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Chatam

De
296 pages

Ce troisième tome fait suite à Cent gravités et à L’Historien, publiés chez le même éditeur. À bord de l’Armand Dursec, un vaisseau interstellaire commandé par Alexis Exel, la création de trous de ver permet au vaisseau de parcourir d’une seule traite plus de cinq mille années-lumière jusqu'à une constellation du Lion. Ils vont découvrir à proximité de cette étoile une planète, Chatam, habitée par des humains télépathes et immortels. Ils vont savoir que ces humains connaissent la Terre où ils ont joué des rôles clés. Pourtant, ces Chatamiens doivent l’essentiel de leurs connaissances, de leur mode de vie, et surtout de la gestion de leur immortalité à d’autres humains, les Els. Sur la base de trocs, des parcelles d’informations venant des Chatamiens sont exploitées et concrétisées.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-16315-6

 

© Edilivre, 2016

Prologue

Après Cent Gravités et L’Historien, deux volumes publiés chez le même éditeur, cet ouvrage constitue le troisième tome des aventures poursuivies par les mêmes personnages.

Dans Cent Gravités, un Physicien, Armand Dursec, Professeur des universités submergé de problèmes administratifs, découvre les moyens de renverser la force gravitationnelle pour chacun des éléments qui nous entourent. Les applications de ces connaissances déclenchent une révolution industrielle et la possibilité de voyager vers les étoiles.

Notre Univers est constitué d’un certain nombre de dimensions. Nous connaissons bien les trois premières, longueur, largeur, hauteur. La quatrième dimension est le temps, et ce dernier maîtrise les trois premières dimensions. Ainsi, avec le temps, les trois premières dimensions interagissent et les formes changent.

La cinquième dimension est la Gravité. Implicitement, son contrôle permettrait de maîtriser les quatre autres dimensions, dont le temps. L’accès pratique à un tel contrôle devrait permettre d’accéder aux évènements du passé.

C’est sur ces bases que L’Historien réécrit l’Histoire, du moins celle que Gérard Dubreuil est amené à vivre. Mais cette nouvelle Histoire efface-t-elle la précédente ? Ce n’est pas possible, car sans l’Histoire précédente, la nouvelle Histoire ne pourrait être initiée.

Le héros de L’Historien, Gérard Dubreuil, va donc découvrir qu’il existe une sixième dimension, celle de mondes divergents, ou parallèles, initiés par toute modification apportée dans la trame temporelle. Pourtant, et fort heureusement, cette sixième dimension demeurera inexplorée car aucune connaissance et aucun moyen n’existent pour la contrôler, pour le moment.

La dernière mission de cet Historien, avec l’équipe qui l’accompagne, est de voyager instantanément à plus de cinq mille années lumière de la Terre pour revenir ensuite, toujours instantanément, cinq mille ans plus tôt. En principe, il pourrait alors être un témoin privilégié de l’ensemble des évènements qualifiés de divins ayant lieu à ce moment là sur la planète.

Cependant, l’hypothèse de l’intervention d’extra-terrestres exerçant des activités divines pouvait être également testée. Selon le cas, des rencontres avec des êtres inconnus mèneraient à l’obtention de connaissances nouvelles avec des retombées technologiques inespérées.

1
L’Armand Dursec

Alexis Exel qui commandait le vaisseau interstellaire Armand Dursec, prenait un repos mérité dans sa cabine. Il avait rejoint Cassie, son épouse, et s’inquiétait devant elle de la croissance de leur fils Hector :

– « Comment va Hector ? Il va falloir que j’aille lui faire quelques chatouilles ! »

Cassie était à l’aise. Elle avait pris sa position favorite au travers de la large couchette qui leur servait de lit. Rousse aux yeux verts, elle était superbe et paraissait bien plus jeune qu’Alexis. En fait, elle avait vingt six ans de moins que lui, et il avait été son parrain bien avant de devenir son mari. Depuis son plus jeune âge, elle l’avait toujours adoré, l’avait constamment désiré comme époux, et c’était elle qui lui avait demandé d’être sa femme. Elle l’examinait pendant qu’il parlait et appréciait son ton enjoué, ses yeux bleus, ses cheveux fauves et sa barbe naissante. Elle se disait aussi qu’il serait peut-être bientôt temps de donner un petit frère ou une petite sœur à leur premier né, Hector. Cependant, il fallait savoir ce qu’ils allaient devoir faire dans l’immédiat. Elle n’envisageait pas de passer le temps d’une deuxième grossesse dans un stress permanent.

