Centenaire du 24 juin 1868, célébré à Versailles. Eloge de L.-L. Hoche, général et pacificateur ; par M. Georges Renaud,...

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impr. de E. Aubert (Versailles). 1868. Hoche, Lazare. In-18, 72 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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CENTENAIRE DU 24 JUIN 1868
CÉLÉBRÉ A VERSAILLES
ÉLOGE
DE
L.-L. HOCHE
GÉNÉRAL ET PACIFICATEUR
l'AR
M. GEORGES RENAUD
LAURÉAT DE L'INSTITUT.
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ D'ÉCONOMIK POLITIQUE DE PARIS
ET DE LA SOCIÉTÉ DE STATISTIQUE.
-I'RIX 20 CENTIMES.
VERSAILLES
IMPRIMERIE DE E. AUBERT
6, avenue de Sceaux.
OCTOBItE 1868
CENTENAIRE DU 24 JUIN 1868
CÉLÉBRÉ A VERSAILLES
ÉLOGE
DE
L.-L. HOCHE
1
Mxéral ET PACIFICATEUR
:t\ \'-'
PAR
M. GEORGES RENAUD
* T LAURÉAT DE L'INSTITUT.
JFTEMBRE DE LA SOCIÉTÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE- DE PARIS
ET LE LA SOCIÉTÉ DE STATISTIQUE.
PRIX : 20 CENTIMES.
VERSAILLES
IMPRIMERIE DE E. AUBERT
6, avenue de Sceaux.
OCTOBRE 1868
ÉLOGE
DE
LOUIS-LAZARE HOCHE
Res non verba.
(Devise de Hoche).
Faire sans dire.
(Vieille devise.)
Des mots, encore des mots, toujours
des mois. J.-J. ROUSSEAU.
Abolissons la tyrannie des mots pour
établir le règne des choses. Vous avez
eu la preuve que le mot de liberté peut
être écrit sur toutes lesportesquand l'op-
pression est sur toutes les têtes. Et quel
était alors même l'homme libre, même
dans les fers, même sur l'échafaud ? Celui-
là seul qui avait su garder l'indépendance
de ses principes. LA HARPE.
Nous dirons sur Louis-Lazare Hoche tout ce que
nous avons à en dire; nous exprimerons notre pensée
tout entière, sans redouter de susciter les colères ni de
froisser les susceptibilités de personne ; nous parlerons
sans hésitation, mais nous parlerons en ayant toujours
en vue le phare de la vérité, et, guidés par cette lu-
mière, nous ne ménagerons aucune opinion, aucune
croyance, aucune conviction. Nous n'aurons qu'à ex-
poser la vérité, la vérité historique.
Et pourquoi nous tairions-nous? Quoi! Voilà une
grande figure, exceptionnelle dans l'histoire, enflam-
mée, comme tant d'autres, par l'enthousiasme répu-
blicain de 1789; saisie d'un amour ardent pour la pa-
- !t -
trie et pour ses institutions dans lesquelles seules pou-
vait être le salut du pays; joignant à ce patriotisme et
à cette foi ardente une honnêteté d'une pureté exem-
plaire, un dévouement sans bornes, une habileté mili-
taire et politique égale, peut-être même supérieure à
celle de Bonaparte, puisqu'il sut rétablir l'ordre sans
violer les institutions républicaines; et l'on voudrait
nous voir conserver le silence le jour du centième an-
niversaire de sa naissance? On pourrait songer que
nous laisserons passer inaperçue cette date, précieuse
pour l'histoire, glorieuse pour notre ville? On nous
conseillerait l'abstention, alors qu'il s'agit d'un enfant
de Versailles, d'un concitoyen qui a ajouté à l'auréole
de cette ville son plus beau fleuron? Non, mille fois
non. C'est un devoir pour nous de parler en un tel jour
et de rappeler ce qu'a été Hoche, de fêter son anniver-
saire comme nous fêterions celui des autres enfants de
Versailles : l'abbé de l'Épée, Ducis et Jean Houdon.
Nous n'en pourrions faire autant toutefois pour notre
compatriote le maréchal Berthier. On ne doit pas re-
muer les cendres de ceux qui ont manqué de foi à leurs
convictions et à leurs amitiés, non plus que de ceux
qui n'ont cru à rien. Or Berthier, après avoir obtenu
la confiance et l'amitié de Bonaparte consul, puis de
Napoléon empereur, après en avoir accepté tous les
honneurs, a été l'un des premiers à l'abandonner au
jour de la défaite et à se rallier aux Bourbons.
Fêter un anniversaire, c'est offrir un éclatant exem-
ple d'honneur et de vertu à l'attention publique. Ho-
che, l'abbé de l'Épée, Ducis, Jean Houdon sont des
hommes qui n'ont jamais connu l'intrigue. Faisons
connaître ces hommes-là au peuple. Mais trois fois si-*
lence sur la mémoire des traîtres ! Laissons-les dormir
dans la tombe et n'évoquons point leur àme. Ce serait
vouloir célébrer le succès pour le succès, et les hommes
parce qu'ils ont réussi, au lieu de les juger par leur vie
et par leurs actes.
Grands hommes de l'histoire, votre image et votre
nom se présentent sans cesse à notre esprit ! mais notre
esprit refuse de retenir votre nom et d'apprendre le
o
récit de vos hauts faits, si vous avez manqué à l'hon-
neur! Quels sont vos titres pour que la postérité s'oc-
cupe de vous? Dites, parlez, montrez vos parchemins;
non pas les parchemins qui disent votre qualité de ma-
réchal, de sénateur, de pair de France, de ministre,
ceux-là nous importent peu, mais ces parchemins
qui seuls donnent entrée dans le temple de la vraie
grandeur, dans le temple de la vertu, et sur lesquels
seuls sont inscrits vos droits à l'estime et à la recon-
naissance publiques! Sinon, retirez-vous dans l'ombre,
que personne ne vous voie, que personne ne se doute
que vous avez jamais existé !
Et vous, gloire de notre ville, avancez au grand jour,
que tout le monde contemple vos vertus ! Et vous, gé-
néral d'armée, qui aviez un si grand souci quand le
malheur vous forçait à verser le sang humain, ap-
prochez pour que l'on vous rende hommage ! Et
vous, républicain convaincu, qui avez montré tant de
tolérance et de cœur quand il s'est agi de pacifier
la Vendée, venez, que l'on fête dignement votre nais-
sance, car c'est un beau jour que celui où est né un
homme irréprochable, qui joignit la fermeté à la vertu,
le courage au patriotisme, la tolérance à la conviction,
l'énergie au devoir, la prudence à l'habileté! Salut,
trois fois salut, grand guerrier! Illustre patriote, en-
core salut!
1
Louis-Lazare Hoche est né rue Satory, le 24 juin 1768.
Il était le fils d'un ancien soldat, garde-chenil dans la
vénerie du roi. Il perdit sa mère deux ans après sa
naissance. Ce fut une tante, marchande de légumes à
Montreuil, qui, ayant pris l'enfant en affection, prodi-
gua les premiers soins à son éducation. Il gagna l'affec-
tion de son oncle maternel, l'abbé Merlière, curé à Saint-
Germain-en-Laye, qui lui donna quelques leçons, lui
apprit le latin et le fit enfant de chœur dans son église.
