Chronique des rois d'Angleterre écrite en anglais, selon le stile ("sic") des anciens historiens Juifs / par Nathan Ben Saadi [R. Dodsley] ; et trad. en françois dans le même stile [par Fougeret de Montbron]

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T. Cooper (Londres). 1750. XVI-115 p. ; in-16.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1750
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Chronique;
DES ROIS
D'ANGLETERR E,
ECRITE filon le flile des anciens;
ti'ifloriens Juifs.'
PAR NATHAN-BEN-SADDI,
Prêtre de la même Nation.
LO N t) RE
Us D C 'G. L.
"i
a i;
AVANT-PROPOS.
ATHAN-BEN-SADDI,
Juif & Prêtre de cette
nation eft l'Auteur de
ce petit Ouvrage écrit
originairement en Anglois. L'ac-
cueil qu'on lui a fait en Angleter-
re, feroit un préjuge favorable
pour celui qu'on lui fera en Fran-
ce f l'on ne içavoit que le goût
n'eft rien moins qu'uni verfèl. pour
peu cependant que l'on examine
cet Ouvrage on ne peut s'empê-
chef cl'efperer qu'il fera reçu d'u-
ne manière avantageuse.
Cette Chronique en effet aux
avantages qui, tels que le choix
des matières & que la netteté dans
l'expofition lui font propres ay|ç
les bons abrégés, joint des avan-
iv Avant-propos. 1
tages qui lui font particuliers 8c
qu'il femble à propos de faire con-
noître. Un des principaux eft d'of-
frir le caractère & le génie de la
Nation. Si l'on ne les y trouve
point défîmes avec tous leurs li-
néamens, du moins y découvre-
t'on leurs traits les plus diftinâifs.
Il eft vrai que cet avantage que
n'ont point les autres abrégés, no-
tre Chronique le doit à la nature
de fon fujet plus qu'à toute autre
chofe. C'eft l'hiftoire d'un Peuple
fier inquiet & indépendant qu'el-
le préfente d'un Peuple qui dans
tous les tems dans toutes les for-
mes de gouvernement s'eft tou-
jours montré ner, inquiet & in-
dépendant, qui toujours le mê-
me, a fouvent changé mais ne
s'eft jamais démenti. L'on doit ce-
pendant rendre juftice à l'Auteur
&reconnoître qu'il n'a pas peu
contribué à conferver & à pré-
rAFANT-PROPO$. V
fenter le caractère dominant de
la Nation Angloife foit en ré-
pandant artiftement quelques ré-
flexions, foit en motivant fa nar-
ration autant que les bornes étroi-
tes qu'il s'étoif prefcrites pou-
voient le lui permettre.
Un autre avantage qu'on ne
doit point à ce qu'il me femble
méprifer c'eft qu'on trouve dans
cette Chronique plusieurs faits
qu'ont négligé des Hiftoriens con-
nus. Cette circonftance peut la
faire regarder comme un fupplé-
ment auffi-bien que comme un
abrégé. Il eft vrai que tous ces
faits ne font pas également im-
portans mais ceux qui le font le
moins ? ont encore une utilité
réelle en ce qu'ils font propres
à redreffer plufi eursfauxjugemens
répandus dans d'autres écrits. Ai-
fément fur-tout fe ccnvaincra-t-on
de cette vérité fi l'on examine,
vj Avant-propos*
d'après cette Chronique les ca-
ractères que nous a préfenté l'un
des plus grands Ecrivains de nos
jours. Il auroit dû longer cet Ecri-
vain, que fi l'on pèche contre lavé-
rite en contr'ouvantdes faits l'on
ne pèche pas moins contre elle
lorsqu'on en fupprime pour à la
faveur de cette fuppreffion éta-
blir des caractères ou favorables
ou défavantageux felon que les
demande l'efprit de fervitude ou
de partialité.
de louanges dans notre Chroni-
queur que d'être impartial. Ses
Lecteurs n'ont pas befoin d'être
en garde contre lui à quelques ex-
preffions près contre la Cour de
Rome. Encore ces expreffions
n'altèrent elles point les faits
mais on pourrait les.fouhaiterun
peu plus modérées, fa les Partifans,
de cette même Cour avoiênt eux-
1 A V A N T PROPO S. VI
a iij
mêmes toujours donné l'exemple
de la modération.
indépendamment de ces avan-
tages, le Aile feul dans lequel
cette Chronique eft écrité fuf-
iîroit pour la rendre préférable
aux autres Abrégés. C'ell celui.
des anciens Hiftoriens Juifs &
l'on fçait combien il efr. recom-
mandable par fa noble implicite.
Oferai-je d'ailleurs avancer
qu'il eft plus propre qu'aucun au-
tre à faire retenir les faits & qu'il
fer oit à fouhaiter que tous nos
Sommaires fuffent écrits' dans ce
genre ? Ce Aile en effet levé un
inconvénient ordinaire aux Abré-
gés, qui eft de gêner la mémoire
plutôt que de l'aider.
On a crû que pour inculquer
plus facilement les faits, ilmffilbit
de les préfenter en petit nombre
mais on auroit auffi dû confîdé-
rer qu'en quelque petit nombre
VÎij A VA N T-P R 0 pas.
qu'ils foient dès qu'ils te fuccé-
dent trop rapidement & pour
ainfi dire, coup un' coup ils re-
tombent dans le cas de la multi-
plicité on auroit encore dû con-
sidérer que ces faits ainf preffés
les uns par les autres étant fou-
vent de différente nature l'atten-
tion eft continuellement parta-
gée, ce qui lie l'action de la mé-
moire & la plonge dans une ef-
péce d'inertie loin de faciliter
fes opérations.
Il n'en eft pas de même ici &
l'on doit cet avantage au Aile
qui en même tems qu'il eu affez
concis pour ne point tomber dans
les détails conferve d'un autre
côté autant de liaifon qu'il en
faut pour détacher les faits les uns
des autres & donner à fefprit le
tems de les arranger.
On trouvera à chaque regne
les noms des Rois de France con-
Avant-propos, ix
aiv
temporains & quelques Notes
mais en petit nombre. J'en aurois
pu mettre davantage fi j'avois vou-
lu dire ce que tout le monde fçait
ou ce que bien des gens ne vou-
droient pas entendre. Mais j'ai
choifi le filence perfuadé qu'il
eft des cas où c'eft en quelque for-
te fervir la vérité que de fe taire
plutôt que de la trahir. Ceux qui
pourroient blâmer ma conduite
n'auront qu'à jetter les yeux fur
les règnes de Henri II. Charles
II.-& Jacques II. écrits par une
plume célebre & juger après fi
je fuis le plus repréhenfible.