Jusqu’ici, les évènements ne l’avaient pas trop troublée. Voilà presque deux mois que l’Armand Dursec avait émergé à cet endroit dans l’espace situé à cinq mille années lumière de la Terre. Ils avaient franchi cette distance en quelques dixièmes de secondes, le temps que le vaisseau dans son entier passe au travers de la boucle créée au niveau du satellite géostationnaire situé au dessus de Kourou, en Guyane française. Cette boucle était l’invention de son père, Armand Dursec, assassiné un jour avant sa naissance, la veille de la remise de son Prix Nobel. C’était d’ailleurs pour cela que le vaisseau portait son nom. Son père avait inventé un système simple permettant de s’affranchir de la gravité terrestre en inversant tout simplement le sens de sa force. Selon les réglages, un seul élément, ou plusieurs éléments perdaient leur poids terrestre. Lorsque le réglage concernait l’ensemble des éléments et des particules dotées de masse, un trou de ver était généré. Les équations permettant de diriger et de calibrer le trou de ver avaient été conçues par Alexis, Cassie et Chantal, qui elle, était restée sur la Terre. Par contre, Louis, un jeune informaticien qui avait produit le logiciel informatique permettant d’appliquer les équations à la conduite du vaisseau les avait accompagnés.

Il n’avait fallu que quelques secondes à Cassie pour continuer ses pensées dans la béatitude dont elle se sentait imbibée. Le propos sur Hector revint à son attention, et elle répondit :

– « Tu sais qu’il a eu trois mois depuis deux jours. Maman s’occupe très bien de lui et m’a dit qu’il faudrait bientôt augmenter les doses de son biberon. »

Maman était Cassandre Dursec, la mère de Cassie et la veuve d’Armand Dursec. Malgré les sommes colossales que lui rapportaient les brevets de son mari et l’institut qu’elle avait créé en sa mémoire, elle avait tout abandonné en tenant fermement à faire partie de l’équipage. Bien que docteur en sciences économiques, elle avait rempli avec joie les fonctions d’aide puéricultrice dans la nursery du vaisseau. Elle s’occupait pendant huit heures d’affilée des neuf bébés nés à bord, puis était remplacée par la pédiatre ou par Evelyne, l’épouse de l’historien Gérard Dubreuil. Isabelle, la fille d’Evelyne n’avait guère plus d’un mois et faisait partie des nourrissons.

La réponse de Cassie ne troubla pas Alexis qui répertoriait mentalement les facilités dont disposait l’Armand Dursec. Dans les enclos pour animaux de la biosphère, ils disposaient de six vaches et dix chèvres produisant du lait. Elles étaient nourries avec les surplus végétaux produits dans les terres arables de la biosphère. Cependant, ce surplus était insuffisant pour nourrir des taureaux et des boucs, et ils avaient emporté des paillettes de sperme congelé de tous les animaux mâles de leur cheptel. Ainsi, ils avaient obtenu cinq veaux et dix cabris avec les vaches et les chèvres, mais aussi des porcelets avec les truies et des œufs avec les poules. C’était assez pour nourrir l’équipage et particulièrement les nourrissons. Les récoltes de fruits et de légumes n’étaient destinées qu’aux adultes, pour le moment. De la production des matières premières jusqu’à leur transformation en plats cuisinés, cent cinquante trois membres de l’équipage intervenaient. Cela incluait, bien sûr, les laboratoires de génétique et d’analyse bien qu’ils soient aussi utilisés par les services médicaux. Cela correspondait à un peu plus de la moitié de l’équipage, bébés non compris. Ils étaient tous ravis de travailler à ce niveau de la biosphère. Située sur la périphérie d’un cylindre de trois kilomètres de diamètre soumis à la rotation constante du vaisseau, il régnait à ce niveau une pesanteur proche de celle de la Terre. C’était à ce niveau aussi que se situaient les zones d’activités destinées à maintenir l’équipage en parfaite forme physique. Par contre, les cabines, les restaurants, la clinique et les laboratoires étaient localisés plus haut, c’est-à-dire sous une gravité plus faible. L’épuration des déchets et des eaux usées se faisait encore plus haut, près de l’axe de rotation où la pesanteur était presque inexistante. Par contre, la régénération de l’air passait par la biosphère où les plantes, constamment éclairées par des lampes de type lumière du jour, éliminaient le gaz carbonique tout en générant de l’oxygène. Le système était suffisamment bien équilibré pour pouvoir durer plus de cinq ans. Il faudrait cependant renouveler l’air et approvisionner en eau dans près de six ans. Les analyses automatiques avertiraient l’équipage en temps utile.

