Célestine et Faldoni ou Les amans de Lyon : drame historique en 3 actes et en prose ([Reprod.]) / par M. Augustin---

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Martinet (Paris). 1812. 1 microfiche acétate de 98 images, diazoïque ; 105 x¨ 148 mm.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1812
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CÉLESTINE,
ET
FALDONI,
DRAME EN TROIS ACTES.
N55
CÉLESTINE ET FALDONI,
ou
LES AMANS DE LYON,
DRAME HISTORIQUE, EN TROIS ACTES ET EN PROSE
Par M. AUGUSTIN
fieprésenCé, pour la première fois sur le Théâtre
de l'Impératrice, le 16 juin
\4UV}^
i PARIS,
CHEZ MARTINET, LIBRAIRE, RUE DU COQ-St.-UONORÈ.
DE L'IMPWMEMB D'EVERAT, RUE &I.-5AUVEUR, Ne. 4r.« )
PERSONNAGES.
ACTEURS.
CÉLESTINE Fille d'un Noble de
Ly°n 1 Aille. Dellia.
FALDONI Italien de naissance et
commis chez un Marchand. M. Clozel.
M. DE FIERVAL Père de Céles-
tine (i) M. Vigneaux.
1\Ime. DE FIERVAL, Mère de Ctles-
tine. M"1*. MOLE.
M. URBAIN, Pasteur et Aumônier
du château d'Irignjr M. Chazel.
-NI. DE FLOR VILLE jeune Officier. M. Thénard.
GERTRUDE vieille Gouvernante de
Célestine -M^.Desccillés-
FRANÇOIS, Domestique de M. de
Fieryal ]VJ. Armand.
La- Scène se passe à Lyon dans V hôtel de M. de
Fierval, au premier A de aux deuxième et troi-
sième Actes au chdteau d'irigny près de Lyon.
(t) Le nom de Fierval est substitué à celui de Daraivcoi'rt
parce qu'il caractérise mieux 'le personnage.
PRÉFACE.
JE crois utile de faire connaître en peu de mots à mes lecteurs,
la triste anecdote qui donna lien à cet ouvrage et je ne pourrai»
être plus vrai qu'en analysant l'article du Journal de Paris du 8
courant.
Un italien nommé Faldoni et maître d'escrime logeait, il
y a environ 4o ans à Lyon rue Syrène à l'auberge (le Notre-
Dame-de-Pitié, il devint éperdue.ment amoureux de Thérèse,
fille de l'aubergiste, et Thérèse éprouva pour lui les mrme»
sentimens j ils devaient être unis. Sur ces entrefaites Faldotii
reçut dans un assaut un coup de fleuret à la gorge ce coup Ini
rompit une artère; les suffocations et les élounemens qui suc-
cédèrent à cet événement le conduisirent a Montpellier. Lt.
Faculté lui apprit qu'un anévrisme terminerait sous peu de temps
ses jours Faldoni de retour h Lyon fit cet aveu aux pareil*
de Thérèse et ceux-ci, dit-on rétractèrent le consentement
qu'ils avaient donné. De 'elles contrariétés irritèrent la passion
de Faldoni et de Thérèse. Pleins d'une mutuelle exaltation iîs
conçurent le projet de mourir ensemble le lieu choisi pour cette
scène affreuse fut une vieille chahelle située près d'un village
appelé Irignv, aux environs de Lyon deux pistolets dont on
trouva les détentes liées par les bouts de deux rubans couron-
nèrent le sacrifice telle fut la fin tragique et singulière de
Thérèse et de Faldoni.
ANEVRISME.
Cette maladie étant généralement, peu connue il est peut-être
nécessaire à l'intérêt de la pièces d'en offrir une courte explica-
tion. voici ce que nous apprend le Dictionnaire de Médecine
Il y a plusieurs espèces d'anévrismes ( celle dont il s'agit ici
est l'anévrisme interne. )
Les causes de l'anévrisme interne, sont une chiite, un coup
des passions violentes des ruouvemerrs de colère etc.; enfin
tout ce qui peut tendre au relâchement ou à la rupture d'une ar-
tère. L'anévrisme est la dilatation des parois ou l'ouverture de
l'artère ce mal s'annonce par des suffocations et des palpitationa
qui se succèdent rapidement. On le caractérise aussi par un bat-
tement qui répond celui du pouls.
JUGEMENT DES DIVERS JOURNAUX.
Journal de Paris, 17 juin 181a.
