Causes célèbres, curieuses et intéressantes de toutes les cours souveraines du royaume, avec les jugemens qui les ont décidées. Tome 176 / [Nicolas-Toussaint Le Moyne, dit Des Essarts]

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[s.n.] (Paris). 1789. 17 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1789
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMÔN PRESS
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK
:iC?|i.È.B K ES.
0
î
A VIS le
ai te Journal.
Kjti m
l'avenir, les
que chez le
F
au coin de
la rue lavée.
Les mémoires, plaidoyers
tous les paquets relatifs
à la diftribution de ce jour-
nal doivent lui être adrcf-
fes francs de port.
Le prix de la foufçrjptipn
1 pour Paris, ^eâ de i8 livres,
& de. 24
vince. r.-vy.
e a U ses
CEI È B R ES,
CURIEUSE SE T INTÉRESSANTES
DE TOUTES LES COURS'
SOU VERAINES DU ROYAUME,
AVEC LES JUGE MENS
QUI LES ONT DÉCIDÉE S4
T OME CLX^VI.
A P A M S.
M. DCC, L XX XIX.;
̃Aï
G A US ES
CÉLÈBRES*
«*U R HE US E S ET INTÉRESSANTES,
PREMIÈRE PARTIE.
P'CXX Ve CAUSE.
Mulâtre condamné & exécuté à Avi~
gnon pour avoir commis un crime
«trocs (i)
V/n verra, dans ce procès, un
exempte effrayant d'audace & de
fcélératefle. Jamais, en effet, crime
(i) par.
n'a été commis avec plus 4e pré*
cautions, & plus difficile prou-
ver, que celui ,que la jufticfc avoit:
à punir. Heureufement, ,.les ma-
giftrats^ chargés de déyoiîer |es
coupables à la vengeance des loix,'
font parvenus à acquérlrïa convic-
tion dont ils avoient befoin, pottr
condamner l'accufé & un des for-
faits les plus atroces qui aient fouillé
l'humanité n'cil pas reflé impunr,
Quoique cette affaif g ait été inf
truite & jugée par un tribunal étran-
ger, fes détails n'en feront pas lus
avec moins d'intérêt. Dans un co-
ment fur-tout, ou l'on s'occupe
de la réforme de notre code
criminel, il -eft important
tous les
jnrirprudence étrangère avec ,la
nôtre, pour préparer les change..
nVénà qui"
le cocîp criminel françols* ̃̃ -H.
A iij
,C'eft dans cette vue que je me
fuis détermine à-rendre. compte du
procès du mulâtre condamné Se
Voici lés faits de ce! procès (
Comblé de gloire couvert de
cicatrices fruit honorable des der-
nières campagnes de l'Amérique:
feptentrionale M. de Tréceffon
comté de Carné iffo d'une tics
va Un dans un mémoire imprimé de
ral de la congrégation criminelle de la
puis peu que j'ai pu me procurer ci
contribution les annales criminelles
6
pltts illnftres familles de Bretagne
s'étoit propofé, en quittant les Ari
tilles, depaiTerle refte de fes jours
loin du tumiifte des a: mes. La beauté,
du climat. d'Avignon l'ayant êé-
cidé à fe fixer. dans le Comtat,
il avoit établi fe demeure dans
rifle..
Lefoir du 10 JMillet 1784 toute
cette ville fut en alarme. Un iffiT
cendie terrible fe înaniteft<! tout-à-
coup le tôcfin fair accourir les
habitans le cri général indique la
maifon de M. de Tréceffon, & les
officiers «je jtifticé s'empreffent de
(e rendre fur les lieux, téi'voifinà
s'introdujfeiit d'abdrd patr ta port*
principale qui avoit été ouverte
par le mulâtre Jean.Baptifle, dtfnjer*
tique de M. de Trécëffon d'autre»
viennent au fecôurs par une terraffe
tontiguë au Jardin de M. le comte
CÉLÈBRES»
A
de, Rivetre & entrent par la porte
d'une galerie .qui communique à
tous les appartenons. Le foyer dô
l'incendie étoit établi dans un petit
grenier à foin plein de pail.n» qui
étoit foué fous ta galerie & ait-
un bûcher rempli de
bois. Tandis qu'on arrête le progrès
des flsmmes qui
lement to:)te la
celle de M. te comte de Rivette
Jes magiftrats municipaux donnent
les ordres néceflaires Bientôt quel-
ques personnes montent dans l'ap-
partement ,or.