Alexis revint à la mission que le Premier Ministre lui avait confiée. Identifier les formes de vie intelligentes dont ils supposaient l’existence si loin de la Terre. En voyageant instantanément à cinq mille années lumière de la Terre, ils savaient qu’ils trouveraient leur planète moins vieille de cinq mille ans à leur retour. Pourtant, dès leur arrivée, ils avaient fait une observation capitale. Quelques jours auparavant, la mère de Cassie, Cassandre, avait vu un point lumineux se déplaçant rapidement entre deux étoiles. Les observations, les enregistrements et les calculs de l’ordinateur avaient confirmé qu’il s’agissait d’un objet artificiel situé à sept cent soixante années lumière et se déplaçant à presque la moitié de la vitesse de la lumière. Pour être visible à cette distance, il devait être d’une dimension et d’une luminosité considérable. Ce point lumineux semblait provenir de l’astre Leo, appelé aussi  du Cygne, une étoile variable située à sept cent dix sept années lumière de leur point d’observation. Ils voyaient bien cette étoile dont la lumière s’atténuait périodiquement. L’objet avait emprunté la direction d’une autre étoile qu’ils discernaient parfaitement aussi bien qu’elle soit située à mille six cent cinquante trois années lumière de leur position. Il s’agissait de 72 Leo, ou encore FN Leo. Le Premier Ministre averti leur avait demandé de vérifier la présence de races extra-terrestre évoluées près de ces étoiles.

Cassie avait plaisanté :

– « Si cet objet est occupé par des voyageurs, il leur faudra presque deux mille ans avant d’atteindre leur destination ! »

Et Alexis, sérieux, avait répondu :

– « Ce seront donc leurs descendants qui arriveront, à moins qu’ils ne soient en hibernation ou qu’ils ne disposent de moyens assurant l’immortalité. »

Ces souvenirs ramenèrent Alexis à la situation présente. Il s’était allongé près de Cassie et lui caressait les cheveux. Cassie s’était rapprochée et semblait attendre qu’il aille plus loin. Cependant, Alexis était toujours distrait par les préoccupations qui l’habitaient. Il pensait à son fils et à l’autre enfant qu’ils souhaitaient concevoir tous les deux. Ses pensées sur leur mission étaient le frein qui les empêchait de satisfaire cette envie. Il chuchota donc :

– « Notre mission est de rencontrer d’autres espèces évoluées dans cette immensité. Je crois qu’il va falloir s’y atteler sans tarder. »

« Je me doutais que tu allais dire cela. Notre deuxième bébé attendra. De toute façon, il aurait fallu que j’arrête les mesures contraceptives. »

Alexis poussa un soupir de regret et continua :

– « Quelle direction devrions-nous prendre maintenant ? »

– « Je crois qu’il faudrait aller voir  Leo de plus près. C’est de son système que l’objet semble provenir. De plus, nous pourrons mieux y recharger nos batteries avec les panneaux solaires. Si l’objet que nous avons observé est un véhicule spatial provenant de ce système, il devrait y avoir des planètes et peut être des habitants. »

*
*       *

Alexis et Cassie avaient suivi le même raisonnement suivant. Comme l’ordinateur avait interpolé la trajectoire de la traînée lumineuse vers son origine, Cassie bascula ses visées dans cette direction. La traînée avait dû débuter au voisinage de  Leo. Effectivement, de leur position, ils pouvaient distinguer une étoile qui semblait située en retrait des pulsations de Leo. Il était d’ailleurs bizarre que la direction de la traînée aille vers 72Leo. L’examen dans cette direction permit de détecter une étoile de faible intensité à peine visible derrière les pulsations de 72Leo.

Cassandre prit les spectres de ces deux étoiles. Toutes deux étaient du type G. La première était une G2-IV, la seconde une G2-V. La première était donc plus vieille que la seconde. Peut-être un milliard d’années de différence.

Cette nouvelle amena Alexis à prendre une décision. Il fallait se rendre au point d’origine le la traînée, c’est-à-dire vers l’étoile G2-IV. Il y avait certainement là un système planétaire d’où était parti le vaisseau. Il s’informa donc :

– « A quelle distance sommes-nous de la G2-IV derrière Leo ? »

– « Six cent dix sept années lumière environ. Précisément six cent dix sept années, trois mois, quatorze jours et dix heures. Je passe sur les minutes. »

– « Un système planétaire peut s’étendre sur quelques mois lumière. Nous pourrions prendre une coordonnées situant notre point d’arrivée à six cent dix sept années lumière d’ici. »

– « Tu as raison ! Nous aurons tout loisir de nous diriger vers une planète d’intérêt après avoir étudié l’ensemble du système. »

Alexis savait ce qu’il lui restait à faire. Informer l’équipage de leur destination. Faire établir une boucle dans le vide extérieur où se trouvait l’Armand Dursec. Les techniciens équipés de leurs scaphandres allaient avoir du travail. Il leur faudrait répéter ce qu’ils avaient construit dans l’espace au dessus de Kourou seulement quelques jours auparavant.