« Encore une fois, le talent est la baguette qui embellit toue
Il
)) Il pouvait trouver dans un anévrisme comme dans toute autre
le type d'un talent extraordinaire, et il n'y a pas
» manque Faldoni a réussi complètement les deux Amans de
» Lyon ont intéressé tout le Parterre et le Parterre les a portés
)1 aux nues: nous avons bien vu dans les loges quelques mcré-
» dules qui s'obstinaient à nier l'évidence mais il sera facile de
» leur démontrer, dans la prochaine analyse que nous donne-
» rons de cet ouvrage qu'il a fallu un grand art des soins bien
» attentifs, enfin un talent rare pour n'avoir recueilli que des
applaudissemens dans un sujet aussi scabreux ».
Journal de l'Empire, iS juin.
CI Le grand crime d'un drame, le crime inexcusable d'un
drame est de ne pas intéresser, et quoique les malheurs de
» l'anmur ne soient plus pour nous aussi touchants qu'autrefois
on ne peut pas dire que la situation de Célestine et de Faldoni
solt dénuée d'intérêt ce f'rarae a été fort applaudi, on a de-
» mandé l'auteur, et.c., il faut attendre une autre représentation
» pour juger du mérite de J'ouvrage 1
Même journal, le 2 3 juin.
CI Sous le rapport de l'art dramatique le drame des Amans
'), de Lyon ne peut soutenir l'examen c'est un ouvrage nul
•» en littérature et d'une irrégularité qui le met à l'abri de toute
>• critique, l'anteur ne reconnait aucune des lois d'après les-
» quelles on s'aviserait de le juger il n'a voulu établir qu'un
» canevas pour quelques situations singulières pour quelques
effet de théâtre propres à remuer le peuple des specta-
» leurs etc. »
Moniteur, 10 juin.
« L'auteur paraît n'avoir envisagé que le besoin de situations
» qui, pour être nouvelles, après toutes celles que les romans ont
» transmises au théâtre, doivent être nécessairement d'une
» exagération voisine .du ridicule il y a peu de liaison et de
» vraisemblance dans les scènes elles ne présentent presque
» jamais les développements qu'elles comportent, etc. s
Gaxelle de France 22 juin.
« L'auteur de O'icstine et Faldoni, a toutefois senti qu'il
» ferait faire un méchant personnage à son héros en le rendant
>» complice du meurtre d'une jeune fille dont le désespoir ne
» ressemble pas mal à une fiôvre chaude aussi, dans sa pièce,
), n'est il seulement question entre les deux amans que du
projet de mourir ensemble les pistolets ne jouent qu'un rôle
» mnel. Ce certain anévrisme dont J'effet est très-adroitement
» calculé, vient fort heureusement en étouffant l'amaut lui
ur
y épargner le petit désagrément de donner la mort à sa mai–
» tresse mais si M. Augustin a fait preuve en ceci d'une
» certaine connaissance de son art il s'est montré moins habile
» dans la disposition du sujet et dans le développement de
» J'intrigue, etc. »
Réponse de 1'auteur de CÉLESTINE ET FALDONI aux
arlicles des divers journaux.
Je n'entreprendrai point. de combattre l'opinion énoncée par
les divers journaux sur l'ouvrage qui parait aujourd'hui sous
les yeux du public.
Non-seulement je partage presqu'enlièrement cette opinion
mais j'aurais même devaucé la critique, sans la crainte de nuire
aux intérêts des Sociétaires de l'Odeon. Un succès ne m'aveugle
point. Mes aveux eussent provoqué peut-être l'indulgence de
mes juges ce n'est pas la vanité, c'est le hasard qui porta cette
iéce au théâtre de l'Impératrice. Qui mieux que moi connaissait
la faiblesse de l'ouvrage ? Cet ouvrage fait et représente à Lyon
en dix jours, devait être loin de la perfection il n'y fut pas
joué, ceppndant comme on l'a dit si gratuitement sous le
titre de Mélodrame mais, qu'importe le genre. Pourquoi
dira-t-on ne l'avoir pas corrigé, afin de le rendre plus digne du
second théâtre fronçais ? Le grand succès qu'il obtint lorsqu'il
parut, en est la principale cause. Les Sociétaires de l'Odéon,
augurèrent que sous sa première forme, il jouirait de la même
faveur auprès du public de la capitale.
