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Claire d'Albe

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264 pages

NON, mon Élise, non, tu ne doutes pas de la peine que j’ai éprouvée en te quittant ; tu l’as vue, elle a été telle, que M. d’Albe proposait de me laisser avec toi, et que j’ai été prête à y consentir. Mais alors le charme de notre amitié n’eût-il pas été détruit ? Aurions-nous pu être contentes d’être ensemble, en ne l’étant pas de nous-mêmes ? Aurais-tu osé parler de vertu, sans craindre de me faire rougir, et remplir des devoirs qui eussent été un reproche tacite pour celle qui abandonnait son époux, et séparait un père de ses enfants ?

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Sophie Cottin

Claire d'Albe

AVERTISSEMENT

*
**

Il n’y a de nouveau que ce qui est oublié. C’est sous le bénéfice de cet aphorisme, d’une vérité incontestable, qu’on ose réimprimer aujourd’hui un des chefs-d’œuvre de Cottin, avec la certitude d’autant plus absolue de donner du nouveau que, parmi les oubliés, Mme Cottin peut compter double. Qui se souvient de Claire d’Albe, de Malvina, de Mathilde, d’Amélie Mansfield, d’Élisabeth ? quel critique en parlerait autrement que sur le ton d’une douce raillerie, et pour rappeler que, dans des temps anté-historiques, Mathilde et son Malek-Adhel ont fourni des sujets de pendule chers aux bourgeois ? Mais n’est pas tête de pipe qui veut, comme le disait très bien tout dernièrement M. Francisque Sarcey ; ne fournit pas qui veut des sujets de pendule. De tous les genres littéraires, le roman est le plus exposé à vieillir vite ; il suit trop les fluctuations de la mode pour ne pas en subir les décrépitudes, et cependant ceux de Mme Cottin ont été lus, goûtés, admirés pendant un demi-siècle environ : parus de 1798 à 1807, ils étaient encore réédités en 1844. Quel est, parmi les romanciers contemporains aimés du public, celui qui dans ses plus secrètes ambitions se promet une telle longévité ? Soyez-en sûrs, les Balzac, les Sue, les Walter Scott, les George Sand et autres grands maîtres du roman moderne, avaient étudié Mme Cottin beaucoup plus qu’ils ne semblent vouloir le laisser soupçonner. Les héroïnes sentimentales que George Sand créait dans sa première manière : Valentine, Indiana, avaient appris l’amour à l’école de Claire d’Albe, d’Amélie Mansfield et de Malvina ; les romans Moyen-âge de Walter Scott, Ivanhoë, par exemple, procèdent directement de Mathilde ; Xavier de Maistre, dans sa Jeune Sibérienne, a repris le sujet d’Élisabeth ; et malgré tout leur génie, leur prodigieuse fécondité, malgré leur supériorité incontestable d’invention, d’observation et de style, ces maîtres ont eu bien de la peine à détrôner Mme Cottin, à remplacer ses volumes par les leurs sur les rayons des cabinets de lecture. Au temps même de leur plus grande vogue, Mme Cottin conservait ses fidèles, petite église dans les rangs de laquelle le temps a fait depuis bien des vides, mais qui compte peut-être encore quelques rares survivants.

 

 

Les femmes surtout sont restées longtemps attachées à Mme Cottin : c’est que l’auteur de Claire d’Albe écrivait surtout pour elles. La femme est romanesque, rêveuse et sentimentale ; la plus chaste a eu au moins imaginairement son petit roman d’amour, et elle veut retrouver dans ses lectures sa propre vie, non pas celle que le prosaïsme révoltant des circonstances lui a faite, mais celle qu’elle s’était plue à rêver et qu’elle aurait eue infailliblement, s’il y avait encore un peu de poésie en ce bas monde. Les aventures multipliées de certains romans peuvent l’amuser et la distraire, mais cela ne lui va pas au cœur ; les analyses subtiles, les combinaisons compliquées, les descriptions prolixes de certains autres la fatiguent ; le langage coloré des stylistes la gêne et l’empêche de comprendre. Le roman physiologique et pathologique de notre nouvelle école éveille ou satisfait chez elle une curiosité mauvaise, comme le feraient les figures d’un musée secret où elle pénétrerait à la dérobée ; mais ces sortes d’études n’auraient causé que de la répulsion aux contemporaines de Mme Cottin, qui généralement jouaient de la harpe, les yeux levés au ciel d’un air inspiré, dans la pose de Corinne sur les frontispices du livre de Mme de Staël. Les femmes de ce temps-là voulaient du simple, du tendre, du pathétique, mêlé à beaucoup d’idéal ; des amoureux parfaitement beaux, doués de ces figures « qu’il ne faut pas qu’une femme regarde deux fois, si elle veut conserver sa tranquillité », braves avec cela, chevaleresques, d’une constance à toute épreuve, et toujours prêts à s’envoyer dans la tête la balle de pistolet de Werther ; des héroïnes gracieuses, douces et faibles, telles que l’aimable lectrice s’imaginerait être elle-même, tourmentées de vagues inquiétudes auxquelles l’arrivée du bel inconnu va donner une forme précise ; à la fois vertueuses et passionnées, ce qui est le suprême du genre, et ne succombant qu’après une résistance désespérée, si toutefois elles ne vont pas s’ensevelir dans un cloître plutôt que de faillir. La lutte de l’amour et de la vertu, ses péripéties habilement amenées, triomphe, défaite, remords, châtiment, voilà ce qui lui remuait le plus puissamment la fibre intime.