Cassie spéculait sur leur arrivée à proximité d’une planète habitée :

– « Je pense que nous ne ferons qu’une exploration. Il faudra aviser si nous détectons des présences évoluées et intelligentes. »

– « Peut-être faudrait-il en avertir Chantal ! Il faudra lui envoyer les coordonnées du mini trou de ver qu’elle devra créer pour nous contacter lorsque nous serons rendus sur place. »

– « On peut l’avertir maintenant avant qu’elle ne s’inquiète de la coupure des liaisons actuelles, Nous l’avertirons ensuite après notre arrivée des coordonnées du mini trou de ver que nous créerons à ce moment. »

Chantal était restée sur Terre au Centre d’Etudes sur la Gravité, le CEG. A partir des travaux de Cassie, elle avait inventé un mini trou de ver par lequel elle faisait passer les émissions audio et vidéo en provenance de la Terre. Elle pouvait recevoir de la même manière celles émises par l’Armand Dursec lorsqu’il était équipé lui aussi d’un mini trou de ver émetteur-récepteur. Celui qui était en activité maintenant pourrait être désactivé et emporté pour le voyage. Il serait réactivé et utilisé à nouveau, une fois orienté par le logiciel conçu par Louis, afin de transmettre leurs nouvelles coordonnées. Comme la position de la Terre était connue, le logiciel n’aurait aucune difficulté pour les connecter.

Mais pour franchir les sept cent dix neuf années lumière qui les séparaient de l’étoile variable Leo, il fallait que l’Armand Dursec construise un trou de ver vers cette destination. Tout était prévu pour cela à bord du vaisseau, mais Alexis et Cassie avaient quelques réticences. Ils en discutèrent :

– « Nous pouvons demander aux équipes de produire la boucle de câbles à l’avant du vaisseau. Ils rentreront ensuite, et nous passerons au travers de la boucle après l’avoir activée. Nous nous retrouverons ainsi immédiatement à proximité de la G2-IV derrière Leo. »

– « Je crois qu’il faudra régler très précisément la direction et la distance. Il ne faudrait pas que nous émergions trop près de l’étoile. Elle pourrait nous griller sur place ! »

– « Tâchons d’émerger à un mois lumière de cette destination. Nous serons à l’extérieur de son système planétaire, s’il y en a un, et nous pourrons l’observer. Ensuite, nous nous rapprocherons avec les propulseurs ioniques. Nous aurons alors une accélération constante. »

– « La gravité dans le vaisseau va se diriger vers l’arrière. Ce sera une composante de celle que nous avons déjà dans le cylindre, et nous serons amenés à marcher sur le mur arrière du cylindre. Je ne vois pas comment on va faire avec les animaux et les plantes. »

– « Une fois arrivés à destination, et avant de démarrer les propulseurs, nous pourrions déployer une autre boucle fixée autour de la base du cylindre. Elle serait réglée sur l’apesanteur pour l’ensemble des éléments. De cette manière, seule la pesanteur générée par la rotation du cylindre serait prise en compte. »

– « C’est une bonne idée, mais au prochain passage temporel, il faudra inactiver cette boucle et faire en sorte que l’ensemble passe au travers de la boucle du prochain trou de ver. »

Alexis resta songeur un moment, puis son visage s’éclaira :

– « On peut mettre au point un dispositif de rétraction de la boucle. Nous avons ici toutes les compétences et l’équipement pour le réaliser. »

Il resta encore songeur puis avoua à Cassie :

– « Ce qui me tracasse le plus, c’est de laisser derrière nous une boucle génératrice d’un trou de ver toujours active. Les batteries on une durée limitée, certes, mais quiconque la trouverait pourrait la réactiver et même la copier ! »

Cassie fronça les sourcils. Elle n’avait pas envisagé ce type de risque. Jusqu’à maintenant, ils avaient laissé les boucles derrière eux car ils avaient emporté un nombre considérable de bobines de câbles pour les produire. Ils en avaient suffisamment à bord pour générer des milliers de boucles. Chaque boucle était dotée d’un émetteur asservi à une puce programmée pour émettre des successions rapides et précises de longueurs d’onde. Chaque longueur d’onde correspondait à la masse de chacun des éléments et des particules. Effectivement, ce type d’équipement avait une grande valeur, surtout pour des êtres ignorant la physique des trous de ver. Cassie ne vit qu’une solution :

