Changement et stabilité, par A.-A. Salvaige de Lacipière

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Ponthieu (Paris). 1820. In-8° , 28 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1820
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CHANGEMENT
ET
STABILITÉ.
CHANGEMENT
ET
STABILITE,
PAR A. A. SALVAIGE DE LACIPIÈRE.
Quo ruitis ? quoe ista repens discordia surgis ?
O cohibite iras : ictum jam foedus, et omnes
VlRG. Enéid. L. XII.
PARIS,
CHEZ PONTHIEU libraire, Palais-Royal, galerie de bois.
1820.
IMPRIMERIE DE MADAME JEUNE HOMME-CRÉMlÈRE,
rue Hautefeuille , n* 20.
CHANGEMENT
ET STABILITÉ.
Nos vices, nos préjugés, nos faiblesses
même, ont tellement rétréci les bornes du
possîble , que la médiocrité ne croit point aux
grande hommes, et que la bassesse sourit au
mot de liberté.
Il n'y a pas huit jours que la capitale flot-
tait encore incertaine entre l'espérance et la
crainte. On ne pensait pas qu'il fût possible
de trouver le moyen d'enchaîner de nou-
veau les passions qu'un événement affreux
avait réveillées. De part et d'autre, on avait
à craindre les représailles, mais les hommes
modérés mettaient toute leur confiance dans
les lumières du souverain qui veut bien se
nommer le père du peuple. Leur espoir n'a
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pas été déçu. Le Moniteur du 22 leur a appris
que ce n'était pas en vain qu'ils se reposaient
sur la haute sagesse du roi.
Si l'amour de la gloire fut une passion chez
Louis XIV, Louis XVIII met toute sa gloire
dans l'amour de son peuple. L'un s'immorta-
lisa par sa valeur, et servira de modèle aux
héros ; mais le frère de l'infortuné Louis XVI,
obtiendra une palme bien plus glorieuse en
faisant passer sa clémence à la postérité.
Il faut le dire, les circonstances contribuent
à rendre les hommes célèbres, et l'histoire
de ce siècle doit en fournir un grand nombre,
car les circonstances se succèdent avec une
rapidité inconcevable ; j'ajouterai même ,
inquiétante.
Mais celui sur lequel nous devons arrêter
nos regards, que nous devons prendre pour
modèle , vers qui nous devons porter
toutes nos affections ; c'est celui qui se mon-
tre si grand dans l'adversité, si calme dans
le malheur ; et d'un si grand sang-froid
dans le danger; ce roi enfin, qui mieux que
personne connaît les besoins de ses sujets,
agit et gouverne avec sagesse et modération
sur une nation dont il veut faire le bonheur.
Long-temps asservie, il veut la rendre a la
liberté ; long-temps déchirée , il s'occupe à
fermer ses plaies; long-temps accablée d'im-
pôts, il les diminue tous les jours. France , si
tu n'appréciais pas ses vertus royales, tu se-
rais indigne d'un si bon roi.
A peine commencions-nous à goûter un
peu de repos, que des hommes pour qui la
paix est un fardeau , ont imaginé de faire
courir des bruits absurdes, afin de donner
l'éveil à quelques espérances. Des écrivains
aux gages de l'étranger, jaloux de notre bon-
heur, ont joint leurs libelles à leurs sourdes
manoeuvres, et ont fait naître de vives inquié-
tudes. Et le 13 février , d'exécrable mémoire,
est sorti de ce conflit d'irritations.
Est-il possible que des hommes à qui l'on
ne peut refuser du talent, ayent assez peu de
jugement pour ne pas s'apercevoir qu'un
parti en fait toujours naître un autre, et que
les hostilités» enfantent les hostilités. Si
Bonaparte n'eût point manifesté la folle envie
de soumettre tous les peuples de l'Europe
il n'eût jamais soulevé toute l'Europe con-
tre lui. Aujourd'hui là moindre manifes-
tation des prétentions d'un parti , réveille
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de suite la cupidité d'un autre. L'un, j'ose le
croire, voudrait dominer avec le roi et sans la
charte ; mais l'autre ne veut ni du roi ni de la
charte , afin de dicter des lois à sa façon. Les
deux partis s'étayent pourtant de la charte et
du roi : et, en s'entre-déchirant, ils entravent
la marche du gouvernement et précipitent la
nation entière dans la profondeur de l'abîme,
où ils entraîneront infailliblement la royauté,
si une main ferme et courageuse ne vient l'en
préserver.
