Cette étoile à mon bras

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Heinrich fuit sa vie pour dessiner l'histoire de sa mort. Il est vite rattrapé par le devoir, et ce dernier s'incarne en Franck Folley, un diplomate qui décide de faire entrer le jeune artiste juif dans l'univers des hauts dignitaires nazis. Entre espionnage et apprentissage de l'horreur, Heinrich réalise bien qu'il n'est finalement plus maître des limites de l'humanité qu'il voit sans cesse repoussées. "... j'ai endossé la déloyauté qu'on attribue généralement aux Juifs, j'ai changé de nom et de pays pour (...) échapper à l'ennemi...".
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782296248717
Nombre de pages : 178
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Setâre EnayatzadehCette étoile à mon bras
Heinrich fuit sa vie pour dessiner l’histoire de sa mort. Il est
vite rattrapé par le devoir, et ce dernier s’incarne en Franck Folley,
un diplomate qui décide de faire entrer le jeune artiste juif dans
l’univers des hauts dignitaires nazis. Entre espionnage et Cette étoile à mon bras
apprentissage de l’horreur, Heinrich réalise bien qu’il n’est
finalement plus maître des limites de l’humanité qu’il voit sans
cesse repoussées. Roman
« Nous étions nombreux à avoir ce gène ethniquement
transmissible du nom de judaïsme… Vivre avec, c'était rejoindre
le clan des anormaux, des handicapés, des sous-hommes. C'est la
raison pour laquelle on avait décidé pour notre bien qu'il était
préférable d'être mort. Vivre avec une telle tare c'était comme
avoir l'apparence d'un homme sans en avoir la dignité (…) Alors
j'ai tout simplement décidé de commettre le crime pour lequel on
m'avait accusé à tort, histoire de n'être pas condamné pour rien :
j'ai endossé la déloyauté qu'on attribue généralement aux Juifs, j'ai
changé de nom et de pays pour, dans un premier temps, échapper
à l'ennemi alors qu'il n'était pas assez puissant pour m'arrêter… »
Setâre ENAYATZADEH est désormais
spécialiste du monde iranien et enseigne la
philosophie dans le secondaire, ainsi qu’à l’ESG
(Ecole supérieure de gestion). Née à Marseille en
1983, elle s’est d’abord penchée avec sensibilité
sur les pages génocidaires de l’histoire, dans un
souci de compréhension de la dimension que
prend l’existence dans des circonstances qui
l’étouffent.
ISBN : 978-2-296-11163-9™xHSMCTGy111639z 17
Setâre Enayatzadeh
Cette étoile à mon brasAux résistantsd’icietd’ailleurs,
Àceluisansquil’aventuren’auraitpasétépossible,
Eztehezdikim…I
Qui n'a jamais rêvé de pouvoir influencer la conscience
d'autrui? D'entrer au plus profond de son inconscient, de
pénétrer dans ses rêves pour qu'au réveil la personne en
question ait cet étrange sentiment, vous savez, celui qu'on a
au sortir de nos songes, cette impression irrépressible d'une
déconcertante absurdité: ce n'était qu'un rêve et pourtant
ma vision du réel en est altérée. Tout serait si simple:
apparaître dans une situation propice à l'admiration au sein
d'un rêve pour se faire aimer... prendre la distance
nécessaire pour inspirer l'idolâtrie et dicter des attitudes à
adopter afin de faire autorité dans la réalité... tellement de
guerres auraient ainsi pu être évitées, tellement d'histoires
d'amour ficelées au plus profond des cœurs pour recoudre
lesplaiesd'amantshémophiles...
Les bombes vont bientôt cesser... nous sommes en 1939. Les
parisiens ne tueront bientôt plus les soldats allemands que le
soirsur la scène du Châtelet, à travers la laideur agréable de
GabyMorlaix. Et pourtant j'yai cru... J'ai cru dur comme fer
à une lucidité fictive. Je pensais sincèrement quelesfrançais,
du fait de leur position de force il y a quelques années, ne
tomberaient pas dans les griffes d'une idéologie si féroce...