– « Il faudrait pouvoir des détruire après leur utilisation. On pourrait incorporer une petite charge explosive sur la puce et programmer sa destruction quelques heures après notre passage. »

– « Je crois que nous devrions faire cela. Quelques grammes de Syntex devraient suffire, mais je veux que seuls des experts manipulent le puces explosives lors de leur insertion. Je ne veux pas risquer une explosion accidentelle dans le vaisseau. »

Cassie opina lentement de la tête et focalisa à nouveau son regard sur le visage d’Alexis. Il se pencha et l’embrassa tendrement, puis passant son bras derrière elle, il l’attira vers lui en chuchotant :

– « Que je t’aime ! »

*
*       *

Le lendemain fut un jour de réunion à bord du vaisseau. Le commandant et son second, Alexis et Cassie, virent tour à tour chacun des responsables des secteurs concernés par la navigation. Pour le reste de l’équipage, chacun se tenait informé grâce au réseau informatique sophistiqué qui équipait le vaisseau. Personne à bord n’avait jamais manipulé d’explosifs, et encore moins du Syntex dont ils n’avaient à bord qu’une centaine de grammes. Ils demandèrent donc des instructions sur la Terre, par le biais de Chantal. Après quelques délais, et grâce au mini trou de ver, Chantal leur annonça :

– « L’opinion des experts est que vous avez assez de Syntex pour ce que vous prévoyez. Une centaine de grammes équivaut à une centaine d’utilisations. Les précautions qu’il faut prendre pour le manipuler et le découper sont simples. Je vous envoie la notice d’utilisation, y compris la fabrication des détonateurs électriques. »

– « Mais, pouvons-nous en fabriquer à bord selon le besoin ? Nous avons des chimistes compétents ici, et ils sont presque désœuvrés. »

– « C’est le genre de synthèse à éviter à bord. Sécurité oblige ! Si vous en avez un besoin urgent, je devrais pouvoir vous l’envoyer par le mini trou de ver. Je vais tâcher de le modifier dans ce sens, mais pour la réception il faudra en ouvrir un externe au vaisseau et avoir quelqu’un de disponible pour recevoir l’envoi. Je vais donc faire quelques essais dans ce sens, et je vous enverrai les nouvelles données dès que je les aurai. »

– « C’est une idée formidable ! En dehors du Syntex, nous pourrions avoir d’autres menus besoins ! »

Alexis mit donc immédiatement deux des physiciens sur ce projet. Ils devaient y travailler en liaison avec Chantal. Il pensait aussi que ce vaisseau qu’il commandait était le premier envoyé de la Terre, et que c’était en fait un vaisseau de recherche. Tout ce qui serait mis au point face à la multitude de situations auxquelles ils seraient confrontés, pourrait s’appliquer ensuite sur les autres vaisseaux qui seraient construits. Il se demanda ensuite si le mini trou de ver pouvait être agrandi suffisamment pour prendre en compte des objets plus volumineux. Peut-être un cosmonaute dans son scaphandre ? Ce serait merveilleux d’avoir un tel outil à disposition. Ils pourraient recevoir de l’aide selon le besoin, ou bien évacuer un malade trop contagieux ou un blessé grave. Sans compter les échantillons divers qu’ils collecteraient au cours de leurs explorations et qui pourraient être analysés sur Terre avec des moyens qu’ils n’avaient pas embarqués. Il s’ouvrit de ses réflexions à Cassie. Elle l’écouta pensivement, puis dit :

– « Ce devrait être possible. Je vais en parler avec Chantal. Nous serons limités malgré tout par la taille du caisson dans lequel il faudra exercer un vide poussé. Il n’est pas question que l’air de la planète se retrouve éjecté dans le vide sidéral où nous sommes. »

– « Cela va sans dire ! »

– « D’autre part, Il faudra être très prudent dans le choix des objets et des échantillons que nous voudrions envoyer sur la Terre. Nous pourrions avoir affaire à des échantillons contenant des organismes ou des microorganismes inconnus qui causeraient des ravages dans l’écosystème terrien, sinon sur la santé des habitants. Je crois d’ailleurs que nous devrons être nous-même très prudents dans les cas où nous rencontrerions des formes de vie nouvelles au cours de l’exploration de planètes ! »

*
*       *

Après plus d’une semaine d’activités intenses, l’Armand Dursec fut prêt pour le grand saut. Chacun avait œuvré dans sa spécialité. Les équipes chargées des sorties dans l’espace avaient déployé, à une centaine de mètres de l’avant du vaisseau, une gigantesque boucle de quatre kilomètres de diamètre. Quelques filins maintenaient la position de l’Armand Dursec face au centre de la boucle. Ceux-ci seraient largués juste avant que le vaisseau commence son déplacement au travers de la boucle lorsqu’elle serait activée. Ils avaient longuement discuté de la manière dont ils feraient démarrer la masse énorme dans laquelle ils vivaient. Finalement, Alexis avait décidé d’utiliser deux des cinq moteurs ioniques situés à l’arrière du vaisseau. Il se justifiait en disant que cette procédure était éprouvée puisqu’ils l’avaient employée avec succès lors de leur départ de la Terre.

