Camille Laurens

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La littérature française est vivante. De jeunes auteurs s’y révèlent, avec une œuvre dont les contours, l’univers, le style s’affirment.
« Écrivains d’aujourd’hui » propose de les découvrir dans leur diversité, ou d’apprendre à les percevoir autrement.
Réalisé par la rédaction de La Revue Littéraire, ce volume comprend :
un grand entretien avec Camille Laurens sur son œuvre en cours d’élaboration
des notes de lecture sur chacun des livres publiés à ce jour, d’Index à Romance nerveuse, en passant par Philippe ou Dans ces bras-là
des textes inédits en volume
Publié le : mardi 3 mars 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756106564
Nombre de pages : 268
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Camille Laurens


La littérature française est vivante. De
jeunes auteurs s’y révèlent, avec une
œuvre dont les contours, l’univers, le
style s’affirment.
« Écrivains d’aujourd’hui » propose
de les découvrir dans leur diversité,
ou d’apprendre à les percevoir
autrement.

Réalisé par la rédaction de La Revue
Littéraire, ce volume comprend :
un grand entretien avec Camille
Laurens sur son œuvre en cours
d’élaboration

des notes de lecture sur chacun des
livres publiés à ce jour, d’Index à
Romance nerveuse, en passant par
Philippe ou Dans ces bras-là

des textes inédits en volume


Photo de Camille Laurens par Catherine
Hélie (DR).