J'ai jugé à propos de rejetter
ici un morceau de l'Auteur quife
trouvoit à la fin de la premiere
.partie, & où il s'excufoit de n'a-
voir point pouffé fon hiftoire plus
loin que le règne d'Elifabeth. Voi-
ci comme il s'explique
»Vous me demanderez- peut-
X Avant-propos.
être mon cher Lecteur, pour-
» quoi je n'ai point pouffé cette
» hiftoire intéreflanteplus loin que
» le regne d'Elifabeth ? je pour-
» rois vous alléguer plufieurs bon-
nés raifons à cet égard.
» Peut-être qu'en approchant
trop près de notre tems j je pour-
» rois offenfer quelques perfonnes
» qui font encore vivantes. Peut-
» être auffi qu'en rapportant des
» faits auxquels notre iiécle prend
» encore beaucoup d'intérêt je
,) pourrais n'être pas auffi impar-
» tlal qu'il convient à un grave
hiftorien de l'être.
» Mais la meilleure raifon dont
» je puis me Servir auprès de vous,
» eft celle ci-: Les vies & les ca-
»ra£tires des glorieux fuccef-
»feurs de cette Vierge Royale
» font fi merveilleux fi fublimes
» & fi relevés qu'il n'appartient
pas à un Oifan de s'élever juf-
Avant-propos, xj
» ques-là par fon vol. Vous croi-
rez comme je l'efpere que ce
» que je viens de dire eft la pure
» vérité.
S'il vous arrivoit cependant
» d'être incrédule & fi vous vous
» imaginiez que ce n'eft point là
» le véritable motif qui m'a obli-
» se de ne pas continuer mon hi£-
» toire plus avant je pourrois
» vous accorder là-deffus tout ce
» que vous voudriez. Mais j e pren-
» drois en ce cas la liberté de vous
» apprendre une chofe i vous
» ne la gaviez, pas encore c'eft
que les Rois par un privilège
» qui leur eft particulier ne de-
» viennent méchans que cent ans
» pour le moins après leur mort
& qu'avant ce tems-Ià ils n'ont
» jamais rien fait qui foit digne de
» blâme. «
L'Auteur s'exqufe de même
dans la Préface qui précède fon
xiij
PRE'FACE.
fer-
JL Y viteu de Dieu delaMaifon
d'Ifraël A tous & chacun de fes
Lecteurs foit Juifs ou Gentil 0
Salut.
Quoique plufieursfe foient appli-
qués à écrire l'heoire d'Angleterre
il m'a néanmoins femblé bon aufjî
de raconter par ordre certaines cho-
fes qui font arrivées depuis la con-
quête de Guillaume le Normand.
Or, dans l'exécution de mon def
fein y j'ai cru devoir préférer le Jlile
de nos ancêtres les anciens Hifto-
riens Juifs ci tout autre, non-feu-
lement parce que cette manière d'é
xiv Préface.
crire efl la plus coneife mais aujjl
parce &
la plus majejlueufe.
Cependant je ferois très-fâché
mes chers Lecteurs que mon en-
treprifevous déplût 5' que vousprif-
Jîeç en mauvaife part la liberté que
j'ai prife d'imiter ces fublimes ori-
ginaux. Que cette penfée fur-tout
n'entre point en votre cœuryque j'ai
fait1choix de ce Jlile par un efprit de
bouffonerie ou de dérijion. Je vous
avertis que ce nefl point du-tout là
mon génie, comme vous vous en ap-
percevre^ fans doute.
je fuis perfua,-
dé du moins } qu en parcourant cet-
te hifioire aujji intéreffante qu'a-
gréable vous y trouvère^ une ample
P RÉ FACE. xv
madère à réflexion & qu'elle pour-
ra non-feulement vous amufer, mais
encore vous inflruire.
Il arrivera peut-étre qu'en la con-
duite folle & imprudente de certains
Rois votre ame fera faijîe de quel-
que trouble > & que vous dire\ en
vous-même Si peu de raifon &
de bon fens fuffit-il donc pour gou-
verner un Royaume ?
Mais lorfque vous viendrez à lire
l'hijloire de ces Rois qui ont été fa-
ges & véritablement grands votre
coeur fera dans la joye & compa-
rant les tems pajfés avec le préfent
vous y trouverez amplement de quoi
lire & vous divertir.
Déplus vous remarquerez que la
fin des premiers a été t amertume &
xvj Préface.
la confujion & que celle des derniers
a été l'honneur& la gloire que ceux-
ci font propofés comme une lumière
propre à guider les Rois dans tous
les tems, que l'hifloire ne fait men-
tion de ceux-là :1 qu'afin que leur
exempleferve d'avertijfement à tous
les Princes de génération en géné-
ration.
CHRONIQUE
̃A
CHRONIQUE
DES
ROIS D'ANGLETERRE;
Ecrite felon le (Rie des anciens
Hijlo riens Juifs.
Par Nathân-b e n-S ad d ip
Prêtre de la même Nation.
G U IL L AU ME L dit le
Conquérant»
R. il arriva qu'en l'an
au mois de Septembre 'le
fixiéme jour du mois Guil-
lautne de Normandie » furnout-
mé le Bâtard aborda en Angleterre » &
tente dans un champ près
de la Ville de Haftings.
Rois de
France
content
potainsr
Philip-1.
z Chronique
io66.
Alors le Roi Harald, lûivi de tous
fes Nobles vint à fa rencontre avec une
nombreuse Armée & lui donna .bataille.
3. Le combat dura depuis le lever du
fôleil jufqu'à fon coucher.
Mais l'Eternel livra Harald entre les
mains de Ses ennemis il fut percé d'une
flèche & mourut fur le champ de bataille.
& fon Armée fut mife en déroute avec
grand carnage.
5. Alors Guillaume Ce revêtit des habits
royaux, prit le Sceptre & le Diadème
fut fait Roi d'Angleterre & fut furnom-
mé le Conquérant.
6. Et s'étant fàifi des coffres de Harald
il distribua l'or & l'argent & les pierreries
précieufes qu'il y trouva, aux Capitaines
qui l'avoient fuivi.
7. Il bâtit aufli un Château qu'il forti-
fia d'un rempart & d'un fofsé 8e c'eft ce
qu'on appelle la Tour de Londres jufqu'à
ce jour.
8. Il rubjugua de même tout le Pays &
le contraignit de fe Soumettre à Sa domi-
nation 8c afin que fes nouveaux Sujets
ne puaient fe révolter contre lui » il fitôtèr
toutes les armes qu'ils avoient dans leurs
raaifôns.