A quinze ans, il obtint un surnumérariat dans le ser-
vice des écuries royales. La lecture d'un livre de
6
voyages le décida à s'engager l'année suivante dans les
troupes coloniales en pai tance pour les Grandes-Indes.
Mais, trompé par un sergent recruteur, il se trouva
incorporé dans les gardes-françaises. C'était un jeune
homme d'une beauté tellement frappante qu'elle ar-
racha un jour ce cri à une femme qui le voyait passer
du haut d'un balcon : « Quel beau général on ferait de
cet homme ! »
Il achetait à cette époque des livres avec le fruit de
ses économies et le produit de son travail. Il brodait
des bonnets de police et des vestes l'hiver; il servait
les jardiniers l'été. Il passait les nuits à lire et à étu-
dier, sans négliger son service. Son inexpérience de la
vie et le peu d'empire qu'il avait encore sur lui-même
lui attirèrent toutefois de nombreuses querelles au ré-
giment, ce qui retarda son avancement. En 1789, il
avait cinq ans de service et ne remplissait que les fonc-
tions de sergent-major. Il devait disparaître huit an-
nées après et cependant remplir le monde de son nom.
A sa mort, ce héros était encore des nôtres, jeunes
gens !
Il est acteur dans les journées des 5 et 6 octobre.
Malgré ses convictions républicaines, il est demeuré
fidèle au drapeau royal et ne prend aucune part à l'in-
surrection du peuple. Il se distingue en défendant l'en-
trée des appartements au château contre les hommes
du peuple qui s'efforcent de les envahir. Sa conduite
est remarquée. Lafayette lui en fait de grands éloges (1).
L'histoire le perd alors de vue pour le retrouver à
Maëstricht, sous les ordres du général Le Veneur,
qui dut lever le siège de la place. Hoche fut nommé
lieutenant, puis capitaine au 58e de ligne, grâce au gé-
néral Le Veneur qui l'avait remarqué et était devenu
son ami. Il sut protéger l'évacuation du matériel avec
une rare habileté. Le général Le Veneur en fit son aide-
de-camp et son ami. A la bataille de Nerwinde (18 mars
1793) et à celles de Vertrich et de Blagen, il lutta avec
opiniâtreté et eut deux chevaux tués sous lui. Il rallia
(1) Lafayette, Mémoires, t. II.
7
à pied les troupes et les ramena sans cesse à l'ennemi.
On allait le nommer adj udant général, chef de ba-
taillon. Il refusa cet avancement pour demeurer aide-
de-camp du général comte Le Veneur, un de ces nobles
qui n'avaient point déserté leur poste et croyaient de
leur devoir de conserver leur épée pour la tourner
contre les envahisseurs du pays. Ce fut cet homme d'é-
lite qui polit les manières de Hoche et lui fit épurer son
langage en l'initiant aux délicatesses d'une société
choisie. Les relations de ces deux hommes subsistèrent
toute leur vie, et Hoche était devenu le supérieur du
comte Le Veneur, qu'il n'appelait encore celui-ci que
son second père.
Hoche eut la douleur de voir arrêter le général Le
Veneur par les gendarmes de la Convention. On le sai-
sit lui-même ; on le traduisit devant une commission.
Il écrivit alors une lettre hardie et courageuse à Cou-
thon, dans laquelle il dépeignait le véritable état de
l'armée. Couthon lut sa lettre au Comité de salut pu-
blic et le fit élargir. Il fut nommé adjudant général,
chef de bataillon, et attaché comme tel au général
Souham à Dunkerque, le 23 août 1793.
Le plan de défense du nord de la France émanait de
Carnot. L'éminent stratégiste avait donné au général
Houchard des instructions excellentes. Les ennemis s'é-
taient divisés; les Anglais, sous le commandement du
duc d'York, s'étaient dirigés sur Dunkerque pour l'assié-
ger, et les Autrichiens s'arrêtaient au siège du Quesnoy.
Souham et Hoche devaient défendre énergiquement
Dunkerque, et Houchard se porter en masse entre l'ar-
mée qui faisait le siège et celle qui le couvrait. Le
plan ne fut qu'incomplètement exécuté par le dernier.
Vainqueur à Hondschoote, il désobéit aux ordres du
Comité de salut public, et rejeta les deux armées en-
nemies l'une sur l'autre au lieu de les séparer et de les
écraser successivement. Il paya cette faute de sa tête
qui roula sur l'échafaud au plus fort de la Terreur.
Toujours est-il que le jeune Hoche se comporta au
siège de Dunkerque d'une manière héroïque.
Il avait repoussé plusieurs attaques. « L'assiégeant
8
« ne pouvait pas ouvrir facilement la tranchée dans un
« terrain sablonneux, au fond duquel on trouvait l'eau
« en creusant seulement à trois pieds (1). » La flotte
anglaise n'arrivait pas, tandis qu'au contraire une flot- •
tille française, embossée le long du rivage, harcelait
les assiégeants enfermés sur leur étroite langue de
terre, sans eau potable, et exposés à tous les dangers.
Pendant que Houchard battait les Anglais à Hond-
schoote, Hoche, à la tête de la garnison de Dunkerque,
faisait une sortie vigoureuse et mettait par là les assié-
geants dans le plus grand péril. Aussi ceux-ci, se sen-
tant menacés sur leurs derrières, et ne voyant point
arriver les secours maritimes nécessaires pour le bom-
bardement de la place, levèrent le siège dès le lende-
main. Telle était la première action saillante à laquelle
Hoche associait son nom. C'était un fait important.
« Cette opération, en effet, rompait la longue chaîne
« de nos revers au nord, faisait essuyer un échec per-
« sonnel aux Anglais, trompait le plus cher de leurs
« vœux, sauvait la république du malheur qui lui eût
« été le plus sensible, et donnait un grand encourage-
« ment à la France (2). »
Cette belle défense valut au jeune Hoche le com-
mandement en chef de l'armée de la Moselle, que Pi-
chegru convoitait, et qui lui valut d'autant plus la
haine de ce dernier. Le nouveau chef d'armée avait
vingt-cinq ans.
Le Comité de salut public venait de renouveler tous
les états-majors pour les épurer et en écarter ceux qui
pouvaient être soupçonnés, à tort ou à raison, de liai-
sons avec les aristocrates et les émigrés. C'est ainsi que
Jourdan et Hoche de simples officiers furent faits gé-
néraux.
Il était temps que Hoche arrivât. Si Brunswick, à la
tête des Prussiens, et Wurmser, à la tête des Autri-
chiens, ne s'entendaient point, les Français étaient, de
leur côté, dans le désarroi le plus complet. Ils avaient
(1) Thiers, Révolution française.
(2) ta. id.
- u -
1.
perdu quatre mille hommes à Pirmasens, évacué le
camp de Hornbach, abandonné les lignes de Wissem-
bourg.
Le Comité de salut public envoie donc Hoche à l'ar-
mée de la Moselle, Pichegru à l'armée du Rhin, et
confie la dictature ordinaire des commissaires de la
Convention à Lebas et à Saint-Just.
