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Ceci n'est pas une ville

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192 pages
« J’ai aimé Los Angeles tout de suite, dès la sortie de l’avion. Tout m’a plu, la lumière, l’horizon, les palmiers, les voitures, l’urbanisme improbable, la langueur du paysage, la couleur d’or rose de l’atmosphère. Los Angeles, cité dépourvue de centre et de monuments, propice à l’errance et à la rêverie, défaisait d’un coup tous mes préjugés et m’offrait ce que je n’avais jamais su faire : lâcher prise.
Que signifie tomber amoureux d’une ville ? Quel est le rapport érotique qui nous lie à certains lieux et pas à d’autres ? Pourquoi Los Angeles, ville sans bords qui ne se laisse ni définir ni saisir ? »
Née à Paris où elle a vécu la majeure partie de sa vie, Laure Murat s’est installée à Los Angeles il y a dix ans. Elle pose sur cette ville un regard singulier et libre, composé d’expériences intimes et de réflexions subjectives.
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Laure Murat
Ceci n'est pas une ville
Flammarion
© Flammarion, 2016 ISBN Epub : 9782081393394
ISBN PDF Web : 9782081393400
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081377080
Ouvrage composé et converti par Meta-systems (59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur « J’ai aimé Los Angeles tout de suite, dès la sorti e de l’avion. Tout m’a plu, la lumière, l’horizon, les palmiers, les voitures, l’urbanisme improbable, la langueur du paysage, la couleur d’or rose de l’atmosphère. Los Angeles, cité dépourvue de centre et de monuments, propice à l’errance et à la rêverie, déf aisait d’un coup tous mes préjugés et m’offrait ce que je n’avais jamais su faire : lâ cher prise. Que signifie tomber amoureux d’une ville ? Quel est le rapport érotique qui nous lie à certains lieux et pas à d’autres ? Pourquoi Los Ang eles, ville sans bords qui ne se laisse ni définir ni saisir ? » Née à Paris où elle a vécu la majeure partie de sa vie, Laure Murat s’est installée à Los Angeles il y a dix ans. Elle pose sur cette vil le un regard singulier et libre, composé d’expériences intimes et de réflexions subj ectives.
Laure Murat est notamment l’auteur de L’homme qui s e prenait pour Napoléon (Prix Femina 2011), de Relire, enquête sur une passion li ttéraire, et de Flaubert à la Motte-Picquet. Elle enseigne la littérature française à l ’université de Californie-Los Angeles (UCLA).
Du même auteur
Relire. Enquête sur une passion littéraire, Flammarion, 2015. Flaubert à la Motte-Picquet, Flammarion, 2015. L'homme qui se prenait pour Napoléon. Pour une hist oire politique de la folie, Gallimard, 2011 ; rééd. « Folio », 2013. Prix Femin a essai. La Loi du genre. Une histoire culturelle du « trois ième sexe », Fayard, 2006. Passage de l'Odéon. Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l'entre-deux-guerres, Fayard, 2003 ; rééd. Gallimard, « Folio », 2005. La Maison du docteur Blanche. Histoire d'un asile e t de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant3. Goncourt de la, JC Lattès, 2001 ; rééd. Gallimard, « Folio », 201 biographie, prix de la critique de l'Académie franç aise.
Ceci n'est pas une ville
C'est l'absence de sens de ce que l'on vit au momen t où on le vit qui multiplie les possibilités d'écriture. Déjà le souvenir de ce que j'ai écrit s'efface. Je ne sais pas ce qu'est ce texte. Annie Ernaux,Mémoire de fille, Gallimard, 2016
I
IL.A.
Il y a encore quelques années, je n'envisageais pas qu'on puissetomber amoureux d'une ville. L'expression même me semblait louche, voire vaguement obscène. Je la rangeais dans la catégorie de métaphores utilisées par certains écrivains, du type « mon livre, c'est mon enfant », avec analogies sub séquentes de gestation et d'accouchement, ce qui revient à insulter et l'enfa nt et le livre.A priori, on tombe amoureux d'une personne. Tomber amoureux d'une vill e, ça ne voulait rien dire. La littérature est pourtant pleine de déclarations d'amour à Venise, Paris, New York, Mexico, le plus souvent prononcées par des hommes, qui n'hésitent pas à prendre possession de leur cité d'élection, volontiers comp arée à une femme. « Venise est là, 1 assise sur le rivage de la mer, comme une belle fem me qui va s'éteindre avec le jour  », écrit Chateaubriand, qu'on a connu mieux inspir é. Plus près de nous, Douglas 2 Kennedy déclare : « Si Londres est ma femme, Paris est ma maîtresse . » Et ainsi de suite. On n'en finirait pas de citer des exemples. Bien sûr, je comprends la commodité qu'il y a à per sonnifier une ville pour mieux incarner ce qui nous lie à elle. On s'en éprend, on ne veut plus la quitter, on voudrait y vivre. Soit. Mais il me semble que sous la métaphor e, il y a un monde d'énigmes à élucider. Que veutvraimenttomber amoureux d'une ville ? Comment rendre  dire avec précision la charge érotique qu'il y a à l'appréhen der, à l'arpenter, à l'habiter ? Pourquoi certaines villes et pas d'autres ? De quelle nature est l'attraction exercée, quelle est la part du fantasme, comment définir sa singularité ? C'est à ces questions que je voudrais répondre. Car un jour, j'ai dû me rendre à l'évidence. Sans p our autant la confondre avec une femme ou un homme, j'étais tombée amoureuse de Los Angeles, de la ville elle-même. Je ne me l'avouais pas encore tout à fait mais je n 'aimais pas Los Angeles comme j'aimais Rome ou San Francisco par exemple, j'en ét ais, oui, amoureuse. C'était un rapport d'un autre ordre, que je m'expliquais mal, que je ne comprenais pas. Et c'est en général quand je ne comprends pas quelque chose que je me mets à faire un livre – et non pas un enfant.