Lâcheté ou adhésion, jamais je n'aurais cru en m'installant à
Paris,en1933,quelafolied'Hitlerétaitsicontagieuse...
7Je regardais désespérément à travers cette satanée fenêtre,
close depuis des mois. J'observai la masse brumeuse qui
s'échappait de mes lèvres pour fondre sur la vitre et troubler
l'unique fresque parisienne qu'il m'était donné de
contempler depuis à présent trois ans... Était-ce la
condensation ou la fumée de ma cigarette? Je l'ignore.
Toujours est-il que je suivais du regard le trajet de cette
forme évanescente comme si elle pouvait guider mes
pensées... En changeant de nom, j'avais l'impression d'avoir
changé de vie. D'être le fugitif poursuivi par une épidémie
mondiale et psychotique pour le crime de n'être pas atteint
et d'être congénitalement immunisé contre la folie. Nous
étions nombreux à avoir ce gène ethniquement
transmissible du nom de judaïsme... Vivre avec, c'était
rejoindre le clan des anormaux, des handicapés, des
soushommes. C'est la raison pour laquelle on avait décidé pour
notre bien qu'ilétait préférable d'être mort. Vivre avec une
telle tare c'était comme avoir l'apparence d'un homme sans
en avoir ladignité. C'était trahir l'humanité que deprétendre
en faire partie... Seulement, certains d'entre nous avaient
décidé de ne pas contribuer docilement à ce que cette
flétrissure de l'humanité soit éradiquée. Pourquoi arrêter la
gangrène?Pourquoi amputer le genre humain d'Albert
Einstein, de Sigmund Freud, de Stephan Zweig ou de Franz
Kafka? Je n'étais pas d'accord. Alors j'ai toutsimplement
décidé de commettre le crime pour lequel on m'avait accusé
à tort, histoire de n'être pas condamné pour rien : j'ai
endossé la déloyauté qu'on attribue généralement aux Juifs,
j'ai changé de nom et de pays pour, dans un premier temps,
échapper à l'ennemi alors qu'il n'était pas assez puissant
pour m'arrêter. En 1933, dès janvier, alors même qu'on
nommait Hitler chancelier, je quittai Dortmund, mes
projets, ma passion. Être critique d'art n'était guère utile.
Par ces temps de bellicisme exacerbé, on laissait peu de
place à la subtilité... surtout si elle était l'apanage d'un
pestiféré...ellen'étaitalorsplusquebarbarie.
8Voilà à quelles digressions me mène la fumée... je ferais
mieux de me concentrer sur la radio allemande... « (...)
Euthanasie der geistigen Behinderten (...) ». Finalement, ma
nostalgieestplusréconfortante...
Je m'approchais lentement du poste, m'asseyais sur le sol
commeon s'agenouille et incline le crâne pour s'avouer
vaincu. Le Reich venait d'ordonner l'euthanasie des malades
mentaux... Jusqu'où iront-ils? Encore un triste événement à
inscrire sur mon journal macabre : «octobre 1939 : les
malades mentaux seront euthanasiés, certainement pour les
pluschanceux d'entreeux... »
Triste devoir que celui de contribuer par touches à la grande
gravure de l'Histoire. C'est l'appel de la fameuse injonction
Zakhor,«souviens-toi », une sorte d'impératif catégorique
qui propose à tout homme non pas une rationalité collective
qui pourrait les relier en une seule unité rituelle, mais une
pratique unique à laquelle chacun doit s'adonner pour
élaborer une rationalité collective... unir les individus dans
ce qui les caractérise : la dignité et sa source ancestrale,
celle de l'histoire de leurs agissements, agissements
desquels il me semble qu'ils sont la seule mesure... C'est
horriblement angoissant. Il faut atténuer la démesure. Je
dois descendre. J'en ai assez d'attendre des signaux codés
deshommesetdudestin...
«Heinrich, prends ça! Ce soir près des nouveaux
immeublesdelarueVaugirard,onserasix. »
Jesursautai.