EAN numérique : 978-2-7561-0655-7978-2-7561-0656-4

EAN livre papier : 9782756101156


www.leoscheer.com Camille
LaurensDans la même collection
Frédéric Beigbeder (2007)
Emmanuel Carrère
Éditions Léo Scheer,2011©ÉCRIVAINS D’AUJOURD’HUI
Camille
Laurens
Éditions Léo ScheerENTRETIENCamille Laurens
ENTRETIEN AVEC FLORENT GEORGESCO
avec la participation d’Angie
David
FlorentGeorgesco:Lorsquevouspubliezvotrepremier
roman,Index,en1991,lacritiquelesalueimmédiatement comme un livred’une maîtrise étonnante,
etàlelireaujourd’hui on est en effet frappé par sa
complexité, sa subtilité, par l’absence de la naïveté
habituelle aux jeunes romanciers. Quelque chose
commence, quiàlafois semble un aboutissement.
Mais de quoi?Qu’est-ce qui précède ce livre? Par
7Camille Laurens
exemple, au moment où vous l’envoyez àPaul
Otchakovsky-Laurens, vostiroirs sont-ils pleins de
manuscrits?
Camille Laurens: J’avais déjà écrit avec mon mari,
peu de temps auparavant, un roman policier qui
s’appelait Casablanca,enhommage au film. Nous
venionsd’arriverauMaroc,oùnousnousennuyions
un peu. Plus tard, nous ferons du théâtremaisàce
moment-là il n’yavait pas grand-chose, alors nous
écrivions le soir,quand nous nous retrouvions, et
nousnousamusionsbeaucoup.Nousavonsenvoyéle
manuscritàdeséditeurs,certainsétaientintéressés,
maisfinalementçanes’estpasfait.Cetteexpérience
m’apermis de me rendrecompte pour la première
fois que je pouvais dépasser le cadred’une page ou
deux. J’avais 27 ou 28 ans;cela faisaitdes années
que j’écrivais–des poèmes en prose, de tout petits
récits un peu précieux, maniéristes–etjen’arrivais
pasàécriredestextespluslongs.Quandj’atteignais
le bas de la page, c’était comme si j’étais devant
une toile de peintre: je ne pouvais pas la tourner.
Ce romanàquatremains, si l’on peut dire, m’a
permisd’osermelancerdansl’écritureromanesque.
8Entretien
Ensuite, j’ai écrit seule un roman qui s’appelait La
Succession,que j’ai envoyéàJérôme Lindon. Il m’a
écritunelettretrèscirconstanciée,accompagnéede
monmanuscritentièrementcorrigé.Ilsembledonc
avoir eu une velléité de le publier,bien qu’il m’ait
finalement dit (je me souviens très bien de cette
phrase,quiestéclairantesurcequ’étaientlesÉditions
de Minuitàl’époque):«Ce n’est pas exactement
unlivrepourlesÉditionsdeMinuit.»Jenecroispas
l’avoir envoyéàP.O.Làcemoment-là;ilfaut dire
que la réponse de Jérôme Lindon m’aconvaincue
qu’il fallait le retravailler un peu. Ce que j’ai fait,
maisplustard,après Index,puisqueLa Successionse
retrouveenpartie,àmon avis beaucoup améliorée,
dans Romance,mon deuxième roman.
F. G.: La premièrephase, celle où la page est une
toiledepeintre,maisaussilaseconde,ledépassement
ducadre,lapossibilitéduroman,sontd’unecertaine
manièreprésentesdansIndex.Jepenseaupersonnage
d’Alexandre,àtraverslequelvousparaissezexorciser
un état que vous avez longtemps dû ressentir
comme une impuissance. Alexandre est le type
même du fruit sec. C’est pireencorepour lui:ce
9Camille Laurens
n’est pas chaque page, mais chaque phrase qui lui
est un cadreindépassable.
C.L.:Oui,aveccettedifficultésupplémentaire(que
j’éprouvais moi-même, étant aussi professeur de
lettres) d’avoir en tête, non pas toute la littérature,
ce serait terrible, mais une grande partie de la
littérature, d’êtresubmergé par des modèles écrasants.
C’est la légende du Zahir,telle que Borges la
raconte:«En pays musulman, les gens du peuple
désignent parcemot“lesêtresetleschoses quiont
la terrible vertudenepouvoir êtreoubliés et dont
l’image finit par rendreles gens fous”.»Les Zahir
d’Alexandresontdesphrases,lesphrasesdesautres.
C’est une pathologie d’agrégé. Dès qu’il se met à
écrire, une phrase de Proust arrivesous sa plume.
J’en ai moi-même toujours, malgré tout, gardé
quelque chose, que j’essaie de circonscrireàmes
recueils sur les mots, qui sont des hommagesàla
littératureetàlacitation, mais assumés.
F. G.: Vous êtes capable, par le jeu, d’en retirer des
vertus créatrices là où Alexandre devient fou,
littéralement;fou de ne pas pouvoir écrire, parce que
10Entretien
d’autres l’ont fait. Et fouàvotreplace, puisque
vous avez réussiàvous en tirer.
C.L.:Maisj’aimisdutempsàm’autoriseràécrire.
C’estunevraiequestion. Pourquoiécrireaprèstant
degrandesœuvres?Celanepouvaitsefairequesur
unmodeludique,ilfallaits’amuseraveccettepeur,
la mettreenscène, au lieu de la refouler en la
laissant macérer en soi.
F.G.:S’amuser,çaadoncd’abordétéécrireàdeux,
avec votremari, ce qui était en soi, j’imagine, une
premièrelibérationparrapportàl’imagedel’auteur
souverain, parfaitement singulier.Deplus, vous
entriezdans le roman par la voie du genre, ce
