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Chiralité

De
156 pages

L'odrre des letters dnas un mot n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère stoi à la bnnoe pclae. Le rsete puet êrte dnas un dsérorde ttoal. Le creaveu hmauin ne lit pas chuaque ltetre elle-mmêe, mais le mot cmmoe un tuot.
Néanmoins, cette faculté projetée sur un monde chiral, bâti sur de faux semblants, sur des informations reconstituées et des mensonges asymétriques peut éventuellement nous jouer des tours. Discerner le vrai du faux devient naturellement moins évident. Akybou Déla et ses trois compagnons se heurtent à cette machination à travers l'écheveau de leurs pérégrinations. Réussiront-ils à trouver le bon côté du miroir ?


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-67816-4

 

© Edilivre, 2014

Chapitre 1
Moi, Akybou Déla

Je m’appelle Akybou Déla, je suis né à Nzi-Bokro, un petit village à soixante-dix kilomètres au sud de la capitale Yamoussoukro, érigé sur les hauteurs d’une des plus riches collines ivoirienne. Mon village abritait environ cinq mille habitants, descendants de cinq grande familles. Djezou, Tola, Tanoh, Saraka et Déla.

Comme dans de nombreux pays africains, la flore est grandement respectée. Il y a encore cinquante années, c’était notre seule source de survie, avant que le code-barre n’atteigne notre contrée. Malgré tout, notre esprit conservateur a pu protéger quelques vieilles traditions. Certaines d’entre elles remontent au début du dix-huitième siècle. En ces temps, notre rivière qui dévale le long des collines Nzi-Comoé a été proclamée sacrée. Les pèlerins déboulaient de partout, savourant ses eaux et raffolant de ses bontés. Les sages du village disaient qu’avant cette époque, notre ciel et notre mère nature étaient moins généreux à cause des batailles et des effusions de sang qui ont ocré notre sol. Ils ont ajouté que nous devrions nous réjouir de toutes leurs récentes prodigalités. D’après leurs dires, la rivière sacrée ne chargeait ses eaux qu’en période de paix. C’est en ces conditions seulement qu’on avait le droit de cultiver nos plaines et recevoir la bénédiction de Pondo.

Pondo est un éléphant très particulier. Autrefois nous mettions en commun les plaines et les eaux avec le troupeau d’éléphants qui traversait la rivière, migrant ainsi vers le nord pendant la saison des récoltes. Interdiction de goûter aux fruits et légumes avant la fête de N’gattana, et avant que le premier éléphant à franchir la rivière n’y goûte lui même. Cet éléphant là est Pondo. Cinq paniers égayés de couleurs, attifés de fruits et de légumes sont entreposés tout le long de la rivière pour lui. La vieille femme commence par prononcer quelques prières, ensuite, c’est l’attente. Nos grands-parents faisaient le pied de grue durant des jours, voire des semaines. Le geste de l’éléphant avait une double signification, il annonce le commencement de N’gatta et des festivités et élit le nouveau chef du village. Le chef de famille dont le panier a été choisi par Pondo. Les autres chefs de familles complètent le cercle des sages du village. Cette liturgie symbolise le respect mutuel liant l’homme, la terre et l’animal fétiche. Il reste encore le totem du village, même si ce sacrement a été délaissé à la fois par l’homme mais aussi par les éléphants qui ont déserté les zones habitées. Non qu’ils craignent les villageois, mais par peur de l’homme en général, particulièrement avide de leurs défenses. L’élection du chef du village avait changé depuis. Devenue fade et fastidieuse, elle se déroulait à huit-clos entre les chefs de familles. La seule contrainte est que le vote doit se faire à l’unanimité. Pendant cinquante années, le chef du n’était autre que mon père. Molosan Déla, le plus jeune leader de l’histoire du village. Son courage durant les combats qui ont soulevé le pays en 1959 a séduit les villageois et lui a garanti sa position. Sa légende le poursuivait partout où il se rendait. Les personnes qui le connaissaient affirmaient qu’il avait réussi à lui seul, à sauvegarder sa communauté en devinant la marche des patrouilles et en déplaçant continuellement nos gens. Le soir, pendant que ces derniers se cachaient, mon père partait alors avec trois ou quatre hommes pour chercher les vivres. D’après ce qu’on racontait, mon père aurait été foudroyé par une vision le rendant muet jusqu’au jour où le cesser-le feu fut instauré. Les troupes de soldats devaient regagner Abidjan. Celles qui dévalaient du nord n’avaient de choix que de camper pour la nuit, en tenant compte du terrain hostile, et obscurément vertigineux. Cette nuit là, mon père et la vieille dame, accompagnés des chefs de famille avaient déserté le refuge provisoire pour n’arriver qu’en milieu de matinée. Personne ne saura ce qui s’était réellement passé. Les spéculations enflaient au fils du temps. L’impact de ce secret a bien plus rendu service aux habitants qui ont regagné leurs demeures ne pensant qu’à élucider le mystère, dépistant le parcours de leurs héros. La dizaine de jours de cavale tomba dans l’oubli. Certains disent que leurs sauveurs ont exécuté tout un bataillon, d’autres prétendent qu’ils ont seulement pris la peine d’inspecter le village, les plus inspirés ne voyaient pas l’utilité de la vieille pour cet exercice. Pour eux c’est logique, la sorcière a grisé une bande émoustillée de soldats, avant d’en faire… À chacun sa songerie.