«Je t'ai fait peur Heinrich? », me lançaElias, le sourire en
coin.
«Non pas du tout! Je suis tellement habitué à ce qu'on
entre et sorte toutes les cinq minutes! Répondis-je
ironiquement.
-Désolé…Maistupensesêtrelàcesoir ?
- Bien sur. Mais... Y’a-t-il une raison particulièrepour
qu’onseréunisse ?
- Ouais. Hitler veut déporter des polonais au centre de la
Pologne.T'écoutespaslaradio ?
9- Tu m'excuseras, j'en étais resté aux handicapés... Mais la
Pologne vient tout juste de créer le Judenrat ! Adam
Czerniakownepeutpaslaisserpasserça!
- Mais ça fait au moins une semaine qu'on est au courant de
ça ! Écoute mieux, l'artiste. Bientôt on devra sûrement
passer aux choses plus sérieuses... C'est bien beau de se
cacher, mais la Wehrmacht est puissante, bien plus
puissante que l'armée française. Parce qu'elle est mue par la
foliecommunicativedel'autremoustachu!
- Mais les Anglais sont là aussi! Ils auront encore quelques
années et quelques milliers de soldats à sacrifier avant
d'entrer!
- Peut-être, mais en attendant faut que tu viennes. Faut que
tu tiennes le coup. Et faut qu'on discute pour s'organiser.
Mieux vautprévoir.Penseàtasœur,Heinrich.
- Ne m'appelle plus Heinrich ! Tu risquerais d'en prendre
l'habitude... »
Je venais de surprendre la véhémence de mon ton... «Je
suis désolé ». Pour me contrôler, il aurait fallu que je
m'aperçoive qu'il y avait lieu de le faire... J'ai du mal à
supporter qu'on me rappelle ma sœur... Elias le sait, et il a
bien fait de me lancer le poids d'un souvenir au visage.
C'estlaseulefaçondemefaireréagir.
J'ai rencontré Elias dans les rues de Paris, en 1933, alors
qu'il se faisait agresser, toujours à propos de cette maladie...
Seulement les agresseurs n'avaient apparemment aucune
crainte de contagion par le contact physique. Un symptôme
trop visible les avait dérangés: une kippa mal dissimulée
sous son béret. J'arrivai un peu tard... Juste au moment où
ma seule contribution aura été de forcer sur mes bras frêles
pour le relever. Depuis, nous partageons le même sort.
Celui de deux hommes condamnés à ne plus pouvoir vivre
au grand jour, du fait de leur amour pour la vie. Juif
allemand, Juif polonais, Juifs menacés et plus prévoyants
peut-être que les autres... Juifs résistants plus tard. Quand
on est juif, la condition sociale importe peu. On est juif,
10c'est tout. C'est tout ce qui nous caractérise. La seule chose
qu'on énonce pour nous désigner. Heinrich Jakob
Schnayder? Qui est-ce? C'est le Juif de l'immeuble. Je ne
suis plus ni critique d'art, ni peintre à mes heures, ni un
homme amoureux, ni un Allemand, je suis juif. Heinrich?
Juif avant d’être allemand pourles Allemands. A présent, je
nesuismêmeplusHeinrich.
Elias quitta la pièce. Il vivait à deux pas de là, avec son
amant,Antoine. Ce dernier avait tout autant à craindre que
nous. L'homosexualité avait aussi été décrétée pathologique
par le grand laboratoire du Reich, pathologie menant à la
décadence étatique. Brève apparition... J'étais de nouveau
seul face à mes pensées... Hanna. Pourquoi t'es-tu éprise
d'un polonais? Hanna. Pourquoi t'ai-je laissée partir et te
faire tuer?Hanna. Tu étais ma seule famille. Plus qu'une
sœur, la chaleur d'une mère, l'autorité paternelle, la sagesse
d'une confidente, les bras consolateurs de mes premières
déchirures. Hanna. C'est pour toi que je peins, que j'écris,
quejevis.