Ces deux derniers font trembler toute la région de
l'est. Des levées en masse sont exécutées dans chaque
département, dirigées sur Besançon, et, de là, envoyées
dans les places fortes afin de les occuper et de per-
mettre l'entrée en ligne des garnisons. Saint-Just se
fixe à Strasbourg et livre à une commission ceux qui
étaient soupçonnés d'avoir voulu livrer cette ville à
Wurmser. L'échafaud est le châtiment. Ces moyens
violents ont été, quoi qu'on dise, une cause de fai-
blesse plutôt que de force pour la Convention, po-
litiquement parlant. Toutefois, « Saint-Just com-
« muniqua aux généraux et aux soldats une vigueur
« nouvelle; il exigea chaque jour des attaques sur
« toute la ligne, afin d'exercer nos jeunes conscrits.
« Aussi brave qu'impitoyable, il allait lui-même au
« feu et partageait tous les dangers de la guerre. Un
« grand enthousiasme s'était emparé de l'armée; et
« le cri des soldats, qu'on enflammait de l'espoir de
« recouvrer le terrain perdu, leur cri était : Landau
« ou la mort ! (1) »
Voici quelques-uns des curieux arrêtés rendus par
les deux commissaires de la Convention :
« Dix mille hommes sont nu-pieds dans l'armée ;
il faut que vous déchaussiez tous les aristocrates de
Strasbourg, et que demain, à dix heures, dix mille
paires de souliers soient en marche pour le quartier
général.
« Tous les manteaux des citoyens de Strasbourg
sont en réquisition ; ils doivent être rendus demain
soir dans les magasins de la république.
« La municipalité de Strasbourg tiendra deux
(1) Thiers, Révolution française.
-10 -
mille lits prêts dans les vingt-quatre heures chez les
riches de Strasbourg pour être délivrés aux soldats.
« Il sera levé un emprunt de neuf millions sur
les riches, dont deux millions serviront aux indigents,
un million à la place, six millions à l'armée. Le parti-
culier le plus riche, imposé dans cet emprunt, qui
n'aura pas satisfait dans les vingt-quatre heures à son
imposition, sera exposé pendant trois heures sur l'é-
chafaud de la guillotine (1). »
Si l'on n'approuve ces mesures dans tous leurs dé-
tails et dans toutes leurs formes, on ne peut du moins
s'empêcher d'admirer l'énergique impulsion donnée à
cette magnifique campagne de 1793. Le plan général,
arrêté par Carnot, était de réunir les deux armées de
la Moselle et du Rhin et d'opérer en masse sur le ver-
sant des Vosges. « Pour cela, il fallait recouvrer les
« passages qui coupaient la ligne des montagnes et
« que nous avions perdus, depuis que Brunswick s'é-
« tait porté au centre des Vosges, et Wurmser sous
« les murs de Strasbourg. Le projet du Comité était
« formé; il voulait s'emparer de la chaîne même pour
<( séparer les Prussiens des Autrichiens. Le jeune
« Hoche, plein de talent et d'ardeur, était chargé
« d'exécuter ce plan, et ses premiers mouvements à la
« tête de l'armée de la Moselle firent espérer les plus
« énergiques déterminations (2). » C'était cependant
la première armée qu'il commandait en chef, et il
avait, rappelons-nous-le bien, il avait vingt-cinq ans!
L'insuccès des Prussiens devant le château de Bitche
est suivi de la retraite de Brunswick à Kayserslautern,
sans que le général prussien ait prévenu Wurmser,
avec lequel il était en mésintelligence. Hoche débouche
de la Sarre avec trente-cinq mille hommes, suit
Brunswick de très près, cherche à l'entourer à Bisin-
gen et essaye en vain de le prévenir à Kayserslau-
tern. « Il forma le projet de l'attaquer à Kayserslau-
« tern même, quelque grande que fût la difficulté des
(1) H. Martin, Histoire populaire de la France.
(2; Thiers, Révolution française.
1:1 -
« lieux. Hoche avait environ trente mille hommes; il
« se battit les 28, 29 et 30 novembre ; mais les lieux
« étaient peu connus (1) et peu praticables. Le premier
« jour, le général Ambert, qui commandait la gauche,
u se trouva engagé, tandis que Hoche, au centre,
« cherchait sa route; le jour suivant, Hoche se trou-
« vait seul en présence de l'ennemi, tandis qu'Ambert
« s'égarait dans les montagnes. Grâce aux difficultés
« des lieux, à sa force et à l'avantage de sa position,
« Brunswick eut un succès complet. Il ne perdit qu'en-
« viron douze hommes ; Hoche fut obligé de se retirer
« avec une perte d'environ trois mille hommes; mais
« il ne fut pas découragé, et vint se rallier à Pirma-
« sens, Ilornbach et Deux-Ponts. Hoche, quoique mal-
« heureux, n'en avait pas moins déployé une audace
« et une résolution qui frappèrent les représentants et
« l'armée (2). » Le Comité de salut public lui écrivit
les lettres les plus encourageantes, et, « pour la pre-
« mière fois, donna des éloges à un général battu. »
C'est dans la défaite, bien plus que dans la victoire,
que l'on reconnaît la grandeur du talent et du carac-
tère. Elle fut la pierre de touche du mérite de Hoche.
On sut bientôt, en France et à l'étranger, à qui on
avait à faire. Hoche ne se laissa point émouvoir par sa
défaite. Au lendemain des journées de Kayserslautern,
voyant le flanc des Autrichiens, restés en Alsace, dé-
couvert par la retraite de Brunswick, il dirigea le gé-
néral Taponnier sur Werdt avec douze mille hommes,
pour percer la ligne des Vosges et se jeter sur le flanc
de Wurmser. En même temps l'armée du Rhin, com-
mandée par Pichegru, aguerrie par la vigilance de
Saint-Just, qui engageait des combats continuels avec
l'ennemi, devait attaquer de front.
Les troupes de Hoche ne pénétrèrent qu'avec des diffi-
cultés inimaginables dans les Vosges. Elles y réussirent
toutefois et inquiétèrent sérieusement la droite de
Wurmser. Le 22 décembre, le général marcha en per-
(1) Il n'avait même pas de cartes du théâtre de la guerre. On les lui
fit attendre plus de huit jours.
(2) Thiers, Révolution française.
- 12 -
sonne à travers les montagnes et parut à Werdt sur le
sommet du versant oriental. « Il accabla la droite de
« Wurmser, lui prit beaucoup île canons, et fit un
« grand nombre de prisonniers. Les Autrichiens furent
« alors obligés de quitter la ligne de la Motter et de se
« porter d'abord à Sultz, puis, le 24, à Wissembourg,
« sur les lignes mêmes de la Lauter. Leur retraite s'o-
« pérait avec désordre et confusion. Les émigrés, les
« nobles alsaciens, accourus à la suite de Wurmser,
« fuyaient avec la plus grande précipitation. Des fa-
« milles entières couvraient la route en cherchant à
« s'échapper. Les deux armées prussienne et autri-
« chienne étaient mécontentes l'une de l'autre et
« s'entr'aidaient peu contre un ennemi plein d'ardeur
« et d'enthousiasme (i).