 

Mme Cottin la servait à souhait, en puisant dans ses propres instincts ce qu’elle savait devoir la toucher et répondre à ses secrètes aspirations. Elle n’a peint que le sentiment, les faiblesses et les agitations du cœur, mais c’est un thème qu’elle a su varier avec beaucoup d’art. « Les héroïnes qu’elle a mises en scène, » remarque un critique judicieux1, « ont toutes à peu près le même caractère. On leur trouve un air de famille, et néanmoins certains traits bien prononcés donnent à chacune d’elles une physionomie tout à fait différente. Douées d’une sensibilité profonde et vraie, elles cèdent, un peu facilement peut-être, à l’impression que produit sur elles la première vue de l’homme dont elles doivent être éprises. Leur imagination est subitement frappée ; l’amour est toujours spontané ; il n’est besoin ni de soins ni de séductions : un coup d’œil, un instant suffisent pour les enflammer, et l’auteur n’a plus qu’à décrire les progrès et les développements d’une passion combattue par le devoir, ou traversée par divers incidents. Mais que de variété dans les développements !... Toutes ses héroïnes ont une grâce et une amabilité parfaites ; ce n’est point précisément par le portrait qu’en fait l’auteur qu’elles plaisent, c’est par leur ensemble, par leur façon d’être ; elles ont un charme, un je ne sais quoi qu’on ne saurait définir et qui les rend on ne peut plus séduisantés, On a déjà fait observer qu’elles étaient très passionnées ; Mme Cottin les met sans pitié dans des situations où leur vertu a de fort grands risques à courir. Loin d’éviter le détail de ces scènes brûlantes et par conséquent délicates à traiter, elle se complaît à prolonger les situations, à exposer ses héroïnes à toute l’impétuosité d’un amant, à toute l’ardeur de ses désirs, à montrer la résistance pénible d’une femme qui, consumée d’amour, sur le point de se trahir elle-même, est réduite à implorer la pitié de l’homme qu’elle rend le témoin et le maître de sa faiblesse ; elle aime enfin à montrer la pudeur souffrante et en danger. Lorsqu’on voit ces tableaux de l’amour en délire, où l’exaltation des sens vient se joindre à celle des sentiments, on se demande comment ils ont pu être tracés par la femme la plus honnête et la plus calme, et qui a toujours été à l’abri des passions. Je n’adopterai pas, pour répondre à cette question, le jugement un peu sévère de J.-J. Rousseau ; j’aime mieux classer cette contradiction avec les innombrables contradictions du cœur humain. »

 

