Caton, ou la Guerre électorale , poème, par le Cte A. D. S.

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les marchands de nouveautés (Paris). 1823. In-12, VIII-191 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1823
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CATON
OU LA
! PARIS,
| CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
I BESANÇON,
I VICTOR CABCCHET, IMPRIMEUR.
S M DCCC XXIII.
GUERRE ÉLECTORALE,
POEME,
PAR LE O A. D, S.
CATON
OU LA
GUERRE ÉLECTORALE.
CATON
OD LA
GUERRE ÉLECTORALE,
POÈME,
PAR LE CTE A. D. S.
Elle chantait sous les riches lambris,
Sur le théâtre, au hameau, sousTombrage.
On la voyait aux soupers de Paris,
A Trianon, aux fêtes du village;
Et les Français, en ces jours fortunés,
De l'étranger ne craignant que l'envie,
Sous les Bourbons doucement gouvernés,
Par la Gaîtê savaient charmer la vie.
Qu'elle renaisse, et me dicte des vers.
CIUKT 1er.
~ PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
BESANÇON,
VICTOR- CABUCHET , IMPRIMEUR.
H DCCC XXIII.
PREFACE.
OUAND on fait la critique du tems présent
au profit du tems passé, il faut revenir aux
vieux usages5 et si on fait un livre, on doit
y mettre une préface, ne fût-ce que pour
consacrer les principes.
Je n'ai à la vérité qu'un mot à dire, et
non assurément pour défendre une plaisan-
terie plutôt qu'un ouvrage, dont j'aban-
donne volontiers le mérite à la colère ou
au prétendu mépris de ceux qui en font
les frais.
On sait assez généralement que la satire
Ménippée en France, et le poème d'Hudi-
bras en Angleterre, ont fait plus de mal
aux fanatiques séditieux des deux pays, et
plus de bien aux deux restaurations que les
lois les plus sages.
Ces exemples sont donc, sinon un motif
d'espérance, du moins une chance pour la
Guerre électorale.
VJ PRÉFACE.
A la seule vue du titre, on me supposera
sans doute, ou plutôt on me prêtera le pro-
jet d'avilir le gouvernement représentatif,
la représentation nationale, la chambre des
députés 5 grands mots qui ne tromperont
personne. Qu'est-ce que les intrigues de
quelques ambitieux, et les manoeuvres de
leurs troupes soldées ont de commun avec
la dignité des chambres ?
Mais on ne manquera pas de me repro-
cher des outrages personnels 5 on m'accu-
sera de verser le ridicule sur des noms cé-
lèbres, tandis que je cache le mien : et c'est
sur cela que je ne veux pas souffrir de re-
proches fondés. D'abord je ne les écris pas
ces noms. Si on reconnaît les personnages,
ce n'est pas moi, c'est leur vie publique qui
les aura désignés 5 car je n'attaque que leur
vie publique. J'ajouterai qu'on imprimera
mes initiales comme les leurs, de sorte que
si quelqu'un croyait avoir à se plaindre, et
désirait des explications, il n'aurait pas plus
de peine à trouver mon nom que le sien.
PRÉFACE. vij
Personne, ni libraire, ni imprimeur, n'a
reçu l'ordre d'en faire un secret. Je repré-
senterai seulement aux réclamans que ce
sont eux qui, depuis long-tems, se sont
faits mes ennemis, et d'une manière bien
plus sérieuse, soit par les mesures auxquelles
ils ont pris part, soit par leurs éternelles dé-
clamations contre les nobles et les émigrés,
qu'ils ont si souvent désignés à la fureur de
leurs lois ou de leur populace 5 car il n'y a
pas un de ces messieurs qui ne soit dans ce
cas. II faut être juste avant tout, avec ses
ennemis comme avec ses amis.
Quant aux moeurs du héros et des autres
personnages épiques ( si épopée il y a ),
comme tous les faits sont à peu près histo-
riques, elles sont nécessairement vraies}
elles sont encore vraisemblables, parce que
les faits sont trop connus et trop récens pour
être oubliés. Je crois que les différentes
scènes qui les représentent n'excèdent pas
la liberté de la plaisanterie permise, mais
je ne doute pas que les admirateurs des écrits
Vllj PRÉFACE.
les plus licencieux de la philosophie, peut-
être même les éditeurs de la Pucelle, de la
Religieuse, ou de la Guerre des dieux, ne
soient scandalisés de mes vers, si leur génie
s'abaisse jusqu'à les lire. On estimera leur
pudeur.
Enfin, me demandera-t-on si le poème
est terminé, et pourquoi je le publie s'il ne
l'est pas ? Je répondrai qu'il est fini s'il en-
nuie 5 on n'en entendra plus parler : il est
fini puisque l'intrigue est conduite jusqu'au
moment du scrutin, qui est le dénoûment;
mais s'il ne déplaît pas au public, un scru-
tin succède à l'autre, et la Guerre électorale
sera continuée.
CATON
OU LA
GUERRE ÉLECTORALE.
CHANT PREMIER.
EXPOSITION. Invocation. Rencontre en voyage.
Beauté mystérieuse. Amour subit du héros et de ses
compagnons. Principes libéraux de la dame. Phé-
nomène.