tenoit ordinairement., on y trouve ̃•
âne garde-robe ouvert* les effet»
&
M. de un fau-
8 C A USES.
table, fur laquelle étoimne lumière
& un livre. Une femme qui le voit
la première ne l'apperçevant faire
aucun mouvement, le croit évanouit
ou fuffDquée par la fumée dont la
chambre eft pleine; elle le touche
& le remue; mais c'efi envain; il
ne donne aucun fgne de vie elle
appelle du fecours. Deux hommes
accourent enlèvent ce, corps ina-
nimé, le defçendent dans la
& là on ne peur plus.douter qu'il eft
• réellement inort, & qu'une "arme à
feu a terminé fes jours. Les ma.
gitlrats s'occupent cependant, de
ce qui demande un f.ecours prêt
fant, c'eft-à-dire de l'incendie, &
on réunit h l'éteindre.
Deux chirurgiens ayant été man-
dés, on procède, ,fuivant les-formes
ordinaires à la vifite du cadavre..
On trouve, dans la poitriae des
6É LEflRES.
Av
kleflures fi-pro,fondes, qu'elles-pénè-
trent jufques au thorax Se aux lobes
des jppulmons les os fra&urés
deux balles mâchées dans les tégu-
mens fupérieurs du bras droit, plu.
fieuts petits plombs dans les vifeères,
§c l'on- uge que' ce font les effets s
terribles d'une arme à feu qui ont
caufé la mort fubitement à cet
officier infortuné.
Le-concours de diverfes circor.f-
tances ( difoit M. le procureur-gé-
néral) dans le détail defquelles nous,
entreronts dans la fuite fait dans
rinftant&généraîementjfoupçoriner
de cet exécrable forfait le mulâtre
Jean-Baptifte. Cette unanimité û'iûe
,l'ordre du juge-, on l'arrête. Les
officiers de la juriOJicYion veiha-
d'élit le procureur fifcal exhibe un
fufilà deux
IO CAUSES
dans le baflîn plein d'eandu jardin
de M. »de Rivette; ce hûl eff
défigné comme appartenant £ M.
de Jïéceffon.
Informés de' ce funefteévéné«i
ment & de fes circonftances
nolis crûmes devoir' toat de fuite
en faire une expofition judiciaire
pardevant monfeigneur te vice
légat. Son excellence ufant'de fort
droit inconteflable 'évoqua cette
caufe à fon trinal fuprêrne & chargea
fes officiers de fon infiruâîon. Nous
croyons inutile de raporîer ici le
journal de cette procédure', dont
les aûes prouvent que Jean-Bap-'
tiile, mulâtre, eft l'auteur de Thonai-
cide & de l'incendie.
Aucun crime n'eft commis far.s
une caufe impulfive. Nous conve-
nons de ce principe; mais combien
de fois n'arrive-t'il pas que les çir*
CÉLÈBRES, il
A vj
confiances qui
tachées }̃ •>
Le cardinal Gualterie qui avoit
été un des plus fameux défendeurs
dé> prilonaiers dans les tribunaux
de Rome diftingoe deux fortes
de eau (es dans les délits une qu'il
appelle raijbnnée, .d'après laquelle
l'homme le porte au crime la près
une mure Tautre im-
pul/ïve,
d'une paifion ne permet pas de
réfléchir avant de le commettre. On
peut dire encore que ia caufe du
délit fe trouve quelquefois dans le
12 C A USE S
une autre chambre que la fiennej
il partageoit fes habits avec lui,
& lui faifoit porter fon plus, beau
linge, Cependant, peu' de temps
avant fa mort une froideur mar-
quée fuccéda à, ce tendre attache-
ment non.feulement il le fit cou-
cher dans une autre chambre
témoigna fon mécontentement, mas
il manifefla même le deffein où il
étoit de le renvoyer en Amérique.