11II
Ils n'auraient pas pu trouver plus loin encore que la rue
Vaugirard? Les français ont finalement bien fait de
construire cette nouvelle ligne de métro, la 9, entre
Richelieu-Drouot et Pont de Sèvres. Jamais je n'aurais cru
qu'ils la finissent avant le début de la guerre... Et encore
moins que certaines lignes restent ouvertes aux parisiens.
Ona,aupire,amputélestrainsd'unevoiture.
Je repensais aux dires d'Elias : Agir, passer aux choses
sérieuses... Qu'entendait-il par là? A six, comment
pourrions-nous organiser quoi que ce soit? D'autant que
nous n'avons plus rien... J'ai tout laissé à Dortmund : mes
galeries, la majorité de mes œuvres, ma fortune, mon
manoir...Jen'ai à présent pluslesoupouracheterunearme.
Faire venir de l'argent d'Allemagne me semble bien trop
risqué. Il faudrait que Jürgen reçoive mon courrier sans
justifier l'absence du maître de maison et m'envoie des
reichsmarks que je ne pourrai très certainement pas changer
en francs sans risque. Mon manoir me manque... La
compagnie de Jürgen aussi. Le temps ne s'est jamais posé
sur son visage. Du moment où j'ai ouvert les yeux jusqu'au
jour où des larmes les troublaient pour mon départ, il a
toujours été Herr Jürgen, le monsieur aux douces berceuses.
Je me suis toujours demandé comment il faisait pour être
partout à la fois: comment parvenait-il à s'occuper de ma
sœur, à soigner ma mère malade, à entretenir la maison,
13même avec l'aide de Fräulein Ute, tout en réfrénant mes
jeunes écarts de turbulence? Entre tentatives d'escapades et
espièglerie excessive, Herr Jürgen ne pourra pas se plaindre
d'avoir eu une vie trop monotone... J'en ai le sourire aux
lèvres... Je le constate en apercevant mon reflet sur les
vitres du wagon. Je crois que c'est la seule expression qui
me permette encore de me reconnaître. J'ai tellement
maigri... La guerre n'est pas encore aux portes de Paris et je
me donne déjà l'impression d'être un poilu attendant
désespérément les ravitaillements. Qu'à cela ne tienne!
Mon reflet disparaît, les portes s'ouvrent, ma maigreur n'est
plus que l'apanage de sensations tactiles et de légèreté dans
ladémarche.
«Excusez-moijesuisenretard
- Un trait de caractère qu'on n'enlève pas aux artistes!
Prendsplace. »
Je m'installai inconfortablement, levai la tête et constatai
que tous les regards étaient rivés sur moi.
«Unproblème? »
Tous baissèrent les yeux dans une synchronisation
quasiparfaite. Jean, le communiste, adulateur d'Eluard, Katrina et
Schmoel, compatriotes et coreligionnaires, Antoine et Elias
que je ne présente plus… Schmoel leva la tête le premier.
«J'ai rencontré quelqu'un qui peut nous aider aujourd'hui
- Ah... Je vois pas trop le rapport avec vos têtes
d'enterrement.Nousaiderenquoi ?
- Il s'appelle Frank Foley. Il est britannique. Très influent.
On dit même qu'il aura bientôt une place privilégiée à
l'ambassade de Berlin. En attendant, il m'a plus ou moins
dit que depuis que Daladier a refusé la proposition de paix
allemande, le Reich met les bouchées doubles. La situation
estalarmante. Ilfautfairequelquechose.
- Mais vous attendez quoi de moi? Je me sens visé. Je
n’aime pas être dans l'expectative... Puis comment l'as-tu
rencontré ?
14- Il a fait une enquête sur toi. Ça l'a directement mené à la
synagogue que tu fréquentes... Je m'y trouvais...
- Quoi? Attends, attends... Une enquête? Un britannique ?
Jenecomprendsrien!
