Bucoliques du moulin des Cressonnières (près Gonesse), par Barandeguy-Dupont

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A. Laîné (Paris). 1864. In-12, 35 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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BUCOLIQUES
DU
MOULIN DES CRESSONNIÈRES
(PRÈS GONESSE)
PAR
BARANDEGUY-DUPONT.
« In tenui fahor. »
PARIS
AD. LAINE, ÉDITEUE,
ntfl rie? Sain^-Pères, 19.
1864.
BUCOLIQUES
nu
MOULIN DES CRESSONNIÈRES
(PRÈS GONESSE).
« In leniii labor. »
BUCOLIQUES
DU
MOULIN DES CRESSONNIÈRES
XPRÈS GONESSE)
PAR
""BTRANDEGUY-DUPONT.
« In tenui kbor. »
PARIS
AD. LAINE, ÉDITEUR,
rue des Saiuls-Pùrcs, 19.
1864.
GONESSE.
INTRODUCTION.
Quel attrait toujours me ramène
Vers Gonesse aux paisibles toits?
Gonesse, autrefois presque reine,
Au temps où le jus de Surène
Était le nectar de nos rois !
Gonesse marchait sans rivales;
Le long de ses coteaux légers,
Elle avait ses fermes royales;
Et longtemps le pilier des Halles
Fut connu par ses boulangers.
■ 6
Aujourd'hui, courant moins la gloire,
Elle compte ses greniers pleins ;
Les blés couvrent son territoire ;
Et le Crould, qui n'est pas la Loire,
Y fait tourner tous ses moulins.
Moulins duTilhay! de la Planche!
Que de fois, au bruit de vos eaux,
J'ai noté d'une pierre blanche
Mes beaux jours cachés sous la branche,
Et rêvé parmi vos roseaux !
Sous l'humble chaume et sous l'ardoise
Le bonheur rit également;
Il habite vers Seine -et-Oise;
On peut l'aller dire à Pontoise,
Sans quitter l'arrondissement.
J'aime ton terroir, ô Gonesse !
On y vit libre et sans témoins;
Entre l'étude et la paresse,
La Muse parfois m'y caresse;
Montmorency me plairait moins.
7
Paris, où chacun s'entre-pousse,
A-t-il la paix de ces halliers?
A-t-il ces verts tapis de mousse,
Où la lune brille si douce
Le long de ces hauts peupliers?
Si la grappe, chère aux vendanges,
Sur ses coteaux ne mûrit pas,
L'été remplit toutes ses granges,
Et les pauvres et les mésanges
Y trouvent toujours leurs repas.
L'automne, où les nuits sont plus grandes,
Y voit nos chasseurs satisfaits,
Le jour, courir toutes les landes,
Et le soir, revenir par bandes,
Pour mieux nous conter leurs hauts faits.
Suis-je triste? suis-je maussade?
Approchez, bon docteur Halboux!
Il raisonne avec son malade;
Le savoir n'est point rétrogade ;
11 laisse la nuit aux hiboux.
8
Et je m'écrie : « 0 solitude
Où votre ermite un peu replet
Promène sa béatitude,
Le bonheur est dans l'habitude!... »
Et je lui dis mon chapelet.
Gonesse, loin du bruit des armes,
A l'ombre de ses blés épais,
S'éveille et s'endort sans alarmes;
Elle met sur pied cinq gendarmes,
Elle a sa justice de paix.
Près de l'hospice et de la crèche,
Voyez son église aux murs gris !
On dirait, du haut de sa brèche,
Saint-Denis qui montre sa flèche,
Ou Notre-Dame de Paris.
L'Angélus y réveille l'aube ;
Dans un cercle d'utiles soins,
Le jour doucement se dérobe,
Et la nuit parfume sa robe
De toutes les senteurs des foins.
Quel moment pour la rêverie,
Quand le soleil, à son couchant,
Bâtit ses palais de féerie
Entre la ferme et la prairie,
Et que l'oiseau redit son chant!
Voici, près de nous, l'humble asile
Où le villageois, pour toujours,
Posant là sa bêche inutile,
A côté du sillon fertile
Finit le rêve de ses jours.
Des soupirs seuls de la colombe
Son enclos funèbre est rempli;
Tout se tait; chaque souffle tombe ;
Et l'oiseau du ciel sur sa tombe
Passe moins vite que l'oubli.
Ici tout nous dit : De la vie
Hâtez-vous donc de profiter;
Qu'une douce philosophie
A la table où Dieu nous convie,
Prenne les jours sans Tes compter.
dO
Le soleil dore le nuage
Ou son dernier rayon s'éteint;
Le ciel riait avant l'orage,
Et l'oiseau chantait sous l'ombrage,
Quand le plomb du chasseur l'atteint.
BUCOLIQUES
DU MOULIN DES CRESSONNIÈRES.
a In tenui labor. »
0 vallon de Laplanche ! ô fraîches Cressonnières !
N'entends-je pas là-bas vos sources prisonnières?
Ne vois-je pas déjà ce ruisseau toujours plein?
Oui, voici le sentier, le vieux pont sur la route;
Je m'avance enchanté, je regarde, j'écoute :
C'est le bruit joyeux dû moulin.
C'est le zéphyr qui court sur l'épi jeune et ferme;
C'est la voix du travail, la rumeur de la ferme;
C'est ce calme des champs qui nous dit d'oublier;
C'est quelque rossignol sur son rameau fragile,
Qui redit sa chanson, comme au temps de Virgile,
Au plus haut de ce peuplier.
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C'est l'adroit cressonnier à genoux sur sa planche,
Qui tond ce vert cresson dans cette eau qui s'épanche,
Qui le dispose en ordre et l'attache en faisceau,
Pour qu'un léger panier l'emporte dans sa hotte,
Comme un petit enfant que sa mère emmaillotte
Avant de le mettre au berceau.
C'est le ruisseau qui fuit vers ce bord qu'il échancre,
Où le canard s'endort comme un navire à l'ancre;
Où l'axe du moulin, sous la branche en rideau,
Tourne, emportant le flot qui blanchit et se joue,
Comme, hélas ! la Fortune emporte sur sa roue
Nos rêves et nos bulles d'eau.
C'est le clocher voisin qui monte vers la nue,
Qui parle au coeur de tous d'une voix bien connue,
Qui dit : « Voici le jour à l'horizon vermeil ; »
Et qui, le soir venu, quand tout vient de se taire,
Redit : « Paix aux vivants ! Paix aux morts sous la terre !
« Voici les heures du sommeil ! »
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Et tout n'est que parfums, que jeunesse, que sève,
Que bruits entrecoupés et confus comme un rêve,
Que sources, que fossés couronnés de gazon,
Où la Flore des champs, suspendant sa guirlande,
Voit flotter sur les eaux comme une autre Hollande
Parmi des canaux de cresson.
Que ces tableaux sont frais ! que l'âme en est ravie !
Quel Hobbéma nouveau les remplit de sa vie? „
Celui qui parle au sage ainsi qu'à l'ignorant,
Celui que les soleils proclament dans leur route,
Celui que l'oiseau chante et que la fleur écoute,
Celui que le coeur seul comprend !
Mais, après ce grand nom devant qui tout s'incline,
Qui donc filtra cette onde au pied de la colline?
Qui fit un sol fécond de ce marais impur?
Ce fut vous, mes amis ! vous seuls ! et chaque source,
En baignant ce cresson, murmure, dans sa course,
Les deux noms d'Emile et d'Arthur !
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