Il eft certain `que tant que Jean-
Bapflite jottii .d-es bonnes grâces de
M. âe.Tréceffon, & qu'iL éprouva les
effets de fa tendreffe;il eut tout l'iii-
térêt de fe conferver dans-la maifoa
d'un maître qui l'affeûionnoit qpi
l'avoir fait venir de la Martinique
.& qui ne l'auroit jamais abandoa-
né; mais, après a\teir dégoûté fon
bienfaiteur, l'avoir forcé àlui ôter
:foa amitié & fa confiance, & l'avoic
CÉLÈBRES. Ij
enfin décidé à le faire repayer aux
Mes quel changement dans fa fitua-
tion! quelle perfpeflivè frappe fort
esprit Oii trouvera- 1- il un maître
qui lui cède fes propres habits, lui
donne fori plus beau linge le nouriffc
.& lui fournifTe tout l'argent dont
il a befoin ?
La tendrefle de M. de Tréceflbn
devoit fans doute avoir capté l'at-
tachement de Jean-Baptifte. Celui-
ci avoit en effet de la réciprocité j
& toutes ces marques .d'affeftions
étoient payées du plus fincère retour
de la part de Jean-Baptifte jamais-
attachement ni plus vif ni plus vrai
que celui qu'il avoit pour ce maître
ion père". Mais tout-àcoup il. ap-
perçôit «n changement total dans
M, de Tréceffon toute efpérahce
enlevée.
ators ? la vengeance,
t4 Causes
Cette paflîon qui /uivânt ull
philofophe moderne, entraînée vers
fon but faifit fans choix tout ce
qui s'offre fur fon paffagev cette
pafiion qui, par fon union monf-
trente avec l'amour, comme dit M.
Servant, a fait naître quelquefois
•de*s coeurs vraiment mônfireux eft
donc une des caufes impulûves du
délit de Jean-Baptifte.
La froideur & le dégoût.que mar-
quoit M. de Tréceffon ;& la nou-
velle du départ de Jean-Baptise
répandue font naître des foupçons
dans Pefprit de & dernier. 11 épie
en conféquence les démarches &
la conduite de fon maître à fon
égard il fçait qu'il ne doit plus
refier avec .ltii, &. cependant ¡il
cherche à s'affurer du moment où
il fe verra obligé de le quitter.
En effet le foir du dimanche aa
lundi qui précéda l'homicide, M.
de Tréceffon ayant écrit deux let*
très, l'une pour M. l'abbé de La-
pierre d'Avignon & l'autre pour
Marfeille qui déçoit être mife 1
la poire les remi ta fa cuifinière en
lui expliquant leur deflitvation.Jeài*- •
Baptifte étoit préfént celte lettre
pour Marfeille te frappe, il imagine
qu'elle concerné fon voyage dès-
lors il né perd plus de vue la cui-
finière, 6e dans le moment où elle
fe difpofe à remplir fa commiffion
il la fuit & fe fait remettre les deux
lettreâ,fous prétexte qu'il les portes
Nanti de ces deux lettres, il avoit
befoin que quelqu'un lui lût celle qui
étoit pour Marfeille. Surles loheures
du matin du jour de l'homicide,
ï& C Avu s r .r*~
connoiflbit ̃ familièrement il .lui;
montre la lettre dont avoit il -eu foin,
de déchirer l'adrefle & le prie de lui
en faire la lefture. Dans cette lettre
M. de Tré'ceflbrr marquait
voaloit congédier Jean-Baptifle
parce qu'il coutoit trop qu'il
♦> donnait 200 livres pour le, faire
repayer en Amérique & que
» fi cette fomme ne fuffifoit pas
» il en doniKroit une plus confie
» dérable >n Le voilà donc -a0ur«
dès le ma-tin du jour du délit, par
la main même de.fon maître, d'être
renvoyé aux Ifles & que tout fe
prépare pour fon départ &" voilà
-le moment où it ,fe détermine à
ne plus différer fa- vengeance.*
Après avoir, prouvé ( difoit M»
le procureur général ) que Jean-
Baprifle conaoiflbif 1a perte qu'il
avoit fuite, de Tafteûion de Ion,
CELEBRES, ï?
maître, qu'UTçavoit (on départ pour
les Mes décidé il nous relie à.
faite, voir une féconde caufe de
fpn affreux délit.
Avant qu'il déméritât auprès de
M. cle, Tréceffon ce bon maître
l'avoit afluré dans les transports
de fa tendreffe, que non feulement
il -fn-auroit foin pendant fa vie i,
mais qu'après fa mort il augraen-.
teroit encore fes bienfaits.