- Laissemoifinir! »
Je sentais que quelque chose d'extrêmement importantétait
en train de se jouer... Jamais je n'avais vu Schmoel, bon
vivant, optimiste, restituant sans cesse l'avenir aux mains
bienveillantes de Dieu, dans un tel état... Ses yeux noirs
brillaient au point qu'ils semblaient s'extraire du fond mat
desonvisagemangéparsabarbeépaisse.
« Heinrich, cet homme a une idée en tête... Une excellente
idée je pense. Il s'est donné les moyens de mettre en œuvre
son plan, et apparemment tu es un des rouages nécessaires à
son aboutissement. Frank Foley a mené l'enquête pour
trouver un galeriste dont le milieu social et la culture
pourraient être un passeport pour rentrer dans le cercle
intime des hauts fonctionnaires du Reich. Tu n'ignores pas
qu'Hitler est un grand amateur d'art? Alors M. Foley a
pensé dégoter un galeriste intéressant, anti-nazi, ça va de
soi, qui pourrait feindre de s'intéresser à l'Art du chancelier
pourl'espionner.
-Pourquoimoi ?
- Il a pensé que la seule caractéristique fiable du parfait
anti-nazi était le fait d'être juif. La meilleure couverture
pour rentrer dans l'entourage d'Hitler, c'est d'être allemand,
issu d'un milieu bourgeois, et faire autorité dans le monde
artistique.Quipourraitmieux tenircerôlequetoi? »
L'ampleur de cette tâche semblait fondre de tout son poids
sur mon dos voûté. Une fine pluie glacée perlait sur mon
torse brûlant. Je n'étais plus qu'un battement de cœur,
celuilà même qui bouleversait mon corps pour envahir tous ses
sens. Je n'entendaisque ce martèlement qui se faisait cadre
a priori de mes perceptions, les images que je voyais
étaient ponctuées de coups sourds figeant régulièrement le
tableau qui s'offrait à ma conscience ; la table, elle aussi,
semblaitmue par un rythme également cadencé sous mes
15doigts et ma salive paraissait s'assécher un peu plus à
chaque vibration... «Jesuis flatté ». Je me sentais plus
grand parce qu'isolé par moi-même... J'étais
physiologiquement à l'écart. Un véritable autiste somatique.
Je ne mesurais que la portée de cet aboutissement, pas les
étapes qui le conditionnaient. J'en étais conscient et, à vrai
dire, à ce moment-là, cela m'importait peu. J'allais faire
quelque chose. Moi. Quelque chose qui ne tenait sa
dimension que de son contenu intentionnel. J'avais
l'intention de changer le semblant de volonté collective des
hommes. J'allais contre l'erreur la mieux partagée en cette
première moitié de siècle pour redresser le corps malade de
l'humanité. Aux battements étouffés de mon cœur se
mêlèrent un à un des applaudissements timides,
volontairementdiscrets.Onnedevaitpasattirerl'attention.
«Tu rencontreras M. Foley dès demain. Vous prendrez le
chemin de Londres. Là, pas besoin de papiers, il a un
passeport diplomatique. Il te fera ensuite de faux papiers
pour que tu puisses te rendre à Berlin et il t'introduira à une
réception des dignitaires nazis... A l'abri dans l'antre de la
bête. »
Une fois n'est pas coutume: nous ouvrîmes une bouteille de
bon vin pour fêter ce rien en puissance, ce changement en
devenir. J'allai être confronté au Mal incarné... C'était
terriblement excitant. J'étais fasciné par mon propre état
d'enivrement malsain. J'avais déjà à l'esprit le terme de Mal
avec un grand «M » à ce moment là, pour désigner le
chancelier allemand... Et pourtant, je n'avais encore rien vu,
rien entendu de la solution finale qu'il décidera quelques
tempsplustardetappliqueradèsjuillet41.
«EncoreunverreHeinrich ?
- Arrête c'est le cinquième! Je vais rentrer comment moi
après ?
- Aller... Pour une fois! Insista Jean, la voix déjà éraillée,
Tiens. Regarde, en plus, tu la termines, ça veut dire que tu
vastemarieravantlafindel'année! »
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