Les deux armées du Rhin et de la Moselle réunies,
les commissaires en donnèrent le commandement en
chef à Hoche. Celui-ci n'eut plus d'autre vue que de re-
prendre Wissembourg. Laissons la parole à M. Thiers
pour la description de cette lutte décisive :
« Les Prussiens et les Autrichiens, dit-il, concentrés
« maintenant par leur mouvement rétrograde, se trou-
« vaient mieux en mesure de se soutenir. Ils résolurent
« donc de prendre l'offensive le 26 décembre (6 nivôse),
c le jour même où le général français se disposait à
« fondre sur eux. Les Prussiens étaient dans les Vos-
« ges et autour de Wissembourg; les Autrichiens s'é-
« tendaient en avant de la Lauter, depuis Wissem-
« bourg jusqu'au Rhin. Certainement, s'ils n'avaient
« pas été décidés à prendre l'initiative, ils n'auraient
a pas reçu l'attaque en avant des lignes, ayant la Lau-
« ter à dos; mais ils étaient résolus à attaquer les pre-
« miers, et les Français, en s'avançant sur eux, trou-
« vèrent leurs avant-gardes en marche. Le général
« Desaix, commandant la droite de l'armée du Rhin,
« marcha sur Lauterbourg; le général Michaud fut di-
« rigé sur Schleithal; le centre attaqua les Autrichiens
« rangés sur le Geisberg, et la gauche pénétra dans les
(1) Thiers, Révolution française.
13 -
« Vosges pour tourner les Prussiens. Desaix emporta
« Lauterbourg, Michaud occupa Schleithal, et le cen-
« tre, repliant les Autrichiens, les refoula du Geisberg
« jusqu'à Wissembourg même. L'occupation instanta-
« née de Wissembourg pouvait être désastreuse pour
« les coalisés, et elle était imminente; mais Brunswick,
« qui se trouvait au Pigeonnier, accourut sur ce point
« et contint les Français avec beaucoup de fermeté. La
« retraite des Autrichiens se fit alors avec moins de
a désordre; mais le lendemain les Français occupè-
« rent les lignes et Wissembourg. Les Autrichiens se
« replièrent sur Gemersheim, les Prussiens sur Bergza-
« bern. Les soldats français s'avançaient toujours en
« criant : Landau ou la mort ! Les Autrichiens se hâtè-
« tèrent de repasser le Rhin, sans vouloir tenir un jour
« de plus sur la rive gauche, et sans donner aux Prus-
« siens le temps d'arriver à Mayence. »
Landau débloqué, les Français, harassés de cette
laborieuse campagne dans un affreux pays, prirent
leurs quartiers d'hiver dans le Palatinat. Les deux gé-
néraux ennemis rejetèrent mutuellement l'un sur l'autre
la cause du désastre. Leur querelle finit par la démis-
sion de Brunswick. Que nous importait, du reste? Nos
frontières étaient reconquises, et Landau était dégagé.
L'intrigant Pichegru réussit à capter la confiance de
Saint-Just. Il s'attribua l'honneur du déblocus de Lan-
dau et fit jeter Hoche en prison, sous prétexte de résis-
tance au Comité de salut public. En même temps, lui-
même, il recevait le commandement de l'armée du
Nord, et Jourdan remplaçait Hoche à l'armée de la
Moselle.
Ici finit la première partie de cette épopée, au mo-
ment où, dans le midi de la France, en commençait
une autre au siège de Toulon. Là République se trou-
vait sauvée par deux généraux de premier ordre, d'é-
gale force et de même âge. L'un s'appelait Hoche ;
l'autre s'appelait Bonaparte. L'un n'était que le simple
serviteur de son pays, obéissant et fidèle à ses institu-
tions; l'autre avait plus d'ambition, moins de désinté-
ressement et moins de respect pour les institutions na-
--14-
tionales, qu'il devait confisquer à son propre profit.
De simples modifications à la Constitution de l'an III
auraient sauvé le pays; il en médita l'entier renver-
sement. L'un pensait remplir uniquement son devoir
de citoyen en repoussant les ennemis de la France;
l'autre, en dispersant des nations étrangères, croyait
accomplir une prétendue mission providentielle. L'un
avait le respect du genre humain et de ses droits;
l'autre le faisait servir à son intérêt personnel et à sa
gloire en le méprisant. L'un voulait arriver à la gran-
deur par la liberté ; l'autre, par tous les moyens, bons
ou mauvais. L'un voulait, comme Washington, aidera
l'établissement du règne de la liberté dans sa patrie,
et il croyait qu'on y pouvait arriver par la liberté.
L'autre, comme Cromwell, crut qu'on ne pouvait sau-
ver le pays qu'en la confisquant. Or, qui a été le plus
grand et qui a le mieux réussi dans son œuvre poli-
tique, Washington ou Cromwell? Qu'a laissé Cromwell?
Un pays en état de réaction et à moitié ruiné. Qu'a
laissé Washington ? La plus prospère des républiques
de l'univers et de tous les temps. Qu'a laissé Bona-
parte? Des ruines, après avoir consommé à cette des-
truction l'un des plus grands génies qui se soient ja-
mais vus. Qu'a laissé Hoche? Un pays pacifié et prêt à
recevoir et à aimer la liberté, une patrie plus unie et
plus forte, dont, comme il le savait bien, la vraie et du-
rable prospérité ne serait possible qu'au moyen de la
participation fréquente de tous les citoyens au gouver-
nement politique, et non avec l'action despotique,
égoïste, paralysante du gouvernement d'un seul.
Cette première période comprend donc trois épo-
ques bien distinctes : Hoche, sergent au château de
Versailles; Hoche, défenseur de Dunkerque; enfin
Hoche, commandant en chef de l'armée de la Moselle.
Et le jeune militaire s'est élevé à ce poste considérable
par son propre et son seul mérite, faisant lui-même
son éducation, acquérant à force de peines les con-
naissances qui lui manquaient, forgeant son génie à la
sueur de son front et à la flamme de l'amour de la pa-
trie et de ses institutions. Cet ambur le fit grand, ,
15 -
quoique si jeune, jusque dans la défaite. A 25 ans, être
nommé général, être battu, inspirer assez de confiance
pour être félicité même d'un échec par le plus soup-
çonneux des gouvernements, enfin avoir assez de ca-
ractère, assez de sûreté, assez de sang-froid pour ne
s'en point émouvoir et chercher avec calme dès le
lendemain les moyens de réaliser par une autre voie
le plan tracé, afin d'atteindre infailliblement le but, le
salut du pays; c'est là, on est forcé d'en convenir, c'est
là le privilége du génie.
II
Au 9 thermidor commence la seconde période de
l'épopée hochenne (27 juillet 1794). La prison de Hoche
s'ouvre. On le place à la tête de l'armée des côtes de
Brest, puis de celle des côtes de Cherbourg. Le gé-
néral Canclaux, destitué à cause de sa modération, re-
prend en même temps le commandement de l'armée
dite de l'Ouest, qui comprenait la Vendée. Ces deux
hommes, prudents, énergiques et cependant modérés,
étaient les plus aptes à pacifier le pays. Ce fut un vif
regret pour Hoche de se voir appeler sur un théâtre
ignoré, ne se prêtant point au développement de son
génie, le condamnant à une guerre civile sans généro-
sité, sans combinaisons, sans gloire. Il avait demandé
son remplacement dans le premier instant ; puis il s'é-
tait résigné à servir son pays dans ce poste désagréable,
trop obscur pour son talent. Il ne disposait que d'une
armée affaiblie par les renforts adressés à Canclaux ;
c'était avec 40,000 hommes mal organisés qu'il devait
garder 350 lieues de côtes et places, de Cherbourg à
Brest, et occuper un pays coupé, montagneux et boisé.