M, de Tréceffon aveit remis Ton
teftament à un notaire de Lille dans
le mois de Mai 1784 JeanBaptifte
ne l'ignoroit point, puisqu'il étoit
encore alors le fidelle compagnon
de fon maître ,.de jour & dejm;r. Il
n'et! pas à préfumer qu'il ne fçût
point que c'eft dans ces efpéces.
d'aftes que fc confignent les dons
qu'on veuf faire après la mort
*8 Causes
cette cônnohTance il voit que s'il
part pour l'Amérique, fon maître
qui eft dégoûté de lui, peut changer
fes difpofuions à fon égard; & il
penfe- en conféqnence qn'H nt
doit pas lui en donner le temps*
En effet: s'il avoit réirflrdaris fort
defiein fi Je Mc- s'en étoit tenu
aux fauffes apparences qu'il moit
eu foin de préparer, le grand coup
n'étoiiil pas porté? n'évitoit il pas
le voyage de l'Amérique.? h'obte-
noit-il pas l'héritage ? ne fe mettoit*
il pas en pofleffîon de tout, ce que
lui étoit affuré? Se fous les aufpiceâ
de la loi ne- jduiffoit- il pas trani
qiiiMement de la dépouille de foti
bienfaiteur? Mais que la prévoyance
de l'efpri^ humain eft bornée Une
malice ra6née préfide dans le délit} v
elle y apporte toutes les précautioiM}
Capables d'en cacher l'auteur | 6e
cependant on le découvre.
CE t KBUÉ 5. *9
Tel eft le fécond motif qui a
gyidé Jean-BaptiuV; motif d'autant
plus fort que c'eft celui de l'intérêt*
& celui-ci d'autant plus pnifiant
que fi ion atteste n'eût point été
trompée; il paflbit tout- à- cou p de
la fervhude à lu liberté. Le défi*
de quiltçT v.n état fervile & abjeft
pour devenir libre, & indépendant*
cachez l'homme la plus forte des
payons, & nous diront^: Poinr dt
grand cfimt fans un grand intérêt
point de grand intitét fans unie grandi
paffion. Voilà donc les deux caufes
qui ont déterminé Jean-Baptifte
fe fQiiiller dé cet horrible forfait
It
fut tué avec un fufil à deux coup»
témoin* dépofent avoir entend*
deux coups de fufil coup fur cotipi*
qui ne,
veut pas convenir dés deux, coups!
féparés dit néantîiains
entendit un coup de fufîl ,mais
bien fort & qui fit beaucoup
» de bruit dans, la maifon ». H
répete
qu'un coup de ;fii^l :i dans Jayàh*
»< maifon éxtrêro«tnfpt,
de
de fufil, & ce fut par le
Ce fufil à deux coups étoit chargé;
il étoit, le jour de Thoroieide^dans-
la maifon de M. on'
le trouva, le lendemain, déchargé
dans le b^ffin do jardin de M..de
Rivette il fut reconnu p^oùr celui
de M. de Tréceffon tant par .le
prifbnnier .que par plusieurs
moins mais comment ,ce fuel
€ ÉLEB RE S; «|
:hors de la maifon ..s'il n'avoïç pas
été rinftrument de la mort de fan
maître ?
L'accuse convient qu'un des ca-
nons de ce fu fil avoit été .chargé
avec quatre balles mâchées Se
"l'autre avec de petits morceaux
de plomb qu'il avoit lui-même ar-
rondis avec lesde;nts. Dans le cada-
vre de M. de Tréceflbn, les chruri-
giens mâchées
arrêtées dans lesTegummens.de la
parne Supérieure du bras. droit &
plusieurs petits] plomBs ,dans .-les
vifcères de forte que le fufil que
à char-
^er cft précifémenr' celui avec
a tué fon maître.