.le suis de l'avis d'un Aristarque célèbre ma pièce n'est
qu'une esquisse j'eusse achevé le t;ibleau sans l'extrême em-
des de l'Odéon. J'abandonnai If leur talent
le soin de voiler les irrégularités de ce drame. Ils ont surpassé
mon attente. Je ne réfute point mes censeurs, le public semble
avoir pris ma uôîense, en se portant en fmta an théâtre de
] Impératrice, Quels cjue soient au surplus les défauts reproches
à cet ouvrage, mon unique désir est de désarmer la prévention
contre ceux que je pourrai mettre au jour à l'avenir.
RÉSUMÉ.
Le succès et la vogue de cet ouvrage, malgré les défauts dont
il fourmille, oseraient me faire conclure que le soin et l'élégance
dans le dialogue, ne sont que le second mérite d'une œuvre dra-
matique que le premier est le choix du sujet l'enchaînement
des situations, ct surtout leur rapidité. Je suis loin d'engager à
suivre mon exemple, et je ne tenterais pas moi-même une seconde
rr
réussie à ce prix, dusse je même être encore aussi bien
secondé par le zèle des acteurs, et l'indulgence du public.
Or donc une seule chose peut adoucir le regret d'un début
si singulier au Théâtre de l'Impératrice (je veux dire nn début
qui a fait tant de bruit et qui a donné lieu à tant de critiques)
c'est la pensée que ce début a été la source d'un nouveau triomphe
pour Mademoiselle Délia, jeune et charmante actrice qui fait
concevoir par ses heureux essais, la plus haute espérauce.
Je crois devoir, à cette occasion remettre sous les yeux du
Public les jolis vers de M. Dupuy des Islets insérés dans le
journal de Paris, le a3 juin.
A Mademoiselle Délia, artiste du Théâtre de l'Impératrice,
La Grèce à tes attraits donna dit-on ]e jour.
Je le croit ce berceau fut celui de l'amour.
Les grâces y brillaient, sans art, sans imposture i
Et d'Homère Vénus y reçut sa ceinture.
Mais de qui charme l'oeil, qu'importe le séjour?
Ne rappelles-tu pas Aspasie et Coiinef
N'as-tu potnt hérité de leur forme divine?
J'aime ces grands yeux noirs en amande fendue,
Prédicateurs charmant des plaisirs défendus,
Et ces tresses d'éhéne, et ces contours d'albâtre
Qu'ainsi que tout payen tout dévot idolâtre.
Et ee cou blaoc rival du beau cou de Léda
Que le cygne amoureux, du sien entrelaça.
Tibulle aux frais berceaux du riant Élysée,
Sent réveiller sa flamme; et son âme embrasée
A cru revoir en toi sa tendre Délia.
Ces doux chante qu'aux amours sa mme confia
Il les redit pour toi; pour toi dans son délire,
Il mouille encor de pleurs les cordes de sa lyre.
Tu rajeuuis ses vers, ainsi que ses beaux jours.
Mais la beauté s'éteint le talent plaît toujours.
Le talent, à nos yeux, te rend plus adorable.
C'est par d'heureux travaux, que sa gloire est durable.
Tourne donc vers l'étude un utile regard.
Sois noble sans emphase et brillante sans fard.
Aux leçons du bon goût reste à jamais fidèle;
Que sans cesse Fleury dirige tes essais
Que la divine Mars te seeve de modèle.
Mais dans ton art savant plus d'un genre t'appelle;
La palme s'offre à toi poursuis donc tes succès.
La mobile nature en variant tes charmes,
MAla dans tes beaux yeux le sourire et les larmes i
T'imprima l'énergie et l'aimable douceur
Et p*ut-être qu'un jour, sur la scène embellie,
Enlaçant un cyprès aux roses de Thalie
Tu pourras réuuir Melpomène et sa sœur.
Dupuy de* Isfas,
CELESTINE ET FALDONI,
ou
LES AMANS DE LYON,
Drame historique, en trois Acte», et en prose.
ACTE PREMIER.
(Le Théâtre repréetnte un itlon dei fauteuils une table. )
̃ SCENE PREMIERE.
GERTRUDE, FRANÇOIS.
FRANÇOIS, verge tant et une la main.
\h mon Dieu mademoiselle Gerlrude, que je suis content
nous allons donc voir marier madennoieelle Célestine
GERTRUDE.
Hélas
FRANÇOIS.
La belle fête toute la maison va être habillée tout ànieuf de
la têteaux pieds le cocher m'a dit comme ça que mon Habit de
jockéi serait si beau qu'on me prendrait plutôt pour celui qui va
dedans que pour celui qui va derrière.
G Eh T'A U DÉ.
Laisse-moi tranquille je ne t'avais pas dit de venir avec moi
FRANÇOIS.
