Cahiers du quatrième ordre, celui des pauvres journaliers, des infirmes, des indigens, etc., l'ordre sacré des infortunés, ou Correspondance philanthropique entre les infortunés, les hommes sensibles et les Etats-généraux... : N °1, 25 avril 1789 ([Reprod. en fac-sim.]) / par M. Dufourny de Villiers

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Éditions d'histoire sociale (Paris). 1789. 30 p. ; 20 cm.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1789
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CAHIERS
D U
QUATRIÈME ORDRE,
CELUI
Des pauvres Journaliers.) des Infzrmes des
L'ORDRE SACRÉ DES INFORTUNÉS
ou
Correfpondance Philantropique entre les Infor-
tunés les Hommes fenjibles & les Etats-
Généraux
Pour fuppléer au droit de députer directement
aux Etats qui appartient tout François
mais dont cet Ordre ne jouit pas encore.
Par M. DUFOURMY DE VlLXIERS.
Confodamini confolamini Popule meus
Q!lare mocrorc confumeris ? quare innovavit te dolor ?
Salvabo te noli timere.
G mon Peupie î dis-moi quel chagrin te contume ?
Quelle douleur te rend méconnoiflable ?
Confole-toi, confole-toi i celle de t'alarmer ton bonheur
cfl: proche.
N°. I, a 5 Avril 1789.
Cet ouvrage, achevé d'imprimer le 15 Septembre 1967
par les ateliers de Galli Thierry & C. à Milan,
a été tiré à cinq cents exemplaires
sur papier vergé'à la main.
EXEMPLAIRE N° 4 1 2
EDHIS
Editions d'Histoire Sociale
Réimpressions de textes rares
10, rue Vivienne
Paris 2e
Réimprimé d'après l'exemplaire de la
Bibliothèque Nationale, Paris.
A z
AVERTISSEMENT.
A Loi qui doit être portée par les
Etats Généraux fur la liberté de la
PrefTe ne peut y appofer une reftric-
tioii plus tigoúreufe que celle de fou-
mettre l'Auteur à {ïgner foin Ouvrage,
afin qu'il devienne refponfable des im-
piétés, des calomnies & des do&rines
féditieufes qu'il pourroit contenir. Cette.
loi qui auroit dû être portée provifoi-
rement avant l'époque de l'ouverture des
Etats-Généraux, avant qu'ils l'euffent
ftatuée & promulguée afin que le l'inf-
tru6bion publique la plus entière devan-
çât là formation des Cahiers, le choix
des Electeurs & celui des Députés, eft
actuellement prononcée par le Droit.
La Nation eft libre car elle délibère;
elle ne le feroit point, fi tous fes Mem-
iv
bres ne jouifîbîent pas de toute la li-
berté néceffaire pour faire, par tous
moyens I'émiffion de leur voeu. Les
Etats-Généraux font ouverts puifque
les Aiemblées de Diflriét qui colle£fci-
vement font les véritables Etats-Gé-
néraux d'où émanent toute volonté
fouveraine & tous pouvoirs, ont com-
mencé leur travail, ont émis leur vo-
lonté dès-lors OR peut & on doit, foie
par les délibérations dans lés Afîem-
blées, foit par l'impreifîon traiter toute
opinion légitime révéler tous les abus,
combattre tous les fléaux qui affligent
la Nation en indiquer les remèdes,
rappeler le but moral de toutfe 'Société,
demander des instructions & feconder
à la fois de toutes fes facultés, foit'les
efforts que fait la Nation pour fe ré-
générer, foit la puiffance exécutrice
v
A*
qu'elle a confiée à fon Roi on doit
rechercher tous les moyens de combiner
fi intimement le Prince & la Nation,
qu'il en réfulte l'unité de volonté de
force &c de puiflance qui feule constitue
la Monarchie on doit fonder fur l'excel-
lence morale du Gouvernement & non
fur lie luxe & les valets, la véritable
fplendeur du Trône afin qu'en détrui-
fant tout ce qui fatisfait jufqu'à la fa-
tiété, l'orgueil & la cupidité des Grands
& des Riches, pour défendre au con-
traire les plus faibles, fecourir les plus
pauvres & accroître par le bonheur de
tous les individus la félicité générale »
on obtienne cette force collective, cette
puiffànce morale, qui, feule redoutable,
peut infpirer là terreur aux ennemis, &
conferver la paix.
En anticipant fur l'époque ou cette
'Vl
Loi fera portée, en regardant la liberté
de la Prefïe comme ptononcée, comme
promulguée dès préfent, par la vo-
lonté unanime de la Nation, exprimée
dans les Cahiers de toutes les Provinces
& de la Capitale, je n'ufe cependant
de mon droit naturel d'exposer ma pen-
fée, de difcuter les droits de l'humanité
foufFrante avec tous les François d'éta-
blir les droits & les devoirs de la So-
ciété, qu'en me rendant publiquement
refponfable des maximes que je profefle,
qu'en avouant par ma fîgnature tout ce
que le fentiment illimité d'homme & de
François di£fce à mon cœur.
A;
CAHIERS
D U
QUATRIÈME ORDRE.
LA force des anciens ufages n'a pas permis de
faire pour cette convocation tout ce qu'on fera
peut-être pour l'une des fuivantes. Il a paru nécet
faire de diftinguer encore les Membres de la Na-
tion, par Ordres & le nombre de ces Ordres
a été felon l'ufage limité à trois mais eft-il
néceflaire de diftribuer la Nation par Ordres ? &
ces trois Ordres renferment-ils exactement toute
la Nation ? Peut-être cette distribution fera-t- elle
abolie il faut l'efpérer ;'& fi elle ne l'eft pas
il faut faire un quatrième Ordre; il faut, enfin,
que, dans l'un & l'autre cas la portion de la
Nation qui eft appelée par fon droit naturel &
qui cependant n'eft pas convoquée foit re-
préfentëe.