Chantal, de son côté, n’était pas restée inactive. Elle avait réussi à leur faire parvenir, comme une pièce attachée à son message, deux stylobilles accompagnés d’un tube hermétique contenant des pépins d’oranges. Ils avaient ouvert le tube et récupéré les pépins dans la serre avant de les mettre en terre. Les responsables de la biosphère étaient anxieux de les voir germer. Chantal se plaignait d’avoir des difficultés à créer rapidement une enceinte de grande dimension et sous vide, contenant la boucle génératrice du champ transmetteur. Alexis l’avait encouragée à recruter le personnel nécessaire avec l’aval du Premier Ministre directement intéressé et avec lequel elle avait maintenant des relations privilégiées.

Dans la nursery du vaisseau, Cassandre et Evelyne commentaient avec enthousiasme ce départ imminent. Elles regardaient ensemble les images diffusées par l’ordinateur central sur les écrans et se montraient du doigt l’étoile Leo qui leur paraissait maintenant toute proche. Hector, son petit fils, avait eu trois mois et lui paraissait très vigoureux. Isabelle, la fille d’Evelyne venait juste d’être sevrée. Elle était brune comme sa mère mais avait les yeux bleus de son père. Cassandre la trouvait très trognon. Elle l’avait dit à Evelyne qui avait fait la moue :

– « Plus que trognon ! C’est le plus beau bébé du monde ! »

Puis elle s’était reprise en rougissant :

– « Je veux dire en tant que petite fille ! Ce n’est pas comme Hector ! Il est si beau ! »

– « Croyez-vous qu’ils formeraient un couple parfait ? »

Evelyne était soudain devenue très sérieuse :

– « Ce ne sera pas à nous d’en décider. Ils auront leur mot à dire, l’un comme l’autre ! »

Cassandre avait réalisé qu’il ne fallait pas plaisanter avec ces matières devant Evelyne. D’ailleurs, quel était leur avenir ? Rentreraient-ils jamais sur la Terre ? Et si c’était le cas, comment ces enfants de l’espace appréhenderaient-ils la vie telle qu’elle était menée sur la planète d’origine de leurs parents ?

Cassandre se demandait aussi comment elle pourrait transmettre à son petit-fils toute ses connaissances sur les origines et les aléas de sa famille. Hector, héros malheureux de la guerre de Troie, et Cassandre, sa sœur infortunée. Elle se promit d’en parler avec sa fille Cassie. Elle lui était reconnaissante, ainsi qu’à Alexis d’ailleurs d’avoir bien voulu maintenir la tradition familiale de nommer les fils Hector, comme son frère, et les filles Cassandre. Pour ce dernier point, il faudrait attendre que Cassie ait une fille. Si c’était un fils, on pourrait toujours l’appeler Paris, puisque le frère d’Hector s’appelait ainsi au moment de la guerre de Troie. Mais, se disait-elle, chaque chose en son temps !

De son côté, Alexis partageait avec Cassie une nouvelle préoccupation. Le responsable du laboratoire d’analyses géniques, le docteur Gabriel Faure, était venu trouver Alexis en plein milieu de calculs complexes pour lui dire :

– « J’aimerais bien rentrer sur Terre le plus tôt possible ! »

– « Vraiment ! Et pourquoi ? »

– « Je viens de faire une découverte extraordinaire. Je pense que notre planète en aura besoin. »

– « Nous pouvons transmettre vos données directement à partir d’ici ! »

– « Ce ne serait pas juste ! J’ai le droit d’être reconnu comme l’inventeur de cette nouveauté ! »

– « De quoi s’agit-il ? »

– « De l’expression choisie de gènes dans les chromosomes. »

– « Que voulez-vous dire par là ? Quelle utilité pour cela ? »

– « Une utilité immense. Elle pourrait résoudre tous les problèmes d’alimentation à quelque endroit que ce soit. Imaginez ! Faire produire par une plante quelconque des équivalent de grains de blé, ou bien transformer un mammifère en un organisme capable de se nourrir uniquement de bactéries, comme les cloportes. Tout ce blé et toute cette viande disponibles pour l’alimentation. L’humanité en rêve depuis des millénaires ! »