On lui promit 12,000 soldats de l'armée du Nord. Il de-
mandait surtout des soldats disciplinés, et s'efforçait de
corriger chez les siens de tristes habitudes contractées
dans la guerre civile. «Il faut, disait-il, ne mettre en
« tête de nos colonnes que des hommes disciplinés qui
« puissent se montrer aussi vaillants que modérés et
« être des médiateurs autant que des soldats. » Toute-
-16 -
fois il était indulgent pour ses soldats, quoique parfois
d'une sévérité exemplaire. Il écrit à un lieutenant qui
se plaignait amèrement des excès d'ivrognerie : « Eh !
« mon ami, si les soldats étaient philosophes, ils ne se
a battraient pas !. Corrigeons cependant les ivrognes,
« si l'ivresse les fait manquer à leur devoir. » Ces re-
grets diminuèrent le jour où on lui remit le comman-
dement de l'armée de Vendée, car, par là, il lui fut
permis de faire connaître ce même génie sous une
autre de ses faces, la plus belle de toutes, celle de pa-
cificateur.
Ce n'était pas une mission facile qui lui était confiée.
Canclaux et Hoche succédaient à Thureau, qui avait
enveloppé le pays de camps retranchés, y pénétrant
avec des colonnes, dites infernales, parce qu'elles brû-
laient et détruisaient tout sans pitié. Charette etStof-
flet, à la tête de leurs bandes d'hommes déterminés,
harcelèrent, battirent et détruisirent la plupart de ces
colonnes. On rappela Thureau et les représentants qui
avaient osé approuver ses barbaries.
Au moment où Canclaux et Hoche paraissent sur ce
théâtre, il y est question de paix. Charette et Stofflet
sont divisés par l'esprit de jalousie et de rivalité. La
Vendée, lasse, se relâche; mais alors commence en
Bretagne un nouveau genre de guerre, la guerre de la
chouannerie. « La chouannerie était un brigandage lu-
« cratif qui ne fatiguait nullement ceux qui s'y li-
ft vraient, et d'ailleurs un chef unique et d'une persé-
« vérance sans égale était là pour ranimer l'ardeur
« prête à s'éteindre (i). » Les Bretons rendaient ainsi
à la République guerre pour guerre. « D'anciens con-
« trebandiers, des Vendéens échappés au désastre se
« réunissaient dans les rochers et dans les forêts. Ils se
« dispersaient par bandes de cinquante à soixante,
« coupaient les routes, détruisaient les ponts, massa-
« craient ou effrayaient les autorités républicaines, les
« acquisiteurs des biens nationaux. Leur chef était
« Puisaye, ancien membre de l'Assemblée consti-
(i) H. Martin, Histoire populaire de la France.
1
17
« tuante, ancien général des Girondins, qui s'était fait
« royaliste, entretenait des correspondances avec les
« émigrés, et se disposait à se rendre à Londres pour
« obtenir une flotte et une armée anglaises (1). » Son
major général était le sieur Desotteux, dit baron de
Cormatin, tour à tour chaud révolutionnaire, officier
de Bouillé, chevalier du poignard, émigré; en un mot,
c'était un homme auquel il fallait un rôle à jouer. Tou-
tefois les émigrés manquaient en Bretagne; ils mépri-
saient profondément ce genre de service et appelaient
cela chouanner. Les princes et les émigrés n'avaient plus
d'espoir que dans la Bretagne et laVendée. Ce fut pour
la Bretagne un dernier effort que la chouannerie,
« guerre plus hideuse que celle de la Vendée, où l'on
« dévalisait les voitures publiques, on fouillait les
« routes, on tuait les fonctionnaires et les soldats iso-
« lés (2). »
C'était une guerre d'un genre tout nouveau, et par
ses causes et par sa nature. Hoche ici ne combat-
tait plus des étrangers, des ennemis. Il avait à dé-
fendre les principes républicains contre les principes
royalistes, le nouveau régime contre l'ancien. A des
idées, il fallait opposer des idées; la guerre matérielle
ne devenait qu'une question secondaire. Avec de l'ha-
bileté et de la sagesse, on y mettrait fin. Hoche le com-
prit dès le début.
Canclaux raffermit la discipline de ses troupes, cerna
les pays où il se trouvait par des postes de plus en plus
avancés dans l'intérieur, fit répandre partout les décrets
d'amnistie de la Convention, se saisit des bestiaux et
des instruments de labour jusqu'à ce qu'on lui eût re-
mis les armes. Cette conduite donna de bons résultats.
Hoche, de son côté, traçait ainsi son programme à
ses officiers : a Ne perdons jamais de vue que la politi-
« que doit avoir beaucoup_dgnart a cette guerre. Em-
« ployons tour à toup^^mamté, la vertu, la probité,
« la force, la rusey^^ôùjoursdignité qui convient
l "-.;? :..,:.
(1 ) Tliiers, Révolutièn-francdfïe.? ^J <
(2) Th. Lavallée, Ili^Fïfe
Ul. t ~:
- , -~ 1 - z
- 18 -
« à des républicains. Il faut des prêtres à ces paysans,
« laissons-les leur, puisqu'ils en veulent; beaucoup ont
« souffert et soupirent après leur retour à la vie agri-
« cole, qu'on leur donne quelques secours pour répa-
« rer leurs fermes. Quant à ceux qui ont pris l'habi-
« tude de la guerre, les rejeter dans leur pays est impos-
a sible : ils le troubleraient de leur oisiveté et de leur
« inquiétude. Il faut en former des légions et les enrô-
a 1er dans les armées de la République. Ils feront d'ex-
« cellents soldats d'avant-garde, et la haine de la coa-
« lition qui ne les a pas secourus nous garantit leur
« fidélité (1). »
Ce programme politique dévoilait toute l'étendue
des capacités de Hoche. Canclaux s'empressa d'en
faire l'application en Vendée. Charette ne tarda point
à se soumettre, et, sous l'influence de sa sœur, accepta
les conférences de la Jaulnaie (février 1795), ne voyant
luire d'espérance d'aucun côté et se trouvant aban-
donné par les royalistes à ses propres forces. On lui
accorda la liberté du culte, 2 millions d'indemnité, la
promesse de rebâtir les maisons incendiées, et enfin,–
ce qui était une application inexacte et maladroite de
l'idée de Hoche, la permission d'organiser lui-même
une garde territoriale. Il ne s'en servit que pour en
former un noyau d'armée à ses ordres. La paix causa
une grande joie aux habitants qui la désiraient.
Les républicains opposaient ainsi la loyauté, l'hon-
nêteté, la probité à la fourberie, à la ruse et à la du-
plicité des royalistes et des chouans. Charette et ses
partisans, en traitant, se disaient tout bas à l'oreille
qu'ils ne voulaient que gagner du temps par une paix
simulée et qu'ils seraient prêts le jour où l'Angleterre
paraîtrait. Stofflet et ses amis rejetaient ces moyens
comme indignes de chevaliers français. Cormatin pàrla
pour la paix; mais le comité de Bretagne l'avait fait
accompagner d'un nommé Solilhac qui lui observa
qu'il oubliait ses instructions et n'avait pas mission de
traiter de la paix. Stofflet fut décidé par là à continuer
(1) H. Martin, Histoire populaire de la France.
- 19 -
la guerre, puisqu'il pouvait espérer dans la Bretagne.
Charette et Cormatin seuls signèrent la paix.