La Nation s'aflemble pour difcuter Se fonder
des droits généraux qui feront érigés en Loix
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conftitutionnelles & des droits particuliers ou
privilégiés qui feront attaqués & défendus. Elle
s'aflemble pour régler les impôts & leur répar-
tition. Les puifTans & les riches paroinem feuls
intéreffés à ces difcuffions qui cependant décident
inévitablement du fort des foibles & des pauvres.
Quant aux puifTans je ne conneis d'autre,
puifîànce que celle de la Nation c'eft cette
puiffance feule qui pent Être accrue fans danger:
toute puifTance privilégiée étant oppofée à la
puifiànce -commune, doit être anéantie ,'nonobftanc
tous titres, tout ufage, toute ancienneté, tout
culte perfonnel.
Quant aux riches les divers degrés de for-
tune doivent feuls fervir à claflèr les hommes
Iorfqu'il s'agit de fe cotiser il fembleroit donc
que les Ordres du Clergé & de la NoblefTe ren-
fermant beaucoup d'individus très-pauvres de
même que l'Ordre du Tiers renferme -beaucoup
de fortunes auffi grandes que celle du Haut
'Clergé' & de la Haute Nob,îeiîè rien ne feroit
moins relatif à toute délibération fur, les contri-
butions, que de claflêr lés individus comme Pon-
tifes., Gentilshommes ou Roturiers. En effet,
la raifon dit au contraire qu'il faudt;oit con-
fondre tous ces Ordres pour clafler ceux qui les
composent, felon leurs facultés } alors .les vérita-
9
bles Ordres feroient ceux des pauvres de ceux
qui n'ont que le néceflàire des gens aifés, des
riches des opulens des exubérans ou regor-
geans. Or, felon cette diftribution les pauvres
de tout Ordre loin de payer auroient droit
des foulagemens ceux qui n'ont que le nécef-
faire ne paeroient ni ne recevroient parce
que l'indigence feule doit recevoir parce que le
fuperflu feul doit payer; & comme les befoins
réels ne croiflènt point en raifon du fuperilu fi
les gens aifés devoient payer un vingtième, les
riches devraient en payer deux & demi les opu-
lens cinq les regorgeans dix.
Il eft: évident que cette diftribution, quelque
conforme qu'elle foit l'équité, au meilleur ordre
moral, efl tellement oppofée à l'état actuel de
la Société, qu'elle eft impraticable mais. il eft
évident aufli que toute réfolution fur la répar-
tition de l'impôt fera d'autant plus juile, d'au-
tant plus falutaire, qu'elle tendra au même ré-
fultat
i°. Décharger les Pauvres,
20. Impofer les Riches proportionnellement i
leurs facultés.
Cette première condition, foulager & décharger
les pauvres, doit être inévitablement remplie dans
te
tans les cas quelle que foit la convocation quelle
que foit la formation des Etats-Généraux, quelle
que foir la diftributioti des Ordres, & même
«pelles que foient leurs délibérations; car lorfque la.
raifort & l'équité ne fufEfent pas, il eft une
force morale irréfiftible qui opère les révolu-
faons celle de la Néceffité.
C'eft ici le lieu de rappeler un grand prin-
cipe, fi généralement oublié, que des hommes
d'une réputation impofante ayant avancé des prin-
cipes différais- ou contraires n'ont éprouvé au-
cune réclamation. « Les Sociétés ( ont-ils dit) ont
été formées pour la eonfervation des propriétés,
pour les mettre toutes fous une fauve-garde
:0 commune C'eft avouer indirectement que
les Sociétés ont été formées par la réunion des
fiables contre les puiflànts, mais il falloit ajou-
ter que ce n'étoit pas feulement pour la con-
fervation. des propriétés quand même fous ce
rins ou embrafferoit comme la plus précieufe
de: tautes la liberté que c'étoit bien plus pour
conserver les hommes que les chofes que c'é-
tait pour fuppléer à la propriété de ceux, qui n'en
navoïent pas que c'étoit enfin pour conftituer la
j&is grande force, la plus grande félicité com-
aaune fur la confervation de l'énergie fur le
bonheur de roax individu. En effet) la cupidité»
Il
alliée avec la politique n'avait pas encore ima-
giné ces fyftèmes felon lesquels les propriétés &
les richelfes concentrées dans une petite portion
de la Société rédnilent un il grand nombre
d'individus à la condition d'hommes difponibles,
celle de ces hommes qui abandonnés par la
Société, font contraints par la mifère à donner
tout leur temps, toutes leurs forces, leur fanté
même, pour un falaire qui repréfente à peine le
pain néceflàire pour leur nourriture.
Si les Sociétés n'ont pas eu pour but princi-
pal la confervation des propriétés, parce qu'il
eût été ridicule de proposer un pacte en vertu
duquel les Propriétaires auroient. eu pour garants
de leurs biens, des hommes qui n'auroient rètiré
aucun avantage de ce pacte, auxquels ce même
paéle n'auroit pas même garanti la confervation
de la vie, il eft évident que le but principal,
la condition néceflàire dé la Société, a été la
protection, la confervation des fpibles & des in.
digens; Que les auteurs célèbres de ces doctrines
modernes auroient donné bien plus de dignité à leur
pacte facial, fi ils lui avoient aligne pour bafe
non-feulement l'intérêt phyfque de quelques in-
dividus, mais le devoir moral, la fraternité de
tous les hommes
Le. but véritable des fociécés eft encore plus

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