– « Je suis d’accord, mais je demande d’abord à voir. Nous aurons une utilité certaine pour ces techniques à bord du vaisseau, et c’est l’endroit idéal pour les tester. »

– « Mais, sur la Terre ! Le besoin est plus criant qu’ici ! »

– « Nous ne pouvons transmettre que quelque chose de sûr. Il faut le tester d’abord ici dans un environnement où la Terre ne court aucun danger. Je me porte personnellement garant que personne ne vous dérobera vos travaux ni la gloire que vous semblez en attendre. »

Gabriel Faure avait fait une moue de dépit, puis ajoutait :

– « Je suppose que le retour du vaisseau n’est pas possible pour l’instant. »

– « C’est un fait. Nous avons une mission à remplir. Pour vous rassurer, je peux simplement dire que nous aurons sous peu les moyens de renvoyer une personne seule dans le laboratoire de CEG. Ce pourrait être vous si vos résultats sont si cruciaux pour la planète. En attendant, remettez-vous au travail et formez vos assistants pour qu’ils puissent vous remplacer ici. Je voudrais qu’ils soient au moins aussi compétents que vous. Je me tiendrai informé ! »

Le visage de Gabriel s’était illuminé au fur et à mesure qu’Alexis l’informait de l’opportunité qui pourrait se présenter pour lui. Il semblait déjà parti pour la gloire alors qu’il répondait :

– « Ce serait parfait ! J’ai deux assistantes qui sont déjà au courant car elles m’ont bien aidé dans ces recherches. Ce sera facile de les former complètement, d’autant que le travail en apesanteur est en partie la clé pour les meilleurs résultats. »

– « Il vous faudra donc, une fois sur Terre aller travailler dans les laboratoires de la station orbitale géostationnaire au dessus de Kourou ! »

– « Je la connais bien ! C’est là que j’ai commencé et que les idées me sont venues ! »

Une fois Gabriel parti retrouver ses assistantes et ses éprouvettes, Alexis avait consulté Cassie sur ce qu’il venait d’apprendre. Cassie était restée songeuse un moment, puis elle dit d’une voix émue :

– « C’est important. Mais c’est aussi un peu du diable en boite. Imagine les applications chez l’homme ! Nous ne serons pas loin de faire pousser des ailes aux nouveaux-nés ! »

Alexis rit :

– « Ce seront alors de vrais chérubins ! »

Cassie resta sérieuse :

– « Les femmes aiment bien transmettre leurs propres gènes avec ceux de leur époux. Il faudra qu’une législation très stricte pour encadrer l’utilisation et l’exploitation des gènes, en particulier ceux étrangers au genre humain. »

Alexis resta léger :

– « Il faudra bien trouver une occupation à tous ces parasites administratifs qui sont restés sur la Terre ! »

Puis devenant plus sérieux :

– « Allons nous préparer pour le grand départ ! Allons voir à quoi ressemble cette étoile de type G2-IV ! »

*
*       *

Le saut de l’Armand Dursec se passa sans problème. Le vaisseau passa lentement au travers de la boucle activée, et émergea immédiatement à sept cent seize et demie années lumière de leur point de départ. A une distance de six mois lumière de Leo, cette étoile variable apparaissait comme un soleil bleuté dont la luminosité puissante variait périodiquement. A cette distance, la taille apparente de l’astre était environ un quart de celle du soleil vu de la Terre. Les voyants de charge des panneaux solaires déployés passèrent immédiatement tous dans le vert.

Bien sûr, ils n’entendirent pas la détonation qui suivit leur transfert six heures plus tard. Un gramme de Syntex désintégra l’émetteur sur la boucle qu’ils avaient utilisée, ne laissant comme trace de leur passage qu’un câble distendu.

Au fur et à mesure que la vitesse de l’Armand Dursec augmentait, Leo avait grossi, et tous s’étaient assemblés devant les écrans montrant l’étoile qu’ils avaient atteinte. Une succession de filtres permettait de distinguer ses pulsations, mais obscurcissait ses pourtours immédiats.

Cependant, une autre étoile, non répertoriée, paraissait assez proche. Son examen attentif révéla qu’il s’agissait d’un soleil de type G2-V. Le même type que le soleil de la Terre. Une discussion s’engagea à son sujet. Certains voulaient voir si Leo avait un système planétaire, et si certaines de ses planètes pouvaient abriter la vie. D’autres suggéraient de poursuivre jusqu’à cette nouvelle étoile qui n’était qu’à guère plus de trois années lumière.