DES ROIS d' Angleterre. J
9. Et il fit arpenter toutes les Terres du
Royaume & ordonna d'écrire dans un
Livre qui fut appelle en langue du Pays
Dooms-day Book., Combien il en appar-
io66.
tenoît à chaque perfonne.
1o. Après quoi il imposa un tribut fur
chaque tête felon les revenus des familles
& il les opprima grandement.
i I De plus il fit une loi, & il voulut
qu'elle fut obfervée par tout le Royau-
me. Il étoit ordonné par cette Loi à tous
fes Sujets depuis le plus grand jufqu'au
plus petit qu'au fon d'une certaine clo-
che, ils euffent à éteindre leur feu & à ne
pas fouffrir qu'il parut dans leurs maifons
aucune lumière, fous peine de la vie.
12. C'eft pourquoi cette cloche étoitap-
pel,lée,la Cloche du couvre-feu; parce que-
quand on la fonnoit chacun étoit .obligé
d'éteindre to\ate lumière chez foi ̃; .amfi.no»
Peres fe coucboient dans l'obfcurité.
Tels, furent les faits de Guillaume
de Bâtard *qui après avoir règne vingt 8c
un an mourut Se fut enfeveli dans le fépul-
chrede fes Peres à Rouen enNorman-
die ;$e fon fils furnommé le Roux » régna
en fa place.
Yoyea l'Hiftoire de Guillaume par Prévôt,
4 Chronique
GUILLAUME IL dit le Roux
2e. Roi depuis la conquête.
io87.
Philip.I.
1. OR Guillaume II, étoit âgé detren-
V/ te & un an, lorfeju'il comment
à régner: Se il regna douze ans & dix mois
fur l'Angleterre, & fa Mere avoit nom
Muthilde.
Ce fut un méchant Prince, & fon
coeur étoit enclin à faire mal en tout tems;
il méprifoit le Dieu de fes Pères & n'y
croyait point il bannit même les Prêtres,
& convertit les revenus facrés à fon pro-
pre ufage.
3. C'eft pourquoi l'Eternel le frappa
de maiadie & fa maladie parut être à
la mort.
4. Alors fon coeur devint tremblant au-
dedans de lui-même, & il fe repentit de
fes péchés il envoya vers le Grand-Prêtre
& le fupplia, difant J'ai fait anal devant
l'Eternel en faififfant les revenus des
Evêché§ vacans; c'eft pourquoi reprens,
je te prie, ce qui appartient à l'Eglise
afin qu'il foit bien fait à mon ame Se que
|e puiflè vivre.
des Rois d'angle terre. 5
5. Cependant après que la maladie l'eut
quitté il oublia tout ce qu'il avoit promis
& retourna àfôn méchant train.
6. Il étoit d'ailleurs un Roi fort vaillant;
car il fit la guerre à ceux du Pays de Gal-
les, & il les ohafla dans leurs montagnes
& conquit fur eux la partie méridionale de
la Contrée. Malcolm Roi d'Ecole fix
auffi la guerre contre lui mais il le tua
dans une bataille & mit fon Armée en fuite.
7. Or il y avoit en ce tems-là de grandes
divifions dans l'Eglife; & le PapeUrbain
appliqua fon efprit à rechercher par quels
moyens il pourroity mettre fin & il en-
voya dés Mefiagers à tous les Rois Se
Princes de la Chrétienté difant 0 vous»
k Princes Chrétiens, prêtez l'oreille à mes
paroles', & confidérez que les Infidèles
ont pris la Ville de Jérufalem qui eft
M la Cité de notre Dieu Se qu'ils fe font
5, emparés de la Terre Sainte j & qu'ils
ont prophanés les Lieux facrés. C'eft
pourquoi, je vous prie uniflbns-nousi
5, enfemble Se extirpons-les de deffus la
face de la Terre, afin que la fainte Ci-,
jj té foit délivrée des feuillures des iniques,,
), Se qu'elle ne (bit plus l'objet des raille-
« ries! des prophanés des infidèles*
6 Chronique E
1087.
8. Tous les Princes Chrétiens s'unirent
donc ensemble, & aflemblerent une Ar-
mée très nombreufe. Ceux qui s'étoient
enrôlés dans cette milice facrée, pour fe dif
tinguer des autres mirent des Croix rou-
ges fur leurs habits. C'eft pourquoi cette
expédition fut appellée Croifade Tous ces
Croisés, s'étant mis en marche pour fe
rendre dans la Paleftine ils y affiègerent
la fainte Cité & la prirent.
9. Or il arriva en ces jours-la que la
Mer fe déborda & qu'elle franchit fes bar-
riéres ordinaires de forte que la plus
grande partie des Terres du Comté de
Godwin dans la Province de Kent fu-
rent fubmergées & englouties par les on.
dfes; on appelle encore aujourd'hui cet
fables de Godwin.
10. Et Guillaume le Roux bâtit Une
grande halle, à laquelle on n'en avoit pas
encore vu de fêmblable en Angleterre. Sa
longueur étoit de deux cens fbixante & dix
pieds 8c fa largeur de foixante-quatorze
& il la
1 l.Mais il arriva qu'en chafiantun jour
cans la forêt que fon Père avoit plantée
il fut blefsé d'un coup de flèche dent il
DES ROIS D'ANGLETERRE. 7
mourut. Son corp$ fut transporte fur un
chariot en la Ville de "Winchefter » où il
fut enseveli & Henri fon frere regna en
fa place.
io8r«
HE N R I I.
*3e. Roi après la conquête,
1. R Henri étoit un homme de fça-
voir & un Prince rempli d'une
grande fâgefle, ce qui le fit Surnommer
Beau Clerc. Il s'appliqua à faire de bonnes
Loix & à gouverner Sagement fon Peuple.
2. Il rétablit les Anglois dans le privi-
lege d'avoir de -la lumière chez eux mê-
me après qu'on avoit fonné la cloche du
couvre-feu & il accorda une charte par
laquelle il confirmoit les droits de l'Eglife.
& abandonna fà prétention fur les Evê-
chés vacans. Il remit les fommes dues à ia
Couronne & pardonna toutes les offenfes
commues avant fon couronnement. Se
confirrna les Statuts d'Edouard le con-
fefleur.
3 De plus il ordonna que la longueur de
fes brasferviroientde modèle pour les mé-
II00.
Philip.I
Louis le
Gros.
8 Chronique
H 00*
fures dans tout le Royaume: & ceft ce
qu'on appelle la verge jufqu'aujourd'hui.
Et il inftitua la Chambre Haute du
Parlement, dont il aflèmbla les Membres
en la Ville de Salisbury. Ce fut encore lui
qui établit le guet.
5. Or le refte des faits du Roi Henri
les lamproyes qu'il mangea & les enfans
qu'il engendra ne font-ils pas écrits dans, le
Livre de Baker l'Hiftorien ?