Les représentants pacificateurs, soit pour agir sur le
pays par un grand exemple, soit pour gagner définiti-
vement Charette à la cause républicaine, le reçurent à
Nantes solennellement et avec un grand éclat, désireux
de flatter ainsi sa valeur, en le mettant à même de rece-
voir les hommages bruyants de la population. Charette
promit son concours contre Stofflet, si celui-ci venait à
se replier dans le Marais. Stofflet, en revanche, déclara
Charette traître à la cause de la patrie. On répandit
l'argent dans l'armée de Stofflet. Le Comité de salut
public ouvrit à ses représentants un crédit sur ses fonds
secrets. On distribua 60,000 fr. en numéraire et 350,000
en assignats à plusieurs officiers de Stofflet. Pour
100,000 fr., on lui enleva son chef d'état-major général
Trotouin, qui écrivit une lettre à l'adresse des officiers
de l'armée d'Anjou, pour les engager à la paix, leur
donnant les raisons les plus capables de les ébranler.
En Bretagne, mêmes résultats; soumission de Cor-
matin, l'aide de camp de Puisaye, dont l'ambition était
de faire à Rennes une entrée triomphale comme Cha-
rette à Nantes. Mais bientôt commencent les déceptions
et la lassitude des républicains, et Hoche défend ses
principes politiques avec une énergie, une constance,
une activité étonnantes.
Eu acceptant une entrevue pour la paix, Cormatin
trompait le comité central royaliste de Bretagne, affec-
tant de saisir cette occasion de voir Charette et de sé-
duire Canclaux. Il vit Hoche et les représentants qui
lui permirent d'aller visiter tous les chefs de chouans,
mais en chargeant en même temps le jeune général
Humbert d'assister à toutes les entrevues. Il parcourut
la Bretagne, étonnant les chefs de chouans par ses pa-
roles de paix en même temps qu'il écrivait à Puisaye
et au comité central que ses artifices réussissaient et
qu'il dupait les républicains. Ses finesses n'étant géné-
ralement pas comprises, il préparait réellement la paix,
et cela en trompant tout le monde. Il allait se rendre à
Nantes à l'entrevue des représentants avec Charette.
- 20 -
En même temps, le comité central, voyant l'ardeur de
la Bretagne faiblir, appelait Puisaye de tous ses vœux.
Cormatin, ayant voulut faire parvenir à Canclaux
une lettre de séduction écrite par Puisaye, ne réussit
point à en soustraire la connaissance aux républicains.
Il dut la nier. Echouant dans son rôle de diplomate, il
revint sincèrement aux idées de paix et y travailla ac-
tivement. Mais, comme nous l'avons vu, on lui rappela
que telle n'était pas sa mission, et ainsi lui échappa la
gloire qu'il convoitait de pacificateur des pays de
l'ouest.
« Malgré la trêve, beaucoup d'actes de brigandage
« avaient été commis par les chouans. Ceux-ci, n'étant,
« pour la plupart, que des bandits sans attachement à
« aucune cause, se souciant fort peu des vues politi-
« ques qui engageaient leurs chefs à signer une suspen-
« sion d'armes, ne prenaient aucun soin de l'observer
« et ne songeaient qu'à butiner. Quelques représen-
« tants, voyant la conduite des Bretons, commençaient
« à se défier de leurs intentions et pensaient déjà qu'il
fallait renoncer à la paix (1). » Mais Hoche était là, en
tout lieu, « courant de cantonnement en cantonnement
« à des distances de quatre-vingts lieues, n'ayant ja-
« mais aucun moment de repos, placé entre les repré-
« sentants qui voulaient la guerre et ceux qui vou-
« laient la paix, entre les jacobins des villes, qui l'ac-
« cusaient de faiblesse et de trahison, et les royalistes,
« qui l'accusaient de barbarie, abreuvé de dégoûts
« sans se refroidir dans son zèle (2). »
Et cet homme était un jeune homme de vingt-six ans !
Songez-y. Vingt-six ans ! A cet âge, les esprits supé-
rieurs eux-mêmes ne sont encore généralement que des
esprits sans maturité et sans expérience. « Vous me
« souhaitez encore une campagne des Vosges, écrivait-
« il à un de ses amis ; comment voulez-vous faire une
« pareille campagne contre des chouans, et presque
« sans armée? » Il voulait la paix, et il y poussait de
(1) Thiers, Révolution française.
(2) Id. - id.
21
tous ses efforts, ce qui était le vrai et sûr moyen de
l'obtenir. Cependant, dans sa profonde connaissance
des hommes et des choses, il ne croyait pas à sa durée
ni à la bonne foi des chouans, ce qui devait être justifié
par la conduite de Charette, écrivant au comte de Pro-
vence « que ce n'était qu'un piège tendu aux républi-
cains. » Mais Hoche persistait, désireux de gagner sa
cause en lui donnant pour bases les principes les plus
élémentaires de la morale. « Il faut, disait-il, conti-
« nuer de traiter avec les chefs des chouans ; leur bonne
« foi est fort douteuse, mais il faut en avoir avec eux.
(l On gagnera ainsi par la confiance ceux qui ne db-
« mandent qu'à être rassurés. Il faudra gagner par des
« grades ceux qui sont ambitieux; par de l'argent ceux
« qui ont des besoins; on les divisera ainsi entre eux,
« et on chargera de la police ceux dont on sera sûr, en
« leur confiant les gardes territoriales dont on vient de
« souffrir l'institution. Du reste, il faudra distribuer
« vingt-cinq mille hommes en plusieurs camps, pour
« surveiller tout le pays; placer autour des côtes un
« service de chaloupes canonnières qui seront dans un
« mouvement continuel ; faire transporter les arse-
« naux, les armes et les munitions des villes ouvertes
« dans les forts et les places défendues. Quant aux
« habitants, il faudra se servir auprès d'eux des
« prêtres et donner quelques secours aux plus indi-
« gents. Si l'on parvient à répandre la confiance par
« le moyen des prêtres, la chouannerie tombera sur-
« le-champ. »
Une semblable politique et de pareilles manœuvres
sont excessivement louables, quand elles ont pour but
d'arrêter l'effusion du sang, de déjouer les manœuvres
des traîtres, des ambitieux et des brigands, de faire le
bonheur du pays et d'y établir une pacification du-
rable ; mais il n'en est plus ainsi quand elles ne sont
qu'un moyen d'étendre la puissance et l'influence per-
sonnelles de celui qui les emploie.
« Répandez, écrivait encore Hoche à ses officiers gé-
« néraux, le 27 ventôse, répandez la loi salutaire que
« la Convention vient de rendre sur la liberté des cul-
22
« tes : prêchez vous-même la tolérance religieuse. Les
« prêtres, certains qu'on ne les troublera plus dans
« l'exercice de leur ministère, deviendront vos amis,
« ne fût-ce que pour être tranquilles. Leur caractère
« les porte à la paix ; voyez-les, dites leur que la con-
f< tinuation de la guerre les exposera à être chagrinés,
« non par les républicains, qui respectent les opinions
« religieuses, mais par les chouans, qui ne reconnais-
« sent ni Dieu ni loi et veulent dominer et piller sans
« cesse. Il en est parmi eux de pauvres, et en général
« ils sont très intéressés; ne négligez pas de leur offrir
« quelques secours, mais sans ostentation et avec toute
« la délicatesse dont vous êtes capables. Par eux vous
« connaîtrez toutes les manœuvres de leur parti, et
« vous obtiendrez qu'ils retiennent leurs paysans dans
« leurs campagnes et les empêchent de se battre. Vous
« sentez qu'il faut, pour parvenir à ce but, la douceur,
« l'aménité, la franchise. Engagez quelques officiers et
« soldats à assister respectueusement à quelques-unes
« de leurs cérémonies, mais en ayant soin de ne jamais
« les troubler. La patrie attend de vous le plus grand
« dévouement; tous les moyens sont bons pour la servir,
« lorsqu'ils s'accordent avec les lois, l' honneur et la di-
« (jnité républicaine. »
Telles étaient les sages instructions données par
Hoche à ses subalternes. Il recommandait encore de
ne rien prendre dans le pays pour la nourriture des
armées, pendant quelque temps au moins.