CHANTONS, amis, suivons l'antique usage,
Puisqu'à chanter un poète s'engage,
Bien que nos vers à peine récités,
Du chant des Grecs nos vers déshérités,
Loin des accords de leur docte harmonie,
JNe charment plus un peuple admirateur5
Mais sans l'aveu des nymphes d'Aonie,
Sans voix, sans lyre, et souvent sans génie,
On dit je chante} écoute donc, lecteur.
2 LA GUERRE
Je chanterai la guerre électorale,
Des deux partis que suivent les Français
Les grands combats et les travaux secrets,
L'art du scrutin, et de l'urne fatale
Les candidats sortant législateurs.
Toi qu'on a vu, parmi les électeurs,
Dicter les choix par ta seule éloquence,
Mon colonel, jeune et sage Caton,
Sois mon héros et celui de la France.
Je ne saurais célébrer ta naissance,
Ni les guerriers sortis de ta maison :
Tu n'as d'aïeux qu'Amour et la Raison;
Tu fus nourri du lait d'une déesse }
Mais l'inconstant qui trompa sa faiblesse,
Qui méconnaît un fils si glorieux,
Se cache encor sans doute au rang des dieux.
Que nous importe un usage gothique?
Parce qu'on voit la poésie antique
ÉLECTORALE. 6
De ses héros vanter le noble sang,
Irai-je encore, au siècle des lumières,
M'abandonner à ces erreurs grossières?
Non ! de nos jours la noblesse et le rang
N'ajoutent rien à la grandeur épique5
Le talent seul, l'esprit, la politique
Et les destins font un héros parfait.
Pour m'inspirer en ce nouveau sujet,
Où trouverai-je une muse moderne?
Serait-ce toi, dont la voix nous gouverne,
Tyran du jour, dur esprit de parti?
Je ne veux pas, sois en bien averti,
Par tes excès acheter tes services 5
Non que j'ignore ou tes puissans secours,
Ou les effets de tes vils artifices.
Qui veut te suivre en tes sombres détours,
Te seconder pour conspirer et nuire,
Est aussitôt l'auteur le plus vanté;
4 LA GUERRE
L'Aisne ou l'Isère en font un député;
Et pour la cause on s'ennuie à le lire.
Loin, loin de nous des succès si honteux!
Une autre muse aura seule mes voeux.
Elle est française, et saura toujours plaire.
Sur sa patrie elle régna long-tems ;
Elle animait, de ses transports charmans,
L'heureux bourgeois, le duc et la bergère ;
Elle chantait sous les riches lambris,
Sur le théâtre, au hameau, sous l'ombrage.
On la voyait aux soupers de Paris,
A Trianon, aux fêtes du village;
Et les Français, en ces jours fortunés,
De l'étranger ne craignant que l'envie,
Sous les Bourbons doucement gouvernés,
Par la Gaîté savaient charmer la vie,
-Qu'elle renaisse, et me dicte des" vers.
-C'est un souhait que le lecteur partage,;
ELECTORALE. 0
Car entre nous point d'intérêts divers :
Qu'il puisse lire, et sourire à l'ouvrage,
Yoilà le but ; essayons le moyen,
Et commençons sans plus de verbiage,
Avant qu'on dise : au fait, nous verrons bien.
Dans la gondole ou le vélocifère,
Vaste voiture, élégante et légère,
Qui, de Paris partant chaque matin,
Porte à Poissy, Nanterre, ou Saint-Germain
Vingt voyageurs dans les tems d'affluence,
Par un beau jour ne s'étaient réunis
Que deux Gascons à deux autres amis,
Jeunes encore, ou dans l'adolescence.
On était près des portes de Paris :
Le char roulait, éclairé par l'aurore
Qui répandait ses premières clartés,
Quand une voix impqsante et sonore
Se fait entendre.- On écoute. —• Arrêtez...*
O L'A GUERRE
Le char s'arrête, et le cocher s'élance.
C'est une femme, on la voit qui s'avance
A la lueur d'un jour encor douteux,
Sous l'épaisseur des bois majestueux
Dont la verdure entoure l'Elysée.
Sa taille est haute, et sa démarche aisée.
Telle, sans doute, on voit sur d'autres bords,
Dans l'Elysée où s'égarent les morts,
Du noir Pluton la compagne immortelle,
Peut-être même etmoins fière et moins belle.
La voyageuse, entre les voyageurs
A pris sa place auprès d'un militaire.
Ses traits divins annoncent les grandeurs f
Et son habit montre un destin vulgaire ;
Mais ce contraste et cet air de mystère
Favorisaient un amoureux espoir.
Rien de plus beau ne se fit jamais voir :
On est surpris, on l'admire, on l'adore -y
ÉLECTORALE. 7
De son costume on est même enchanté :
Il est piquant ; sa robe est tricolore ;
D'un seul tissu son front est surmonté ;
Mais de ses plis l'élégante tournure
Et sa couleur rappellent la coiffure
Que sur l'autel portait la Liberté.
Elle est sans doute à son culte fidèle,
Et cet attrait ajoute à ses beautés.
Les voyageurs, de plaisir transportés,
Ne songent plus qu'à plaire à cette belle.
Tous à la fois, l'un de l'autre envieux,
Mais en secret, voudraient se faire entendre.
L'un, essayantle langage des yeux,
Cherche un regard qu'il espère surprendre.
L'autre ^pressant ses soupirs amoureux,
A chaque fois que la belle respire,
Croit qu'elle est prête à répondre à ses voeux.