Casablanca étant un polar.Unamusement:lejeu
avec les codes, et une libération, puisque vous êtes
alors censée êtredans un registreinférieur,exempt
de l’autorité, du prestige des maîtres.
C. L.: Nous jouions avec les codes du roman noir,
du cinéma. C’était ce que j’appellerais du roman
«à la papa», avec des références certes subverties
par la fantaisie mais assezclassiques.
11Camille Laurens
F. G.: Était-ce encorelecas pour La Succession?
C. L.: Oui. Ce n’était peut-êtrepas académique,
mais encoreunpeu prisonnier d’un genreprécis,
enl’occurrenceleromanfamilial. L’écueildupremier
romanoùl’onracontel’histoiredesafamille.Ensuite,
il me semble que j’ai réussiàtransformer l’essai.
F. G.:Romance–l’héritierde La
Succession–estun
romanfamilialsurplusieursgénérations.Maisentretemps vous aviezélaboré une forme romanesque
qui vous permettaitd’échapperàl’enfermement
dans le genre.
C.L.:AprèsLaSuccession,jemesuismiseàréfléchir
àlaforme, c’est exact;jecomprenais qu’elle allait
êtredéterminante.Etd’abord,j’aitrouvéceprincipe
qui consisteàsuivrel’alphabet dans la progression
des chapitres, et même des livres, c’est-à-direà
commencer,aupremierchapitredupremierroman,
parAenespérant, au bout de plusieurs volumes,
arriveràZ.Del’extérieur,onpeut penser que cela
n’aide pas beaucoup, et il est vrai que cela ne règle
pasapriori la question du contenu des chapitres.
12Entretien
Moi,cela m’aaidée.J’étaisentraînéeparl’alphabet,
ilyavait une sorte de contrainte oulipienne,
peutêtreminime, mais qui m’asuffi.
F. G.:Index va duAauF–Fcomme «Fin».
Romance commenceavecleGets’achèvesur le K,
«Kaléidoscope», Les Travaux d’Hercule enchaînant
avec le L,«Labyrinthe», et ainsi de suite jusqu’au
Zde L’Avenir,qui clôt le cycle. Cela donneàvos
premierslivresuneunitéévidente,maissurunplan
secondaire: on peut avoir d’abordl’impression que
cela ne touche pasàl’ordreréel du récit, que cela
se surajoute.
C. L.: Vous savez,c’était avant tout une façon
d’êtresûredepasseràlalettresuivante,
d’avancer
danslelivre.Lastructurenegouvernepasleroman,
encorequ’ilyait,danslestitresdechapitres,beaucoup
dejeuxsurlesmotsquirenvoientaurécitetl’interrogent. Dans la lettrequi accompagnaitl’envoi
d’Index,jemesouviens avoir cité Novalis:«Un
roman est une vie prise en tant que livre. Toute vie
auneépigraphe,untitre,unéditeur,unavant-propos,
une préface, un texte, des notes, etc. Elle lesaou
13Camille Laurens
peutlesavoir.»Aveclerecul,enappelantcepremier
livre
Index,j’allaisdéjàinconsciemmentversl’autofiction et l’idée d’un livretotal, qui embrasserait
toute une vie, deAàZ.
F.G.:
Touttitreestaumoinsenpartieprogrammatique.Or,dans Indexcommedansleslivressuivants,
le programme des titres de chapitres n’est pas tenu,
ou ne l’est pas comme on s’yattendait, ce qui crée
uneffetdesurpriserétrospective,voired’inquiétude.
La table des matières finit par créer une sorte de
double invisible du récit, la trace d’un sens caché,
d’une incertitude plus grande encoreque celle qui
marquelerécit.Ellerappelleque,toujours,quelque
chose nous échappe.
C. L.: Cerner le mystère, les choses que l’on ne
comprendpas,quisonttroubles,obscures,estpour
moi la problématique même de l’écriture. Je tente
simplement d’ymettreunpeu de lumière, tout en
sachant qu’une partie restera mystérieuse:ilya
une énigme.
14Entretien
F. G.: Uneénigme qui est d’abord, dans Index,le
point de départdurécit:Claire, le personnage
central, ouvrelelivrequ’elle vient d’acheter,par
hasardcroit-elle, etydécouvresaproprehistoire,
pireencore, son secret, cette chose monstrueuse
commise autrefois et si bien cachée depuis. Ce
livre, je le note au passage,apour titre Index et
pour auteur une certaine, ou un certain, on ne sait
pas au début–ensuite, on découvrira qu’il s’agit
peut-êtred’un homme, un professeur de tango –,
Camille Laurens. Mais en dehors de cette donnée
narrativeelle-même incertaine, le roman est tout
entier saturé d’énigmes;l’énigmeyest, plus qu’un
objet,unmodederapportauxautresetàsoi-même.
Les gestes, les actions, les pensées, les sentiments,
tout est soumis au doute,àunquestionnement
indéfini.«Commenttombe-t-onamoureux,àpartir
de quel moment considère-t-on qu’on est
amoureux?» est une question aussi énigmatique que de
savoircommentsavieseretrouvedanslelivred’un
inconnu. Votreécrituresemble avoir pour unique
visée de traquer l’énigme.
15TABLE DES MATIÈRES
Entretien avec Florent Georgesco,
avec la participation d’Angie David .................... 7
Notesdelecture..............................................111
Textes.............................................................187

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