Quant à l'Angleterre, il voulait la saisir corps à
corps, conquérir Jersey et Guernesey et établir une
chouannerie en Angleterre pour les retenir chez eux.
Il avait aussi formé des projets sur l'Irlande, mais il
avait l'intention de s'en expliquer verbalement avec le
comité de salut public.
Malgré le manque de bonne foi des chouans, tous ces
moyens réussissaient; du reste, ils auraient eu quand
même une haute utilité, « en habituant le pays au re-
« pos (1). » Toutefois la Bretagne était divisée, et Cor-
(1) Th. Lavallée, Histoire des Français.
23
matin engageait les uns et les autres à traiter. Hoche
néanmoins se défiait de lui et le surveillait.
En même temps, Puisaye obtenait de Pitt une armée,
une escadre, de l'argent, des armes, des munitions im-
menses, à l'effet d'opérer une descente sur les côtes de
France. Seulement le ministère anglais exigeait de Pui-
saye le secret le plus absolu. Le comte d'Artois prenait le
commandement de l'expédition. Le parti du comte de
Provence soupçonna tout et eut de la défiance. Ce parti
prétendait, du reste, pouvoir réussir avec le secours de
l'Espagne et sans l'aide dangereux de l'Angleterre. Ils
comptaient sur la réaction contre-révolutionnaire qui
s'accentuait alors d'une manière énergique. Ils redou-
taient un succès des royalistes ou des chouans qui
pouvait reconstituer la Montagne et le gouvernement
révolutionnaire. Ils ne voulaient demander à l'Angle-
terre que des secours en argent pour la tromper en-
suite. Ainsi la politique des royalistes consistait unique-
ment dans la fourberie. Tallien , disait-il, était gagné,
ainsi que Hoche! L'imposture fut poussée jusque-là.
Les agents du comte de Provence désiraient la paix
pour le moment. Par là, ils vinrent en aide à Hoche,
car une fois qu'on a goûté de la paix, on a de la peine
à s'en déshabituer. Une infructueuse tentative de dé-
barquement des émigrés sur la côte nord de Bretagne
rompt la trêve. Hoche fait arrêter Cormatin. Celui-ci
proteste de sa loyauté. Des conférences continuèrent à
LaPrévalaye. Stofflet y était représenté par le général
Beauvais, qui devait y soutenir le parti de la guerre.
Cormatin et le parti de la paix l'emportèrent encore.
« Pour ne pas cesser un instant, dit le général Beau-
« vais, de faire acte de mauvaise foi, Cormatin, au
« m5ment de signer, mit le sabre à la main, jura de
« reprendre les armes à la première occasion, et re-
« commanda à chacun de conserver jusqu'à nouvel
a ordre l'organisation établie et le respect dû à tous
« les chefs (1). » Cormatin fit sa soumission solennelle
à Rennes; son entrée fut un triomphe. Stofflet venait
(1) Cité par M. Thiers, Révolution française.
u
aussi de traiter. Tout cela n'était qu'apparent. Hoche
le savait. Mais il savait aussi que ces germes ne tarde-
raient point à donner leurs fruits. Cette paix, concou-
rant avec la conclusion de la paix avec la Prusse, lav
Hollande et la Toscane, produisit un effet moral d'une
très grande importance. « On vit la république re-
« connue à la fois par ses ennemis du dedans et du
« dehors, par la coalition et par le parti royaliste lui-
« même (1). »
Telle est la part pour laquelle Hoche contribua une
fois de plus à la grandeur et à l'influence de sa patrie.
III
C'est à cette époque de soumission que Charette re-
çut pour la première fois une lettre du régent le nom-
mant lieutenant-général. Il répondit au prince que « la
« nécessité seule l'avait obligé de céder, mais que
« sa soumission n'était qu'apparente; que lorsque les
« parties seraient mieux liées, il reprendrait les armes
« et serait prêt à mourir sous les yeux de son prince
« et pour la plus belle des causes (2). »
« Ces menées, ajoute M. Thiers, n'étaient plus que
« des actes de mauvaise foi, excusables sans doute
« dans l'aveuglement des guerres civiles, mais qui
« ôtent à ceux qui se les permettent le droit de se
« plaindre des sévérités de leurs adversaires. »
En 1795, il y eut une nouvelle levée de boucliers.
Cette fois, la division était dans le camp royaliste.
Cormatin et Puisaye ne s'entendaient pas entre eux,
non plus qu'avec les royalistes de Paris, agents du
comte de Provence. Ceux-ci faisaient répandre en Bre-
tagne des idées de paix, mais en vain. Puisaye était là
avec ses amis. Cormatin organisait de nouveau la
chouannerie; mais, pour beaucoup de royalistes, il
n'était qu'un traître. Il recruta bon nombre d'hommes
dans les rangs de l'armée républicaine, parce que,
(1) Thiers, Révolution française.
(2) Id. id. -
25
2
maître du pays, il avait des subsistances en abondance
et que les républicains en manquaient. Du reste, on
avait commis l'imprudence de laisser beaucoup de Bre-
tons dans les régiments républicains qui servaient
contre les pays royalistes, et ils désertaient pour aller
grossir les rangs de leurs compatriotes.
Hoche observait l'état du pays avec sa vigilance or-
dinaire. « Il voyait les patriotes poursuivis sous le pré-
« texte de la loi du désarmement, les royalistes pleins
« de jactance, les subsistances resserrées par les fer-
« miers, les routes peu sûres, les voitures publiques
« obligées de partir en convois pour se faire escorter,
« les chouans formant des conciliabules secrets, des
« communications se renouvelant fréquemment avec
« les îles Jersey, et il avait écrit au comité et aux re-
« présentants que la pacification était une insigne du-
« perie, que la république était jouée, que tout annon-
« çait une prise d'armes prochaine (L). » Il avait utilisé
son temps pour former et distribuer dans tout le pays
des colonnes mobiles, pour y assurer la tranquillité, et
fondre sur le premier rassemblement qui se formerait.
Mais il manquait de troupes. La surface de la contrée
et l'immense étendue des côtes n'étaient point en pro-
portion avec le nombre de sas soldats. La crainte d'un
mouvement du pays ou de l'apparition d'une flotte an-
glaise obligeaient ses colonnes à s'épuiser en courses
continuelles. Une telle situation n'était pas tenable, et
cependant Hoche y faisait face. Seulement ses soldats
se dédommageaient de leurs fatigues par des excès. Il
en était désolé et se donnait autant de peine à les ré-
primer qu'à surveiller l'ennemi.
