Chez les Sénégaulois

De
Publié par

Rarement aperçu autant de têtes à claques qu'à Saly, station balnéaire à 80 km au sud de Dakar. Sénégaulois... Les gens n'ont que ce mot à la bouche. Sénégal d'un côté, Gaule de l'autre. Héritage colonial ? Théorie de la tribu ? Promoteurs, agents immobiliers, agents de voyage, gérants de boulangerie, voire de supermarché, c'est eux, les Sénégaulois ? Oui.
Publié le : lundi 1 septembre 2014
Lecture(s) : 27
EAN13 : 9782336354224
Nombre de pages : 133
Prix de location à la page : 0,0075€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
Pierre Freha
Chez les Sénégaulois
Chroniques
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
Chez les Sénégaulois
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Patrick BRETON,Cotonou, chien et loup, 2014. Cikuru BATUMIKE,L’homme qui courait devant sa culpabilité, et autres nouvelles, 2014. Mahmoud Bensaïd BAH,Les défis de la démocratie en Guinée, 2014. Georges ROUARD,Nuit noire à Dôko, 2014. O. TITY FAYE,La chute de la Révolution. Les derniers complots. La tourmente, livre III, 2014.O. TITY FAYE,Prêt pour la Révolution ? De l’emprise du parti unique à la marque du fouet rouge : la révolte. La tourmente, livre II, 2014.O. TITY FAYE,! La randonnée de Selon la Révolution l’étudiant guinéen sous la Révolution. La tourmente, livre I, 2014. Karamoko KOUROUMA,Poste 5 ou l’incroyable aventure de Togba, 2014. Bakonko Maramany CISSÉ,Émigrer à tout prix. L’Amérique, l’Europe ou la mort, 2014. Bakonko Maramany CISSÉ,Tombe interdite. Histoire de l’enfant prodige, 2014. Abdoulaye MAMANI, Lepuits sans fond,2014. Pino CRIVELLARO,Burundi mon amour,2014. EL HADJI DIAGOLA,Un président fou, 2014. J.D PENEL,Idriss Alaoma,Le Caïman noir du Tchad, 2014. Koffi Célestin YAO,Le bateau est plein, je débarque, 2013. Kapashika DIKUYI,Une étrange famille congolaise et son odyssée, 2013. Patrick-Serge BOUTSINDI,Jour des funérailles à Poto-Poto, 2013. El hadji DIAGOLA,Ma femme m’a sauvé la vie,2013.
Pierre FREHA Chez les Sénégaulois Chroniques
Du même auteur ROMANS On ira voir la Tour Eiffel, Orizons, Paris, 2012 Vieil Alger, histoires, Orizons, Paris, 2009 La Conquête de l’oued, Orizons, Paris, 2008 Sahib, L’Harmattan, Paris, 2006 La diva des ménages, L’Harmattan, Paris, 2004 Tournesol, L’Harmattan, Paris, 2001 L’ombrelle des sentiments, Mercure de France, Paris, 1981 Anglo-Lunaire, Mercure de France, 1979 NOUVELLES Monsieur Flagel, « L’Autre Journal », 1986 The Family Boulin, « Formations », États-Unis (en anglais), 1986 Retour de Méditerranée, « La Croix », 1987 Monsieur Flagel speaks interms of old francs, « Formations », États-Unis (en anglais), 1988 Un visage de prince, « La Croix », 1989 Casino, « Libre Accès », 1993 GRAND PUBLIC Les réussites pour tous, De Vecchi, Paris, 2003 Le grand livre des jeux de cartes, De Vecchi, Paris,1995 Jouer au bridge, De Vecchi, Paris, 1991 Jouer au poker, De Vecchi, Paris, 1991 Jouer aux réussites, De Vecchi, Paris, 1991 L’entretien d’embauche : erreurs et pièges à éviter pour être recruté, De Vecchi, Paris, 1992THÉÂTRE RADIOPHONIQUE Monsieur Flagel parle en anciens francs, France-Culture, Grand Prix Paul Gilson 1989 © L'HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03701-1 EAN : 9782343037011
Merci à Martina Zimmermann qui a fait les présentations.
Premiers jours
Avec leurs matelas de plage, certains touristes calendos et sauciflards, ventres rebondis, jouent les prolongations sénégalaises de la Côte d'Azur. Où sommes-nous ? La Croix-Valmert ? Non. Saly-Portudal, Sénégal. Ils ne sont pas les seuls. D'autres ressortissants de pays voisins de la France ne décollent pas de leur hôtel avec piscine. Rarement aperçu autant de têtes à claques qu'à Saly, station balnéaire à 80 km au sud de Dakar. Ces messieurs-dames ont leurs restaurants, tenus de préférence par les ressortissants de leur pays d'origine. Ça garantit le cassoulet et le saumon en papillote : l’éloignement devient supportable. Ça imite parfois certains plats sénégalais, pas trop – juste de quoi ne pas perdre la face. Les prix sont en rapport, plus c’est européen plus on casque, ça vous apprendra, la qualité des restos pour expats est incomparable, concurrence oblige.