-près cette opinion il avott dont
Intérêt à mâcher les balles & les
plombs qiv'il mit dans le fufirj puifr
tju'il en attendoit la mort lubite de
M. de Tréceffofl» Se qu'il feioit
hors d'état de pouvoir déclarer la
main qui mirent fait le coup. Un
«voit toutes les facilités, parce que
fon maître lui ayant cédé ce fufil
pour s'amnfer à la\h»ffe, il pou-
voit le charger & le cacher à v«-y
Sur les huit heares da fok» Jeaar
Baptitte, par ordre de M. <leTré«
ceflbn fut chez le porteur de Lille
pour prendre le courrier. Afon re-
xour il trouve la cuifinière dan$ te
vetlibule de la maifon fur le poiat
cupé à lire dans fa chambçé à cour
^cher. Quoiqu'il fût que W.detré-
ceffon étoit dans l'ùfage de len-
c à i. e b R 1 s. 23
voyer ta cuifinierc quand il avoit
pris Ton lait qu'alors il ne rece-
voit plus du monde &
plus de fa
compter avec fou maître (bit pour-
quelqu'autre motif, ne revint, foo
inquiétude à cet égard, le porta à
tirer de la propre bouche de là Da-
pat l'adurancé poûtivé qu'elle ne
reviendroit pas,
Il eft donc invraifemblable qqe
des étrangers à la roaUbn deM. de
Tréceffon aient commis le délit?.
L'inimitié -ou le vol ont pu feuls
de
aimer par toute la ville de
tés
une.
tuer la première
perfonne qu'ils rencontrent. Ils ne
»fe extrémité que
lorsqu'ils
dus
CÉLÈBRES.
Tome CLXXlVT,
cet officier ne fe mit point en dé-
fenfe. Lorfque la cuifinière quitta
il étoit affisTur un fauteuil' main
droite de la porte d'entrée de fa
chambre, lifant un livre qu'il te-
noif ,la' main & ayant côté de
lui une petite tabîe.
Il eft prouvé que M. de* Trécef-
fon étoit dans cette fituation lorf-
qu'il reçut les coups de fufil & il
eft démdntré, par' la direûion des
bletfures que M. de Tréceffon fut
furprii & tué dans la iituation oh
il" étoit qu'il ne vit point la maia
qoi.Iui ravit le jour, & n« put
faire la réfiftance qu'on doit natu-
MUement fuppofer â
militaire.
i6 C A V SES s
formelle de tuer la premiers per-
fonne qu'ils rencontreroient peut.
aâ, croire qu'ils ne fe foienf munis
d'un arme propre à ce dlcfTein ? Pott-
voient-il ravoir
un fufil chargé balles dans la ga-
Jfriè, & précifément dans l'endroit
ils pouvoient s'introduire faas
êiA apperçus? Quand même ils au-
raient appris indire&ement que M.
-de Tréceffon avoit un fufil chez:
lui, n'étoit'ce pas un motif de plus
pour les éloigner?
Il eft donc impoffible que des
perfonnes étrangères la maifon
de M. de Trécetton aient commis
le délit.
Jean Baptifte vouloit faire tom»
ber les fpup;ons fur des étranger*
que le vol auroit déterminés à com-
mettre le meufrre. En conséquence,
il prépara tout ce qui j ouvoit faire
C i L E^B R ES. 17
Bij
Soupçonner ce deffein il ouvrit la
garderobe, jetta par terre une,par-
t'te des effets comme fi les voleurs
n'y avoient cherché que de l'argent
pu des effets précieux, y prit les
couverts les jetta fur les marches
de l'eCcalier imaginant par-là faire
çr^ireque le bruit qu'il fit en def-
ce ndant de fa chambre pour venir
.au fecoius de fon maître, faifant
craindre aux voleurs d'être furpris,
les obligea à fuir précipitamment
& à >etter le panier Jte rargente-
rie pour n e pas en être embarraflës
dans leur fuite.
Il ne réfulte pas de la procédure
qu'il ait manqué aucun effet dans
la maifon de M. de Tréceffon. On
trouva dans le
fa chambre à coucher le peu d'ar-
xZ Causes
fes autress effets les plus p'fécieux.
En outre, il ne pàcoît pas qu'il ait
manqué aucun des bijoux 'qu'on lui
connoiffoit donc le prétendu vol
n^rl fupp~ofé que ponr effacer les
traces qui pourvoient cdnduire à la
"connoiffance du coupable.
On a dit qu'un négociant de
cette ville avoit compté à-M. de
TréceifforH^in mois avant cette jôiir-
née funefte environ mille écils &
on veut en conclure, qtiè? cette
fomme ne s'étant plus trouvée
elle fut prife partes voleurs.
Nous répondons en premier
Heu Si ce fait étoit vrai on- ctt
demande que ce négociân ftrt en-
tendu dans le procès.
