quel haut loisir moral, quelle paix supérieure, que nos intelligences ne connaissent plus et dont leurs œuvres immortelles gardent la sérénité ?

Je ne puis dire, sans doute, Monsieur, qu’aucune critique ne saurait être adressée à ces aimables pages. Ainsi, par exemple, quelques parties gagneraient à être plus resserrées : vos vieux garçons sont un peu trop du même avis, et le dialogue y perd en certains endroits un peu d’animation et d’accent.

Mais, je le répète, Monsieur, vous m’avez fait un vrai plaisir. Je vous en remercie de nouveau, et je vous souhaite de grand cœur un public favorable, c’est-à-dire attentif ; car, s’il vous lit, il vous aimera.

Recevez je vous prie, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus sympathiques

 

OCTAVE FEUILLET.

Paris, le 12 avril 1866.

L’auteur de ce petit livre n’est plus jeune, et il a fait bien des vers dans sa vie, mais il les a gardés pour lui et n’a pas sur la conscience d’en avoir ennuyé les gens.

Il a fait plus encore, il les a tous brûlés.

Pourquoi ceux qu’il offre aujourd’hui au public n’ont-ils pas subi le même sort ?

Il serait fort embarrassé de le dire, et conviendra volontiers qu’il eût peut-être mieux valu pour eux et pour lui les comprendre dans son auto-da-fé.

Peut-être n’ont-ils dû leur salut qu’à la bienveillance de l’écrivain distingué qui veut bien les honorer de sa flatteuse approbation.

Allez donc, mes pauvres vers, allez affronter les railleries dédaigneuses de ce monde positif dont les préoccupations ne sont malheureusement plus celles de l’art et de la poésie. Puisse l’accueil que vous y recevrez ne pas vous faire regretter le sort de vos aînés !

Je vous livre au surplus cette pensée consolante, c’est que j’ai de par le monde quelques amis qui vous défendront, et que ceux qui n’ont aucun souci de moi se garderont bien de vous lire.

Argentières, mais 1866.

PREMIÈRE PARTIE

LES VIEUX GARÇONS

UN FUMOIR.

Deux vieux garçons de 35 à 40 ans causent en fumant.

ARISTE, VALENTIN.

 

VALENTIN.

Décidément, mon cher, le célibat m’ennuie,
Je m’en sens excédé comme d’un jour de pluie ;
Je veux faire une fin.

 

ARISTE.

              Et fort bien tu feras.

 

VALENTIN.

Tu ris ?.........

 

ARISTE

Moi ! pas du tout.

 

VALENTIN.

 

                                  Ris tant que tu voudras.

Quand on a quarante ans, quand la barbe grisonne,
Le célibat, mon cher, devient fort monotone.

 

ARISTE.

 

Je suis de cet avis, je l’ai dit de tout temps ;
C’est un métier de dupe, à partir de trente ans.
Là finit la saison de nos bonnes fortunes ;
Les femmes, qu’elles soient blondes, noires ou brunes,
Sur ce point capital sont d’un touchant accord.
En vain leur dirait-on qu’on se sent vert encor,
Qu’on a bon pied, bon œil, et qu’aux âmes bien nées
L’amour ne souffre pas du nombre des années,
Au contraire qu’on a l’âge des vrais amants,
Que l’on comprend bien mieux les nobles sentiments
Quand on a dépouillé la fougue du jeune âge :
Ce sont propos perdus, il faut plier bagage.
Les foins sont faits, et si le hasard incertain
Vous donne, par pitié, quelques droits au regain,
Si vous trouvez encor quelque âme charitable
Vous laissant ramasser les miettes de sa table,
Ne vous y fiez pas : je tiens pour vérité
Qu’en amour on ne fait aucune charité.

 

VALENTIN.

 

Cela n’est que trop vrai ; mais c’est un badinage
De fixer à trente ans notre limite d’âge.

 

ARISTE.

 

Eh ! mon Dieu, cher ami, ne me chicane pas.
Personne ; j’en conviens, ne peut, en pareil cas,
Pour chacun, dont la taille est plus ou moins bien faite,
Dire l’instant précis de sa mise en retraite ;
L’amour et le hasard ont bien quelques élus
Qui peuvent obtenir trois ou quatre ans de plus ;
Mais le terme moyen est tout au plus de trente.
La maxime, il est vrai, n’est pas bien consolante ;
Mais bon nombre de gens, la chronique en fait foi,
Sont, bien avant ce temps, mis en retrait d’emploi.

 

VALENTIN.

 

Eh bien, c’est une erreur absurde et sans pareille’

 

ARISTE.

 

J’en gémis comme toi ; pourtant je te conseille
D’en prendre ton parti. Rien n’y sera changé.

 

VALENTIN.