Toutefois, la transmission du pouvoir de la vieille a fidèlement été épargnée de l’usure du temps. Cette succession s’opère de génération à l’autre, de mère à fille, ou de mère à nièce. La vieille dame prend toujours place au conseil, c’est aussi la voix la plus cotée quand il y a divergence. Elle est avant tout une guérisseuse. Grâce aux herbes qu’elle entretient, elle peut venir à bout des troubles de tout genre, permanents soient-ils ou passagers. Anis, thym, belladone, sauge des devins…, la guérisseuse veille à ce que ces prétendantes reçoivent la meilleure dose d’instructions, toujours deux héritières à chaque fois, au cas où quelque chose s’abattrait sur l’une d’elles. La plus insignifiante des négligences peut entraîner la mort et la moindre erreur lors des mixtures peut engendrer du poison. Quand la vieille se blottit sur la grande colline pour ses sacrifices et ses incantations, il vaut mieux être loin ou caché. Surtout quand les vents se mettent à siffler des mélodies sinistres, dominant les bruits des diorites qui s’écrasent violemment entre elles dans les courants du fleuve.

Même pour un petit village isolé comme le nôtre, le quotidien est loin d’être des plus communs. Ici les femmes sont agricultrices, les hommes mineurs, les garçons écoliers et les filles ménagères. Cette répartition à été instaurée en 1930 par l’armée coloniale française. Examinant chaque brin d’herbe, retournant chaque motte, c’est en meutes ordonnées que ces nouveaux-venus ont fusé sur nos terres.

Une équipe stationnée dans les plâtras de l’Eglise abandonnée par les anglais, une autre qui furetait du côté de la rivière, une troisième barricadée sur la colline dominante. Et une dernière que la vieille baptisa l’équipe du rossignol, s’enchevêtrait avec les autochtones. Une équipe de poètes, de beaux parleurs. La petite canzonette hypnotisante qu’ils ont siffloté a versé du miel sur les cœurs naïfs des gobe-mouches qui n’avaient jamais eu à dealer avec l’hypocrisie. Nous aider à rattraper la civilisation moderne paraissait leur unique tintouin. Leurs échafaudages étaient supposés améliorer nos vies. L’école religieuse dans les anciennes ruines pour les petites filles, le détournement du fleuve pour nous épargner le poids de l’eau et les va-et-vient assidus. Et la tour radio, comme ils disaient, pour nous permettre d’entendre la voix de nos bien-aimés qui vivent à distance ; c’est-à-dire la voix de personne.

Les dames de cette équipe avaient dressé une monstrueuse tente pyramidale derrière le monastère. Bien qu’elle eût la couleur du crottin d’éléphants cette toile devait avoir une grande valeur aux yeux de ces infirmières insolites qui l’avaient balisée d’une croix en rouge fluo, sans doute pour aviser le reste du camp de son affiliation. Elles ont niché dans ce dais avec leur équipement et leurs lourde valises métalliques ainsi que des tonnes de sacs de farines listés avec quelques épigraphes numérotés allant de 1924 à 1927. En d’autres mots, une tonne d’aumônières périmées.