Alexis coupa court aux discussions :

– « Nous allons refaire un saut jusqu’à l’étoile G2-V. C’est autour d’elle qu’il est le plus probable de rencontrer ce que nous cherchons. L’étoile Leo est de type B1 et c’est une super géante bleue variable. Même si elle a des planètes, il est peu probable que la vie que nous connaissons ait pu s’y développer. Si l’étoile G2-V n’a pas été détectée, c’est qu’elle est derrière Leo dans l’axe de la Terre. »

La décision fut respectée, Il fallut à nouveau presque une semaine pour déployer une boucle munie de syntex. Les coordonnées spatiales précises de l’étoile G2-V étaient fournies par l’ordinateur, mais Alexis voulut faire émerger le vaisseau à une distance respectable. Il ne fallait pas que l’Armand Dursec émerge au sein d’une planète ou encore moins de l’étoile. D’ailleurs, certains s’inquiétaient déjà :

– « Y a-t-il un système planétaire ? »

Le vaisseau émergea à vingt minutes lumière de G2-V et ses propulseurs lui imprimèrent une accélération constante vers l’étoile. Néanmoins, il fallut attendre presque deux semaines pour que l’Armand Dursec soit suffisamment rapproché de la G2-V. A ce moment, l’ordinateur, qui était sollicité presque tous les jours, répondit :

– « Il existe huit planètes qui constituent ce système. Une petite planète et trois géantes gazeuses sont à la périphérie. Quatre autres planètes sont plus proches de l’étoile. Deux d’entre elles en sont trop proches et ne contiennent pas d’eau. Les deux autres en contiennent à leur surface en quantité importante. »

– « Quelles sont les températures à la surface de ces deux planètes ? »

– « De moins soixante à plus vingt degrés sur la plus extérieure, de moins dix à plus quarante degrés sur l’autre. »

Un grand brouhaha accueillit ces données. Deux des planètes réunissaient les conditions nécessaires à la vie. Encore fallait-il qu’il y ait du carbone en quantité pour que cette vie ressemble à celle existant sur la Terre. Cependant, l’ordinateur poursuivait :

– « Les spectres indiquent la présence de carbone sur les deux planètes. La rotation de la planète externe autour de l’étoile dure un an dix mois et onze heures selon les normes terriennes. Pour l’autre planète, plus proche de l’étoile, la rotation s’effectue en onze mois, treize jours et sept heures. Cette dernière planète est inclinée de onze degrés sur son axe et bénéficie donc de saisons. Son océan est équatorial et sépare complètement deux continents. L’un au nord, l’autre au sud. »

– « Quelle est la durée d’une rotation pour chacune de ces deux planètes ? »

– « Vingt six heures cinquante minutes pour l’externe, et vingt trois heures trente deux minutes pour l’interne. Les mesures seront affinées lorsque le vaisseau sera plus proche. »

Alexis rayonnait. Cassie également. Peut-être allaient-ils découvrir une vie extra-terrestre, et peut-être des extra-terrestres. À leur côté, Gérard Dubreuil souriait aussi. Il était l’historien officiel à bord et aurait certainement beaucoup à écrire et à raconter. Une opportunité unique ! Ses cheveux blonds bouclés, si appréciés par Evelyne, avaient poussé et leur longueur l’avait conduit à se coiffer d’une vieille casquette américaine. Il la portait à l’envers, la visière dirigée sur sa nuque. Une visière dure contenant une fine lame d’aluminium assurant sa rigidité sous le tissu.

C’est à ce moment que chacun frémit en entendant comme une explosion dans leur tête. Rien ne semblait bouger ni trembler dans le vaisseau, mais pourtant, ils entendaient tous ensemble un voix intérieure demandant impérativement :

– « QUI ÊTES-VOUS ? »

Seul Gérard resta de marbre. Il n’avait rien ressenti, ni rien entendu.

2
Cifer

Cifer n’était âgé que de soixante treize ans. Soit soixante treize révolutions de sa planète, Chatam, autour du beau soleil jaune qui l’éclairait. Il se sentait très jeune et savait qu’il avait encore beaucoup à apprendre avant de pouvoir s’occuper du domaine qui lui serait attribué lorsqu’il serait marié avec sa sœur Iblis, de cinq ans sa cadette. Il devrait donc attendre encore jusqu’à ses cent cinq ans puisque le mariage ne pourrait se faire qu’à cent ans révolus. D’ici là, sa sœur, comme lui, pourraient s’initier aux pratiques du sexe dans les instituts spécialisés de la planète.