Le plus ardent, en proie à son délire,
Laisse éclater son admiration,
8 LA GUERRE
Frappe son sein brûlant de passion :
Tandis qu'enfin, avec bien plus d'adresse ,
Le dernier laisse égarer une main,
Cherche une amante, et doucement la presse,
Non sans espoir, quoiqu'il la presse en vain ;
Car au toucher elle est calme et paisible.
Elle n'est pas du moins inaccessible ;
Et, sans s'armer de la sotte pudeur
Qui d'une prude excite la rigueur,
Avec noblesse elle reçoit l'hommage
Que les désirs rendent à sa beauté;
Même on croit voir errer sur son visage
Ce doux sourire et cet air de bonté
Qui d'un succès sont toujours le présage.
La troupe alors, redoublant de courage,
Serre les rangs, attaque de plus près ;
Mais les propos, les gestes indiscrets
Forçant la dame à rompre le silence,
Sans ébranler sa ferme contenance :
ÉLÉCtOR'ALÉ. 9
« Messieurs, dit-elle, écoutez-moi d'abord.
Vous m'aimez donc, et d'une ardeur subite
Vous éprouvez le sublime transport;
On peut vous croire, on connaît son mérite,
Puisqu'on en eut des preuves quelquefois.
Mais pour me plaire il faut aimer mes lois
Et m'immoler ses- plus douces.tendresses :
Or c'est ici, messieurs, votre embarras ;
Car je connais et vous et vos maîtresses. »
Moi, moi, dit-on, cela ne se peut pas.
A mon amour rendez plus de justice.
— « Cela se peut, et même à tel indice
Que, s il le faut, je vais dire les noms.
Ces deux messieurs, militaires gascons,
Servant tous deux la même douairière,
Sans le savoir sont en rivalité.
Pour le savant de l'université,
Lui qui du Rhin habitait la frontière,
Qui depuis peu vint briller à Paris,
10 LA GUERRE
11 a gardé les moeurs de son pays,
Et n'aime encor qu'une belle idéale,
Dont la vertu doit être sans égale.
Le colonel ou le docteur Caton
( Des deux métiers il fit l'apprentissage ),
Quoique nourri du lait de la Raison,
A mes côtés n'en paraît pas plus sage.
D'une princesse il fut l'amant aimé,
Et, bien qu'alors il en fût peu charmé,
Aujourd'hui même il reprendrait sa chaîne,
S'il retrouvait sa belle souveraine
Lui pardonnant ses torts et ses mépris. »
Les voyageurs , renversés, ébahis,
Se récriaient : O beauté surhumaine,
Qui vous a dit ? — Madame, en quel pays
A vos regards aurais-je pu paraître,
Sans avoir eu l'honneur de vous connaître?
Non, non, jamais. Vos traits victorieux
ÉLECTORALE. Il"
Auraient frappé mon coeur avec mes yeux.
On lui jurais un amour plus fidèle,
On protestait ; on abjurait pour elle
Tout souvenir désormais effacé.
Caton disait : « Qu'importe le passé ?
De l'avenir occupons-nous, déesse j
Et, s'il vous plaît, tout le mien est à vous.
Je vous immole et bergère et princesse ;
J'en fais ici serment à vos genoux. »
Ses compagnons sont aux pieds de la belle ;
Elle reprend d'une voix solennelle :
« Eh bien, messieurs, je reçois vos sermens ;
Quoiqu'à la foi de ces engagemens,
En politique, en amour, en affaires,
Les gens d'esprit ne s'arrêtent plus guères,
A mes genoux les sermens sont sacrés;
Et vous saurez, quand vous me connaîtrez,
Que la mort même a prouvé leur puissance.
Personne ici ne s'étonne, je pense,
12 LA GUERRE
Que mes amans aient pour moi combattu,
Ou que mes yeux aient assez de vertu
Pour obtenir ce faible sacrifice.
A me servir il faut se dévouer;
Mais le bonheur est le prix du service,
Et quelquefois, je veux bien l'avouer,
Je l'accordai d'avance, et par caprice;
Car d'imiter les dames de romans,
Ou leurs grands airs, leur vertu singulière-
Qui ne payait leurs chevaliers errans
Que de scrupule ou de beaux sentimens,
A dire vrai, ce n'est.pas ma manière.
Je suis d'ailleurs de race populaire ;
Je m'en fais gloire, et nourrie à Paris,
Depuis vingt ans, au milieu des lumières,.
Pourrais-je voir, sans un profond méprisy
La= pruderie et ses rigueurs grossières.
D'un vrai principe on doit enfin partir..
A la nature on nous fait revenir;.
ÉLECTORALE. l3"
On ne suit plus d'autres lois que les siennes ;
Ainsi l'exemple aux jeunes citoyennes
S'offre partout admirable à leurs yeux;
Et sous les eaux, dans les bois, sous les cieux,
Tout ce qu'Amour soumet à son empire
Sait vivre, aimer, jouir en liberté.
Pour moi, si j'ai quelque célébrité,
Je laisserai la sottise en médire ;
Rien ne saurait me contraindre en mes voeux.
Aimez-moi donc, et vous serez heureux :
Qui me suivra n'en aura plus de doute. »
Alors le char, qui terminait sa route,
De Saint-Germain atteignait les hauteurs.