En se reportant à 1574, ne peut-on pas
comparer la situation de Louis XVIII, à celle
de Henri III. N'est-ce pas la ligue qui, à cette
époque, donna naissance aux politiques ? C'est
ainsi que se nomma le nouveau parti qui pa-
raissait vouloir marcher en opposition avec
la ligue. C'étaient des catholiques mécontens
qui sans toucher à la religion , protestaient
qu'ils ne prenaient les armes que pour le bien
public, pour le soulagement du peuple, et
pour réformer les désordres qui s'étaient glis-
sés dans l'état, par la trop grande puissance
de ceux qui abusaient de l'autorité royale ;
aussi furent-ils nommés royalistes, quoique
dans le fond ils ne fussent pas trop soumis au
Souverain. Pense-t-on qu'ils méritassent ce
nom ?
Les deux oppositions d'aujourd'hui, bien
différentes de sentiment, ne ressemblent-elles
pas à deux armées toujours prêtés à combattre
autant de propositions qu'il plaira au gouver-
nement d'en faire? L'une, parce qu'elle les
trouvera favorables à son adversaire, tandis-
que l'autre y verra une arme levée contre elle.
Trajan Boccalin trouvait des défauts dans
tous les gouvernemens ; les adversaires du
gouvernement du roi, trouvent mal tout ce
qui émane de lui. Il paraît que la maladie de
ce grand politique ne s'est pas éteinte avec
lui.,
Un seul homme pouvait, si non arrêter ,
du moins retarder l'effet terrible que doit pro-
duire le choc des passions. Necker appela
Bonaparte, l'homme nécessaire : Bonaparte
était alors consul. Aujourd'hui M. Decaze est
disgracié ; eh bien ! c'est lui que j'oserai
appeler l'homme nécessaire. On ne m'accusera
pas cette fois de m'ériger en défenseur officieux
du ministre , puisque le ministre n'existe
plus.
Oui, dussé-je attirer sur moi la foudre des
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deux oppositions, je dois dire ici toute ma
pensée : M. Decaze fut le plus sûr appui
du trône des Bourbons; et je n'en veux
pour témoignage que les larmes royales qui
ont mouillé les joues de cet heureux mi-
nistre.
Je me garderai bien d'avancer que M.
Decaze n'a pas fait de fautes. Il est homme,
et par conséquent sujet à l'erreur. Mais de
l'erreur au crime, la distance est immense.
En outre il est jeune; avantage inappréciable
dans un ministre, parce qu'il n'a pu encore
atteindre à ce degré de dissimulation, de
fausseté , de corruption même auquel on ne
parvient qu'en vieillissant dans les cours. Il
était l'ami, le confident d'un roi accablé d'in-
fortunes ; dépositaire de toutes ses pensées ,
il n'agissait que d'après ses intentions ; enfin
placé entre le roi et le peuple , il était l'anneau
de la chaîne qui lie le peuple au roi. Cet an-
neau est brisé ! en êtes-vous plus satisfaits ?
Je n'entends de toutes parts que des repro-
ches , des récriminations dont les nouveaux
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ministres sont le sujet. Déjà M. le duc de Ri-
chelieu dont le nom seul retrace de si grands
souvenirs, est devenu odieux à certains
hommes, parce qu'il est le négociateur d'Aix
la-Chapelle ; et suspect à d'autres , parce qu'il
a contresigné l'ordonnance rendue par le Roi,
le 5 septembre 1816.
M. le baron Mounier, pour avoir accom-
pagné M. le duc de Richelieu à Aix-la-Cha-
pelle, et qui est lié avec lui par l'amitié et la
conformité des principes de modération, de-
vait s'être préparé d'avance aux honneurs de
la satire, en se soumettant à la volonté du
roi.
M. le comte Siméon, qui, en acceptant le
fardeau d'un porte-feuille, dans une circons-
tance aussi critique, s'est acquis de nouveaux
titres à l'estime de ses concitoyens, pouvait-il
échapper à l'honneur du blâme , par cela
seul qu'il avait accepté la mission de défendre
la nouvelle loi des élections ?
Trois hommes dévoués se partagent les pé-
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nobles fonctions qui pesaient sur un seul,
aussitôt
« La sombre envie à l'oeil timide et louche »
prend la trompette de la renommée pour
faire connaître le dépit qui l'anime de n'avoir
pas eu sa part des dépouilles, sur lesquelles
elle avait sans doute jété ses vues.
Examinons si ces mêmes hommes qui se
disent les défenseurs de la prérogative royale,
né sont pas ceux-là même qui l'attaquent, en
montrant un acharnement impardonnable,
je ne dirai pas à discuter, mais à blâmer tout
ce qui émane de l'autorité royale. L'article 14
dé la charte, qui l'établit d'une manière in-
variable, porte textuellement :
Le roi est le chef suprême de l'état, com-
mande les forces de terre et de mer, déclare
la guerre , fait les traités de paix, d'alliance
et de commerce, nomme à tous les emplois
d'administration publique , et fait les régle-
mens et ordonnances nécessaires pour l'exé-
cution des lois et la sûreté de l'état.
Afin de prouver aux deux oppositions ,
combien leur système d'hostilité est dange-
reux et contraire à l'obéissance due à l'au-

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