Causeries du village / par Vellaud...

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Librairie démocratique (Paris). 1872. In-32, 16 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1872
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CAUSERIES
DU VILLAGE
PAR
AVOCAT, DOCTEUR EN DROIT, CONSEILLER GENERAL (SEINE-ET-MARNE)
5 centimes.
PARIS
LIBRAIRIE DÉMOCRATIQUE
33, RUE MONTMARTRE, 33
1872
CAUSERIES DE VILLAGE
VÉRITÉ, vieux paysan républicain.
SIMPLICE, jeune paysan naif.
SIMPLICE. — Eh ben, père Vérité, vous n'avez
donc pas entendu le dernier coup, vous allez
être en retard !
VÉRITÉ, levant la tête sans discontinuer son
travail. — En retard , de quoi ?
SIMPLICE. — De quoi? de la messe donc !
VÉRITÉ, se radressant à demi. — De la
messe et qu'irais je y faire?
SIMPLICE. — Y faire comme tout le monde,
pardi !
VÉRITÉ, se redressant tout a fait. - Si ce
n'est que pour fane comme tout le monde que
tu vas a l'Eglise, cela ne prouve pas en faveur de
ton jugement mon garçon; on ne doit jamais
faire que des choses raisonnées.
SIMPLICE. — Pour que motif voulez-vous donc
q'j'y aille, c'est une affane d'habitude ; mes
parents y allaient, ils m'y ont mene, j'y vais et
J'y menerai mes enfants.
VÉRITÉ. — Que dis-tu alors quand tu vas a la
messe ?
SIMPLICE. — J'dis rm, j'récite et j'accom-
pagne les prières.
VÉRITÉ. — Que disent alors ces prieres ?
SIMPLICE. — Est ce que j'sais, moi, c'est en
latin ?
VÉRITÉ. — Ainsi tu accomplis un acte ma-
chinal, sans conviction.
SIMPLICE. — Qu'eu bête que c'est, la convic-
tion ?
VÉRITÉ. — C'est l'accomplissement d'une
oeuvre en connaissance de cause.
SIMPLICE. — Que q'vous nous chantez là
j'vous repète que j'vais à la messe pour n'pas
m'singulanser a faire autrement qu'les autres;
mais est-ce que j'sais c'que j'y batis ! j'récite par
routine, en pensant a rentrer mon foin avant
qu'y soit mouille, ou à espérer que j'vendangerai
sans que la gelée de mai ait bu le picton dans le
fichau
VÉRITÉ. —Tu feras mieux alors de t'abstenir.
De deux choses l'une : ou tu as la foi et tu se-
rais coupable de ne pas en suivre les impulsions,
ou tu ne l'as pas (ce qui m'a l'air d'être ton cas),
et je ne vois pas ce que tu vas ficher à l'Eglise.
SIMPLICE. — Ah ça, êtes vous diôle père
— 5 —
Vérite, avec vos manigances de juge d'instruc-
tion; c'est tous l' même cas, i-z-y vont tous pour
la même raison qu'moi.
VÉRITÉ — Qui n'est pas une raison, mais une
absurdité, puisque vous faites une chose dont
vous ne vous rendez pas compte, et par consé-
quent vous n'avez aucun mérite a la faire.
SIMPLICE. — Que qu'ça peut nous fane, nous
n'fesons pas d'mal, pisqu'nous fesons c'qui s'est
toujours fait.
VÉRITÉ —L'homme, créature intelligente, ne
doit rien faire sans raison et sans utilité pour ses
semblables ; agir autrement, c'est perpetuer l'i-
gnorance, engendrer l'hypocrisie, et au lieu de
devenu des citoyens habitués a scruter les causes
des faits et capables de voter intelligemment
dans les affanes publiques, on reste un troupeau
de betail facile a être conduit au gré des inté-
ressés au privilege.
SIMPLICE. — Que qu'vous voulez qu'j'vous
dise, vous m'interloquez, j'fais comme j'ai tou-
jours fait et vu faire, j'en sais pas plus.
VÉRITÉ — Ecoute Simplice, tu m interesses
parce que tu es plus simple que malin, viens
t'asseoir a l'ombre de ce pommier, aussi bien
un peu de repos m' décanchera les membres, et
ce que je vais te due te profitera davantage que
les tas d'mots qu'tu marmonnes sans les com-
prendre crois-tu en Dieu?
SIMPLICE. — C'te bêtise
VÉRITÉ — Qu'est-ce que Dieu alors ?
— 6 —
SIMPLICE. —Dame j'sais pas, moi, j'ai
oublie mon catéchisme, mais du moment qu'
M. l'Cure dit qu'y en a un, c'est qu'y en a un.
VERITÉ, souriant. — Crois-lu qu'il existe des
pommes de terre?
SIMPLICE, riant aux éclats, — Vous m'pienez
donc pour un innocent, pisqu' j'en plante, qu'
j'en récolte et j'vous flanque mon billet, père
Vérité que lorsque j'rentre d'labourer en octobre
par l'serem piquant du matin, ou quand je re-
viens le soir en decembre, d'eplucher mon bois,
sous l'ciel gris d'plomb, sentant dans la moelle
des os qu'y a d'la neige dans l'temps, une tor-
chonade fumante d'pommes de terre mangée
près l'poele qui ronfle, ou l'fagot qui flambe flans
la cheminee, c'est bigiement bon pour l'intestin!
VERITE — Tu vois
SIMPLICE, l'interrompant et passant sa langue sur
ses lèvres. — Et quand c'est rose d'un pichet de
picton, cre nom !
VERITÉ. — Ah, je te prends en flagrant delit
de conviction! tu crois a l'existence des pommes
de terre, et qui plus est a leur bon manger parce
que tu les vois et t'en emplis la bedaine, tu
crois a la vertu du picton, parce que tu le lampes
à tire-langot et t'en pour leches les babines ;
mais quelle idée te fais-tu de Dieu pour croire a
son existence comme tu l'affirmes
SIMPLICE —Bon, v la qu ça vous reprend! ..
que qu'vous voulez que j'vous reponde d'pus
qu'avant ?

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