Hoche fit intercepter des dépêches de Cormatin aux
chefs des chouans, relatives à ses secrètes menées, et,
redoutant un coup de main sur l'arsenal de Rennes, il
donna l'ordre de l'arrêter le 6 prairial au soir. En ré-
ponse à ceux qui criaient à la violation de la trêve, le
général publia les lettres de Cormatin et le dirigea sur
les prisons de Cherbourg. Deux chefs importants s'é-
(1) Thiers, Révolution française.
no-
tant soulevés périrent dans la lutte. L'un d'eux, Bois-
Hardi, des Côtes-du-Nord, un jeune homme, avait ex-
cité l'indignation des soldats par sa mauvaise foi.
Ceux-ci lui coupèrent la tête et la portèrent au bout
d'une baïonnette. « Hoche, indigné de ce défaut de
« générosité, écrivit la lettre la plus noble à ses soldats
« et fit rechercher les coupables pour les punir (1). »
La nouvelle de ces deux morts décida les autres à se
tenir tranquilles jusqu'à l'arrivée de l'expédition an-
glaise. Pitt donnait l'argent, le matériel d'une armée,
une escadre, les émigrés enrégimentés, mais pas un
soldat anglais. Il n'y eût envoyé d'armée qu'en cas de
succès et pour rendre l'entreprise décisive. Sinon, il
lui paraissait suffisant d'envoyer en Bretagne les régi-
ments émigrés qui portaient la cocarde noire et les
neuf nouveaux qu'il venait de former en leur donnant
la cocarde blanche, afin que leur destination parût
plus française.
On forma ces régiments avec des prisonniers, réfu-
giés toulonnais, marins émigrés, Bretons pris dans la
guerre. Sur les neuf régiments promis, on n'en put
toutefois former que trois, plus un régiment d'artille-
rie composé de canonniers toulonnais. Les émigrés re-
fusaient de servir dans l'armée autrement qu'avec leurs
anciens grades. On en forma des cadres qu 'on remplis-
sait en Bretagne avec les insurgés. On les envoya à
Jersey pour se tenir prêts à une descente. En outre,
l'Angleterre promettait du numéraire; mais Puisaye.
voulant des assignats, se fit autoriser par les princes à
en fabriquer trois millions de faux, ce à quoi on oc-
cupa les ecclésiastiques oisifs, incapables de porter l'é-
pée. L'évêque de Lyon, toutefois, interdit aux ecclé-
siastiques de donner les mains à de telles mesures.
Enfin Puysaye fit passer l'évêque de Dol pour le légat
du pape et reçut les pleins pouvoirs; d'Hervilly dut
seulement commander les régiments aussi longtemps
qu'ils ne seraient point débarqués.
Cette expédition s'organisa, et, après avoir défait
(1) Thiers, Révolution française.
27
la flotte républicaine, aborda dans la presqu'île de
Quiberon. La descente fut décidée, après une perte de
temps considérable toutefois. Elle eut lieu le 27 juin à
Carnac. Quelques chefs vinrent la rejoindre avec quatre
à cinq mille hommes aguerris, mais mal armés et mal
vêtus, ressemblant plutôt à des pillards qu'à des sol-
dats. Des paysans apportèrent à l'armée des vivres de
toute espèce. Puisaye voyait déjà toute la Bretagne
soulevée. Les autres émigrés manquaient de con-
fiance dans ces soldats. Les chouans se méfiaient aussi
des troupes émigrées enrégimentées sous l'habit an-
glais.
Les bandes arrivées, on eut ainsi en peu de temps une
armée de dix mille hommes. Mais Puisaye, d'Hervilly et
les émigrés ne voulurent point s'entendre. On occupa
les routes de Lorient à Hennebon et à Auray. Depuis
cinq jours, on n'était encore qu'à quatre lieues de la
côte. Sept cents hommes gardaient le fort de Pen-
thièvre ; on résolut de s'en emparer pour s'assurer un
point d'appui. La nouvelle du débarquement se ré-
pandit en deux jours dans toute la Bretagne. La Con-
vention, très émue, envoya auprès d'Hoche deux
commissaires, Blad et Tallien. Hoche écrivit aussitôt
au Comité de salut public : « Du calme, de l'activité,
« des vivres dont nous manquons, et les douze mille
« hommes que vous m'avez promis depuis longtemps.»
11 fit placer le général Chabot avec quatre mille sol-
dats entre Brest et Lorient, pour voler au secours de
celui des deux ports qui serait menacé. « "Veillez sur-
et tout, veillez sur Brest; au besoin, enfermez-vous
et dans la place, et défendez-vous jusqu'à la mort. »
Il fit filer des troupes de Cherbourg en Bretagne, pour
garder Saint-Malo. Il écrivit à Canclaux de lui en-
voyer de Vendée, par Nantes et Vannes, le général
Lemoine. Il rassembla et échelonna ses troupes entre
Rennes, Vannes etPloërmel, pour garder ses derrières,
et se mit en marche sur Auray avec tout ce qu'il eut
sous sa main. Il se trouvait dans cette localité le 2 juillet
avec quatre mille hommes. Il était maître de la situa-
tion par ces habiles dispositions. Le pays ne pouvait
28 -
bouger, et l'expédition royaliste était dès ce moment
paralysée. La garnison du fort Penthièvre se rendit le
3 juillet à Puisaye, au moment même où Hoche faisait
attaquer les postes avancés des chouans et rétablir les
communications entre Auray, Hennebon et Lorient.
Dans l'attaque du fort, les chouans s'étaient vus réduits
à leurs seules forces, ce qui les mécontenta vivement.
Puisaye débarqua alors toutes ses troupes; d'Hervilly
incorpora les républicains prisonniers dans son régi-
ment. Le manque d'entente des chefs priva de secours
le comte de Vauban, qui avait ordre de tenir à Carnac
jusqu'à la dernière extrémité. Les chouans et Cadoudal
s'indignent contre les Anglais et les émigrés qui les
abandonnent. Le 7 juillet, les républicains les re-
poussent jusqu'au fort Penthièvre. A ce moment, des
rixes s'engageaient entre les chouans et les régiments
émigrés dans la presqu'île de Quiberon, devenue désor-
mais le seul champ de bataille.
Le camp de Hoche redoublait d'ardeur, et son armée
travaillait avec zèle à élever des retranchements. « Je
« voyais, ce sont les propres paroles de Puisaye, je
« voyais les officiers eux-mêmes, en chemise, et dis-
« tingués seulement par leur hausse-col, manier la
« pioche et hâter les travaux de leurs soldats. » Pui-
saye se décida à une sortie, puis choisit six à huit mille
chouans d'élite pour les lancer dans le pays sur les
derrières des républicains, pendant qu'il les attaque-
rait de front. Mais Hoche avait maintenant huit à dix
mille hommes sous la main. Tous les renforts qu'il
avait demandés étaient arrivés et gardaient le pays.
Lorient et Saint-Malo étaient demeurés aux mains des
républicains, grâce au courage des commissaires de la
Convention. Des ordres venus de Paris et répandus en
Bretagne par l'agence du comte de Provence à Paris
condamnaient l'expédition anglaise comme dange-
reuse, puisque Monsieur n'y était point. Des envoyés
s'étaient distribués par tout le pays pour lui signifier
l'abstention de toute participation aux opérations dé
l'expédition anglo-émigrée. En même temps, toutefois,?
ceux-ci tentaient de s'emparer de Saint-Brieuc et or- t

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