6. Et Henri mourut après avoir règne
fur l'Angleterre trente-cinq ans & Etien-
ne Comte de Boulogne regna en fa place.
Louis le
Gros.
Louis le
Jeune.
4*. Roi depuis la conquête.
homme pieux &
.Dira,] comme il n'é-
pas, mit à confidéreren lui-
même par quelle voyeil pîourroit gagner
& il employa
toutes fortes de moyens pour tâcher des
leur plaire.
2. Il accorda aux Seigneurs la permif
fion de bâtir des Châteaux Se des Forts fur
leurs
leurs Terres: il s'acquit l'amitié & les bon-'
,.nes grâces des Prêtres en les exemptant
de la civile il fe rendit',agréa-
ble à la petite Noblefle en lui permettant
de chafTer dans les forêts enfin il fe fit ai-
mer du commun Peuple, en les affianchif-
fant.des taxes 8c des impôts,
ii3ï«
3. Cependant fbn Règne remplie
tirée & iF
ne tous les
à prévaloir dans le Pays.
pro-
les
furies
épaules des hommes n'en rougit
régna fur l'Angle-
ans & neuf mois après quoi
régna
B
,JE@ C HR ON I Q U S- i
HENRI Il. dit Plantagenette.
5e. Roi depuis la Conquête.
,Louis le
Jeune.
Philipp..
ikugufte
T T Enri avoit vingt'deux ans Iori
qu'il commença à régner & il
regna fur l'Angleterre trente-quatre ans Se
huit mois & le nom de ià Mere étoit'
Miud.
Il Te choifit des Confeillers d'Etat fa-
ges & discrets, & il établit des hommes
capables pour réformer les abus
introduits dans les Loix. Il congédia aufli
l'Armée étrangère que fotï PrédécefTeur
avoit conservée fur gied Se il détruifit les
Châteaux & les Forts que les Nobles Scie!
Prélats avoienttâit bâtir fous ie règne pré-
eédent.
3. Or il arriva que l'on porta de gran-
des plaintes au Roi contre diverfes vio-'
lences exercées par le Clergé & contre
d'autres crimes énormes commis par des
occafionnés par l'exemption du pouvoir
Civil, qui leur avoit été accordée fous le
règne d'Etienne & de plus qui avoient été
fomentés à ce qu'ondifoit parla connir
vence du Becquet.
DES Rois d' Angle tsrre II
B 2
• 4. Là-deflus le Roi affembla les Prêtres
& les Anciens & les interrogea, difant
pas à propos yue cette Loi foit abo-
lie ? Et ils lui répondirent que cela étoit
5., Alors le Grand-Prêtre Becquet s'é-
tant levé, il s'oppofa au Roi avec beau-
coup de fauteur & il refufa de confeatif
à ce qu'il vouloit.
6. C'eftpourquoi la colère du Roi s'en-
flamma contre lui Se il le fit accurer de
divers crimes entr'autres de défbbeiffance
de félonie; & le Grand-Prêtre fut con-
damné comme un parjure & un traître.
7. Alors Becquet s'enfuit de la présence
du Roi 8c fe retira en France.
8. Or il arriva que le Roi Ce réconcilia
quelque tems après avec Becquet. & qu'il
l'admit derechef en fa faveur & qu'il le
le rétablit dans tous les honneurs dont il
avoit joui par ci-devant.
9. Cependant le Grand-Prêtre n'avoit
rien rabattu de iôn orgueil. Ponffë par un
efprit d'aigreur & de reflentiment il ne
fongea qu'aux moyens de fe venger de
fes adverfaires il en fufpendit quelques-
uns il en excommunia d'autres & devint
il Chronique
IIJ4»
à tout égard plus infolent encore qu'il ne
l'avoit été auparavant.
i o. Alors quelques-uns des Prêtres le'
des Nobles s'étant préfentés devant le
Roi, re plaignirent de Becquet difànt
L'homme que tu as reçu en ta grâce
eft maintenant pire qu'il n'étoit par ci-
devant & fes péchés fe font accrus fept
fois autant. u
1 1 A ce récit le Roi fut transporté d'u-
ne furieuse colère fonvifage changea de
coupleur Se il s'écria 0A malheureux que je
fuis n'y aura-t-il perfonne qui me déli-
vrera de ee Prétr.e infolent & féditieuxl
i Or ces paroles ayant été entendues
par quelques-uns des Serviteurs du Roi,
ils
le Grand-Prêtre à l'Autel, ils le tuèrent
de forte que.le marche-pied de l'Autel Se
le Sanctuaire furent fouillés de fon fang.
Les Prêtres furent extrêmement in-
dignés d'un pareil attentat & ils envoye-
rent aufli-tôt des Députés au Pape, pour
açcuter le Roi du meurtre de Becquet.
Lorfque ces Meffagers furent arri-
vés devant le Pape ils Se yrofiernerent
avec grand refpeft à fes pieds & lui por-
terenî leurs ^.aintes, difant: 0 très-Saint
DES Rois d'Angleterre. 13
B3
w Père qui tout pouvoir a été donné'
dans le Ciel & fur la Terre £c qui es
a, établi fur les Royaumes &. fur les Na-
tions pour charger leurs Rois de chaî-
nés & garotter leurs Nobles avec des
liens de fer confidére & vois comment
>, le fanglier de la forêz a tarage la vigne
de l'Eternel des Armées fi la rage de
la tyrannie ofe ainfi enfanglanter le
Saint des Saints quel lieu pourra être
jj à l'abri de fa fureur ? C'eft pourquoi
très-benin rronfervateur des remparts
s, de Jerufalein arme-toi de tous les fou-
« dres de l'Eglife. Prens enta main l'épée
» de St. Pierre & venge la inorr de ce
5j faint partir dont le lâng élève fa voix
jusqu'au Ciel en faveur de toute FE-
glife dont la gloire célefte eft déjà ac=
p, teilce par des miracles.
Le P3pe fut extraordinairement
ému à ce difcours & ii envoya des Mef
fag°ers.au Rot. pour lui -ordonner de fè
jullifier du crime dont il étoit accuse.
1 6. Henri protefta de fon innocence
mais cela ne lui Servit de rien les paroles
qu'il a voit proferées dépofoient contre lui:
Se il fut contraint d'expier fa faute au tom-
beau de Becquet.
CHRONIQUE B
17. Or la pénitence qui lui fut enjoin-
te, étoit telle que le Roi fe revêtit d'un,
habit de laine & fe mit en chemin pour fe
rendre dans l'Eglise où Becquet avoit
été tu'e.