L'autre catégorie à signaler de toute urgence : les Sénégaulois. Les gens d’ici n’ont que ce mot à la bouche. Sénégal d’un côté, Gaule de l’autre. Hm mm. Goûtons. Héritage colonial ? Théorie de la tribu ? Promoteurs, agents immobiliers, agents de voyage, gérants de boulangerie, voire de supermarché Casino (nouveau à Saly, frais de ce mois, les expats en pleurent de joie), c’est eux, les Sénégaulois ? Oui.
Observations urgentes :
-Le village sénégalais de Saly, avec sa coopérative, son magnifique puits, a été construit par les Portugais
7
dans les années 1 200, son chef est héréditaire (juste comme à Monaco). Le patriarche m'a fait prendre siège à ses côtés et expliqué le pourquoi du comment des statuettes de bois qu'officiellement il ne cherche pas à me vendre. Un invraisemblable bric-à-brac. A sa stupeur, je me suis levé, épuisé par les explications, j'ai planté là Son Altesse le Prince Héréditaire de Saly – à moins qu’il s’agisse d’un usurpateur ? Je suis déjà mal vu dans la bourgade, je ne suis dans les parages que depuis 36 heures.
-La route principale, les Champs-Elysées de Saly, est goudronnée, avec ses ruelles nonchalantes sur les côtés, terre battue et nuages de poussière sous le soleil brûlant de novembre.
-A la Maison de la Presse, les romans en poche d'Amélie Nothomb côtoient ceux de Marc Lévy. Pas d’édition en dur. Que du poche.
-Une échoppe déglinguée dite celle du Mauritanien vend des brioches ramollies par la combinaison explosive du sac en plastique où elles sont embarquées et d’une chaleur éprouvante.
C’est à peu près tout.
L'affaire qui me préoccupe depuis mes 36 heures en terre sénégalaise est celle-ci : la confrontation avec le Franc CFA. Bien pire que n’importe quel jet lag. Je ne pensais pas qu'un jour je devrais retourner aux anciens francs. Seulement le mot France embarrasse dans ce contexte. Pas le choix. On est en Afrique de l’Ouest.
-Pour calculer la valeur de votre franc africain par rapport à l'euro, deux théories cohabitent parmi les touristes et autres Sénégaulois.
-Prenez votre billet de 1 000 F (on est retourné à l'ère d'AVANT les nouveaux francs de 1960), vous
8
lui ajoutez sans faire d’histoire sa moitié, vous obtenez 1 500 F. Vous placez, mortifié, une virgule entre le 1 et le 5, le miracle se produit : vous vous retrouvez en Afrique de l’Ouest, vous obtenez 1 euro, 50 centimes, soit encore 10 nouveaux francs. -: Vous vous rappelez la beautéAutre solution ravageuse des anciens francs, revenez, revenez, les amis, ces 1 000 F ne valent-ils pas 10 nouveaux francs ? Et que valent ces 10 par rapport à l'euro ? On y est, on est revenu à € 1,50. La nostalgie monétaire tient en haleine. Moins urgent : Ayant, dès la première minute, voulu fuir, comme à mon habitude, mes compatriotes, je me suis retrouvé piégé par mon ignorance totale du monde sénégalais, son attitude face au tourisme de masse dont je suis, que je le veuille ou non, un représentant. Ma première balade en ville, hier, m'a coûté la bagatelle de 10 000 F CFA environ. Je m'en suis bien sorti. Le chef du village a lui-même organisé les pressions à mon endroit. J'ai donné, bonne âme, 5 000 à un certain Aziz qui pour le prix m'a présenté sa famille et offert un godet de thé trop sucré. J’ai reçu l’autorisation de photographier le clan. J'ai eu ensuite la mauvaise idée d'évoquer avec un quidam, dans la rue principale, le besoin qui me pressait de me déplacer en vélo (malgré l'état des routes, des allées et contre-allées). Que n'avais-je pas dit. On a pris la chose avec le sérieux d’un déplacement funéraire. On m’a fait essayer un premier vélo dont les freins ne marchaient pas, puis conduit manu militari dans un resto en bord de mer où j'ai offert la tournée à deux lascars qui ont âprement négocié, et renégocié, la location du dit vélo au mois. J'ai finalement osé leur dire qu'à Paris nous avions une chose étrange appelée Vélib, qui était dramatiquement gratuite. C’était pour me débarrasser d’eux. Une fois l’addition réglée, le gus est allé réclamer son pourcentage à la patronne du resto. A la nuit
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.