Le chapiteau thérapeutique se transformait le soir en une scène de défilé. Les jeunes nubiles du village faisaient la queue, un par un devant le paysage. Je présume qu’ils avaient besoin de desserrer le bandage qui contrariait leur sommeil.

Le droit des peuples à disposer d’eux mêmes, un droit totalement ignoré car quelque temps plus tard le village s’est transformé en un attractif sanctuaire pour les plus célèbres sommités du pays. Leurs jouissances se faisaient sentir au loin, attirant même la curiosité des singes en rût qui voulaient à tout prix soulager leurs gloutonneries. Qu’y avait-il de si plaisant ? Le chef de la légion est venu pour mettre la populace dans la confidence. Le détournement du fleuve n’était qu’un leurre, une mise en scène pour accroître le niveau d’eau qui a divulgué les profondeurs d’une rivière riche en métaux. Or, argent, cuivre, le sable et les roches de la clairière en abritaient une quantité conséquente. Ce trésor, disaient-ils, nous permettra d’affronter les défis en perspective, dans dix, vingt ou cinquante ans, quand notre nombre quadruplera et que la nourriture se fera rare. Les anciens natifs, réticents à l’idée qu’une main étrangère prenne en charge leurs vies, se sont retrouvés face à deux choix possibles : Accepter, ou abandonner les lieux. L’attachement excessif à leurs terres et à leurs légendes soulagea le colonisateur dans le besoin de main-d’œuvre. C’est à ce moment précis que tout a changé. C’est en ces jours qu’une page de l’histoire de ma paisible contrée s’est tournée et qu’une autre s’est ouverte sur des lignes ensanglantées signant les plus sombres des récits.

Mon histoire est né au milieu de ces lignes. Nous avons passé nos premières années, mes camarades et moi, au monastère, sous la tutelle du père Nestore. À six ans nous nous sommes rendus à Dim-Bokro pour poursuivre notre éducation à l’école publique ivoirienne, qui offrait un programme scolaire déversé depuis la métropole. Il nous fallait plus d’une heure de marche avant d’atteindre le premier établissement. Parfois les mots sont significatifs ; il y a bien étable dans établissement. D’ailleurs, c’est par le comptage que les journées commençaient. Une bête malade ne peut être consommée, un cerveau absent non plus. Chaque matin, les instituteurs vociféraient les noms numérotés par ordre alphabétique, qui sous-titraient l’illustration individuelle des toutes premières réactions face aux projections du flash des appareils, sur des têtes non préparées. A midi, pas la peine de songer à rentrer pour un repas en famille. Les dictées reprenaient aussitôt à quatorze heures. Nous restions dans l’édifice pour manger ce que nos sœurs avaient concocté. Comment nous plaindre alors que ce sont elles qui avaient la tâche de préparer les repas de tout le village, en plus des cours de Sœur Virginie, qui leur enseignait les rudiments des premiers soins : comment sarcler les garrots, extirper les bandages, infliger les piqûres, écorcher les pansements et matraquer les plâtres.

La vague coloniale n’avait pris congé que lorsque que la discorde entre indigènes fût flagrante. Non seulement ils ont séparé les familles, les amis et les sexes, mais aussi les terres. A chacun son terrain avec son titre foncier. De cette manière, les étrangers pouvaient se rassasier d’un coin et contrôler les revenus de notre communauté en acceptant ou en refusant l’exploitation de leurs champs. Ceci dit, ce sont nos mères qui se chargeaient de mener le râteau. On nous a fait comprendre que les fruits et légumes n’avaient plus de valeur, surtout avec l’intérêt que l’industrie du chocolat offrait à nos terres, riches en minéraux et idéales pour le cacao. Les femmes labouraient, semaient, retournaient, arrosaient et nettoyaient toutes les plaines du village, jusqu’à la cueillette des pulpes qui se faisait deux fois par an, en automne et au printemps. Extraction, étalement, fermentation, séchage, les mouvements des femmes étaient encore plus synchronisés que la gestuelle de Charlot en usine : les temps modernes étaient là !

