Celui qui titube dans les ténèbres

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Des rots, des glaires, du caca, du vomi, des érections, de la misogynie...
De la mystique ! De l’ésotérisme sur fond de Kali Yuga !
Au sommaire de ce recueil : Ketchup Universe (Ernst Jünger au McDo), Sainte Ogive des Steppes (apocalypse jouissive), Une messe du soir (une vraie messe catholique), mais aussi : Mort d’un Gérard (branleur rance), Deuxième chance (gérer l’horreur sur un quai de gare), Celui qui titube dans les ténèbres (lesquelles ?), Question/ Réponse (violence et obscénité inouïes), Le dôme (aventure californienne), et enfin Scooter, conclusion de cette série de belles histoires pour toute la famille.
Publié le : mercredi 1 avril 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756107301
Nombre de pages : 155
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Paul Sunderland
Celui qui titube
dans les ténèbres



Des rots, des glaires, du caca, du vomi, des
érections, de la misogynie...

De la mystique ! De l’ésotérisme sur fond de
Kali Yuga !

Au sommaire de ce recueil : Ketchup Universe
(Ernst Jünger au McDo), Sainte Ogive des
Steppes (apocalypse jouissive), Une messe du soir (une vraie messe catholique), mais aussi :
Mort d’un Gérard (branleur rance), Deuxième
chance (gérer l’horreur sur un quai de gare),
Celui qui titube dans les ténèbres (lesquelles ?),
Question/ Réponse (violence et obscénité
inouïes), Le dôme (aventure californienne), et
enfin Scooter, conclusion de cette série de
belles histoires pour toute la famille.