C'est vrai ça, mamzelle Gertrude, mais vous êtes si bonne,
4
que, quand je peux veux attraper un moment pour faire la cau-
sette, je suis heureux comme vous n'eu avez pas d'idée.
GERTRUDE.
Achève ton ouvrage, cela vaudra mieux. Au moment d'un
départ pour la campagne oh ne manque pas d'occupation.
FRANÇOIS.
Je n'ai plus rjue les habits de notre maître à battre et ses bro-
chures à cuveluhloer pour mademoiselle Célestine.
GERTRUDE.
Encore des romans
FRANÇOIS.
Ça ne doit pas vous étonner vous savez qu'elle les aime tant
que par fois elle passe des.nuits entières à les lire.
GERTRUDE.
Bien malgré moi. Mais il suffit hùle-toi; M. de Fierval va
arriver de Paris d'un moment il l'autre.
FRANÇOIS.
Avec le prétendu? Ah! je voudrais le voir. Ce mariage va
rendre la gaile à mademoiselle Ccle.stine, j'en suis bien sûr.
GERTLLDE, à part.
Il me fait trembler moi (haut,) allons allons, va-t-en
travailler mademoiselle va rentrer. Tu sais bien qu'elle est
déjà sortie depuis long-temps pou/ aller faire des çmplettes. Si
elle te trouvait ainsi à bavarder, luserais grondé, I
FRANÇOIS.
C'est vrai, mademoiselle Gertrude je m'en vas tout de suite.
( Il fait quelques pas, et revient, ) A propos, ni.- lemoiselle'
Gerirtide voilà la clé de la chambre de M. Urbain. En parlant
de M. Urbain, comme il n'y a pas loug-temps que je suis au ser-
vice dans cet hôtel; ça ne serait-il pas une trop-grande curiosité
de vous demander ce qu'il est dans la maison, M.Urbain?
Je vois bien que c'est un très-brave et digne
GERTRUDE.
Comment tu ne sais pas encore que té bon M. Urbain a été
le précepteur du fils a- né de M. de Fierval, pauvre jeupe homme
moissonné à la fleur de son âge et que Monsieur et Madame
pour reconnaître ses soins assidus, lui ont donné dans cet hôtel
un logement et leur table 2
FRANÇOIS.
Ah ]'y suis maintenant.
GERTRUDE.
Ses avis sont si précieux qu'on rie fait rien sans le consulter-
£ est l'ami de la maison,
5
FRANÇOIS.
Ma foi, je l'aime Lien aussi, moi il a une si bonne figure, un
air de douceur. un enfant lui parlerait: obligeant comme per-
sonne; témoin on dit qui! est allé conduire chez le médecin de
la maison, pour une consultation ce petit commis-marchand
votre voisin si sujet de tomber comme roide mort sur la place,
sans qu'on en puisse coniailre la cause, et à qui Madame et Ma-
demotselle veulent tant de bien.
OrRTRUDF..
Ce petit commis-marchand vnyez son air méprisant I. Il
le convient bien tu rie peux P™ dire M. Faldoni ou le commis
de M. d Osmonl ?. Sortez, Monsieur, sortez.
FRANÇOIS s'en allant à reculons.
Mais, mademoiselle Gertnidc.
GERTRDDE.
Partez, vous dis-je,
FRANÇOIS.
Pardon, mademoiselle Gertrude.
GERTRUDE.
Allez apprendre à vivre, Monsieur, et connaissez la distance
qui existe entre M. Faldoni, jeune homme plein d'houneur
et desentimens, et un petit faquin de valet comme vous.
FRANÇOIS, sortant.
Cumrnent moi un faquin: moi, mamzeHe
SCENE Il.
GERTRUDE seule.
Lavivacilém|a emportée, j'en ai du regret; je devrais pa-
mait indifférente, lors(lu'il s'agit de ce cher M. Faldoni
mais c est plus fort que moi. Voilà plus de six mois que ma chère
viofah ™ î confié son amour pour lui et son secret a été in-
violablement gardé. Ce n'est pas le moment de le trahir par des
arHvï? lT\ non sans doute. Cependant l'instant fatal est
arrivé; il faut que tout se découvre. M, de Fiecval ramène de
Paris Je fils d'un de ses amis avec lequel il était en procès depuis
long-temps. Cette allia"ceI* met. fin à toute querelle. Mais quel
coup elle t^no" Trde;na chère Célestine? Comment cela se
îmour?"En » 9 *™™à™-)*> moi qui ai protégé ce funeste
Sr^mahJ^31^6 faire autrement?. Ma pauvre Céles-
bÏ aÏÏ? \ÎA?Z ^v"1 !f depuis long-temps, M. Faldoni.