On ouvre, on sort. Les quatre voyageurs,
Se disputant de zèle et de vitesse,
De main en main descendent leur maîtresse :
Les plus heureux retiennent ses beaux bras^
L'autre àl'oreille obtient une parole,
Et le dernier un regard qui console.
l4 LA GUERRE
On l'accompagne, on dirige ses pas,
Mais dans quel lieu digne de tant d'appas?
De la terrasse on peut aimer la vue,
Et parcourir son immense étendue ;
Mais la forêt, ses sombres profondeurs ^
Sa solitude, asile du mystère,
Ont plus d'attrait, de charme pour les coeurs.
On en parlait. La dame la première,
Se dégageant de l'un et l'autre appui,
S'élance, et prend une route écartée.
La troupe suit, de plaisir transportée,
Chacun croyant quelle fuit avec lui,.
Et par lui seul'veut se voir arrêtée.
O désespoir ! ô prodige ! ô terreur !
De ces amans suivant leur Atalante,
Le plus léger, le plus rempli d'ardeur
Saisit sa main, et sa main est sanglante.
Elle a marqué la trace de ses pas
D'un sang impur dont la terre est fumante;
CHANT SECOND.
Du merveilleux de ce présent poème. Divinités mo-
dernes. Divisions dans l'Olympe à l'arrivée des
déesses de la révolution. Métamorphose dé la
Liberté. Nouvelles de la beauté mystérieuse.
JD ANS tous les temps, à nos erreurs mortelles
Nous avons cru les dieux intéressés.
On les a vus, partageant nos querelles,
Loin de l'Olympe et des cieux délaissés,
Guider les pas de leurs peuples fidèles,
Et se mêler jusques dans les combats.
Mars et Vénus combattaient les Atrides,.
Et, pour Paris et ses amours perfides,
Des murs de Troie écartaient Ménélas.
Le triste époux, que protégeait Pallas,
Avait encor pour servir sa vengeance,
Avec les Grecs, Junon et sa puissance;.
Cette Junon qui, malgré ses efforts,
l8 LA GUERRE
Vit un héros sortant- de la Phrygie,
Et par Vénus conduit sur d'autres bords,
Soumettre enfin lé Tibre et Lavinie.
Dans notre France,, un autre merveilleux
Fit admirer des^dieux d'une autre espèce,
En petit nombre, et parfois ennuyeux;
Le dieu du Rhin, la Gloire ou la Mollesse,
De saints martyrs, des rois religieux,
La Piété, Lucifer, ou la Grâce.
L'une guidait le vainqueur de Coutras ;
L'autre animait les ligueurs aux combats;
Le dieu du Rhin redoutait notre audace,
Et la Mollesse était pour les prélats.
Mais, de nos jours, tout a changé de face ;
C'est la Raison, la fière Liberté,
L'Ambition, mère de la Fortune,
L'Égalité, divinité commune,
Qu'on-abandonne au vulgaire entêté :
L'esprit du siècle en fit l'apothéose,
ÉLECTORALE. 1Q
Les fit monter au rang des immortels,
Et, près du sien, érigea leurs- autels.
Or, vous jugez si la métamorphose,
Les nouveaux dieux, et leurs prétentions,
Tous les malheurs de leur règne funeste,
Ont rappelé dans la troupe céleste
Et la Discorde et les Dissensions
Par Jupiter autrefois exilées.
Du sceptre d'or qui brille dans sa main
Frappant du ciel les voûtes ébranlées,
Le roi des dieux, l'immortel souverain,
Des parvenus bravant la vaine audace,
Au dernier rang leur fit marquer leur place.
Mais d'autres dieux, de son pouvoir jaloux,
Car dans l'Olympe on trouve aussi des fous,
Sont du parti des déesses nouvelles.
Le dieu sanglant qui préside aux combats ,
L'horrible Mars, qui les trouve assez belles,
20 LA GUERRE
Qui, de leur culte et des nouveaux débats
Peut espérer des guerres éternelles ,
Est en secret charmé de leurs appas.
Mais la déesse à qui le vrai courage,
Plus loin des champs de mort et de carnage-,-.
Doit la grandeur des succès éclatans
Dans les beaux arts, dans la paix, et la guerre,
Aux déités Minerve plus contraire,
N'accorda rien à leurs vains partisans r
Aussi leur règne a passé sur la terre
Sans rien laisser à la postérité.
Vous comprenez que pour divinité
Je ne prends point la Minerve éphémère,
Fruit des amours, d'un commerce adultère
Entre la presse et l'esprit imposteur,
Dans l'antre noir d'un avide imprimeur
Pour de l'argent par un Suisse engendrée;
Mais la-Minerve autrefois, adorée
ÉLECTORALE. 21
Au Capitole, au sein du Parthénon,
Des peuples rois de Rome et de la Grèce,
Dont le génie honorait la sagesse.
Comme Pallas, le divin Apollon,
Qui des mortels adoucit la rudesse, .
Le dieu du jour, de la lyre et des vers,
Dont les regards animent la nature,
A ces faux dieux, qu'adore l'imposture,
A refusé sa voix et ses concerts.
Aussi la France, en vain régénérée,
N'entendit plus cette lyre sacrée
Qui, dans les mains de nos maîtres, fameux,
Entretenait les îiations rivales,
De nos grandeurs, alors nationales,
Et d'un grand roi, d'un peuple généreux,
Accompagnait les pompes triomphales,
Chantait la gloire, et comblait tous les voeux.