II Nulle part et aux antipodes
J'ai aimé Los Angeles toutde suite. Littéralement. En sortantde l'avion. Ladouceurde l'air, la lumière suave, cette lumièred'orqui enco pâle re aujourd'huidétend mon cœurdès que je sorsde l'aéroport. Les inénarrables palmiers, bien sûr. L'anonymatdes boulevards, l'immensité sans bordsde la ville, l'absencede monuments, l'invraisemblableréseau autoroutier, les voituresdes années 1950, l'hétérogénéitédes quartiers, les publicités géantes, la banalité tranquillede l'urbanisme seméde mallsetde parkings, lesdébordementsde la nature etd'une végétation luxuriante en toutes saisons, l'océan. Los Angeles est une ville mal bâtie, informe. Los Angeles est une ville moche.Mettons.Mais le plus frappantreste encore cette impression qu'elledonned'avoir été construite sans aucun projet urbanistique préalable ni volonté politique, comme si les bâtiments s'élevaient un peu au hasard, à la va-comme-je-te-pousse, pourremplirdesdents creuses. Desdizainesde quartiers,dont certains sont des villes à part entière avec leur mairie propre (SantaMonica, Beverly Hills, Culver City…), composent cette banlieue interminable quiressemble à un patchwork sans coutures, autantdire une 1 aberration. « Penchez le monded'un côté et tout ce qui ne tient pas très bien aboutira à Los Angeles »,disait Frank LloydWright. Je m'étonne toujoursd'entendrericanerà proposdu cultedu corps etde l'apparence en Californie, et plus précisémentde l'obsessionde l'image à Los Angeles, qui serait liée à l'industrie cinématographique (là-bas, on nedit pasthe cinema maisthe industry). Certes, on croise biende vieilles actrices choucroutées à lunettes en formede papillon,despersonal trainersbodybuildés au sourired'une blancheur luminescente, ou quelques silhouettes peroxydéesdroit sortiesd'Alerte à Malibuqui céderont, la trentaine venue, à la chirurgie esthétique, prisée très tôt sous ces latitudes où l'on préconise le « botox préventif » aux adolescentes (sic).Mais ces personnages, qu'on croise au supermarché ou au volantde leurdécapotable, sont noyésdans une masse – prèsde 4 millions d'habitants pourLos Angeles, plusde 18 millions pourl'agglomération – où ladiversitéde classes etd'ethnies – 140 nationalitésreprésentées, 224 langues parlées, sans compterlesdialectes –rendau contraire la ville,du fait mêmede cettediversité,incroyablementréelle. Un millionde personnes viennent s'installeraux États-Unis chaque année ;dans la même période, entre 600 000 et 700 000 se font naturaliser. De tous les États oùrésident les candidats à la citoyenneté, la Californie arrive en tête. L.A. est la terred'immigration parexcellence.Mais jusqu'à quel point, cela ne se comprendque surplace, où il est extrêmementrarederencontrerquelqu'un quine soit pasde ladeuxième, voirede la première générationd'émigrés. « Quandpa mes rents sont arrivés… », « quandsuis venu je m'installer» sont ici… des phrases entendues quotidiennement.La-la land, surnomde Hollywood parfois étendu à L.A. et à la Californie, synonymede mondedéconnectéde laréalité,représente en fait une portion congruede la ville et fausse saréputation, en laréduisant à un parcd'attractions diatique et bling-bling, un ballet hystériquede stars aux profils impeccables, passantde palace en villaderêve, une foire à potins sur papier glacé.Mais Los Angeles, ce n'est pasVoicit en rois dimensions. Ou en tout cas pas seulement, tant s'en faut. Comme ce n'est pas, uniquement, la ville des SDF etdes émeutesraciales,de la pauvreté,des gangs etde la ségrégation. On m'opposera que ladiversité à Los Angeles souffrede ladivision classique « endamier»des villes américaines, où chaque case correspondrait à une culturedifférente. À West Hollywood la communauté gay, à Téhérangeles les Iraniens, à San Pedro les Croates, à Santa Ana les Vietnamiens, à West Adams et Watts les Noirs, à Beverly Hills les stars, à South Central les gangs, sans compter lesdizainesdedominions tels Chinatown, Koreatown, Little Tokyo ou Little Ethiopia. Communautés nerime pas pour autant avec ghettos, terme impropredans une ville ouverte qui a inventé le mouvement perpétuel. Carà L.A., ça circule, tout le temps. Les gens sedéplacent pourles besoinsde leurtravail, les voitures sillonnent en permanence les boulevards. C'est cette circulation sansrepos qui crée le mélange. On peut, à New York, ne jamais serendre à Harlem. Lesdistances à parcourir à L.A. obligent quiconque à traverserse ne rait-ce qu'une foisdes quartiers improbables pouratteindre le pointdésiré. Si bien que la voiture, habitacle honni et à peu près inévitable, incarne à la fois le lieude l'isolement et le vecteurdu contact. Luttercontre cet étatde fait, c'estrefuserune