18. Lorsqu'il fùt arrivé à la vue de cette
Eglife il defcendit de cheval & ayant
été Ces fouliers il marcha suds pieds juf-
«[u'au tombeau du Grand-Prêtre défunt
& après s'être profterné devant la chiffe
qummfermoit les os de ce nouveau Saint,
ilfit fa prière & offrit de très-riches pré.
tens..
19. De plus il le dépouilla lui-même
fes habits, & reçut la dilcipline de la main
des Moines qui le frappèrent fi rudement
avec des baguettes qu'ils lui firent ruif-
feler le fang des épaules.
20. Cependant la réputation de Bec-
quet fe répandant- de jour en jour, il fut
canonisé peu de tems après Se le bruit Ce
répandit grande
nombre de miracles à fon tombeau,
Or entre ces miracle? n'eft-il pas
rapporté qu'il fe leva de fa bié,re; & qu'il
alluma lui-même les cierges à ibh enter-
rement & que quand la cérémonie des
funérailles fut faite il leva derechef la
tête & bénit le Peuples
des ROIS d'Akgibteree, i$
'Que celui qui croit ces chofes con-
tinue à les croire & que celui qui en dou-
te, reite dans fon incrédulité & foit damné..
23. Cependant Henri fut d'ailleurs un:
grand Prince & fort vaillant il conquit
le Royaume d'Irlande & l'ajouta aux au-
tres Pays de fa domination.
24. Or le refle des faits du Roi Henriv
la concubine* qu'il entretint dans la grotte
de Woodftock & comme il fut empoi-
fonné par la Reine E-leonore; tout cela
n'eft-il pas écrit dans le Livre des Chro-
niques des Rois d'Angleterre?
25. Et Henri s'endormit avec fes pères
Richard, fon fils regna en fa place,
Voyez, les révolutions d'Angleterre,
«Si*.
i6 Ch BONI i ,q o E
R I Ç HA RDI
Surnommé cœur de Lion. 6e. Roi
depuis la Conquête.
ii 89.
PhiUpp.
Augure
RIchard, que certains Juifs, vou-
tant rendre la preffe pour voir la cérémo-
nie, le peuple fe jettafur eux avec beau-
coup de rage & de furie 8i il y eut p!u-
fieurs Juifs de maflacrés en cette becafion.
2. Et il Ce répandit un bruit par toute
l'Angleterre que le Roi avoit commandé
de faire main.baffe fur:tous les Juifs ce
qui fut caufe que le tumulte s'accrut ex-
trêmsment & que fon fit un terrible car-
nage des gens de cette Nation en pluGeurs
Cites du Royaume.
c 3. Or Richard 'prépara une grande Ar-
mée pour la Terre Sainte pour fôur-
nir aux frais de cette expédition, il extor-
qua de l'argent de fès Sujets par toutes for-
tes de voyes. avoient
ordre de prôner dans leurs armons le
grand mérite de cette pieufe entreprise. Se
de faire entendre au peuple que chacun
Sis Rots d'An «il e t erre. 17
«oit, obligé de contribuer de fort mieux à
fon bon accès.
4. Le Roi fe mit donc en mer, pour al-
ler en Pateline avec la flotte la plus ri-
che & la plus puifTante qu'on eut jamais
vue en Angleterre; & alla mouiller l'ancre
à Meffine en Sicile le vingt-troifiéme jour
du mois de' Septembre.
y. OrTancrede le Bâtard qui regnoit
alors dans cette lne, avoit fait emprifon-
Douairière de Sicile,
& fœur de Richard. C'eft pourquoi celui-
ci, ayant raflemblé fes forces donna l'af-
faut là'ville, Se la prit d'emblée 8c con-
Jeanne en liberté.
6. En c jntinuant iâ route vers Jéru/â-
lem il conquit auffi l'Ifle de Chiprt.
te il vainquit le Sultan Salaain en plu-
lieurs batailles il lui enleva trois mille
tant chameaux que mulets. Il prit auffi les
Villes d'Akalon, de Joppé & de Céfarée.
Enfin il fe comporta en toute rencontre
avec tant de courage & de valeur, que la
gloire du Roi d'Angleterre éclipfa celle
de tous les autres Princes Chrétiens.
Voyez Maimbourg hiftoire des Croifades.
ï?T Chronique
8. Or il. arriva qu'après fon retour de
la Terre Sainte, on lui rapporta, comme
il'étôit affis à table dans. fon Palais que
Philippe Roi de France avoifaffiégè
une de fes Villes.
9. Cette nouvelle mit Richard dans une
furieufe colère & il jura fur le champ qu'il
ne détourneroit fa face ni à droite ni à gau-
che jufqu'à ce qu'il eut joint l'Armée de
Philippe pour la combattre.
Et il fit abattre le mur de l'endroit
oh il étoit aflis & marcha droit aux Fran-
fois, 8c en vint aux mains avec eux Se
l'Eternel combattit pour Richard, Il défit
l'Armée de Philippe & -.la mit en fuite
& il tua de fa main trois ides plus braves
Chevaliers de France.
ir. Après quoi il prit' ces mots pour
épée: & c'eft celle
toujours.
fcrvis jusqu'à ce jour.
i z, Or un certain bandit-, nommé £0-
hin Hood infeftok en ce tems-là la forêt
de Sherwood,
pouvoit paiTer fans fa permiflion.
C'étoit pourtant un voleur charita-
ble qui donnoitaux pauvres ce qu'il avoit
pris,aux riches, & on dit qu'il ne répandit:
jamais le fang humain^
des Rois B'Aiie'iETEERE,
Richard régna fur l'Angleterre neuf-
ans & 'neuf mois. Comme ilfaHbit le
fiége du Château de Chalu3 il y fut
blefle d'un coup de fléche & la gangrène
s'étant mife à la playe il en mourut &
Jean (on frère regna à fa place.
JEAN, furnommé fans Terre.
2e. Roi depuis la Conquête
fî. t Eakç ne parvint pas à la Couronne.
par droit héréditaire il la reçut
des mains du Grand-Prêtre Hubert qui
dans le dtfèours qu'il prononça devant î'af
femblée du peuple, dit que par toute rai-
fon divine & humaine perlônne ne de-
celui
qui pour fes vertus Se fbn mérite perfon-
net, auroit été élu par le contentement uni-
verfel du Peuple ainfi que l'avoit été le
Prince qui alloitlêtre couronné.
ii99.
Philîpp»
Augufte
Petit Châtoau de Limoges.
Ce tut au préjudice d'Amis de Bretagne fou.
neveu qu'il fit enfuite affaffiner Surquoi Philippe
Augùfie le eita à la Chambre des Pairs & faute de
comparaître prit fur lui 1'Anjou le Maine la
Tourame la Normandie & une grande partie du
10 Chronique
Cependant i'HiAoire ne fait aucune
mention des vertus, ni du mérite de Jean,
& ne dit ras un mot de fon élection peut-
être que ce que dit le Grand-Prêtre en cet-
te oecafion étoit un menfbnge.
