Catéchisme de la conciliation , par un recteur du diocèse de Saint-Brieuc

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L. Prud'homme (Saint-Brieuc). 1851. France (1848-1852, 2e République). In-18. Pièce.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1851
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CATÉCHISME
DE LA
CONCILIATION,
PAR UN RECTEUR
DU DIOCÈSE DE SAINT - BRIEUC.
Tout royaume divisé contre lui-même
sera détruit et toute ville ou maison di-
visée contre elle-même ne subsistera pas.
(S. Mathieu, chap. 12.)
SAINT-BRIEUC,
L. PRUD'HOMME, IMPRIMEUR-LIBRAIRE. — 1851.
CATECHISME
DE
Tout royaume divisé contre lui-même
sera détruit, et toute ville ou maison di-
visée contre elle-même ne subsistera pas.
(St.-Mathieu, chap. 12.)
CHAPITRE I.
Situation générale. — Causes du mal.
DEMANDE. La France est-elle maintenant dans
une situation heureuse ?
RÉPONSE. Non, le malaise est partout, l'in-
quiétude dans tous les esprits. Le laboureur,
l'ouvrier, le marchand, le négociant, le pro-
priétaire , l'artiste, tout le monde se plaint, et à
justes litres.
D. D'où vient ce malaise universel?
R. De nos discordes et de nos dissensions po-
litiques.
La société est minée; le pays est tiraillé par
mille opinions diverses ; les partis se disputent
le pouvoir; et grâces à ces fatales divisions,
l'anarchie menace de nous envahir au premier
moment.
1851
D. Qu'est-ce que l'anarchie ?
H. C'est un état de choses où tout le monde
s'attribue le droit décommander, et où personne
ne reconnaît le devoir d'obéir.
D. Que produit l'anarchie ?
R. La misère publique, la destruction de la
famille, la ruine de la religion , la guerre civile ,
et enfin l'anéantissement de la société, car, dit
l'Evangile, tout royaume divisé contre lui-même
sera détruit.
D. Quels sont les hommes qui propagent au-
jourd'hui les doctrines anarchiques !
R. Il y a les socialistes et les communistes.
D. Que veulent les socialistes ?
R. Une foule d'extravagances ; mais qui toutes
se réduisent à un seul point, savoir : s'emparer
du bien d'autrui.
Pour y parvenir, ils débitent que la propriété
est un vol ; que l'Etat seul a le droit d'être pro-
priétaire (et ils ont, eux, l'espoir de devenir
l'Etat) ; que c'est à lui à disposer de toutes les
fortunes ; à distribuer à chacun ce qui lui con-
vient ; que les enfants même doivent lui appar-
tenir, en recevoir l'instruction , l'éducation , être
façonnés à son image. En sorte que, dans ce
système , il n'y aurait plus de propriété particu-
lière , plus d'héritage, plus de famille, et par
suite plus de religion, attendu qu'on ne peut
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arriver à la réalisation de ces détestables doc-
trines, sans fouler aux pieds toutes les lois reli-
gieuses qui les condamnent.
D. Que veulent aussi les communistes ?
R. Le partage des biens entre tous les citoyens
par portions égales.
D. Les uns et les autres ne promettent-ils pas
que l'application de leurs systèmes ferait le bon-
heur du peuple ; que les petits deviendraient
grands et les pauvres riches ?
R. Oui, ils promettent d'amener la société à
faire l'arbre fourchu, à se poser les pieds en
l'air , la tête en bas ; mais promettre et tenir,
c'est plus que ne peuvent faire les socialistes et
les communistes.
D. Il ne faut donc pas compter sur leur parole ?
R. Non, et vous en comprendrez la raison.
Ces rêveurs en effet ne se flattent d'enrichir ceux
qui n'ont rien , qu'en leur distribuant le bien de
ceux qui possèdent. Mais indépendamment de
l'injustice et de l'iniquité qu'il y aurait à prendre
le bien d'autrui, ce bien n'est pas à leur disposi-
tion ; tant s'en faut : ils auraient même fort à faire
avant d'en être les maîtres. Les propriétaires ne
se sentent pas disposés à leur céder gracieuse-
ment le fruit de leur travail, de leur industrie ,
de leurs talents, ou l'héritage qu'ils tiennent de
leurs pères. Ils défendraient énergiquement leurs
propriétés les armes à la main , et la guerre ci-
vile s'ensuivrait.
— 6 -
La guerre étrangère en serait même une autre
conséquence. Les souverains des différentes na-
tions de l'Europe, dans la crainte que ces prin-
cipes anarchiques ne pénétrassent dans leurs
propres états, se ligueraient sans aucun doute
pour venir en France étouffer ce foyer de dé-
sordre. Ainsi, socialistes et communistes s'atti-
reraient la guerre à l'intérieur et à l'extérieur;
et leurs succès n'est guère probable.
