Buffon et le discours sur le style (Signé : A. Barbut. [4 février 1869].)

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impr. de A. Chauvin et fils (Toulouse). 1869. Buffon. In-8° , 8 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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BDMÎP DISCOURS SUR LE STYLE.
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George ï &ar^ comte de Buffon, fils d'un conseiller au
Parlement de Bourgogne, naquit à Montbard en 1707, et mourut à
Paris en 1788, un peu plus d'un an avant la convocation des états
généraux. Il fit ses études à Dijon, qui a donné le jour ou l'hospitalité
de ses murs à tant d'hommes illustres dans les lettres, les sciences
ou l'érudition (saint Bernard, Bossuet, Longepierre, Crébillon,
Piron, La Monnoye, Bouhier, Des Brosses, Rameau, Guyton de Mor-
veau, etc.). Au sortir du collège , il visita une partie de la France et
de l'Italie, en compagnie du jeune duc de Kingston et de son savant
gouverneur. Il suivit même son ami jusqu'à Londres et s'y livra avec
ardeur à l'étude des mathématiques. De retour en France, il continua
ses études, et les emportements d'une jeunesse exubérante ne lui
firent jamais retrancher une heure du temps qu'il s'était réservé pour
le travail. La traduction de deux ouvrages scientifiques, l'un de Haies,
l'autre de Newton, lui ouvrit, en 173B, les portes de l'Académie des
sciences, pour laquelle il composa, sans direction fixe, nombre de
savants mémoires. -
En 1739, après la mort du savant Dufay, qui l'avait désigné pour
son successeur, il fut nommé intendant du Jardin royal ou Jardin des
Plantes. Dès ce moment, toutes les incertitudes cessèrent. Buffon
reconnut sa véritable voie , et conçut le projet d'une oeuvre qui aurait
effrayé une âme d'une autre trempe que la sienne. Esquisser à -grands
traits ce que l'on peut conjecturer de la production du système solaire,
puis-faire l'histoire de notre planète, de ce qu'elle enferme dans son
sein, de ce qu'elle porte et nourrit à sa surface, et couronner le tout
par un exposé plus ou moins conjectural des diverses révolutions que
notre globe a dû successivement subir, telle est l'œuvre immense à
laquelle Buffon voua une intelligence d'élite, un rare savoir, une in-
,.,. croyable puissance de travail, et dont l'exécution à peu près complète
a produit : la Théorie de la terre, fHistoirè naturelle des animaux et
les Epoques de la nature, le tout réuni en trente-six volumes, sous le
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nom commun d'Histoire naturelle. Voilà ce qui autorisait les contem-
porains de Buffon à inscrire, de son vivant, sur le socle de sa statue :
Majestari naturœ par ingenium.
Il faut dire toutefois que, pour une partie de son entreprise, Buffon
eut de laborieux et habiles collaborateurs : pour les oiseaux, Guéneau
de Montbéliard, Sonnini, Bexon; et, pour les travaux d'anatomie,
Daubenton, son compatriote. En outre, l'histoire naturelle a trouvé,
pour les ovipares, les serpents, les poissons, les cétacés, un conti-
nuateur dans Lacépède.
De son vivant, Buffon jouit d'une considération immense. En atten-
dant l'appréciation des savants étrangers, Montesquieu lui vouait une
admiration provisoire. Après quelques chicanes réciproques, Voltaire
finissait par l'appeler Archimède Ier. Rousseau, visiteur discret du
château de Montbard en l'absence du maître, baisait, en se retirant,
la porte de son cabinet d'étude. Louis XV le faisait comte. Catherine II
le traitait en souverain. Hume, le grand sceptique, faillit être converti
au dogmatisme par la Théorie de la terre, son œuvre la plus conjec-
turale. Enfin, pendant la désastreuse guerre de Sept ans, des croiseurs
anglais ayant capturé des caisses à l'adresse de M. de Buffon, les lui
firent religieusement parvenir.
Le jugement de la postérité est venu consacrer tous ces hommages.
Sans doute, le savant a été dépassé; sans doute, ses classifications
sont médiocres, même à côté de celles de Linnée , son contemporain.
Cependant, sa science est incontestable et aussi solide que le permet-
tait l'époque. En particulier, on met au rang des plus grands efforts
du génie ce qu'il a conjecturé des révolutions de notre globe, à peine
soupçonnées avant lui par Leibnitz et sitôt après mises hors de doute
par les travaux de G. Cuvier.
Quant à l'écrivain, après qu'on a fait la part d'une solennité un peu
monotone et qui sent trop son gentilhomme, il ne reste plus guère
qu'à admirer. Buffon , à ce qu'on rapporte, ne pouvait écrire qu'en
manchettes de dentelle; on dirait que son style s'est ressenti de ces
apprêts. Mais à part cette gravité par trop cérémonieuse, quelles ma-
gnifiques peintures, quels tableaux de genre, quel culte délicat de la
forme, quelle vérité, quel coloris ! Et puis, il faut le dire, ici le sujet
appelait tout naturellement l'élévation tant soit peu majestueuse où se
complaisait l'auteur ; et Buffon , suivant l'expression de Mme de Necker,
a eu cette bonne fortune de ne mettre jamais sa grande robe sur de
petits objets, auquel cas elle aurait fait des plis partout. Il n'eut jamais
ais

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