3. Or il arrïva que le Grand-Prêtre
Hubert mourut Se que Grey, Evêque de
Norwich, innommé par Jean pour lui fuc-
céder.
Mais cette éleilion fut contrariée par
le Pape en faveur d'Etienne Langton
Cardinal; Se Jean ayant refusé d'admettre
ce dernier il s'en enfuivit une grande
querelle entre le Pape Se
en interdit
tous fes
fidélité roue
les
de
voi-
rie comme des chiens morts, & reftoient
ainfi fans sépulture fur la face de la Terre.
5. Une fi grande revente ne fut pour-
tant point capable d'abattre la fierté de
Jean, ni de l'humilier le moins du monde.
6. Au contraire, il jura dans fa colère
par les dents de Dieu qu'il fe vengeroit.
du Pape Se de fes Adhérans.
4>BS RoïS H
7. Conformément à cette menace » il
bannit plofieürs Evéques du Royaume
& il confifqua les Terres & les Biens dé
tous les Prêtres qui avoient obéi à Fin-
1199.
terdit.
Le Pape voyant l'opiniâtreté de Jean
& qu'il femocquoit de fa Bulle & mépri-
foit les foudres de Rome, envoya des Met
fagers à Philippe Roi de France. Ceux-ci
s'étant donc préfentés devant le Roi ils
lui tinrent à peu près ce langage 0
Philippe ainfi a dit le Pape fi tu fais
» cas de la rémiffion de tes pèches Se du
falut de ton ame affemble au plu-
tôt ton Armée &cha(Te le Roi Jean du
» thrône d'Angleterre & toi & tes en-
« fans après toi le pofséderez à iaiTi3iss <c
9. Philippe mit donc une Armée fur
pied & fe difpofa à envahir i' Angleterre.
10. Alors Jean fut fort troublé & fon
courage l'abandonna entièrement il s'hu-
milia donc devant Pandolphe, Légat du
Pape & il ôta fa Couronne de deflus fa
tête & la mit, aux pieds du Légat.
i r. Il réfigna aûffi fon Royaume entre
les mains du Pape Se il s'engagea par fer-
ment que lui & fes Succeffeurs le tien-
droient à foi & hommage du faint Siège
2f --Chu o nique
1199.
& qu'ils payeroient au Pontife Romain-un
tribut annuel de mille marcs d'argent.
12. Ce fut ainlî que finit la querelle
entre la puiffarice fpirituelle & la tempo-
relle. A ces conditions Jean rentra dans le
giron de l'EgKfe, dont il fe montra toujours
depuis un fils très-obéi!Tant..
13. En recompenfe le S. Pere devint (on
protecteur déclaré & le foutint dans tout
ce qu'il entreprit de plus méchant & de plus
tyrannique contre Ses Sujets.
14. Car Jean qui fe fioit fu.r cette pro-
teftion en abufa pour charger tous les
jours Ses Sujets -de nouveaux impôts de
forte que les Barons & les Grands du
Royaume furent enfin obliges de prendre
les armes contre lui pour défendre leurs
libertés Se leurs droits & c'eft ce qu'on
a depuis appelle laguerredes Barons.
Or les armes & la juftice de la bon-
ne caufè prévalurent & les Barons con-
traignirent le Roi de confirmer leurs an-
ciens privilèges, 8: de fîgner un Charte qui
a été depuis appellée magna Charta } c'eft-
&-àire,gr<inde Charte, jufqu'à ce jour.
16. C'eft ainfi que Dieufe fert quelque-
fois des méchans Princes comme d'inf-
des ROIS d'Angleterre. 2J
tramens pour procurer le bien d'un peu-'
ple qu'il aime.
Or le refte des faits du Roi Jean
le pont qu'il fit bâtir-; & fon blafphême au
fujet d'une bête fauve, ne font-ils pas
écrits dans le Livre de Baker l'Hiftorien ?
18. Et Jean regna fur l'Angleterre dix-
huit ans & cinq mois; après quoi il mou-
rut & Henri fon fils regna en fa place.
HENRI III.
Se. Roi depuis la Conquête
ï.TT'T Henri étoit âgé de neuf ans,
M–j lorfqu'ïl commenta à régner Se il
régna fur l'Angleterre cinquante-cinq ans
& cinq mois & fa mère avoit nom Ifa-
belle.
2. Or les faits du Roi Henri & tou
tes les folies qu'il a faites voilà; ils font
izi6,
Philipp.
Augufte
Louis S.
Louis 9.
Philipp.
le Hardi
décrits dans le Livre de Speed l'Hiftorien.
3. Que celui qui a la patience de les lire,
les lire.
4. Et Henri vécut jurqu7à la fin ce fes
jours puis il mourut, & Edouard fon fils
régna en fa place.
Chronique.
EDOUARD I.
g*. Rai depuis la Conquête.
Philipp,
le Hardi
Phiiipp.
le Bel.
I. T 'ETERNEL établit fon Tabernacle
JL_J dans le cœur d'Edouard & il de-
vint un Grand Prince; & fut Surnomme
aux longues jambes,
2.11 conquit le Pays de Galles & vain-
quit leur Prince Leolin dans unê%âtaiile &
le tua après quoi il lui fit couper la tête,
que l'on couronna de lierre 8: il voulut
qu'elle fut exposée en cet état fur la Tour
de Londres pour inipirer de la terreur aux
Gallois.
3. Une grande frayeur s'étant donc em-
parée du cœur de ceux-ci ils (t fournirent"'
à Edouard & les deux Nations devinrent
comme un feul Peuple jufqu'à ce pur.
4. Or il arriva qu'Alexandre Roi d'E-
de grandes dif
putes entre les Lords de Baliol Se Brus à
qui ferait Roi.
5. Et le jugement de cette affaire fut
déféré à Edouard, qui la décida en faveur
de Baliol ainfi Baliol fut fait Roi & .fit
hommage defon Royaume à Edouard.
6, Mais
DES Rois d'Angleterre. 25;
c
6. Mais le Roi Edouard traita le Roi'
Baliol avec beaucoup de hauteur & le'
cita fouvent comparoitre devant lui, &
cela pour des fujets de peu d'importance.
7. Ce qui irrita fort Baliol contre
Edouard & îon cœur fut rempli de dépit
& d'indignation de forte qu'il chercha
comnent il pourroit fecouer un joug fi
honteux & fi insupportable.