En fecond lieu, fi M. de Tré-
cêffon avoit eu cette prétendue
tomme en tout ou fh partie, ne
i'auToit-H pas ter» le dans le cabinet
CÈlj-kBR&S,*
B iij
o^iJ^SiCinq ,lo.uîs furent trouvés,
avec fes autres effets précieux. En-
fin en fuppqfant qu'elle lui eut été,
comptée dans un mois de .temps
?;•;
Et.. fi, ,de
ne fut trouvé nanti d'aucun effet
conféquence qu'il ne l'avait pas
ce rien n'ayant
manqué^dans la maifon les pré-
;jamais exifté
,.Mais,, on objçtte que le .panier
de la gar-
moment que les
36 Cause $
voleurs prirent la fuite de forte
que fi l'on ne vola pas dans la mai.
fon, ce ne fut qu'à caufe de la
promptitude avez laquelle Jean-
Baptifte accourut, qui épouvanta
les voleurs & les fît. fuir avec pré»
Noirs répondrons- d'abord que,
quoique l'argenterie foit tine chofé
de prix fii couverts trois cuil«
liérs à ragoût f petites cwillkrs à
café, font ordinairement les uffien*
files nécelfaires iü une tâbl«. Qu'en
conféijuence de leur ufage jottrè'a*
endroit à portée des domeftiques
toutes les fois qu'il falloir mettre le
tenir dans la garderobe,
plus commode &
à'y a perfonhe
cence, qui ne biffe au moins fut
CÊLEB H ES> H
Biv
Couverts pour fon ujage journalier,
& qu'on ne les faflê enfermer toutes
les fois qu'on a dîné ou foupé
mais onne les ferre pas là ôîi il
tient ce qu'il a de plus précieux &
d'un ufage moins ordinaire, pouf
n'être pas obligé à chaque iaûunt
de les y -pofer ou de les y re-
prendra.
En fecond Heu, nous dîfonsque
Jean Baptise choifit mal i'ëndfoit
ou il jett'a les couverts. S'il you-
ibit faire croire que le voleur
ou les voleurs les avoient jettes
pour n'être pas .eitibârralfés dans
leur fuite il devoit les faire trou-
ver dans la galerie ou fur la ter.
raffe
qui
lieu Par ou
rent la fuite. D'ailleurs s'ils avoient
31 CAUSES
quoi les jetter de préférence au fa-
fil ? Comment /des couverts, cltofe
légère facile à manier & à cacher,
unique fruit qu'on pouvoir retirer
de cet horrible forfait, font aban-
donnés, & on garde l'arme homi-
cide, dont enfuite on eft û emba£
rafle qu'on la jette dans un badin,
pour n'être pas furpris avec un in-
dice auffi indubitable à la main.
Celui qui eut l'idée de le jetter
dans ce bafnn, avoit certainement
un grand intérêt à cacher cette arme
fatale. Il importoit aux meurtriers,
s'ils étoient étrangers, de la laiffer
dans la maifon même parce qu'à
la découverte de l'affaffinat & à^
celle que le propre fufil de M. de
Tréceflbn en auroit étéff'inftrù-
ment, les foupçons auroieni tom-
bé plus facilement fur les gens de,
la maifon que fur les étrangers.
s 33
Bv.
Cette réflexion échappa à Jean-Bap.
tifte, qui, occupé du. feul foin de
cacher le fufil, pafia par la porte-
delà galerie, 'ouvrit- celle qui, de
la ferrafTe communique au jardin
le jetta dans. le b.affin & rentra en-
parles mêmes
portes. ,C'e# à cette manoeuvre
qu'il employa une partie du temps
qui s'écou!a:ce'mre oh il
tira les coups de.-fuûïs, Se celui on
il cria au fecours. Mais; voici oii
fa prudence; fut principalement 'en
la porte1 à
claire-voie qui communique au jar-
sin, & foit rpar le trouble & l'a-
giration,
par
lhabuude
il. ferma avec l'cfp^olètte intd-
conduit dans la galerie, ne
34 G A vst
prévoyant pafr que par-là il four*
mroir lui-même un des plus forts'
indices.