Après un bon séchage, nos mères chargeaient les paniers de fèves sur les mulets, pour gagner la ville et vendre leurs récoltes aux exportateurs ou dans les entrepôts de conservation. Exactement le genre de travail dont nos mères ont toujours rêvé ! La mienne m’a mise au monde alors qu’elle n’avait que dix-sept ans. Un an plus tard, lors de sa première virée en ville, elle succombait dans un accident de la circulation tandis qu’elle essayait de vendre ses paniers de cacao…

Sur le chemin du retour de l’école, mon ami Ouddhouh et moi, devions faire un détour du côté du barrage pour ramasser les tiges d’osier utilisées pour la fabrication des paniers de récolte. Sur cette route, nous pouvions apercevoir la citadelle modernisée des français, qui étaient là pour superviser les fouilles menées par nos pères, dans la mine. Equipée d’un simple taille-pierre et d’un seau, la moitié des travailleurs creusait méticuleusement dans la carrière, à la recherche des fragments d’argent et des débris de cuivre, tandis que l’autre moitié retournait au tamis le sol de la rivière pour mettre la main sur des cailloux ou des pépites d’or. Ensemble, ils rappelaient les ombres des mineurs de Montsou. Un périple qui débutait dès les premières lueurs du jour pour durer jusqu’au coucher du soleil. Bien que nombreux, étrangement, pas un seul blanc ne mettait la main à la pâte. Oh ! Tiens donc ! En voilà deux qui participent. Ah non !… Ils ne faisaient que fouiller mon père par peur qu’il ne se vole lui même son or. En prenant part à cette mascarade humiliante, les hommes perdaient deux heures chaque jour. Un temps qu’ils pouvaient passer avec leurs proches. Cette ruine des âmes identifiait le continent, affaibli par son histoire, endurci par sa patience. J’ai très vite saisi que ma tâche serait de reprendre le flambeau, allumé par mes ancêtres ; Les Baoulés. Un nom dérivé du devoir et du sacrifice. Baouli signifie littéralement l’enfant est mort. Le fils de la reine Abla Poukou qui a mené son peuple en exode depuis le Ghana Jusqu’aux rives du fleuve Comoé.

En 2008, j’ai obtenu mon baccalauréat. La preuve d’une programmation complète et d’une assimilation réussie. Ce qui a fait le bonheur de mon père, terrorisé à l’idée de voir son fils finir en belette, dans les tunnels infestés de la mine. C’est dans un des centres de la réserve animalière de Dim-Bokro que j’ai poursuivi mes études dans le droit des espèces. Quand j’ai appris l’existence de ces textes de lois, j’ai souhaité pendant un moment être un chimpanzé pour enquiquiner ces culs blancs qui ne trouveront plus de quoi me tourner en dérision.

En août 2010, des combats ont éclaté a travers tout le pays suite aux différents perpétrés par la communauté internationale et la commission électorale indépendante d’une part, et le conseil constitutionnel de l’autre. Chaque camp présentait son candidat gagnant aux élections présidentielles, entraînant ainsi le pays dans les litiges.