8. Et il envoya des Ménagers au Pape
duquel il obtint l'abfolution du ferment de
fidélité, qu'il avoit prêté à Edouard, après
quoiil défavoua l'hommage rendu au Roi
d'Angleterre.
9. Alors Edouard aflèmbia une Armée
& marcha contre lui & l'Eternel livra
Baliol entre les mains de (es ennemis, il
fut fait prifonnier, Se conduit à la Tour de
Londres.
10. Après cette victoire Edouard con-
quit toute l'Ecofle & fe l'aflujettit il fit
brûler les archives du Royaume & fe fai-
fitde la Couenne, du Diadême & de tou-
tes les autres marques de la Royauté qu'il
fit tranfporter en Angleterre.
Il enleva auffi la pierre qui avoit fer-
vi d'oreiller à Jacob de même que la chaire
de bois dans laquelle elle étoit enchaffée
26 Chronique
•X272.
Et voilà qùe cette chaife fêrt encore au,
couronnement des Rois jufqu'aujourd'hui.
Edouard fit d'ailleurs des bonnes
Loix & des Ordonnances utiles & il im-
pofa de greffes amendes fur plufieurs de-
fes Juges & autres Magiftrats à caufe de-
leur corruption & les malversations de
ces gens-là lui valurent jufqu'à deux cens
trente-fix mille marcs.
bannit auffi les Juifs de ron Royaume
au nombre de cinquante mille ,,& confif-
qua tous leurs biens.
Et Edouard regna fur l'Angleterre
trente- quatre ans fept mois & vingt-deux
jours, après lesquels il mourut. Se Edouard
fon fils régna à fa place..
des Ross s'A KeiETi'KSE.
C't,
EDOUARD IL
ioe. Roi depuis la Conquête.,
1. TT?DouARDlI.fut un méchant Prince,'
jL2j Se il fit ce qui étoit déplaisant à
l'Eternel; il fe départit de la Religion de
fes Pères & il fe fit à lui-même deux
Idoles Le nom de l'une étoit Graveflon
& celui de l'autre Spencer.
2. Et il les plaça dans les hauts lieux, Se
commanda au. Peuple de les adorer.
3. Cependant quelques-uns des Nobles
& des Grands du Royaume refusèrent de
fe profterner devant les Idoles qu'Edouard;
avoit érigée.
Or il s'enfuivii delà de grands trou-
bles 8c les Nobles prirent les armes & fi-
rent des remontrances au Roi, disant:.
j, O Roi les Dieux que tu as placés dans;
les hauts lieux font des Idoles que ni;
» nous ni nos pères n'avons point con-
M nues, & que nous ne voulons point:
,adorer. «Il-
5. De plus s'étant jettés fur ces Ido-
*'I1 faut enteadée içi parlé mot Idoles, des fa-
le Bel..
Louis.
Hutin..
Philipps.
le
C H X 0 NI ft ïï
1307. j
ies ils les renversèrent de leurs pîâcêS j i
les mirent en pièces & les détruifi-rent en-
tièrement.
6, Malgré cela le Roi ne Ce répentitpas
du mal qu'il avoit fait & il ne fe détour-
na point de fon méchant train.
7. C'efl pourquoi ils lui ôtererît la cou-
ronne & les habits Royaux & les dépo.
ferent du gouvernement du Royaume
après qu'il eut regné dix-neuf ans (bernois
& quinze jours & Edouard fon fils regna
fa. place.
EDOUARD III.
i ie. Roi depuis la Conquête.
Charles
le Bel.
Ph-.Hpp.
de Va-
lois. J.
le Bon.
Chartes
V.
1. Tf_? Douarjb* étoit âgé de quatorze
JLLj ans lorfqu'il commença à régner
& régna cinquante ans fur l'Angleterre
fa mère avoit nom Ifabelle.
du Royaume pendant la minorité de fôn
fils mais fon cœur étoit fort porte au cul-
te des idoles > & elle Suivit toutes les abo-
minations de ron mari.
Ce fut lui qui rendit hommage ett perfônae à
Charles 1 V. pour la Guyenne.
DES ROIS
g. Entr'autres elle fè fit à elle-même une
grande Idole qu'elle appella Mortimer
& elle fe profternoit devant cette Idole &
l'adoroit avec beaucoup de zéle & d'ar-
deur jour & nuit.
q.. Cependant lorsque le Roi fut deve-
nu grand, les abominations de fa Mère lui,
déplurent extrêmement c'eft pourquoi il
la mit en prifon il abattit en même tems
l'idole qu'elle s'étoit faite & fit pendre cer
faux Dieu par le cou à un arbre ravoir
l'arbre de Tyburne.
5. Edouard devint enfuite un glorieux
& puifTant Prince; & il engendra un fils
qu'il appella de. fon nom & qui fut fur-
nommé depuis le Prince noir Ce fut un
très-vaillant Prince, & un des plus fameux
guerriers qu'on ait jamais vus.
6. Il accompagna auvent (on Père dans
les batailles Se il conduifit aufêi quelque-
fois- fes Armées en chef. Or le bras de l'E-
ternel étoit avec lui & il humilia extrê-
prifonniet: avec un de fes fils & avec un
Amaât tt'Ifabelle.
Voyez les Mémoires du quatorzième Siècle,,
où la vie de Duguefclin par la fieur le Févre, Prévôt
£c Théologald'Arras.
3 'Or C H K G N t Q U K-
lipéi
très-grand nombre de Seigneurs Se de-
Nobles.
7. Et le Roi Edouard, fon père prit le
titre de Roi de France & écartela fes
armes de fleurs de lis & fes fucceffeurs
ont toujours depuis porté le même titre
jufqu'à ce jour.
8. te Prince noir rétablit suffi Pierre
Roide Caftille fur fon thrône & défit en-
tièrement les ennemis de ce Roi; de.forte
que le nom de ce Prince devint grand par
toute la Terre & tous les Potentats re«
cherchoient fou amitié.
9. Mais la, Couronne n'ett pas toujours
pour celui qui a le mieux combattu ce
Prince fut attaqué d'une maladie Si. il mou-
rut à l'âge de quarante-fix ans 8c depuis
cette époque la gloire de fon Père corn.*
mença à diminuer,
10. En ces jours-là vivoitauffi ce grand
& renommé Poète ) Maître Geoffroy Chait?
cer, pere de la Poëfie Angloife;, dont les;
œuvres ritnées ont été recueillies dans un,
Livre intitulé: the vvorkis of maijler Geof-
fery Çbaucere. Quelque vieux Se hors d'u*
iage quefoit aujourd'hui le langage de ce
Poète on nous apprend néanmoins à la
tête de ce Livre qu'il purgea &. gerfec^
»es Rois d'An® ï. et erre. -3=1
tionna la langue de fon Pays & que fa
réputation devint grande par toute l'An-
10. Orle reftedes faits duRoi Edouard,.
& le noble Ordre de la Jarretière* qu'il
inftitua voilâ ils font écrits dans le Livre
d'Ashntole le Hérault..