EAN numérique : 978-2-7561-0729-5978-2-7561-0730-1

EAN livre papier : 9782954040950

www.leoscheer.com Note de l’éditeur m@n
Celui qui titube dans les ténèbres de Paul Sunderland
est le cinquième livre des éditions m@n.
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Créé par Patrick Le Lay et Léo Scheer, m@n est un
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outils qu’offre l’Internet pour donner à tous le
pouvoir d’éditer.Celui qui titube dans les ténèbres© Éditions m@n, 2013
www.editions-man.comPAUL SUNDERLAND
Celui qui titube
dans les ténèbres
nouvelles
Éditions m@nPuis j’entendis une autre voix qui disait, du ciel :
« Sortez, ô mon peuple, quittez (Babylone), de peur que,
solidaires de ses fautes, vous n’ayez à pâtir de ses plaies !
Car ses péchés se sont amoncelés jusqu’au ciel, et Dieu s’est
souvenu de ses iniquités. Payez-la de sa propre monnaie !
Rendez-lui au double de ses forfaits ! Dans la coupe de ses
mixtures, mélangez une double dose ! »
Apocalypse, ch.18, v.4-6
(trad. Bible de Jérusalem)KETCHUP UNIVERSE
Il est quatorze heures trente et, franchement,
je trouve que c’est pas une heure pour bouffer. Ce
matin, comme depuis un certain temps, j’ai glandé
chez moi. Enfin, glandé, c’est une façon de le dire.
Je ne suis pas resté inactif. Je devine vos réactions :
il s’est encore branlé sur des photos de cul.
Croyezle si vous voulez. Toujours est-il que, actuellement
sans emploi, je ne me suis pas forcé à garder le
rythme d’une journée habituelle de labeur. « Le
travail est la prière des esclaves, la prière est le travail
des hommes libres », dixit Léon Bloy. Mon cher
Léon Bloy. J’ai peut-être bien prié, ce matin. Mais
cela, vous l’êtes-vous dit ? C’est sans importance.
J’ai quand même pris un petit-déjeuner et une
demi-heure après, comme les canards, il fallait que
j’évacue. Ensuite, je me suis récuré le trou de balle
et tout le reste. Me voici enfin présentable. Sauf
qu’il est quatorze heures trente. Je n’ai pas envie
de me réchauffer une barquette micro-ondable, le
problème va donc se résoudre en extérieur.
11Je vais au McDo, car j’adore mal manger pour
cher. Il s’en trouve un près de la gare mais si je vois
que la file d’attente est trop longue à mon goût (je
n’aime pas les files d’attente), j’irai chez les Kurdes
d’à côté, dans Kebab Street.
Il fait gris, l’automne s’installe. Ça n’en finit pas
de crever, dehors. Qu’est-ce qui crève, au juste ?
Nos rêves, je pense, mais la file d’attente n’est pas
trop longue.
J’entre. Je suis probablement un des rares Français
à se rendre au McDo avec un livre d’Ernst Jünger
dans sa poche intérieure de blouson. Le Mur du
Temps. Voilà ce que je me dis en attendant mon
tour. Ce n’est pas de l’orgueil, cela relèverait plutôt
du secret malicieux.
Un cul de nana attend, juste devant moi. Je
le regarde. Un peu gros dans ses jeans, mais bon,
pour la quarantaine (à ce que je juge, de dos), j’ai
vu pire.
Oublié de me raser. J’ai l’air un peu explosé
mais au moins, quand je parle, je ne pue pas du
bec. Ce serait gênant pour emballer la petite conne
qui tient la caisse de ma file. Je suis ironique. La
nana en question, je l’ai parfaitement identifiée.
C’est celle qui sourit jamais, la mal aimable. Une
petite jeune qui doit faire ce job entre deux cours
à la fac. Petite queue de cheval, cheveux châtains
12clairs, pas trop mal gaulée dans son uniforme
d’entreprise. Mais pas un sourire. Si je n’étais pas
un gentleman je lui mettrais bien deux tartes dans
la gueule pour la dégeler. Ensuite, je me la ferais
comme un pot de fraises, dans les cuisines juste
derrière. Mais ce n’est pas mon genre, comme
vous le savez parfaitement. Je me montre en effet
très correct alors que je lui passe enfin ma
commande (le cul de devant s’en est allé vers l’horizon
de sa satisfaction personnelle).
J’en prends trop, comme d’habitude. Un menu
maxi best-of Royal Bacon avec frites-coca, plus un
deuxième Royal Bacon en sandwich. Sur place, je
règle par carte. Je ne mangerai pas ce soir, c’est tout.
Je n’aime trop pas manger le soir, de toute façon.
Je n’attends pas trop longtemps, quatorze heures
trente, c’est une période creuse. Je paie et m’en vais
avec mon plateau. Les places du rez-de-chaussée
qui m’intéressent sont toutes occupées. Je vais
me rabattre sur la mezzanine. Je m’engage dans