Si denos jours, pour de moindres merveilles
22 LA GUERRE
Le Dieu du Pinde eut quelques favoris
Qui, rappelant le siècle des Corneilles,
Dans nos malheurs ont consolé Paris ;
S'il inspirait et Delille et Ducis ;
Si, loin du monde et des regards profanes,
Il apparut quelquefois à Fontanes ;
Si, du Vicomte, à défaut de bons vers,
Il consacra les ouvrages divers ,
Et reconnut sa prose harmonieuse ;
C'est que jamais dans l'onde vénéneuse
Où s'abreuvait le troupeau des auteurs
Du nouveau culte avides sectateurs,
Ils n'ont puisé les doctrines hideuses
Dont le poison flétrit l'humanité ;
Et qu'Apollon, dans sa sévérité,
N'a réservé qu'aux âmes généreuses
Les droits sacrés de l'immortalité.
Pour la Vénus terrestre ou Callipyge,
ÉLECTORALE. 23
Comme son sexe, aimant la nouveauté, .
Malgré son père.et l'époux qu'elle afflige,
Elle n'a pas manqué l'occasion.
On sait qu'elle est toujours pour la Raison,
Et du parti des belles qu'on adore:
A leurs honneurs les siens gagnent encore.
Mais le Destin voulut que Cupjdon,
Le tendre Amour, fût du parti contraire ;
Car, dans le ciel, les révolutions,
Comme ici-bas, divisent les maisons ;
Et notre France,! l'Amour est si chère !
Il y régnait presque seul sur les.coeurs
Dans l'âge heureux de la chevalerie,
Et dans le siècle où la.galanterie
A la beauté soumettait les grandeurs.
Alors, guidés par les.Grâces ses soeurs,
L'esprit, le goût, l'aimable courtoisie,
En obtenant ou cédant ses faveurs,
.Ennoblissaient son culte et ses conquêtes..
24 1A -GUERRE
Aussi l'Amour ne vit pas sans courroux
, Des nouveaux dieux les grossiers interprètes
Anéantir ses charmes les plus doux,
La foi, l'honneur, la pudeur, le mystère,
Et le réduire à peu près au seul fait,
Par la licence enseignée au vulgaire.
L'enfant malin pénétra leur projet,
Et par le Styx, aux dieux si redoutable,
Il a juré de punir leur forfait,
De perdre enfin une race coupable.
Depuis ce temps , jusques dans leurs palais,
Les potentats de la nouvelle France,
Les défenseurs de la vaine science,
De sa colère ont ressenti les traits.
Il poursuivit les belles libérales,
Tant et si bien sut enflammer leurs coeurs,
De leur hymen exciter les scandales,
Qu'ils l'étaient tous, guerriers et sénateurs.
Au Directoire, à la Cour, quelle joie!
ÉLECTORALE. 25
Pour la jeunesse et l'Amour quelle proie!
Nous chanterons peut-être quelque jour
De ces époux, victimes de l'amour,
Les déplaisirs, la disgrâce funeste ;
Mais, pour finir notre.histoire céleste,
Il faut vous dire encor que la Raison
Sut engager à l'opposition
L'ami Mercure et l'aveugle Fortune;
La Liberté, dans leur cause commune,
Pour déguiser ou calmer ses fureurs,
Voulut aussi faire entrer la Folie,
Et dans le piège entraîna l'étourdie.
Ainsi l'Olympe eut aussi ses ligueurs
Qui vont courant ce monde sublunaire,
Et, par les mains dé leurs adorateurs,
Portent partout la discorde et la guerre.
La Liberté, dans ses excursions,
Ne s'offre pas toujours aux nations
2.6 LA GUERRE
Dans la beauté de son costume antique,
Telle qu'elle est dans une république,
Quand le succès des révolutions
Lui soumettant la peuplade civique,
Elle reçoit les adorations.
Mais quelquefois sous la forme nouvelle
Sous les habits, les traits d'une mortelle,
Elle en prendra le langage et les moeurs.
Veut-elle plaire, enflammer tous les coeurs,
A son service attacher la jeunesse,
Laissant alors l'orgueil d'une déesse,
Elle est toujours, en ses amours naissans,
De bon accord , facile à ses amans.
Un beaurjour donc, quand le véloeifère
A Saint-Germain portait les quatre amis,
Et qu'elle crut leur zèle nécessaire
Pour seconder ses projets favoris,
Quittant l'Olympe au lever de l'aurore,
ÉLECTORALE. 27
Elle avait pris les traits de Tricolore,
Jeune marchande illustre dans Paris,
Dans les marchés, sur les places publiques.
Car Tricolore offre sous ses portiques
Les plus beaux fruits, et les monstres divers
De nos forêts, des plaines et des mers,
L'oiseau du Phase, et l'hôte des garennes,
Le coq de l'Inde, et l'agneau des Ardennes.
Vous la verriez, au gré des acheteurs,
Lever, trancher la dépouille sanglante,
Et répandant de sa main diligente
Tantôt du sang, ou des fruits, ou des fleurs ;
Vous la verriez, toujours des trois couleurs
Ayant eu soin de charger sa parure,
Du voisinage exciter les clameurs.
