Cantate et lettre à propos de charpente, de compagnonage ["sic"] et de bienfaisance, adressées à ses jeunes camarades les Bondrilles, compagnons passants charpentiers, par un vieux gâcheur troubadour, Pierre-Marie Eyerre aîné...

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impr. de Prissette (Paris). 1864. In-8° , 22 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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CANTATE ET LETTRE
A PROPOS DE
CHARPENTE, DE COMPAGNOMGE ET DE BIENFAISANCE
ADRESSEES
A SES JEUNES CAMARADES
LES BONDRILLES, Compagnons passants Charpentiers
PAR ,
UN VIEUX GÂCHEUR TROUBADOUR
PIERRE-MARIE El ERRE aîné.
/ér\$À)l\]} pw DES MALADES ET DES BLESSES DELA SOCIÉTÉ.
Quand tu soulageras ton frère ,
Ce vieux de Page de ton père ,
Ton sort en sera plu;, prospère.
Donne, donne un peu de tes biens!..
La chante vaut des chefs-d'oeuvre,
BONDIULLE, fais cette bonne oeuvre,
Et tu ne seras pas dans-oeuvre
Pour deux ou trois gros sous de moins..
{Appel à la bienfaisance, 1863.)
PARIS
IMPRIMERIE PRISSETTE, PASSAGE KUSZNER, 17
MAISON PASSAGE DD CAIRE, 17.
t 1864
Ecoutez mes amis ce que je vais vous dire :•
Si ça vous instruit peu, cela ne peut vous nuire,
Les avis d'un ancien sont bons à recevoir ;
S'il radote parfois, parfois il peut avoir
Encor de bons moments où son esprit lucide
En parlant du passé, de l'avenir décide.
CANTATE
A PROPOS DE
CHARPENTE, DE COMPAGNONAGE ET DE BIENFAISANCE.
Air à l'aire.
Je vais chanter, sur l'art de la Charpente,
Depuis Noé connu dans l'univers,
Quelques couplets... Vous, que cet art enchante,
Faites chorus à mes modestes vers !..
Hardis grimpeurs, perdus dans les nuages,
Non moins hardis blindeurs de souterrains ;
GACHEUBS adroits : Je chante vos ouvrages...
Chantons aussi nos espiègles Lapins!..
Aux bords du Nil, notre Compagnonage
Etait fondé longtemps avant Hiram;
Par toi, SOUBISE , homme savant et sage,
Et descendant du vieux père Abraham.'.
Les échafauds des hautes pyramides,
Ont fait surgir l'éclat de tes talents ;
Et nos aînés, BONDEILLES intrépides
T'ont secondé dans ces climats brûlants...
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A notre MÈRE, adressons notre hommage;
Avec respect marquons-lui notre amour.
Nous sommes tous, par le Compagnonage,
Ses vrais enfants, les BONDRILLES DU TOUR. ..
Comme elle, amis, à nos devoirs fidèles,
Ne cherchons pas à nous en affranchir,
Pour mériter les palmes les plus belles ,
Comme elle, enfin, Persistons Sans Fléchir!..
Que parmi vous règne la bienfaisance,
Compatissez aux chagrins, aux douleurs.
De l'indigent soulagez la souffrance,
En tarissant la source de ses pleurs...
Quand vous ferez l'aumône à vos vieux frères,
Avec honneur vous serez applaudis.
La charité donne, des jours prospères,
Car Dieu sait rendre au centuple ses fruits !..
LETTRE
LES BONDRILLES, Compagnons passants Charpentiers.
Paris, le 14 Février 1864.
COTERIES ET AMIS.
U.\ V. . G.-. T.*.
A la veille de prendre ma conduite générale et définitive,
pour aller rejoindre les trois BONDRILLES ci-dessous désignés,
à savoir :
BERGERAC la bonne nouvelle,
BÉRICHON le décidé, et
PARISIEN le bien-aimé.
Qui furent mes deux grands-pères et mon père; je veux,
dans cet entretien avec vous, vous parler, de notre état et de
notre Compagnonage.
Le premier est généralement peu apprécié du public, et à
part les hommes versés dans la connaissance des arts de cons-
truction, peu de personnes sont disposées à lui accorder toute
l'importance qu'il a réellement, et le rang qu'il mérite d'oc-
cuper dans les différentes manières de bâtir en usage chez les
divers peuples de l'univers.
Le second est non-seulement peu apprécié, mais encore sou-
vent fort sévèrement dénigré avec plus ou moins de sincérité,
tant par des ignorants que par des gens instruits. On a accusé le
Compagnonage de donner naissance à toutes les mauvaises pas-
sions et de ne produire pour la plupart que des querelleurs,
des batailleurs, et voire même des conspirateurs; car les Com-
pagnons ont été successivement accusés d'être hostiles û tous
les gouvernements qui se sont succédés en France depuis près
d'un siècle, suivant que ces accusations pouvaient servir la
cause de nos adversaires ou de nos détracteurs. Aujourd'hui que
l'on parait avoir renoncé à ces absurdes accusations, on veut
bien se borner à crier très-haut : que le Compagnonage n'est
plus dans nos moeurs, que c'est une institution usée et un rouage
inutile dans l'état actuel de notre civilisation.