Qui aurait cru tant d’audace à Mme Cottin ? ce sera pour beaucoup de gens une révélation, tant ses écrits sont maintenant dans un lointain reculé et nébuleux. On la confondrait avec Mme de Genlis et on dirait d’elle qu’elle écrivait pour les pensionnats de jeunes filles, sans peut-être rencontrer un contradicteur. Elle fut en réalité une tout autre femme que cet insipide bas-bleu. D’abord elle est morte jeune, à trente-quatre ans2, dans le plus bel âge de ces passions dont elle a fait de délicates et émouvantes peintures. Quoique sa vie ait été exempte de troubles, d’aventures romanesques, ce ne sera lui faire aucun tort que de lui attribuer cette sensibilité vive, ce cœur tendre dont elle se plaisait à douer ses héroïnes, car en de telles matières on n’est jamais bien renseigné que par soi-même. Ne s’est-elle pas prise pour modèle dans son premier roman, auquel elle aurait pu, suivant la vieille mode, donner comme sous-titre : Ou le danger des petits cousins, et n’eut-elle pas, elle aussi, un petit cousin dans son existence ? Elle avait été mariée, comme Claire d’Albe, à un homme beaucoup plus âgé qu’elle, et ce ne fut pas assurément par ce vieux banquier qu’elle put connaître les fougueux emportements de la passion. La crainte qu’elle avait, en femme vertueuse, qu’on ne lui crût le tempérament amoureux de ses héroïnes, la retint longtemps avant qu’elle ne se décidât à se faire imprimer. Elle l’a confessé ingénument dans Malvina, en prêtant ses propres appréhensions à mistriss Clare. « Passant alternativement, » dit-elle, « des arts aux soins domestiques, des plaisirs champêtres aux lectures sérieuses, je n’ai pas cru plus mal faire en écrivant quelques pages qui plaisaient à mon imagination, qu’en chantant quelques ariettes ou en peignant quelques tableaux. Je vous l’avoue d’ailleurs, ce genre d’occupation m’a séduite ; il m’était doux de retrouver sous ma plume les chimères dont j’avais en vain cherché la réalité dans le monde, et si je me suis livrée à mon goût, c’est en me rendant le témoignage qu’en le satisfaisant je ne nuisais à personne. En effet, qu’une femme écrive un roman, apprenne une science ou travaille à. l’aiguille, cela est fort égal, pourvu qu’elle reste dans son obscurité ; ce n’est pas le genre de ses occupations, mais l’usage qu’elle en fait, qu’on doit censurer. Qu’elle amuse ses amis d’une historiette sortie en jouant de sa plume, personne n’a rien à lui dire si elle en reste là ; mais en la faisant imprimer, elle semble avouer le prix qu’elle y attache, et de ce moment la critique doit s’attacher avec sévérité à ce que l’amitié eût traité avec indulgence : d’ailleurs, en se livrant ainsi au public, ce n’est pas seulement le livre, mais l’auteur qu’on lui soumet. Si une femme dit les faiblesses de son sexe, on les lui attribuera ; si elle en peint les vertus, on la taxera d’orgueil ; on croira toujours qu’elle puise le développement des passions dans son cœur, et celui des situations dans sa mémoire. Combien une femme court de risques dans cette carrière, et qu’il lui faut de témérité pour oser s’y hasarder ! » Mais elle ajoute une observation qui ne manque pas de justesse : « Je crois pourtant que les romans sont le domaine des femmes ; elles commencent à les lire à quinze ans, elles les réalisent à vingt, et n’ont rien de mieux à faire que d’en écrire à trente : de plus, je crois qu’à l’exception de quelques grands écrivains qui se sont distingués dans ce genre, elles y sont plus propres que personne, car sans doute c’est à elles qu’il appartient de saisir toutes les nuances d’un sentiment qui est l’histoire de leur vie, tandis qu’il est à peine l’épisode de celle des hommes. » Cela est vrai et très finement dit ; les plus délicats romans d’amour, et Mme Cottin ne songeait qu’à ceux-là, ont été écrits par des femmes.

Comme écrivain, le critique dont nous avons cité plus haut quelques lignes, la compare intrépidement à Bernardin de Saint-Pierre, à Chateaubriand, à Mme de Staël ; c’est aller un peu loin dans l’enthousiasme. Le style de Mme Cottin est élégant, assez simple, étant donné le goût du temps qui était à l’emphase, mais il n’a ni la profusion de richesses ni la nerveuse solidité de celui de ces maîtres. Des pages qui faisaient un grand effet il y a cinquante ou soixante ans ont terriblement vieilli. Ses descriptions ne manquent pas d’une certaine poésie, mais elles sont bien sommaires, si on les compare à celles des Harmonies de la Nature et d’Atala. Des rocs pittoresques, des bocages, des prairies, des moissons dorées, une terre « animée par des troupeaux », un fleuve « roulant ses eaux étincelantes des feux du jour », des îles verdoyantes, une route « où il passe des berlines », lui semblent un décor champêtre très suffisant aux scènes qu’elle se propose de raconter, et peut-être n’a-t-elle pas tout à fait tort ; c’est le cœur humain, et surtout le cœur féminin, qui est son véritable sujet d’étude. Mais elle a un faible pour les tombeaux ; elle en a mis au moins un, quelquefois deux, dans tous ses romans, de sorte qu’on peut guetter d’avance la scène du tombeau, certain qu’elle arrivera à son heure. Un cippe funéraire, entouré de saules pleureurs et de peupliers, était, dans les idées du temps, ce qui disposait le mieux aux tendresses élégiaques et mélancoliques.