l’escalier. J’ai la technique. Il faut s’arranger pour
mettre sa boisson vers le centre du plateau, ça
diminue les risques d’accident. Non pas que ça ne
me soit jamais arrivé. Ça m’est arrivé une fois, j’ai
foutu mon coca par terre, un jour il y a longtemps,
mais ce n’était pas au McDo, c’était à Paris, dans
un KFC près des Halles.
13Jünger ballotte un peu contre mon cœur. J’arrive
en haut, je repère une place qui me convient. Il n’y
a personne aux alentours. Je vais pouvoir me caler
le cul sur une banquette derrière un angle, et
bouffer et lire tranquillement. Sauf que lorsque
j’arrive près de ma landing zone, ça se met à coller
sous mes semelles. Immédiatement je me dis :
sperme en train de sécher, ou gerbe. Je suis con. Je
sais bien que ce n’est pas ça. Mais ça a la même
sensation que les reliquats de vomi. Je dis ça parce
que ça aussi ça m‘est arrivé, une fois. Ce n’était
pas mon vomi. Il faudra que je vous raconte, à
l’occasion, mais pas aujourd’hui.
Je me pose un peu comme un vieux, en
soupirant. J’ai oublié de mentionner qu’on est jeudi et
que je tiens une bonne crève depuis le samedi
d’avant. En plus, je suis affligé d’une espèce de
sciatique qui me prend aux reins et descend par
instants dans les deux jambes, sur les faces externes,
en lentes et lancinantes décharges électriques. Un
après-midi de merde, au fin fond d’Occidental
Zombietown. Heureusement que je peux m’appuyer
contre le Mur du Temps.
Je bouffe en commençant par les frites (j’ai pris
aussi du ketchup), entre deux quintes de toux et
deux élancements dans les jambes.
14Le sol. Le sol de ce McDo. Une mosaïque de
petits carreaux, un à deux centimètres de côté, pas
davantage. Les couleurs reproduisent, en motifs
volontairement irréguliers, les couleurs des burgers.
Une espèce de rouge marron pour la barbaque, du
rouge vif pour le ketchup, sans oublier le jaune de
la tranche de fromage chimique. Welcome to the
Ketchup Universe. Il y a quelques années de cela,
j’en avais fait les paroles d’une chanson, en anglais.
Un ami avait mis ça en musique, dans le répertoire
prog rock.
Soulagement. Au moins, cet après-midi dans ce
McDo de la gare, on n’est pas affligés par la énième
compil de Michael Jackson. La sono ne diffuse
même carrément rien, pour une fois.
Je mange, de temps en temps je lâche
voluptueusement un rot. Je me suis entraîné en écoutant
attentivement l’empereur Palpatine dans Revenge
of the Sith, lorsqu’il invite Anakin Skywalker à se
relever après que ce connard a renoncé à son serment
de jedi. Dans la version originale, il lui dit rise, je
ne sais pas ce que ça donne dans la version française
que je n’ai pas vue, mais en anglais, ce rise, on a
l’impression que c’est prononcé comme si c’était
une éructation. URRHHIISE. Ça rend un son
bien obscène, je trouve, et je me demande si la voix
de l’acteur sur ce mot n’a pas été retravaillée en
15studio, volontairement, afin d’accentuer le caractère
répugnant du personnage qu’il incarne. En tout
cas, ça m’a bien fait marrer lorsque je l’ai entendu
pour la première fois. Depuis, je m’entraîne
régulièrement (tous les jours, en fait). URRHHIISE.
Je pense également que le nom « Palpatine » résulte
de la fusion de « Pol Pot » et de « Staline », histoire
de suggérer le côté despotique.
Je reviens à mon sujet. Un mec vient de s’asseoir
à quelques mètres à ma droite. Il s’est amené avec
son ordinateur portable. Je le vois taper sur son
clavier avec une expression jubilatoire. Bien sûr, je
me demande s’il n’est pas sur un site de cul. Il fait
ce qu’il veut.
Deux nanas arrivent peu de temps après. Une
mince et une grosse, la petite vingtaine pour les
deux. Elles se posent sur ma gauche, contre le mur
(pas du Temps, celui-là) en face de moi. Elles
peuvent me voir et je peux les voir. Je continue de
bouffer du Royal Bacon et des frites (le coca, je ne
le bois qu’à la fin, jamais avant).
Je n’entends pas ce qu’elles se disent, mais elles
rigolent. Elles sont dans leur conversation. La mince
n’est pas mal. Petite cochonne, tu as bien écarté les
jambes en t’asseyant, il y a quelques minutes.
Quinte de toux. À force, ça finit par me faire
mal dans la cage, dans les côtes, en sus j’ai même
16droit à un effet genre caisse de résonance dans les
reins. C’est pas spécialement jouissif, comme