Maïs, dit on, eftil préAMnaMe
que Jean Baptise aurait exécuté cet
abominable deffein à neuf heures
dttfoir ? C'étoit pricifénfrefft l'heure
unique dam laquelle il peuvoit Tac-
complir,
JsanT» Baptifte vovAoh rtter foi»'
Amure par trahifon le fufil étoît
l'arme la glets. con^eeafcle, parce
qu'elle l'exemptait d'entrer dans fa
cfe a mfere oh il craigooit la dé*«n fé
qu'aurait natureHement oppofiée
M. de Trécâffcnt s'il ,lui donnoit
lieu de former des foopçons Se ou
il
reproche qii'un feul regard de. fan
«aître de fou». ne rit im-
prsflion (as fou cœur plus féroce
que les 'aires des défem qu'il avoif
CÉLÈBRES. 3f
B vj
heureusement abandonnés, & ne dé-
farreât (a main déjà levée pouf
trancher les jours de ton bienfai-
leur;. ïl lui convenoit, par confé-
quent, de choifir une heure proprô
à éviter ces inconvénient & il n'a-
voit pas de montent plus favorabld'
que ceîui qu'il
avoit attendu que fort maître eûf
achevé fâ leânre, M. deTréceffort
n'étanf plus occupé fe feroit in-
faillibiement apperçu du
mouvement; peut-être auroït-H été
obligé d'entrer dans ta chambré
pour lui donner l'eau qui étoit prie-'
parée pour lui laver les pieds. Peut-
être même qoe.fon maître (€ ferait
enfermé dans fa
mettre au lîf & alors Jean-B'aptrnV
n'auroit-il pas manqué le (eut rtro-
Causes s
dansja maifon il ne porta pas tjmit
de fuite à fon maître l'eau qu la
cuifinière lui ;a*voit dit être prête?
Pourquoi il prit le prétexte qu'elle
rj'étoit pas affez chaude & qu'elle
avoit bel'oin de refter encore quel-
que ternps au feu ? N'étoit-ce pas
il -'pour tenir occupé fa
\d£tim.e jufqu'au moment du facrir
fice .} Et d'après cela, peut-il tom-
ber fous les feus, que des étrangers
purent combiner, ce moment uni-
que, pour l'exécution du délit ?
Jean Baptise feul a donc pu pren-
dre des mefures auffi juftes & choi-
fir, ,pour, cet horrible aflaffioat, le
feul mornent favorable, c'eft à-dire,
^près le départ de la cuifinière, Se
avant que M. de Tréceiïbn s'enfer-
mât dans fa chambre.
Quant à l'incendie, nous aurions
pu je cpnfidérer comme un fécond
célèbres;
délit très-graves,, dont JeanBaptifle
s'eil rendu coupable mais nous
laiffons aux Juges éclairés le con-
fidérer comme tel, lorfqu'il s'agira,
d'infliger, à fon auteur la peine- qu'il
mérite, & nous croyons devoir ?
mettre dans la claffe des indices.
pour consolider leur enchaînement.
A peine Jean Baptifte fut-il cou-
vert du fang de fon maître, que
l'irréfolution & la perplexité filles
au remords & delà crainte s'em-
parèrent, de lui. Son efprit agité
cherche le moyen de cacher fort
crime. Une efpèce d'inftin£t lui pré*
fente le feu il fe détermine à l'in-
cendie. Un entrefbl plein de paille»
bûcher rempli de bois,;
la lampe, qui peut être venoit de
jf* CACHES
rations qui Pâffaffi-
nar, lui Bien-
tôt le fnccès fort attente;
la vivacité des flamme* efface la
f<^brle futur Je leur «aufe
la lampe lui devient itrotife ï! en
jeite la pompe.
Si Jeatî-Baptrfte «voit laîffé faite
un te
péwple l'mcert-
drë lerorï entré dams ia rtiaifon 8c
décottvctt feu-
toit iju'îî o'auroit
tinte
là, il étoit feu-I
qvtt fou fiteftce aurait augmenté la
force de firrdice.
Il for donc forcé de crier sa fe«.
cotrrs, croire que des
du crime.