D. Mais enfin, si, à la faveur d'un coup de
main, ces prétendus réformateurs parvenaient
au pouvoir, qu'en résulterait-il pour le peuple?
R. Il en résulterait des malheurs incalcula-
bles. La fortune publique serait livrée à quel-
ques ambitieux sans moeurs, sans frein, sans
religion, qui la dilapideraient à leur profit et au
profit de leurs séides, c'est-à-dire, des débau-
chés, des ivrognes, de tous ceux qui ont hor-
reur du travail.
Quant aux honnêtes gens, qui veulent gagner
honorablement leur vie, il ne leur en revien-
drait que le triste avantage de pâtir et de payer
pour les autres. C'est ce qui s'est vu dans toutes
les révolutions semblables, et ce qui se repro-
duirait encore infailliblement, puisque le même
arbre produit toujours le même fruit.
Dans le système des communistes , comme la
propriété serait divisée en portions égales entre
tous les citoyens, et que le lendemain même du
partage, chacun aurait à peine de quoi vivre ,
le commerce, l'industrie, les arts se trouve-
raient complètement anéantis. Personne n'aurait
le moyen ni de bâtir une maison, ni d'armer un
navire, ni de monter une usine, ni d'installer
une fabrique ; ni de faire une entreprise de quel-
que importance : que deviendraient alors les
ouvriers ?
Enfin, ces différents systèmes ayant pour but
commun de détruire la propriété , l'émulation au
travail serait détruite par là même.
Le père de famille, artisan, industriel, ou
laboureur, n'aurait plus d'intérêt à se ménager
pour l'avenir des économies dont il ne jouirait,
ni lui, ni les siens , et qui devraient passer à des
mains étrangères. On n'aime pas, vous le savez,
à travailler, comme on dit, pour le roi de
Prusse. Adieu donc alors le travail.
C'est ainsi que tous ces beaux rêves d'égalité
de fortune entre tous les citoyens, n'aboutiraient
qu'à établir entre eux une seule chose, l'ègalité
de la misère : ce serait sous tous les rapports la
ruine de la société.
CHAPITRE II.
le Remède.
D. Quel remède indiquez-vous à tous ces
maux ?
R. La conciliation ; je n'en connais pas d'au-
tre.
D. Qu'est-ce que la conciliation ?
R. C'est un accord entre tous les honnêtes
gens, entré tous les amis de l'ordre, pour tenir
tête aux anarchistes, déjouer leurs projets et
leurs entreprises, et travailler d'un concert una-
nime au bien de la France.
D. Expliquez-nous comment la conciliation
pourrait opposer une barrière à l'anarchie, et
ramener la prospérité générale.
R. Le voici. La conciliation une fois opérée ,
les gens de bien seraient à l'égard des méchants,
qui ne sont forts que par la division des bons ,
dans la proportion de vingt contre un. Par con-
séquent, cette union inspirerait tout à la fois de
la crainte aux anarchistes et de la confiance aux
honnêtes citoyens. De là la paix.
Avec la paix et la confiance, conditions essen-
tielles de la prospérité, on verrait bientôt refleu-
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rir parmi nous l'agriculture, le commerce, l'in-
dustrie, les arts.
D. Cette conciliation de tous lés partis ne se-
rait-elle pas possible sur le terrain de la Répu-
blique ?
R. C'est un essai que l'on tente, mais en
vain , depuis trois ans. L'insuccès de cette ten-
tative vient de ce que la nation française est dans
ses goûts , dans son génie , dans ses moeurs, es-
sentiellement monarchique. A part les socialistes
et autres politiques du même genre, qu'il ne
faut classer que parmi les anarchistes , vous ne
rencontrez en France qu'un nombre impercep-
tible de vrais; républicains. Or il n'est pas plus
possible de faire une bonne république sans ré-
publicains , qu'il ne serait possible de faire une
bonne marine sans marins.
On est donc ramené par la force même des
choses à la monarchie.
D. Est-ce que le gouvernement monarchique
est préférable au gouvernement républicain ?
R. Oui en général, à cause de l'unité de pou-
voirs. L'Etat en effet représente une famille.
Dans une famille, pour que tout aille bien, il
faut qu'il n'y ait qu'un seul chef. Quand il y en
a plusieurs , et que chacun se mêle de comman-
der , l'administration est entravée, et les affaires
se font mal. C'est une expérience de tous les
jours.
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Or, dans la monarchie, il n'y a qu'un chef :
on a donc la principale garantie de l'ordre.