Elle était tombée dans l'état de langueur le plus alarmante et
6
aes jours étaient en danger, lorsqu'elle me fit l'aveu de la passio»
qui la dominait. Si je n'eusse consenti être présente quelque-
lois à leurs entretiens secrets c'en était fait de celle chère
«niant! ou peut-être l'excès de cet amour eût entraînê des
malheui's bien plus grands.
Ah! ma bonne, je vous cherchais.
Quel air de satisfaction
Tenez, ma bonne. ( Elle regarde de tous côtés. ) il est
GERTRUDE.
il est terminé ?. Quoi ?
Mon portrait pour Fatdoni je viens de l'achever.
Se peut-il ? CÉLESTINE.
Le voici. Est-il bien ressemblant?
Ah'! il est parlant. CÉLESTINE.
Mes yeux ne m'ont donc point trompée ?
Comment, ma chère Célestine, dans une circonstance sem-
blable, avez-vous pu conduire vos pinceaux avec tant d'art et
fd'asurance ?
Ce n'était pas moi qui les guidais, Gertrude; mais l'Amour
lui-même.
Ah vous me faites frémir
Que dites-vous ?
Que votre malheureuse passion pour M. Faldoni va, je crois,
nous attirer de grands maux Voilà le résultat de ces lectures si
dangereuses et que j'ai .vainement voulu empêcher elles ont
SCENE III.
GERTRUDE, CÉLESTINE.
CÉLESTINE.
CÉLESTINE.
rLLESTINE.
GERTRUDE.
GERTRUDE.
GERTRUDE.
CÉLESTINE.
GERTRUDE.
CÉLESTINE.
GERTRUDE.
7
bercé votre âme d'un vain espoir, vous ont offert des images
trompeuses, et ont rendu votre esprit romanesque. Que faire
maintenant? Songez donc que Monsieur votre père arrive au-
jourd'hui mtme, ce matin peut-être.
o CÉLESTINE.
Mon père à ce nom je suis saisie d'effroi; je le vois me
présenter un autre époux que Faldoni; ,je l'entends m'ordonner
d'accepter celui dont il a fait choix; ma mère joint ses instances
aux siennes elle m'invite aussi, me presse, et enfin me com-
mande. (jUi! ma bonne quelle affreuse position
GEHTRUDE*
J'avais bien prévu-tout cela, mon enfant, quand je m'opposais
a vos liaisons avec M. Faldnni. La disproportion de rang et de
fortune sera toujours un obstacle insurmontable à votre alliance
avec lui, vous disois-je sans cesse,. Vons savez combien Mon-
sieur votre père aime les grandeurs et le faste; jamais il necon-
sentira qu'un jeune homme sans' bien et sans naissance devienne
son gendre. Ancien colonel, et avant conservé toute la sévérité
militaire il exige surtout l'obéissance, est entier dans ses idées
et invariable dans ses déterminations. Vous vous préparez, ma
chère Ceieslinc bien des regrets écoutez mes n r mes
conseils. Allons passer quelques mois au château j'obtien-
drai cette permission de Madame votre mère. Là, vous n'au-
rez plus sous les yeux l'homme qui fait lo tourment de votre
vie; la, nous aurons pour confident de vos peines. M. Urbain
cet homme vénérable, qui vous aime comme un père. je, lui
avouerai tout; il vous consolera vous donnera du courage,
rendra le calme a votre coeur; çt ma chère Céjestine trouvera
dans le sein de l'amiLié, un remède efficace aux maux de
l'amour.
CÉLESTÎNE.
Non pop.; ma^hère.Ger.tr.u.de, dé^roinpe-toi quelque,* mois
n auroient pas suffi pour, éteindre dans mon coeur les feux qui
1 embrasent. Qu i] me tarde de connaître le résultat de cette
consultation! L'état de Faldoni m'afflige deplus en plus.
ÇEIi^RUDE.
Inconcevable maladie
CÉLESTÎNE.
Ces évanouissemens subits deviennent chaque jour plus fréquent
et plus longs. Ah! combien ^aspire après le retour de Monsieur
Urbain: Mais le voie*.
9
SCFNE IV.
Les Prêcédens M. URBAIN.
ÇKRTRL'DE.
A l'instant nous partons de vous, Monsieur Urbain.
CKLKSTINE.
Vous avez donc bien voulu accompagner M. FaMoni?