(dans ta chambre de fon maître', qu'il
n'apprit ça-
davre fut defcendu dans ta cuiiîne,
& qu'il fut
M. fauve dans
le jardin
dit' crier »
» de Cartier; on affaffine mon maî-
» tre, il
» maifon au fecoOK, on a
St l'incendie dont il ignore la
tif qui
affaffinoit
étdieht
clairement que le» termes dont it
fe fervjt étoient
gues à opéra-,
-tiens qu'il avott faites dans la rnair
fon il étoit perfuadé qu'en annon-
le, vol & l'affaflînat » on le crôi-
ayant prouvé le contraire il vit
dès-lors qu'il s'éioit trop preffé à
donner vol & de
l'alaffiiiat de forte que pour y re-
médier il donna une tournure à
cette circonftance » A tous
» ceux qui fe présentèrent il leur
x parla des coups
m entendus dans la maifon. qu'il
» appella an feepurs dans la rue en
M difant qu'il avoit entendu an
M coup de fufil & que le feu étoit
» beaucoup, de (v monde accourut
CELEBRES. 41
» qu'il fe mit fur la porte pput\
» crier au fecours-, il ait dit qu'on
» avoit aflafliné fon maître, parce
» qu'il ne le fçavoit pas alors, ne.:
» l'ayant fçu- qu'après qu'il n'a.
» point crié,
» fon maître, quand il eft venu,
à la porte appeller du
Mais fiiivonsle
duite, après qu'il eût reçu
cours, & qu'il vit qu'on s'employoit.
vivement
» Après avoir appelle du fecours,
dit-il il follicita plufieurs perfon-
» ries de monter dans les apparte-
♦» mens de fon maître, en|difant qu'il
»
Je
̃ 4$- Cauï e's-
lui, le trouva au fend èa ve-fti*
bute,
» derniers degrés de l'efcalier, ée-
il y avait le panlef
o de l'ar.génterie, Se. -les «ouvert*
& argenterie de table en gare é»
nés fur deox dégrésy & lêdit
» Bâptifte ne perdoit pas -de vue,
>r temps à ladite dépofahre de
»̃ prendre cette argenterie & de
monter ».
(entent' fi l'on nra par perdu de
vite ce que nous avons 4éfa tîémon-
tré en partant delà cajife, impul-
five. Sauver M. de Tréceffon n'oc-
càfionne pasVempreffenneDtde JeMn-
Bapttffe à crier ait ftccmrs étein-
dîre rmcettdie en eft le fô«l motif;
iMctaînt pour lés nteublfs de la
masfon it veut t'afftiref par lai-
CELEBRES. 4f
même qu'où ferâ tout ce qui cft
pôflible pour les fauver
voilà pourquoi il s'arrêt* à aider
Lf,s couverts d'argent font une
il ne les perd pas de vue il ne fe
détermine à quitter le pofte qu'il
a^voit > qu'après
dans
la chambre mais en le quittant il
s'arrêta autres.
dit à la .Cfariot les,
Clariot un témoin,
44 Cause?.
Le en
''Pas
clare »
fur; fon
ce
tant fort;.de
entra de. M. de Rivette
pour
en avoir
ne
C &LÉB R E S. 4i
croyoit fon maître dans le jardin
engager dêsperfonnes à monterons
les appartenons? S'il penfoit, au
contraire, qu'ilfût dans fa chambre,
pourquoi l'aller chercher hors de
aj^ès la
lui. J'ar tout perdu Mon maître,
mon père h*eft pftis J que vaîs-je
» la découverte fie l'homicide, on.
prétend qu'il perditeonhoiffance
qu'il ne' pût 'pas fe reconnoître
cendirerit
46 Causes
m fon il vit le nommé Baptifle,
» mulâtre, domeflique dudit fieur
» de Tréceubn, dans le veftibule
» à droite fe lamentant & fe défef-
péraAt fans prononcer aucun
» mot intelligible & ne talent qu«
des cris Que pendant qu'on
» travailloit à éteindre le feu, ledit
mulâtre fat arrêté- par la maté-
» chauffée & gardé à vue
m maifon de ladite Bonnet, oh le
dépofant fe tranfporta pour en-
M tendre ce qu'il dîroit fur les foup.
» çons, qu'on avoit, qu'il fût l'au-
» teur du meurtre & de l'incen-
die
de- fa bouche, n'ayant jamais
v> voulu
Enfin M. de
» dans
» évaaoui
CÉtEBRES.
n decîn, avec un trèâ bon pouls,
»» ce que le lui"
en.le lui tâtant»,
Si J(ian-83pti<fle n'étoit pas coup
pable pourquoi dès le moment
qu'il fe vit arrêté, pourquoi fe
voyant s'obftina t-il à
garder le jâUoce à
aucune des interrogations qu'on lui
fdifait?
Tous les témoins enteadas dans
la procédure, tJépofeait,
même de Taffaffinat JeanBaptifte
Nous ne prétendons pas qu'on
comme indu,

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