La Liberté prend souvent sa figure
Par le pouvoir de ces secrètes lois
Que nous nommons la nature des choses,
Qui font agir les dieux comme les rois,
28 LA GUERRE
Et règlent tout jusqu'aux métamorphoses.
Est-ce la loi de la fatalité,
L'analogie, ou la nécessité?
Je n'en sais rien, et le monde l'ignore.
Que Tricolore aime la liberté;
Pour honorer sa chère Tricolore,
Que la Déesse emprunte sa beauté,
Prenne ses traits, cela s'explique encore ;
Mais de savoir pourquoi la Déité,
Au dénoûment et dans chaque aventure,
Se voit contrainte à quitter l'imposture,
A dépouiller son costume emprunté;
Pourquoi toujours signaler son passage
Par tant d'horreurs, de meurtres, decarnage;
Pourquoi ces feux, ces signes effrayans,
Ces flots de sang qui vont rougir la Seine,
Dont on a vu l'horrible phénomène,
Puis, disparaître aux yeux de ses amans ?
Serait-ce donc pour apprendre à la terre
CHANT TROISIEME.
COURAGE du héros et de ses compagnons poursuivant
la Liberté sons les traits de Tricolore. Leur arri-
vée au château de la forêt. Travaux de ses habitans.
Séduction inutile des dames. Fidélité des amans.
Préparatifs d'une séance secrète.
QU'UN amoureux, dans l'ardeur du bel âge,
Suivant sa nymphe à l'ombre des forêts,
Prêt à jouir de ses plus doux attraits,
Voie échapper la belle qui l'engage j
Et dont l'amour à son amour répond,
Que fera-t-il ? En homme de courage,
Se perdît-elle en un antre profond,
Jusqu'aux enfers eût-elle été ravie,
Ne doit-il pas dans ses tendres transports,
Sans hésiter poursuivre son amie
Et, s'il le faut, jusqu'au séjour des morts?
S'il est surtout le héros d'un poème
Qui doit briller par ses nobles travaux ,
32 LA GUERRE
Qu'il se soumette à cette loi suprême,
Elle est sacrée ; aussi fit mon héros.
De la Déesse il a suivi la trace,
Sans s'étonner du spectacle sanglant
Que, sur ses pas, elle laisse en fuyant,
Prestiges vains qu'a bravés son audace,
Dont un grand coeur ne peut être troublé.
Il a trouvé, près du roc ébranlé,
L'antre nouveau, la voûte naturelle
Que pour sa fuite entr'ouvrit l'immortelle,
Abîme affreux, sans lumière et sans fond ;
Et cependant, dans son ardeur sublime,
Notre héros, l'intrépide Caton,
Le voit, s'élance, et tombe dans l'abîme.
Il est suivi du commandant Jason.
S'il vous souvient de ce vélocifère,
De la forêt, des quatre compagnons
Tous enchantés par la belle étrangère,
Le commandant était des deux gascons
ÉLECTORALE. 33
Le plus léger; l'autre tout hors d'haleine,
Non moins épris, le lieutenant Fredaine
Auprès de l'antre arrive avec Herman,
Le blond Herman, professeur et savant.
Tous à l'envi vont tenter l'aventure,
Tous engagés sous cette voûte obscure.
Caton les guide, et, l'épée à la main ,
Sonde, interroge et suit le souterrain
Qui se prolonge, et long-tems sans issue
N'offre à leurs pas qu'un appui dangereux.
Victoire enfin ! un rayon lumineux
Perce la terre et vient frapper la vue.
Sur vingt degrés qu'a taillés le ciseau,
Et sur ses gonds tournant sans résistance,
S'ouvre une porte; on sort. Unbeau château
Qu'ont élevé le luxe et l'élégance
Domine au loin le parc et les bosquets.
On se disait : C'est ici son palais,
2*
34 LA GUERRE
J'y cours,-allons, moi j'aurai mes entrées.
Mais tout à coup paraissent vingt chasseurs t
Leur banderole et leurs vertes livrées
Portent ericor l'aigle des empereurs.
Us ajustaient leurs armes préparées,
Leur main est prête à lâcher le ressort ;
Faites un pas, le coup part, et la mort
Serait le prix de tant d'ardeurs sincères.
Un chef s'avance en disant : Téméraires,
Que cherchez-vous en ces lieux respectés ?
Les amoureux répondent : Tricolore.
— Ah! Tricolore! A ce nom qu'on honore,
A ce mot d'ordre, alors comme enchantés
Les vingt chasseurs ont retiré leurs armes,
Tant ce seul mot Tricolore a de charmes!
Le chef s'incline, implore son pardon.
« Si ces messieurs voulaient voir la maison
En attendant qu'on ouvre la séance;
Je ne crois pas que sitôt on commence.
ÉLECTORALE. 35
S'ils ont besoin de rafraîchissemens,
De leurs désirs ils daigneront m'instruire.
J'ai pour emploi de guider, d'introduire,
D'initier les nouveaux arrivans. »
Les arrivans se laissent donc conduire
Sans rien entendre à tous ses complimens.
« Messieurs, dit-il, nos établissemens
Sont divisés d'après un vieux système,
Mais indiqué par la nature même.
Ici cuisine , office , restaurans ,
Salles de bains, salles de gymnastique,
Tout ce qui peut former l'homme physique,
Des citoyens ranimer la vigueur,
Et leur donner une mâle énergie.