1 i Et Edouard regna cinquante ans fur
l'Angleterre puis il mourut & Richard
fon petit-fils regna en. fà place.
RICHARD IL.
I2e. Roi depuis, la Conquête.,
s, T) Ichakd fût un tnéchant Prince &
fit ce qui eft déplaçant aux yeuji
de l'Eternel en opprimant le Peuple
en le chargeant continuellement de fâ-
cheux impôts.
z. Entr'autres il mit une taxe fur la tê-
te de tous fes Sujets qui étoient au-dedas
de fâge de quinze ans, laquelle fut appel-
pellée Capitation ,,Sc elle fut exigée avec
beaucoup de rigueur Se de févérité.
Cet Ordre. fut inftitus à l'iionneur de la Coib»
Seffe de SaUsbery,
Charales
V.
Charles
S 2
3. Or il arriva qu'iin des Colleçleurs
de cet impôt vint à la
culier couvreur de profeffion de la Ville
de Oorfort en la Province de Rent &
il lui demanda la taxe pourune de lès filles.
Cet homme qu'on nommait corn»
munément en langue du pays Wat-tykr,
répondit au Collecteur, qu'il n'avoit pas
-droit de rien exiger de lui pour fa fille qui
n'avoit pas encore quinze\ans.
5. Mais l'Officier ne voulut pas croire
ce que lui difoit le père parce que la fille
Hindi; bien faite;
fufion qu'elle ne put proférer une feule
parole.
teur; Se
1ère il lui déchargea de toute fà force un
grand coup telle-
ment qu'il lui fit fauter la cervelle.
9. Il fe fit aulîi-tôt un grand tumulte
dans
«îss ROIS d'Angleterre. 33
D
dans laVille, & tout le peuple, prit la défende
de reloua fon courage; juf-
ques-là même qu'ils le choifirent pour leur
Capitaine & qu'ils réfolurent d'abolir leur
1377-
taxe.
Ils tnarcherent donc en corps Se
vinrent camper à Blac-kpeath ou ils fu-
rent joints par Jacques Strate & le nom-
bre des révoltés s'accrut fi confidérable.
ment en peu de tems qu'ils formèrent bien-
tôt une Armée de cent mille hommes.
Un certain Prêtre nommé Ball
étoit comme le chapelain de toute cette
multitude & il s'avifa de les prêcher «
prenant pour texte ces paroles
Alors qu'fldam
Et quand Eve filoit
Où la Nobkffe étoit i
il. Lâ-de0iis il leur enfeigna que tous
les hommes étoient. nés égaux &, que ce
n'avoit jamais été le deuein du Ciel qu'une
partie du genre humain fit fes efclaves Se.
fes^vaflaux de l'autre; & il conclut fon dit
cours, en, les exhortant détruire la No-
bleffe, le Clergé > les Magiftrats; en un
mot tous, ceux qui prétendoient domi-
ner fur eux.
CHR OH I Q U K
»J77«
13. Dans cette pieuse réfoludon ils mar-
cherent droit à Londres ou ils fe rendi-
rent maîtres de la Tour pillant 8c brû-
lant les maifons de ceux qu'ils regardoient
comme leurs ennemis.
14.. Et ils mirent le feu au Collège &
au Temple, & jetterent dans les flammes
tous les Livres des Jurifconfûltes.
1 5. Ils mirent pareillement le feu à l'Hô-
tel de la Savoye*' qui appartenoitauDuc
de Lancaftre » 8c ce Palais fut réduit en
cendres avec tous les meubler précieux
qui y étoient.
IS. Et ils couperent la tête dans la Tour
à Simon Sudbury Archevêque de Can-
torbery à Halis Grand Tréforier 8c à
plufieurs autres perfonnes qualifiées.
17. Ils arrachèrent auffi par force des
Eglifes un grand nombre de gens qui s'y
azile in-
dans les
rues, ̃'
fagers pour ravoir d'eux ce, qu'ils de-
mandoient &
toutes ces violences ? leur
C'étoit dans cet Hôtel qu'étoic mort le Roi Jean,
«lit le Boa.
ïes Rois d'Asslïtirre. 35
D
répondît qu'il vouloir parler au Roi-même
ea perfonne.
1 o. Le Roi Sortit donc de fon Palais
fuivi de plufieurs Nobles & du Maire &
des Echevins de la Ville de Londres &
alla pour s'aboucher avec ce Chef des Ré-
belles-, & il le rencontra dans Smitbfîeld.
zo. Wat-tyler fe comporta dans cette
entrevue avec tant d'arrogance & il fit
des propofitions fi extravagantes que le
Roi ne fçavoit d'abord que lui répondre.
z 1. De plus il eut l'audace de comman-
der l'Ecuyer qui portoit l'épée du Roi de
la lui mettre entre les mains. Toutes fois
l'Ecuyer prit courage & refafa de la lui
donner .disant que l'épée d'un Roi con-
viendroit mal dans la main d'un fripon.
2 Z. Wat-tyler piqué de cette réponfe,
s'avança l'épée au poing & voulut, tuer,
23. Mais Guillaume Walworth Maire
de Londres, ne pouvant fouffrir plus long-
tems l'infoience de cet homme, fe jetta fur
lui Scie perça d'un coup de poignard, dont
ce Chef des feditieux mourut fur le champ.
C'eft pourquoi le poignard fut ajouté aux
armes de la Ville..
%& *C H R O TK I Q V j
8c.de Jacques Str aw & de toute cette
canaille qui les avoit fuivis fe difperfa de
côté 8c .d'autre auffi-tôt qu'ils virent Ty-
ler mort, & la plupart .s'en retournèrent
dans leurs maifons.
Or Richard fe fit dans la fuite des
Idoles, ainfi qu'avoit fait Edouard IL [on
prédéceflèur ..ce qui déplut extrêmement
au peuple de forte qu'ils le dépoferent du
gouvernement du Royaume, &, qu'ils lui
ôterent la couronne de deffus la tête pour
'la mettre fur celle de Henri Duc de Lan-
caftre & fils de Jean du Gaunt.
Charles
VI.
X3e. Roi depuis la Conquête,
étoit âgé de trente-trois ans,
à régner, Se
treize ans, fept
z. Et il fit ce qui eft déplaifant aux yeux
été l'Eternel comme avoient fait plufieurs
de fes pères.
Cependant il fit publier un édit qui
ordpnnoit de brûler les hérétiques ajnû

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