Je vais tâcher de réfuter ce qu'il me semble y avoir d'erroné
dans ces deux manières de juger notre étal et notre Compa-
gnonage; après quoi je terminerai cet entretien en vous adres-
sant quelques conseils (bien désintéressés, je vous l'assure),
qu'il est bien entendu que vous serez libres de suivre ou de ne
pas suivre, suivant que vous jugerez à propos de les trouver
capables ou pas capables.
Notre état mérite d'être apprécié par son utilité, son impor-
tance, sa généralité, et aussi par le courage et souvent même
l'abnégation des ouvriers qui l'exercent.
Il est le plus ancien de tous ceux qui ont rapport à la cons-
truction, et malgré l'opinion de quelques critiques chicaneurs
qui prétendent lui contester cette priorité, il est peu probable
que les énormes pierres des anciens monuments qu'ils citent à
l'appui de leurs dires ; il est peu probable, dis-je, que ces pierres
aient été mises en place sans le secours de solides échafaudages
Il faut donc admettre que la Charpente était déjà à cette époque
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un art fort important. Enfin, la Bible nous dit au livre de la
Genèse : que l'arche de Noé était entièrement en bois, et ses
. dimensions décrites au même livre fournissent la preuve que
notre état avait donné lieu à de sérieuses études avant le déluge.
Il mérite d'être apprécié par son utilité, car il rend service à
un grand nombre d'industries. C'est au Charpentier que l'on a
d'abord recours pour- l'installation d'une grande entreprise. Soit
qu'il s'agisse de la fondation d'une colonie dans un pays désert,
de l'érection des monuments dans un riche empire, de l'exploi-
tation d'une mine, du creusement d'un canal ou d'un puits
d'extraction, du comblement d'une vallée ou du soutènement
d'un édifice en détresse. Pour tous ces différents cas si dispa-
rates, l'art de la Charpente sait appliquer le genre de travail qui
leur convient. Enfin, l'utilité de cet art a de tout temps été
si bien reconnu, que les architectes célèbres des temps anciens
et modernes ont fait des études les plus approfondies, tant sur
sa statistique que sur la bonne combinaison de ses assemblages,
ainsi qu'on peut le voir en consultant les ouvrages que nous ont
laissés PHILIBERT DE L'ORME. BLONDEL, LEMTJET, RONDELET,
EMY et d'autres.
L'importance de la Charpente ne peut pas être plus contestée
que son utilité; elle a tenu pendant un long espace de temps le
premier rang dans l'art de bâtir, et, de nos jours, elle n'a pas,
quoiqu'on dise, abdiqué cette importance. N'est-ce pas à l'art
du Charpentier que l'on doit l'érection de l'Obélisque deLouqsor
sur la place de la Concorde a Paris? les flèches de Notre-Dame
et de la Sainte-Chapelle? l'échafaudage pour l'achèvement du
Louvre? le Rippement tout brandi de la colonne triomphale
du Châtelet? etc.. Non, la Charpente n'est pas déchue de son
importance, et si l'auteur du Théâtre du Charpentier, en 1627,
MATHURJN JQUS$E, vjvajt de pos jours, il pourrait cnçpre dire
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que l'étude de la Charpente est le complément de celle de la
tant belle et recommandable science d'Architecture.
Quant à la généralité de la charpente, elle est incontestable.
Dans tout l'univers, l'aide du Charpentier est indispensable
pour la construction des palais et des chaumières, et malgré
l'introduction du fer dans notre industrie, il est probable que
cette généralité aura encore un long avenir.
Le fer, nous a-t-on dit, a tué votre état...
Pour toujours la charpente a perdu son éclat;
Et le bois désormais pour construire inutile
Ne veut être employé que pour oeuvre futile...
Halte-là! s'il vous plait.. Ne vous pressez pas tant.
Le fer a son mérite. Oh! le fait est constant;
Mais le bois n'est pas mort encor, je vous l'assure,
Avant peu l'on saura, dans certaine mesure,
Le marier au fer dans la construction ;
Par ce nouveau moyen, c'est ma conviction,
L'art de bâtir pourra créer un bon système
Qu'il est bon, je le crois, d'étudier quand même.
Le fer a, dit-on, un grand mérite, c'est d'être incombus-
tible. De récents et de bien désastreux incendies à New-York, à
Londres, à Namur, à Paris ont donné de tristes démentis à ce
mérite, car tous ces monuments incendiés étaient contruits en
fer et en autres matériaux soi-disant incombustibles.
Outre ce démenti matériel, les contractions en fer de notre
époque sont menacées d'une détérioration plus ou moins pro-
chaine par Philibert de l'Orme, qui écrivait il y a trois siècles :
que le fer mis dans les maçonneries s'enrouille, et en s'en-

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