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Chants du Midi

De
174 pages

Avec cet œil où brille une céleste flamme,
Ce visage vermeil, candide et gracieux,
Avec ce front charmant qui révèle son âme

Pure comme l’azur des cieux ;

Lorsque sur les genoux de sa mère il repose
D’un doux sommeil qui peint le calme de son coeur
Ou quand on aperçoit sur ses lèvres de rose

Errer un sourire enchanteur.

A quelque jeu naïf de la première enfance
S’il se livre entouré de folâtres amis,
Ou si d’un air pensif il écoute en silence

Quelque vieux conte du pays.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Adolphe Digne

Chants du Midi

Illustration

A MA MERE,
TRIBUT D’AMOUR ET DE RECONNAISSANCE.

 

 

A MON ONCLE DIGNE

INSPECTEUR DES FINANCES,

Illustration

 

 

A MES AMIS DE CALLAS ET DE DRAGUIGNAN,

PREUVE D’ESTIME ET D’AFFECTION SINCÈRES.

A. Digne.

JE n’ai pas le dessein de faire précéder les pauvres essais que voici d’une préface ennuyeuse et diffuse, où je risquerais à coup sûr de répéter ce qu’on a déjà dit de cent manières différentes.

Je ne viens pas non plus implorer, comme tel ou tel, l’indulgence de mes lecteurs, en les avertissant que je ne suis qu’un tout jeune homme, à peine sorti du collége, et partant, digne d’intérêt.

Je croirais cela ridicule.

Je veux tout simplement fournir sur cet ouvrage quelques notions préliminaires de première nécessité.

Et d’abord, je dois déclarer que la pensée de faire un livre m’était tout-à-fait étrangère lorsque je composais ces vers. En vérité, je n’avais pas l’orgueil de me croire poëte ; j’écrivais seulement pour faire diversion à des travaux sérieux et monotones, et pour quelques amis de cœur.

Aujourd’hui cependant, encouragé par eux, j’ai dû produire au jour ce qu’il fallait laisser dans l’ombre. O vous qui me lirez, ne m’en faites point repentir !

Quelques mots maintenant sur le matériel de ce livre.

Comme je viens de le dire plus haut, il renferme des poésies sans prétention, et parfois même sans portée ; ce sont d’une part, quelques odes à simple allure, de l’autre, quelques chants d’amour s’exhalant de mon âme ainsi qu’un suave parfum, et puis des élégies plus ou moins touchantes, mais toutes senties fortement.

O vous qu’a frappé le malheur, vous qui ne vintes ici-bas que pour souffrir, tristes victimes des destins, infortunés que j’appelle mes frères, c’est pour vous surtout que j’écris. Les heureux de la terre, ceux que le ciel a comblé de ses dons n’écouteront pas mes accents, car ils attristeraient leur âme. D’ailleurs, m’entendraient-ils ces hommes à qui tout sourit, ces hommes qui, volant de plaisirs en plaisirs, sont complétement étrangers aux misères de cette vie ! Non, mes cris de douleur, loin de les émouvoir, leur feraient peut-être pitié. Mais vous que le Seigneur a longtemps éprouvés, vous qu’il a constamment abreuvés d’amertume, et qui soupirez chaque jour après le repos éternel, frères, vous saurez me comprendre et vous unir à moi de cœur. Cet espoir m’encourage et me fait éprouver un bien vif sentiment de joie. Puisse-t-il se réaliser, et puissent ces essais d’un poëte inconnu de tous, éveiller en sa faveur quelques bienveillantes sympathies.

UN ENFANT

A LUDOVIC D’ALBONNE

Avec cet œil où brille une céleste flamme,
Ce visage vermeil, candide et gracieux,
Avec ce front charmant qui révèle son âme

Pure comme l’azur des cieux ;

 

Lorsque sur les genoux de sa mère il repose
D’un doux sommeil qui peint le calme de son coeur
Ou quand on aperçoit sur ses lèvres de rose

Errer un sourire enchanteur.

 

A quelque jeu naïf de la première enfance
S’il se livre entouré de folâtres amis,
Ou si d’un air pensif il écoute en silence

Quelque vieux conte du pays.

 

Quand enfin recueilli le soir près de sa mère,
Et comme elle joignant ses deux petites mains,
Il adresse tout bas sa fervente prière

A Jésus, sauveur des humains.

 

Oh ! ne croiriez-vous pas voir l’un de ces beaux anges
Qui, radieux de gloire et plein de joie au ciel,
Célèbrent à jamais les divines louanges

Et le saint nom de l’Eternel !

