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Chère Alice

De
192 pages

« Une remarquable joute épistolaire. » Le Magazine des livres

Au cours d’un dîner mondain, Alexandre s’éprend d’Alice. Un problème se pose : Alice n’envisage pas de vivre une relation adultère avec le mari de sa meilleure amie. D’ailleurs, elle le trouve trop vieux, trop brutal dans l’expression de son désir. Mais Alexandre ne se laisse pas désarçonner par ses réponses assassines. Touchée par sa persévérance, sa correspondante finit par lui révéler les arcanes du désir féminin. Mais le désir qui naît alors entre eux n’est-il pas condamné à rester inassouvi ?

« Une analyse subtile des mystères de l’âme et du pouvoir des fantasmes. » Service littéraire

« Une invitation à un exquis voyage des sens. » La Revue littéraire


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« J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes […]. » Robert Desnos,J’ai tant rêvé de toi
Paris, mardi 21 octobre 2014 Madame Alice Maurecourt Cabinet de psychologie 54, rue des Plantes 75014 Paris Chère Amie, Depuis plusieurs jours déjà, je tergiverse, j’atermoie, mais ce matin, mû par une force impérieuse, je n’ai d’autre choix que de vous écrire pour soulager ma conscience. Je sais combien ce courrier va troubler votre âme et combien j’ai tort de venir importuner la quiétude que votre être délivre avec tant de grâce. Sans doute jugerez-vous ma démarche inconvenante et, si tel était le cas, d’avance je vous prie de me pardonner. Elle n’est guidée que par le désir de vous confier le tourment qui m’habite et le secret espoir de vous le faire partager. Barbara m’avait prévenu de votre charme ravageur. Bien douce litote… Oserais-je vous avouer que votre invitation à dîner ne m’enchantait guère ? Furieux de devoir rater la finale de rugby France-Pays de Galles pour rencontrer « la maman de Pauline et Julie » dont mon épouse me rebat les oreilles depuis la rentrée des classes, je m’étais rendu chez vous à reculons. Bien qu’elle m’ait vanté vos nombreux attraits, anticipant de captivantes discussions sur l’école de nos enfants et les mérites comparés de leurs maîtresses respectives, j’étais résolu à ne pas m’éterniser. Mais lorsque sur le seuil de votre porte, vous êtes apparue, grande et élancée, vêtue d’un stupéfiant tailleur bleu nuit, sur-le-champ, j’oubliai ma rancœur pour m’abandonner aux délices de votre présence. Le décor bourgeois de votre appartement dégageait une atmosphère singulière. J’observai discrètement le salon où nous prenions l’apéritif. Une torpeur nimbait la pièce réchauffée par l’un des premiers feux de bois de la saison et, au cœur de cette bulle ouatée, je m’apaisai. Était-ce l’effet du champagne que vous nous servîtes en abondance ou plus sûrement, le fruit de votre gaieté contagieuse, je me départis sans peine de ma morosité. Assis sur le canapé, il y avait là d’autres invités. Je ne leur portai qu’un intérêt poli tandis qu’enfoncé dans un fauteuil, votre conjoint, auquel il me fallut reconnaître hélas quelques qualités, discourait avec emphase. En parfaite maîtresse de maison, vous aviez l’œil à tout, proposant à chacun des convives de délicieux canapés, relançant avec habileté la conversation, virevoltant de la cuisine au salon pour aller vérifier, d’un pas sémillant, la cuisson du rôti. Tout comme vous, le dîner fut admirable et après les alcools fins, encore ébaubi par tant de raffinement, je vous quittai à regret, emportant avec moi le souvenir d’un ruissellement de chevelure fauve d’où s’échappait le parfum de l’interdit. Pas un instant, Barbara ne pressentit le danger. Au contraire, les jours qui suivirent cette soirée mémorable, je la fis parler de votre amitié naissante afin qu’elle me dévoilât ce qu’elle savait de vous. Je m’enquis des traits marquants de votre caractère et vérifiai par là même l’ascendant magistral que vous exercez sur elle. Celle qu’elle me décrivit correspondait en tout point à l’idée que je m’en faisais : intelligente, spirituelle, éprise de justice, un brin frondeuse, je vous reconnus aisément dans ce panégyrique. Outre votre profession de psychologue dont elle m’avait déjà entretenu, j’appris que vous étiez passionnée d’opéra et de peinture flamande. Et puis,
elle me fit part de deux ou trois petits secrets de femme qui me ravirent. J’ai conscience de ce que mon courrier, adressé par discrétion à votre cabinet, peut avoir d’irrévérencieux. N’y voyez cependant qu’un hymne à votre bouleversante féminité. J’ai tant de choses à vous dire, Alice, qui ne peuvent ici s’écrire… Accordez-moi, je vous en prie, la faveur d’un tête-à-tête. Je glisse ici ma carte professionnelle, appelez-moi à mon cabinet. Alexandre Constantin