Entrez, messieurs. » Une table est servie,
On entre, on boit; et le vin le meilleur,
Les mets exquis et les sauces piquantes
Vont raffraîchir leurs forces défaillantes.
« Après la table à loisir nous verrions,
36 LA GUERRE
S'il était tems, les hautes régions
Où sont traités sur le plan le plus sage
L'esprit, le coeur, enfin l'homme moral;
Montez, messieurs, c'est au premier étage. »
Là, brille encore un luxe impérial ;
Là, pour former un jeune libéral,
L'initier à la sainte doctrine
Qui des tyrans prépare la ruine,
De nos auteurs employant le secours,
Et des beaux arts le plus riche concours ,
On rassembla les oeuvres du génie.
Bibliothèque, orchestre, galerie
Où l'art d'Appelle honore le-pinceau,
Tout est choisi pour la grande entreprise.
« Voyez ici la Bastille conquise,
C'est le sujet de ce premier tableau,
C'est des Français la première victoire :
Là commença cette époque de gloire
ÉLECTORALE. 31]
Qui ne s'ouvrit qu'avec la Liberté,
Qui doit passer et finir avec elle,
Quoiqu'un héros, des héros le modèle,
Qui ne régna que par sa volonté,
En ait reçu le superbe héritage,
Et l'ait accru même par l'esclavage ( 1 ).
Voilà, messieurs, ce que nous enseignons,
Le seul objet de nos collections,
Et ce qu'il faut graver dans la mémoire
De tout Français appelé par ses droits
A concourir à nos nouvelles lois.
Si vous voulez, vous en lirez l'histoire ;
Mais on ne lit, au siècle où nous vivons,
Que son journal, que ces feuilles légères
Qui sans ennui nous donnent des lumières;
C'est l'important ; aussi nous écrivons,
Et nous avons de fort bons journalistes. »
En même tems il ouvre un cabinet
Où s'escrimaient écrivains et copistes.
(i) Galimatias libéral.
38 LA GUERRE
Tout près de là dans un autre on chantait.
Les amoureux aiment la mélodie;
Tout occupés de leur superbe amie,
Nos voyageurs croient entendre sa voix;
Ils laissent donc la triste politique
Et le fatras des journaux et des lois,
Pour s'élancer au salon de musique.
Ils se trompaient ; d'autres muses ses soeurs,
Une autre voix et d'autres amateurs
Composaient l'air de la chanson guerrière
Du vieux drapeau caché dans la chaumière.
On répétait : De ses nobles couleurs
Oui, nous saurons secouer la poussière.
Chacun jugeait la composition,
On admirait sa brûlante énergie
Pour enflammer une réunion.
Bientôt, changeant et le mode et le ton,
Et soupirant une tendre élégie,
On fit chanter, ainsi que Béranger,
ÉLECTORALE. 3g
La gent qui bêle et se plaint du berger.
Les amateurs comprenaient l'apologue,
Il est fort clair, et s'entend sans prologue.
Mais il faut voir dans le grand atelier,
Le beau travail des dames ouvrières
Qui, dédaignant des grandeurs passagères,
Et revenant à leur premier métier,
A la patrie ont consacré leurs veilles.
Sur les drapeaux qui, toujours glorieux,
Ne seront pas tous anciens et poudreux,
Leur main savante a fixé des abeilles (1).
On y peut voir, tant le travail est fin,
Jusqu'à l'amour ou l'ardeur du butin
Qui de l'insecte est le vrai caractère.
Avec moins d'art, mais un zèle aussi pur,
Tressant la pourpre et le blanc et l'azur,
Une autre main, plus prompte et plus légère,
Multipliait ces ornemens guerriers
(i) Drapeaux de Napoléon II.
4o LA GUERRE
Que le chapeau des jeunes officiers
Doit recevoir au premier jour de gloire.
Ce jour est proche, et vous pouvez le croire,
Disait le guide, il est dans les secrets.
Enfin, toujours parcourant ce palais,
Mais occupés de leur unique flamme,
Les voyageurs prétendaient voir madame.
Vous pensez bien que les tendres objets
Dont cette enceinte était l'unique asile,
Peuple charmant d'un séjour enchanté
Où la pudeur est aimable et docile,
Où tout respire Amour et Liberté ,
Aux défenseurs de leurs justes querelles
Ne se montraient sévères ni cruelles.
C'était en vain. En vain, par ces accords
Qui de l'amour savent peindre l'ivresse,
De douces voix, soupirant la tendresse,
De cent beautés expliquaient les transports.
ÉLECTORALE. 41
Le croirez-vous, c'était en vain encore
Que cet essaim caressant et léger
Dans sa folie osait les engager,
Les entraîner aux jeux de Terpsichore.
Dès qu'un archet avait fait retentir
Un de ces airs dont la molle cadence
Sur ses trois tems vous invite à partir,
De jolis bras, jetés avec aisance,
Loin de la foule attiraient un danseur;
Et la danseuse, en sa feinte candeur,
Selon l'usage atteinte à la ceinture,
Autour de lui faisait tourner ses pas
Dont les désirs troublaient seuls la mesure.
Ruse inutile, inutiles appas;
Les voyageurs épris de leur déesse,
De tous ces soins dédaignaient la bassesse.