 

Pourtant bientôt l’ennui, les soucis, la tristesse,
Assidus compagnons de notre humanité,
Pour qui rien n’est sacré.... pas même la jeunesse,

Enfant, terniront ta beauté !

 

Les chagrins dévorants, ton âme les ignore ;
Rarement de tes yeux s’échappent quelques pleurs ;
Il le fallait ainsi : tout homme à son aurore

Suit un chemin semé de fleurs.

 

Mais, vois-tu, le bonheur n’est souvent qu’éphémère ;
Il s’envole bientôt pour ne plus revenir ;
Et puis, ô mon enfant, jusqu’à l’heure dernière,

Dieu le voulut, il faut souffrir !

 

Puisse donc lentement s’écouler ton jeune âge,
Et quand les pas du monde auront franchi le seuil,
Que la joie et la paix demeurent ton partage

Et te suivent jusqu’au cercueil.

 

Mais s’il faut, cher enfant, que la douleur flétrisse
Ton front calme et serein où siége la candeur,
Oh ! que jamais du moins le souffle impur du vice

Ne vienne empoisonner ton coeur !

LE FOU DE LA VALLÉE

A MON AMI CHARLES REYBAUD

Vous qui passez par la vallée

Quand meurt le bruit,

Et que sur la voûte étoilée

Glisse la nuit,

Si vous voyez surgir un homme,

Pâle et vieilli,

Devant vous, ainsi qu’un fantôme,

Priez pour lui !

 

Car, sachez-le, toute sa vie

Ne fut, hélas !

Qu’une douloureuse agonie ;

Car ici-bas

Personne au chagrin qui l’oppresse

N’a compati.

Celui qui souffre on le délaisse....

Priez pour lui ?

 

A peine il voyait la lumière,

Que le Seigneur

Frappait de mort sa pauvre mère,

Pour son malheur.

C’était pourtant de son enfance

L’unique appui ;

Mais comprend-on la Providence ?....

Priez pour lui !

 

Or, ses jeunes ans s’écoulèrent

Bien tristement,

Sans caresses qui désaltèrent

Un cœur aimant,

Sans douces paroles qui chassent

Tout sombre ennui,

Et du cœur jamais ne s’effacent ;

Priez pour lui !

 

A vingt ans son âme ingénue

Au nom d’amour,

Ne s’était pas encore émue,

Quand vint un jour

Où contemplant la jeune Adèle

D’un œil ravi,

Grand Dieu ! pensa-t-il, qu’elle est belle.

Priez pour lui !

 

Plus tard, à la vierge candide

Qui rougissait,

Tout bas et d’une voix timide,

Albert disait :

Pour ton amour, femme adorable,

Cent fois merci,

Oh ! qu’à jamais il soit durable....

Priez pour lui !

 

Mais bientôt la volage Adèle,

A son serment

Osa devenir infidèle ;

Et son amant

Que le désespoir et la rage

Avaient saisi,

De sa raison perdit l’usage....

Priez pour lui !

 

Depuis lors, on le voit sans cesse

Sous des haillons,

Errer le soir avec tristesse

Dans les vallons,

Et par moments d’une voix sombre :

Je suis trahi,

Dit-il. Puis il s’enfuit dans l’ombre....

Priez pour lui !

 

Heureux du monde, cœurs fidèles,

Et vous amants

Qui coulez aux pieds de vos belles

De doux moments,

Pour Albert priez en silence,

De peur qu’un jour

Vous n’éprouviez même souffrance

A votre tour !

ÉLÉGIE

AUX MANES D’ALPHONSE MATTEY

Muse de la douleur, muse de l’Élégie.
Aujourd’hui prêtez-moi vos plus tristes accents,
Celui que j’aimais tant vient de quitter la vie
Quand tout lui souriait.... à la fleur de ses ans.

 

Oui, la mort a frappé l’ami de ma jeunesse !....
Lui pour qui je rêvais un si riche avenir,
Du sommeil de la tombe il vient de s’endormir,

A vingt ans, malgré ma tendresse.

 

O vous que si souvent pour lui j’avais prié,

Au nom de ma douleur extrême,

Rendez-moi, Dieu puissant, rendez-moi ce que j’aime,
Ou qu’un même tombeau reçoive l’amitié.

 

Hélas ! voeux superflus, un éternel abîme
Vient d’engloutir celui que mon cœur chérissait,
Quand au sein de la vie à peine il s’élançait

La mort en a fait sa victime !

Et moi, vivrais-je encor privé de mon ami,

Sans Alphonse vivrais-je encore ?....

Oh ! je ne le veux plus, et mon âme t’implore
Comme un libérateur, trépas qui l’as ravi !