M. URBAIN.
Oui ma chère amie rai remis cet inféresMnr j«unehomm<»
entre les iirniris de rlusieurs docteurs qui bien informés de tous
les détails de sa maladie, attendaient notre arrivée.
CËLESTINE, avec un empressement involontaire.
Qu'ont-ils dit ?
M. URBAIN.
Ils ont déclaré avoir besoin de disserter entre eux ?
CÉLESTINE *.t GERTRUDE.
Ah mon Dieu
M. URBAIN.
A midi la consultation me sera remise par écrit.
CÉLEST1NE.
Vous irez encore ?
M. URBAIN.
Oui, j'irai moi-même.
CÉLESTINE.
Quelle bonté
M. URBAIN.
M. Faldoni voulait monter ici.
C É L F S T I N E vivement.
Vous 1'en ,avez empêché ?
M. URBAIN, un peu étonm*.
Nullement mais l'un des domestiques nous a dit, en bas,
que Madame de Fierval était absente.
GERTRUDE.
Ah je reconnais bien là sa délicatesse.
M. URBAIN..
Il se propose de venir remercier, à son retour, Madame votrf
mère.,
CÉLESTINE, d part.
Puisse-t-il arriver bientôt 1
GERTRUDE.
Je vais faire dire à M. Faldoni de vouloir bien l'attendre ici;
9
Céletline. 2
hahs causerons tous quatre nous l'encouragerons, nous le con-
solerons
C'est cela bonne Gertrude.
Je reviens a l'instant. ( Elle sort. )
M. U R B A I N d part Célestine réveuse.
Ce n'est pas d'aujourd'hui seulement que je m'en aperçois
Celestine et Gertrude apportent à ce jeune homme un intérêt
particulier il règne quelquefois entre eux un air de mystère.
Pauvre enfant tu as perdu, je le crains, la paix de ton cœur
C^u avez-vous, Célestine? vons voila bien pensive.
CÉLESTINE, sortant tout à coup de sa rêverie.
Ah pardon pardon M. Urbain j'étais sans le vouloir.
M. URBAIN.
Devenue très-sombre, très-rêveuse.
Dans la position ou je me trouvé, il n'est pas étonnant que.
Vous ne m en voulez pas M. Urbain ?
Au contraire, j'ai quelques motifs pour cela.
Que voulez-vous dire ?
Célestine, qui m'a tant de fois donné des preuves de son at-
tachement, de sa sincérité, de sa confiance; Ccleatine a des
secrets pour, moi CÉLESTINE.
Moi des secrets
Célestine rougit CÉLESTINE.
M. Urbain
Urbain sera toujours votre conseil et votre ami.Avouez
qu'une autre cause encore que celle de votre prochaine union.
mot augmente votre troublé .Auriez- vous pour ce ma-
CÉLESTINE.
GERTRUDE.
SCENE V.
CÉLESTINE, M. URBAIN.
CÉLESTINE.
M. URBAIN.
CÉLESTINE.
M. URBAIN.
M. URBAIN.
M. URBAIN.
1O
Vous le voyez tous les jours vous le quittez à l'iustant et
vous allez le revoir ici.
Eh quel autre pourrait m'inspirer là même tendresse ? Il a
des vertus. Famé honnête et fière supérieure aux événeinens
incapable de fléchir aous le poids de l'infortune, il supporte
son sort avec courage et résignation tandis que, plus faible
que lui, je succombe à ma douleur.
Reprenez vos esprits. mon enfant, la providence fait
quelquefois naître de l'extrême douleur des consolations inat-
tendues.
nage quelque répugnance ? Il parait cependant parfaitement
assorti sous plus d un rapport. M. de Forville fils d'un premier
Magistrat de la Capitale, est, dit-on, un jeune officier doué
d'une figure agréable, possède des talens a de l'esprit on dit
même que son avancement dans la carrière militaire sera très-
rapide. Quel époux mieux choisi .pouvez-vous désirer ?.Mais
votre affliction redouble encore Célestine que se passe-t-il
donc dans votre i.me ?
C ÉLEST I N E.
M. Urbain oui, je sens tous mes torts je vous ai caché
jusqu'à présent bien de i choses mais puisque vous m'offrez
votre généreux appui venez à mon secours sauvez-moi des
dangers qui m'environnent, et rappelez mon courage abattu.
Oui, j'ose lever maintenanttes yeux devant vous, et vous mon-
trer toute ma faiblesse: j'aime oui M Urbain j'aime autant
qu'il est possible d'aimer; c'est une fièvre brûlante. Je ne suis
plus a moi je suis toute à la passion qui me consume.