Ils s'écriaient, errans et furieux :
« Elle est entrée, elle habite en ces lieux;
42 LA GUERRE
Elle en est donc et dame et souveraine,
Gomme à la Cour elle en serait la reine, .
Ou comme elle est déesse dans les cieux. »
On leur répond qu'une illustre princesse
Est en effet dame de ce château ;
Mais on n'admet auprès de son altesse
Que les élus portés sur son tableau :
La tyrannie et des lois de prudence
Ont exigé cet ordre rigoureux.
Madame seule accorde sa présence.
Se dérobant aux regards curieux,
Elle voit tout, et choisit par ses yeux.
Elle est toujours présente à la séance ;
Mais autour d'elle un voile précieux
De sa tribune environne l'enceinte,
Et des regards brave la vaine atteinte.
C'était ainsi que dans Rome autrefois,
Dans ce sénat qui gouvernait la terré ,
César-Néron faisait placer sa mère,
Quand sa jeunesse en recevait des lois.
CHANT QUATRIEME.
HUMBLES excuses du poète. Séance du comité direc-
teur. Débats. Rapport de la commission. Trouble
excité par l'amour du héros. Grand combat dans
l'enceinte sacrée. Apparition de la Liberté. Oracle.
JN'EN doutez pas, j'aime la liberté.
Si j'étais né dans Rome ou dans Athènes,
Près des héros de cette antiquité,
Dont les vertus, les moeurs républicaines
Du citoyen gardaient la dignité ;
A la tribune où tonnait Démosthènes,
J'aurais peut-être approuvé ses fureurs ;
Ou, du consul prince des orateurs
Autorisant la féconde éloquence,
J'aurais du peuple embrassé la défense
Contre Philippe, ou contre les Césars :
J'aurais donné mon nom au Champ de Mars
Pour être inscrit au rôle de l'armée :
46 l'A GUERRE
Près de Pharsale, ou près de Chéronnée
Je serais mbrt en vrai républicain,
Et je vivrais dans les vers de Lucain.
Je suis-Français, et j'aime ma patrie :
Mais quand je vis une troupe avilie
Sortant du sein de la corruption,
Qui, par la fraude et la séduction,
Sut entraîner un peuple encor fidèle,
Pour attaquer le plus faible des rois,
Lui qui du sceptre abandonnant les droits,
Ne répandait, de sa main paternelle,
Que des bienfaits sur ses vils ennemis,
Pouvais-je croire à leur vertu nouvelle?
Et lorsqu'ainsi les crimes enhardis
Ont établi leur pouvoir tyranniqué,
En invoquant la liberté publique,
Je ne leur dois que de justes mépris.
Je leur ravis ma fière adolescence ;
ÉLECTORALE. *: 47
Libre du joug, et loin de leur puissance,
Je ne suivis que des chefs de mon choix,
Je ne servis que la cause des rois.
Pour délivrer un prince débonnaire,
Je répondis à l'appel de son frère.
Je le suivais aux champs Catalonniens ;
C'est là qu'il dût combattre avec les siens :
Il eût sauvé sa famille et la France.
Mais l'étranger, sa funeste alliance
L'ont détourné d'un projet généreux;
Il fallut donc s'abandonner aux dieux.
Pour moi ; voyant mon attente trompée,
Je fus ailleurs engager mon épée,
Seul héritage échu de mes ayeux.
A mon retour sur la terre natale,
Voisin fâcheux de mes foyers détruits,
Je n'en ai pas disputé les débris ;
Je laissai tout au moderne Vandale,
Ne demandant au prince rétabli
48 LA GUERRE
Que l'air et l'eau , dans le commun oubli.
Mais sa justice, enfin, ordonne-t-elle
Que sous ses lois, sous l'empire des lys ,
Je souffrirai., de la horde infidèle,
Tous les affronts, jusqu'alors inouïs,
Dont l'insolence a poursuivi mon zèle !
De par le roi, ses ennemis secrets
M'accableront de leurs vains quolibets :
Et quand ils sont faciles à confondre,
Je ne pourrai me venger ni répondre ;
Je ne pourrai, signalant leurs travers ,
En égayer mes amis et mes vers !
Oh ! la faiblesse accroît le ridicule ;
Et ces messieurs m'en feraient un nouveau
Si je n'osais achever mon tableau,
Et m'arrêtais au frivole scrupule
De compromettre une feinte union.
Je ne suis pas, sur ce point, si crédule ;
Je reviens donc à ma narration.
ÉLECTORALE. 49
On le saithien, aux champs comme à la ville
Les libéraux ont leur conseil: secret;
Mais dans des lieux d'un accès difficile,
Pour éviter un regard indiscret.
On se.rassemble à la voix des puissances:
On a choisi long-tems pour les séances
Ce beau château caché dans la forêt
Et protégé par son ombre fidèle,
Où nos amans en poursuivant leur belle,
Et pour mot d'ordre ayant donné son nom,
Etaient entrés commandés par Caton.
On arrivait des deux bords de là Seine ;
On commençait, et la salle était pleine.
Là se trouvaient assis aux mêmes bancs ?.
Tous ces esprits amis de la lumière, ;v ."*.;'
Qui, divisés sur plus d'une matière,
Sont par la haine unis contre les blancs,
Et tous d'aceord décidés à détruire,
Sauf à s'entendre après pour reconstruire.
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