dimension importantede la ville etde son paradoxe. Je l'ai compris le jouroù j'aidécouvert l'œuvre de Robert Flick et notamment sesSequential Viewsde Los Angeles, consistant en une sériede photographiesd'un même boulevard oud'une même ligne continue (une autoroute, par exemple), comme autantde photogrammes alignés surune grille. Chaque image, qui aurait pu être prisedepuis la fenêtred'une voiture, constitue,de près, un pointde vue spécifique, mais c'est l'ensemble,de loin, qui incarne un motif et, finalement, l'œuvre. Los Angeles a beau être une ville ahurissante,disproportionnée, c'est une ville beaucoup plus humaine et vivable qu'on le prétend ou qu'on le fantasme. Dans l'autobus, au supermarché, sur un parking, les gens s'adressent à vous, spontanément, nouant le contact sans pourengage autant r une conversation qui pourrait être perçue comme invasive. Cette cordialité toute californienne, faitede politesse etde bonhomie, n'impliquerien, et surtout pas une volontéd'entrerenrelation, plutôt une manièrede savoir-vivre, qui lisse le quotidien et lerendElle ent aimable. re pour partiedans ce sentimentdedémocratie si sensible aux États-Unis, sentimentd'être égaux, toujours au même niveau. On le perçoit instantanément, à la façondont les gens vous abordent et entament ledialogue, 2 sans aucune affectation. Ni surplomb, ni contre-plongée . Cette impressionde ville tangible, à mille lieuesd'une fiction surpellicule,doit aussi beaucoup, je crois, à l'étendued'un territoire à faibledensité, à la largeurdes avenues bordéesde maisons basses, à l'étalementde l'urbanisme et à l'infinide la ligned'horizon –dont aucun objectif, même en cinémascope, ne pourra jamaisrestituerl'ampleur. Los Angeles, vaste flaque qui n'en finit pasde se répandre, est une ville horizontale, allongée aux piedsdes collines, comme New York est une « ville 3 dSi bien qu'on y a toujouebout ». rs une perspective surles choses. Cela vaut au propre comme au figuré. L'avenir est à portéedes yeux, on ne peut queregarderdevant, et loin. Où que l'on soit, ce n'est pas un immeuble, unerue, un quartierque l'on embrassedes yeux, mais un panorama.Même à downtown, hérisséede gratte-cieldes années 1920 et 1930, il y a toujours une trouée pour l'imagination. À n'être ainsi jamais enfermé, coincé, bloquédans cette ville béante querien ne borne, le corps se sent librededisposerde lui-même, caril a l'espace pourlui, tout l'espace. Los Angeles, village global impossible à cadrer, est l'inversed'undécorde cinéma. C'est enrevanche une ville qui appelle à se projeter. Le vieuxrefrain (vérifié) « en Amérique, on a l'impression que tout est possible » n'a jamais été aussi vrai ici. La géographie et l'aménagementdu territoire entrent pourbeaucoupdans ce sentiment. Los Angeles, entre montagnes etdésert,donne sur le Pacifique. De l'autre côtéde l'océan, vers l'est, c'est l'Asie. À l'ouest, New York est à 6 heures d'avion, Paris à 12. Il y a 9 heuresdedécalage horaire avec l'Europe, 15 avec la Chine. Los Angeles est loinde tout.Même San Francisco est à 6 heuresde voiture et il faut voler4 heures pouratteindre Mexico. Dès lors, il n'y a pasd'autre choix qued'inventerun monde, à l'intérieurd'une ville qui n'a pasde frontières, où l'on se sent à la fois nulle part et aux antipodes. Il y a, au piedde l'hôtelde ville, un bon baromètre pourserendre comptede l'éloignementde Los Angeles parrapport aurestedu monde. C'est un panneau intituléSistercities, qui indique (en miles) lesdirections et lesdistances qui la séparentdes villes avec lesquelles elle est jumelée. En voici la liste :
Athènes (Grèce) Auckland(Nouvelle-Zélande) Beyrouth (Liban) Bombay (Inde) Bordeaux (France) Busan (Coréedu Sud) Eilat (Israël) Gizeh (Égypte) Guangzhou (Chine) Ischia (Italie) Jakarta (Indonésie) Kaunas (Lituanie) Lusaka (Zambie)
6 925 miles 6 499 7 449 8 710 5 742 5 973 7 744 7 606 7 436 6 448 8 977 5 901 10 017