En septembre, les fusillades se faisaient entendre jusqu’à nos foyers. La tension augmentait et l’inquiétude s’enracinait, surtout après la stratégie de geler les finances pour paralyser l’économie, adoptée par Alassane Ouattara, le candidat élu par la commission indépendante. Cette décision nous a conduits à la ruine. Une production de cacao quasi nulle faute de matériel de conservation. Et paies suspendues. Les français étaient affolés. Dire qu’il fallait attendre la guerre pour voir les familles au complet. Les jours passèrent et le manque de nourriture se faisait sentir. Le conseil du village fut à nouveau réuni pour en débattre. L’heure de déterrer le secret de mon père avait sonné. Quand son petit groupe avait déserté le campement, c’était pour coulisser une des potions de la sorcière dans le souper d’une division de soldats, leur confisquant armes et tenues ainsi qu’une de leur Jeep. Si une telle chose s’ébruitait à l’époque, tout le village serait condamné. Le conseil avait élaboré une astuce éloquente mais très risquée. Selami, l’expert du bricolage connaissait une roublardise très habile les ondes radio avec une simple planche en bois, un tube en carton, du fil conducteur, deux trombones, quelques punaises, une pince métallique, une lame de rasoir, un gobelet et un bout de crayon à plomb bien taillé. Son mécanisme interceptait les transmissions radio. C’est ainsi que nous avions su qu’un détachement militaire devait conduire les citoyens français à l’aéroport de Yamoussoukro avec un convoi spécial pour assurer la sécurité de leurs précieux métaux. Nous avions prévu d’attaquer ce convoi. Le premier groupe, comptant la majorité des habitants, moi y compris, a levé le camp une semaine avant le braquage, ce qui nous a donné amplement le temps pour arriver à la frontière ghanéenne. Les quatre hommes du second groupe sont partis en même temps que nous, vers la même destination, à bord d’une voiture. Ils étaient chargés de négocier le prix la cargaison avec les trafiquants, qui occupaient souvent les frontières en cas de conflits, pour tirer profit du malheur des rescapés qui donnent tout et n’importe quoi pour gagner refuge. Le troisième groupe attendait le moment opportun, ils connaissaient les noms du commandant et de ses adjoints. Ce qui leur a permis de chercher le véhicule dissimulé dans les broussailles, de le mettre en marche, de déterrer les armes et les uniformes, puis de fabriquer de faux badges, à temps. Ils se sont fait passer pour le commando militaire, et ont inauguré la partie une demi journée avant la vraie escorte. Nos hommes ont chargé la précieuse marchandise dans deux voitures banalisées sous le regard figé des Français. C’est plus sûr de cette façon déclara mon père, je voulais dire l’officier Eboué, Vous partirez devant avec le commandant Foley »… Une telle mission, dépourvue de combat et de sang, ne peut toutefois être accomplie sans sacrifice. Celui de Selami qui s’était porté volontaire.

Le regroupement fut sur la frontière. Avec l’argent de la transaction, nous avons tous eu de bons dédommagements, de nouvelles identités et pour moi, des courtes retrouvailles. C’est en ce moment que mon père m’a informé de mon imminent départ en France, chez mon oncle Zia. Je ne le savais pas encore, mais j’avais embrassé mon père pour la dernière fois, à l’entrée de l’aéroport. Dans la salle d’embarquement, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au brave jamais revenu.

Pendant que notre groupe se hâtait vers la frontière, et que les voitures qui conduisaient la cargaison empruntaient des sentiers assez camouflés, hors de vue pour les passages d’hélicoptères et de patrouilles. Selami, lui, avait comme consignes de les faire balader, de négocier les otages français ligotés à l’arrière de la Jeep et de fabuler autant qu’il pouvait pour nous faire gagner le plus de temps possible. Sans lui, nous ne serions jamais arrivés.

Chapitre 4
Retour en arrière

J’ai vu le jour parmi des gens bien, respectueux envers la nature, tolérants à l’égard des hommes. Hélas, cette éthique qui m’a été inculquée par mes parents, par mon milieu, n’était pas universellement proverbiale. J’étais naïf de croire au contrat social, que tout le monde serait porté par le divin, et s’agripperait à la vertu. Jusqu’au jour où j’ai découvert que je ne valais pas grand chose au yeux des gens qui m’entouraient, avec qui je partageais, riais, vivais. Un jour, après mon quart de travail, titubant à la recherche d’une dose, je me suis retrouvé face à face avec un des braqueurs de la bijouterie. Marcel, celui que j’avais réussi à identifier. Il m’a fallu à peine quelques secondes pour le rattraper tellement j’étais furieux. Quand un policier attiré par la poursuite nous a interpellés, le voleur, transi, est demeuré bouche-bée. Il savait qu’il était condamné. Ce n’est qu’un jeu M. l’agent, tout ce qu’il me fallait prononcer pour l’éloigner.

Je voulais jouer aux héros, conduire l’homme que j’avais sous la main à Alex. Peut être cela le poussera-t-il à reconsidérer ma situation, et me permettre de reprendre les cours et avoir un diplôme. C’était avant que Marcel ne se mette à tout débaler...