 

 

Par cette poésie moyenne, cette sensibilité un peu larmoyante, Mme Cottin était de son époque et plaisait à son époque. Il nous semblerait volontiers, à longue distance, que les générations contemporaines du Consulat et du commencement de l’Empire devaient avoir en tête bien d’autres préoccupations que de s’inquiéter des romanesques fantaisies d’une femme. Erreur profonde ! Mme Cottin a très peu écrit, cinq romans en tout, et le renom qu’elle a laissé, quoiqu’on ne sache plus guère au juste qui elle était et ce qu’elle valait, indique suffisamment l’impression qu’ils produisirent alors. Pas un de ses ouvrages qui n’ait été impatiemment attendu. Les hommes d’État oubliaient les misères de la politique ; les généraux, Napoléon lui-même, le lisaient avidement entre deux victoires ; les maris jaloux en défendaient la lecture, comme dangereuse, à leurs trop sensibles moitiés, qui le glissaient en cachette sous l’oreiller conjugal. Aussitôt paru, on le dévorait, on le discutait, on le commentait ; on se demandait sérieusement si Claire d’Albe n’avait pas eu tort de céder à Frédéric ; si Malvina ne montrait pas une imprudence impardonnable en se persuadant que son cœur n’était pas fait pour l’amour ; si Malek-Adhel n’aurait pas dû se faire Chrétien, tout simplement, pour ne pas désespérer Mathilde ; on s’ingéniait à trouver d’autres combinaisons, d’autres dénoûments possibles, comme s’il s’agissait d’un événement qui intéressât la nation entière : puis on s’avouait que, tout compte balancé, celui de Mme Cottin était peut-être le plus touchant. Retrouvera-t-elle aujourd’hui un public aussi bien disposé, aussi impressionnable ? Nous le souhaitons pour elle, et pour ses nouveaux éditeurs.

 

Paris, Février 1885.

 

ALCIDE BONNEAU.

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PRÉFACE DE L’AUTEUR

*
**

Le dégoût, le danger ou l’effroi du monde ayant fait naître en moi le besoin de me retirer dans un monde idéal, déjà j’embrassais un vaste plan qui devait m’y retenir longtemps, lorsqu’une circonstance imprévue, m’arrachant à ma solitude et à mes nouveaux amis, me transporta sur les bords de la Seine, aux environs de Rouen, dans une superbe campagne, au milieu d’une société nombreuse.

Ce n’est pas là où je pouvais travailler, je le savais ; aussi ai-je laissé derrière moi tous mes essais. Cependant la beauté de l’habitation, le charme puissant des bois et des eaux, éveillèrent mon imagination et remuèrent mon cœur ; il ne me fallait qu’un mot pour tracer un nouveau plan ; ce mot me fut dit par une personne de la société, et qui a joué elle-même un rôle assez important dans cette histoire. Je lui demandai la permission d’écrire son récit, elle me l’accorda ; j’obtins celle de l’imprimer et je me hâte d’en profiter. Je me hâte est le mot ; car ayant écrit tout d’un trait, et en moins de quinze jours, l’ouvrage qu’on va lire, je ne me suis donné ni le temps, ni la peine d’y retoucher. Je sais bien que pour le public le temps ne fait rien à l’affaire ; aussi il fera bien de dire du mal de mon ouvrage s’il l’ennuie ; mais s’il m’ennuyait encore plus de le corriger, j’ai bien fait de le laisser tel qu’il est.

Quant à moi, je sens si bien tout ce qui lui manque, que je ne m’attends pas que mon âge ni mon sexe me mettent à l’abri des critiques ; et mon amour-propre serait assez mal à son aise, s’il n’avait une sorte de pressentiment que l’histoire que je médite le dédommagera peut-être de l’anecdote qui vient de m’échapper.

LETTRE PREMIÈRE

Claire d’Albe à Élise de Biré

NON, mon Élise, non, tu ne doutes pas de la peine que j’ai éprouvée en te quittant ; tu l’as vue, elle a été telle, que M. d’Albe proposait de me laisser avec toi, et que j’ai été prête à y consentir. Mais alors le charme de notre amitié n’eût-il pas été détruit ? Aurions-nous pu être contentes d’être ensemble, en ne l’étant pas de nous-mêmes ? Aurais-tu osé parler de vertu, sans craindre de me faire rougir, et remplir des devoirs qui eussent été un reproche tacite pour celle qui abandonnait son époux, et séparait un père de ses enfants ? Élise, j’ai dû te quitter, et je ne puis m’en repentir ; si c’est un sacrifice, la reconnaissance de M. d’Albe m’en a dédommagée, et les sept années que j’ai passées dans le monde, depuis mon mariage, ne m’avaient pas obtenu, autant de confiance de sa part, que la certitude que je ne te préfère pas à lui ; tu le sais, cousine, depuis mon union avec M. d’Albe, il n’a été jaloux que de mon amitié pour toi ; il était donc essentiel de le rassurer sur ce point, et c’est à quoi j’ai parfaitement réussi. Elise, gronde-moi si tu veux ; mais, malgré ton absence, je suis heureuse, oui, je suis heureuse de la satisfaction de M. d’Albe.

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