Dans la république au contraire, tout le monde
peut aspirer au commandement ; partant, tout le
monde veut commander, d'où résulte dans le
pays une confusion et une agitation perpétuelles.
D. Ainsi, la conciliation doit donc se faire sur
le terrain de la monarchie ?
R. Oui.
D. Quels sont les partis entre lesquels doit s'o-
pérer cette conciliation si désirable pour le bon-
heur de la France ?
R. Tous les partis honnêtes ; mais spéciale-
ment les deux grands partis monarchiques re-
présentés par les deux branches de la maison de
Bourbon, la branche aînée et la branche ca-
dette.
D. Quel serait le prince qui réunirait ces deux
partis, divisés malheureusement jusqu'ici d'opi-
nions et d'intérêts ?
R. Le comte de Chambord. (1) La Providence
semble le tenir en réserve pour mettre fin à nos
discordes civiles.
D. Mais pourquoi le comte de Chambord ,
plutôt qu'un prince d'Orléans, plutôt que Louis-
Napoléon Bonaparte ?
(1) Le duc de Bordeaux prend dans l'exil le litre de
comte de Chambord.
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R. Parce qu'avec ces derniers on n'aurait rien;
terminé : ils ne peuvent arriver au trône qu'en
vertu du principe révolutionnaire, qui ne tar-
derait pas à les en précipiter de nouveau.
Le comte de Chambord lui seul représente
la vraie monarchie, la monarchie héréditaire et
traditionnelle, consacrée par huit siècles ; lui
seul est dépositaire du principe éminemment
conservateur de l'ordre et de la stabilité, prin-
cipe en vertu duquel la succession au trône n'est
jamais interrompue, en vertu duquel le roi ne
meurt pas, en vertu duquel on peut toujours
dire en France : le roi est mort, vive le roi !
D. Qu'elle est la politique du comte de Cham-
bord?
R. Une politique de conciliation, d'union, de
fusion, qui met en oubli toutes les divisions,
toutes les récriminations, toutes les oppositions
passées. C'est ce qu'il dit lui-même dans une
lettre admirable dé sagesse, adressée à M. Ber-
ryer, le 23 janvier dernier. (1)
D. Avec le comte de Chambord, on n'aurait
donc pas le gouvernement exclusif des légiti-
mistes?
R. Non.
D. Ni des orléanistes ?
R. Non.
(1) Voir celle lettre à la suite du chapitre v.
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D. Ni des bonapartistes ?
R. Non.
D. Ni des républicains de la veille ?
R. Non.
D. Ni des républicains du lendemain?
R. Non. On verrait disparaître tous ces noms ,
toutes ces catégories de bleus, de blancs , de
rouges , qui entretiennent chez nous la discordé
depuis soixante ans. Il n'y aurait plus que des
Français, et on aurait le gouvernement de la
France par la France. C'est la devise du comte
de Chambord. Il repousse les vieux abus, les
anciens privilèges du régime féodal ; il ne veut
être le roi ni d'une classe, ni d'un parti ; il veut
être le roi de la nation. C'est pourquoi il appelle
à lui toutes les capacités, tous les talents, toutes
les gloires , tous les hommes qui, par leurs ser-
vices , ont mérité la reconnaissance du pays ,
sous quelque bannière qu'ils aient précédem-
ment milité.
Lisez sa lettre et vous en serez convaincu.
D. Les princes d'Orléans s'opposent-ils à la
conciliation ?
R. Non , ils comprennent qu'il n'y a que ce
moyen de rétablir en France le bon ordre et la
stabilité. C'était d'ailleurs la pensée du feu roi
Louis-Philippe à ses derniers moments. C'est
également l'opinion de la reine Marie-Amélie.
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D. Les partisans des deux branches repous-
sent-ils l'union dont nous parlons?
R. Les plus sages et les plus distingués des
deux côtés l'appellent de tous leurs voeux. On
peut citer pour les légitimistes , MM. Berryer ,
Falloux, Vatimesnil, Laùrentie, Valmy, etc.
Pour les orléanistes , MM. Molé, Changarnier,
Guizot, Salvandy, Sauzet, etc.
D. Comment se fait-il donc que cette oeuvre à
laquelle est. attaché le salut de la France, ne
soit pas accomplie dès aujourd'hui ?
R. Cela tient à ce que certains intrigants , les
ambitieux , les rancuneux, les entêtés et les en-
croûtés y mettent constamment des obstacles.
D. Que faut-il-faire à l'égard de tous, ces
braves gens-là ?
R. Les plaindre, si l'on veut ; mais ne pas se
décourager de leur opposition ; ne pas permettre
que la France périssse pour satisfaire,des ambi-
tions et des fantaisies, et travailler à la fusion
et à la conciliation avec une persévérance infa-
tigable.

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