M. URBAIN.*
Chère Célestine, que m'apprenez-vous ? Cette exaltation est
extrême et vos yeux expriment le délire; mais quel est l'objet
de cette flamme si ardente ?
CÉLESTINE..
Vous le connaissez.
M. URBAIN.
Je le connais part. ) 0 pressentiment
CÉ LESTI NF.
M. URBAIN.
Faldoni
CÉLESTINE.
M. URBAIN.
CÉLESTINE.
La seule qui pourrait mettre un terme à mes souffrances.
11
serait un consentement que je n'obtiendrai jamais de mes pa-
M. URBAIN, part.
Je le crains bien aussi. {haut.) Mais, Célestine, quel mo-
ment avez-vous attendu pour me faire ces aveux ? celui ou votre
père, de retour au sein de sa famille y conduit un jeune homme
qu'il vous destine; celui oit la joie devrait briller dans nos
yeux. que dira-t-il en les voyant pleins de larmes ?.. que
dira-t-il en apprenant 7.
CÉLESTINE.
Ah M. Urbain c'est cela seul qui je redoute; jamais je
n'aurai la force.
M. URBAIN.
Je l'aurai pour voub e'il le faut; mais vous ferez encore des
réflexions. J emplnyerai tout ur vous donner le courage d'é-
touffer en vous cette passion si violente dont les suites hélas t
pourraient devenir trop funestes.
CÉLESTINE.
Comment étouffer une passion qui, depuis trois années, a pris
naissance dans mon coeur 7
M. URBAIN.
Depuis trois années (à part.) 0 malheureuse enfant
SCENE VI.
Les Mêmes Mme. DE FIER VAL, GERTRUDE, FRANÇOIS.
Voilà Madame. FRANÇOIS.
CÉLESTINE, essuyant ses yeux.
O ciel ma mère
M. URBAIN, bas et vite.
Nous nous reverrons seuls bientôt. Célestine j'aurai réflécbi
aux moyens de vous tirer de cette- affreuse situation. {Madame
de Fierval et Gertrude entrent. )
GERTRUDE.
J'ai trouvé Madame au magasin de M. d'Osmont. M. Faldoni
va venir dans un moment.
(Célestin* va aa-devaat de sa mère qui PcmbraMe.
Mme. DE FIERY AL.
Bonjour, ma chère Célestine bonjour mon cher M. Urbain,
Je suis charmée de vous trouver ici, mais, quoi vous nous
quittez déjà ?
M. URBAIN.
Je suis obligé de sortir en ce moment je ne tarderai point
Madame, à revenir près de vous.
Mme. DE FIERVAL.
Vous retournez, je gage, auprès de notre Docteur; car le
jeune Faldoni vient de me dire que vous vous vouliez prendre de
nouveau cette peiue.
M. URBAIN.
Je ferai aussi cette démarche; mais j'ai encore un autre but,
( regardant C'élestine. ) Permettez-moi de vous le taire.
GfciRTRUDE.
Je devine; M. Urbain va faire quelque bonne action.
Mme. DE F1ERYAL.
Ou soulager quelques affligés.
M. U R BA 1 N regardant Célestine qui soupire.
Du moins je vais m'occuper des moyens d'y parvenir.
Mme. DE FIERVAL.
N'oubliez pas, mon cher Monsieur Urbain, que nous dînions
aujourd'hui à Irigny j veuillez faire ensorte de partir avec nojs.
M. URBAIN.
Je ferai mon possible Madame, maià ne m'attendez pas;
vous savez que tout mon temps appartient au malheur. ( Il sort.)
SCÈNE VII.
Les. Précédcus excepté M. URBAIN.
Mme. DE FIERVAL.
Toujours le méme CÉLESTINE.
Modèle de vertus
GERTRUDE.
Le père des infortunés 1
FRANÇOIS.
Ça ne devrait jamais mourir des hommes comme (a
Mme. DE FIERVAL,.
Enfin ma chère Célestine, le moment heureux approche;
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nous allons bientôt serrer dans nos bras mon époux et ton père
et tu vas connaître l'homme aimable et distingué auquel les
nœuds les plus doux sous peu de jours t'attacheront à jamais.
D'après la lettre que j'ai reçue de lui, et dans laquelle il me
prie de chercher dans cette ville les plus riches étoffes j'ai
trouvé tout à l'heure chez M. d'Osmont.
CÉLE STINE.
Chez M. d'Osmont
Mme. DE FIERVAL.