sensation, surtout quand ça se répète depuis plusieurs
jours.
De temps en temps, je devine leurs regards
posés sur le mec à ma droite. Je suis certain qu’elles
se disent la même chose que moi. L’autre est
toujours dans son trip, il a même passé des écouteurs.
J’imagine des bites en train de se faire sucer sur son
écran, et le geek à lunettes qui bande à en gicler
dans le slip. Mais de là où je suis assis, je ne peux
pas voir, de toute façon ça ne m’intéresse pas et je
ne suis pas indiscret.
Les deux meufs, en revanche, je me demande si
ce sont des lesbibiches ou pas. C’est plus fort que
moi. Depuis quelques années (depuis qu’ont surgi
dans les rues ces LGBT prides), dès que je vois deux
nanas ensemble, je me dis : « Elles baisent ensemble
ou pas ? » Ah mais non, Paul Sunderland, tu n’as
rien compris, tu es un obsédé, tu portes en toi la
haine des femmes, tu es un facho, un frustré (oui
c’est ça, tu as raison, chérie, maintenant viens me
faire un câlin, parce qu’en réalité tu m’aimes
beaucoup en affreux jojo).
Le mec d’à côté a fini de manger, il remballe
son matériel, se lève et s’en va. Les deux filles le
regardent discrètement. Une fois qu’il est passé
17devant elles, qu’il est suffisamment loin, elles
pouffent derechef, comme je m’y attendais.
Moi aussi, j’ai fini de manger. Je vide mon coca.
J’ai le bide bien rempli et je sens que je dispose
d’une réserve substantielle d’éructations.
Selon moi, Ernst Jünger fait partie des grandes
lumières intellectuelles du vingtième siècle. Même
Mitterrand l’admirait, c’est dire. Jünger m’apprend,
depuis les années soixante au cours desquelles il a
écrit Le Mur du Temps, que l’humanité va subir une
très importante mutation. Jünger n’était pas à côté
de la plaque au motif qu’un peu plus de quarante
ans se sont écoulés depuis la sortie de son étude et
qu’on n’a pas tous nécessairement l’impression
d’un changement radical. Parmi ceux qui affirment
cela, certains ont la vue courte et je ne peux les en
blâmer car, sans s’en rendre compte, ils ont subi un
système éducatif qui n’est ni plus ni moins qu’une
trahison de l’Esprit. Quant aux autres, ceux qui
savent mais n’admettent pas, ceux-là n’ont pas
droit à mon indulgence.
La mutation, sa radicalité, c’est au plus profond
de l’incarnation, dans les gouffres du trivial qu’il
faut la méditer et l’expérimenter. C’est pour cela
que j’ai emmené ce livre en ce lieu. On peut réfléchir
à Jünger, Guénon, Evola, au Kali Yuga assis en
tailleur, sans absorber autre chose que du thé vert
18pendant deux jours. Très bien. On peut penser à
Dieu, au Créateur, dans une cathédrale, une église
de type Le Corbusier, dans une pauvre chapelle au
milieu d’une forêt. Très bien aussi. Mais quand tu
entends une ambulance passer près de toi, ou dans
le lointain, tu dois accepter de te retrouver dans
ce qu’il y a de pire pour celui ou celle qu’on est
peut-être en train de transporter vite fait aux urgences.
L’incarnation, elle est là aussi. C’est la vie, ressentie
au maximum parce que la mort, ou son idée, n’est
pas loin. La souffrance, c’est ici, maintenant, et ça
obture tout le reste du paysage. C’est le mal issu
d’une finitude physique inacceptable, c’est la
menace de grande dilution alors que le véhicule
sillonne le maillage urbain entre les impulsions
électriques des feux de circulation, et que des gens
luttent vainement contre l’entropie en remplissant
leurs corps dans le Ketchup Universe, criblés par la
wifi rayonnante des réseaux équivoques. C’est là
aussi que tu pries, pour que le mec ou la nana crève
pas dans l’ambulance, crève pas encore tout de
suite, pour que cesse sa souffrance, quelle qu’elle
soit, pour que personne dans son entourage ne
connaisse le chagrin. Tu dois lutter de cette
manièrelà aussi. Tu dois porter la guerre aux confins de
l’absurde, depuis ce creux de non-être, le centre
de l’absurde. C’est impératif. Tu peux bien lire et
19DANS LA MÊME COLLECTION
Benoit Deville, Litanie, 2012
Cécile Fargue-Schouler, Le Souvenir de personne, 2012
Nann Cargo, Daphné, 2012
Georges-André Quiniou, Le Paradise, 2013
Achevé d’imprimer en avril 2013
sur les presses de la Nouvelle Imprimerie Laballery
58500 Clamecy
Dépôt légal : avril 2013
N° d’impression : 304112
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