Paris,le 27 octobre 2014 Maître Alexandre Constantin 5, Place Estienne d’Orves 75009 Paris Monsieur, Votre lettre n’a aucun sens. D’ailleurs, aussitôt reçue, aussitôt mise au panier. Quelle écriture désuète ! Soit dit en passant, elle signe votre âge. Barbara s’était bien gardée de me parler de ces vingt ans qui vous séparent. Quand je pense que comme moi, elle n’a même pas la quarantaine… L’autre soir, j’ai bien cru que vous étiez son père ! En tant qu’avocat, vous devez affectionner les effets de manche mais les arabesques stylistiques n’y changent rien, vos intentions sont abominablement malhonnêtes. Rassurez-vous, je les mets sur le compte du démon de dix-huit heures. Vous voyez, je préfère en rire. Sans rancune, Alice Maurecourt
Paris,jeudi 30 octobre 2014 Très chère Alice, Comment vous dire l’état de désolation funeste dans lequel m’a plongé votre réponse lapidaire ? Ces quelques mots griffonnés à la hâte sont un chef-d’œuvre de méchanceté et d’ironie. Vous raillez mon style « désuet »… Pour votre information, je n’ai que cinquante-sept ans, ce qui ne fait pas de moi encore, je l’espère, le vieillard que vous croyez discerner à travers mes lignes. Si mes propos sont la signature de mon grand âge, permettez que je voie dans les vôtres celle d’un manque criant de culture. La richesse inouïe de notre langue française permet aux esthètes mille et une finesses qui, à défaut « d’arabesques stylistiques », sont autant d’enluminures pour exprimer leurs sentiments les plus profonds. Las, je crains qu’accoutumée aux SMS et autres courriels, comme la plupart de nos contemporains, vous ne sachiez les apprécier. Mais assez, voilà que je m’emporte et mon cœur saigne d’être si mal compris de vous. Belle Alice, ne restons pas sur ce douloureux malentendu, acceptez, je vous en conjure, l’entrevue dont j’ai la hardiesse de réitérer la requête. Savez-vous ? Je promets d’être sage et de bien me tenir. Peut-être ainsi consentirez-vous à ne plus m’appeler Monsieur. Votre ami Alexandre.
Paris,le3 novembre 2014 Alexandre, Ne finassons pas. Je suis une femme mariée très heureuse en ménage. Barbara, accessoirement votre épouse, est aussi mon amie, et quel que soit le charme de vos tempes argentées, il n’y a aucun espoir. Désolée d’être aussi abrupte mais vous m’y obligez. Arrêtez de m’écrire. Pour ma part, c’est mon dernier courrier. Cordialement, Alice
Paris,lundi 10 novembre 2014 Chère Alice, Décidément, vous avez le don de me mettre au supplice. Vos missives sont aussi laconiques que désespérantes. Je vous concède bien volontiers que la situation n’est pas simple mais de grâce, ne fermez pas si rapidement la porte à votre humble serviteur. Je suis prêt à bien des compromissions pour vous plaire et en tout premier lieu, à oublier ma proposition de rendez-vous dont vous n’avez nul désir. Cependant, je ne puis me résoudre à ne plus vous écrire. Même le courroux que je sens poindre au bout de votre plume m’apparaît préférable à votre silence. Bien qu’elles me navrent, je guette chacune de vos réponses comme un collégien. Lorsque, survolant la pile des fastidieux dossiers de plaidoirie qui trône sur mon bureau, mes yeux croisent soudain l’innocente enveloppe portant votre écriture, je manque de défaillir. Ce feu-là est ardent. Croyez-vous que votre mutisme puisse l’éteindre ? Vous êtes ma part de rêve, Alice, ni vous ni personne n’avez le pouvoir d’interrompre le songe qui m’enveloppe depuis notre rencontre. Pourquoi devrais-je me sentir coupable de ce bien-être inédit ? Oserais-je vous confesser qu’il est profitable à Barbara ? Notre couple en retire, sachez-le, des bénéfices paradoxaux… Je ne mendie que quelques mots de vous. Aurez-vous la cruauté de me les refuser ? Votre loyal sigisbée Alexandre.
Paris,le20 novembre 2014 Chère Alice, J’ai attendu en vain votre lettre toute la semaine dernière. Ma fébrilité ne sera-t-elle donc toujours récompensée que par votre tranquille indifférence ? Ce silence me paraît une sanction bien sévère et c’est la mort dans l’âme que je prends acte de votre constance. Que ne donnerais-je cependant pour infléchir une décision si rigoureuse qu’elle m’ôte jusqu’au goût de vivre ! Faire votre intime connaissance, recueillir la part solaire de vous-même, celle qui vous échappe, et, comme un joyau, la conserver au creux de moi, voilà où se situe mon unique ambition. Désirer percer le mystère de votre somptueuse incandescence est-il un crime ? Vous n’avez rien à craindre, Alice, de la relation épistolaire clandestine que je vous offre. Elle serait une douce enclave où tout pourrait se dire, un monde à nous, exempt de préjugés et de censure, dont nous serions les monarques. Notre être profond, affranchi du carcan des conventions, s’y livrerait sans réticences. Un tel privilège se refuse-t-il ? Ma belle amie, j’ai la faiblesse de croire que vous allez encore y réfléchir. Alexandre P.-S. Barbara s’est mis en tête de vous rendre votre invitation. Elle souhaite organiser un dîner samedi soir et ne va sans doute pas tarder à vous téléphoner. Je vous supplie de ne pas vous dérober. Me ferez-vous la faveur de revêtir votre étourdissant tailleur bleu nuit ?
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