Mille choses charmantes mais comme elles sont de fantaisie,
tu les choisiras toi-même. M. Faldoni va apporter ici plusieurs
objets des plus nouveaux.
CÉLESTINE, il part.
Quelle cruelle mission pour.lui
Mo*. DE FIERVAL.
Il a d'ailleurs le goût excellent tu le sais, puisque c'est
à lui que tu laisses toujours le choix de tes emplettes.
CÉLESTINE.
Cela est vrai, ma mère.
Mme. DE FIERVAL.
Je n'ai pas besoin de recommander à Célestine d'être moins
sérieuse. ( souriant. ) car, en vérité ma fille à te voir quel-
quefois et par exemple en ce moment même on dirait que tu
as au fond du coeur le plus grand chagrin du monde.
GERTRUDE, d part.
Ma bonne maîtresse ne croit.pas si bien dire la vérité.
Mme. DE FIERVAL.
Viens, ma fille viens suis-moi, Gertrude toi, François
tu m'avertiras lorsque tu verras entrer M. Faldoni.
FRANÇOIS.
Le petit commis marchand, (d part, regardant Gertrude,}
Ah mon dieu
GERTRUDE, avec humeur.
Il n'y a pas deux Faldoni à Lyon.
CÉLESTINE., a part.
Oh non.
Mme. DE FIERVAL.
NI. Urbain sera peut-être de retour et nous pourrons donner
connaissance de la consultation au jeune Faldoni.. l
l4
F R A N Ç O I S bas à Gertrude.
Vrai ça ne m'arrivera plus Mademoiselle Gertrude.
G E R TR U D E avec humeur en sortant.
C'est bon c'est bon. ( Elles sortent. )
SCENE VIII.
FRANÇOIS seul et pensif.
Mais, est-ce que par hasard ?.voilà une réflexion qui me
pousse, et qui est si naturelle, que j'en reste tout interdit.
MamzeHe Gertrude ne prendrait pas tant d'intérêt à ce M. Fal-
doni, s'il n'y avait pas quelque raison cachée que je devine
moi.je parie qu'elle est amoureuse du jeune homme.Qu'est-ce
due entends donc ? ('Il va vers une fenêtre. ) Eh mais, voilà
là chaise de poste de not' maître !c'est lui !oui c'est bien
lui !le y là qui met pied à terre, le prétendu qui descend avec
lui ah il est gentil comme tout! courons au-devant d'eux
non non faut pas li cause de la corvée des paquets; restons
plutôt ici en ayant l'air de ranger et de rapproprier tout.
( II chante en dérangeant les fauteuils. )
SCÈNE IX.
M. DE FIER VAL, FLORVILLE Domestiques avec divers
paquets porte-manteaux deux grands porte-feuilles deux
épées, des pistolets.
FRANÇOIS.
Ah v'Ia not' maitre Commeut c'est vous not' maître ?
quel plaisir c'a me fait d'vous revoir.
M. DE FIERVAL-
Trêve a tous les complimens.- L'appartement de M. de Flor-
ville est prêt, sans doute ?
FRANÇOIS.
Certainement notre maître.
FLORVILLE, pendant ce temps,
Quelle prévoyance infinie
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M. DE FIERVAL.
Comment donc, mon cher gendre? car je puis vous appeler
FLORVILLE-
Ce titre m'enchante; mais permettez-moi d'aller mettre ordre
à ma toilette; je brûle d'offrir, mes hommages à la charmante
Célestine, ainsi qu'à mon adorable belle-mère.
M. DE FIERVAL.
Je vous rejoins à l'instant; et vous présenterai a nos dames.
FLORVILLE.
Je vous quitte, plein de ce doux espoir. ( Ils se saluent. )
(Florville, François et deux domestiques avec des valises, sortent.)
SCENE X.
M. DE FIERVAL, seul.
Heureux voyage 1 un procès terminé deux amis réconciliés
et une fille sous peu de jours mariée, je suis enchauté de moi-
même
SCÈNE XI.
M. DE FIERVAL FRANÇOIS, GERTRUDE.
GERTRUDE.
Ah Monsieur, que je suis aise de vous revoir !Je vous
annonce Madame et Mademoiselle.
M. DE FIERVAL.
Je cours les embrasser. ( Il sort avec Gertrude. )
FRANÇOIS, reparaissant.
Monsieur ce jeune Monsieur est dans son appartement.
M. DE FIERVAL.
Il suffit; beaucoup de prévenances et d'attentions.
FRANÇOIS.
Soyez tranquille il ne manquera de rien.

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