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ANATOLE FRANCE
ŒUVRES lci-112

 

Les lci-eBooks sont des compilations d’œuvres appartenant au domaine public. Les textes d’un même auteur sont regroupés dans un volume numérique à la mise en page soignée, pour la plus grande commodité du lecteur.

 

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MENTIONS

 

© 2016-2017 lci-eBooks, pour ce livre numérique, à l’exclusion du contenu appartenant au domaine public ou placé sous licence libre.

ISBN : 978-2-918042-42-6

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VERSION

 

Version de cet eBook : 1.1 (04/03/2017), 1.0 (14/04/2016)

 

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SOURCES

 

Wikisource : Balthasar (Gallica), Discours prononcé à l’inauguration…. (IA), Jocaste et Le chat maigre L’Eglise et la République (IA), Le lys rouge (Gallica), Le Parti noir (IA), Le petit Pierre (IA), Les désirs de Jean Servien, Les Dieux ont soif (Gallica), Les poèmes dorés (IA), Monsieur Bergeret à Paris (Gutenberg/Gallica), Nos enfants (BM Lisieux), Pierre Nozière (Gutenberg/Gallica), Wherther et Tom Jones (Google Books.), Dix vers d’André Chénier (Gallica), Le livre du bibliophile (BM Lisieux), Sur la voie glorieuse (Gallica), Thaïs et M. Anatole France (Gallica), Crainquebille (ABU), L’étui de nacre (ABU), Rabelais ( http://www.hibouc.net/), Les autels de la peur (Gallica), On croit mourir pour la patrie, Salut au Soviets (Gallica), Méditations sur les ruines de Palmyre (Gallica), Discours prononcé à la Sorbonne, lors du meeting « Hommage à l’Arménie » (Imprescriptible)

Project Gutenberg : Clio (Internet Archive), Histoire comique (BnF/Gallica), la rôtisserie de la reine Pédauque (BnF/Gallica), La vie littéraire I (BnF/Gallica), La vie littéraire II (BnF/Gallica), La vie littéraire III (BnF/Gallica), La vie littéraire IV (BnF/Gallica), Le jardin d’Epicure (BnF/Gallica), L’abbé Jérôme Coignard (BnF/Gallica), Vie de Jeanne d’Arc I,  Vie de Jeanne d’Arc II, Sur la piette blanche (BnF/Gallica), Opinions sociales (BnF/Gallica).

Ebooks libres et gratuits : Le crime de Sylvestre Bonnard (2e version), Le livre de mon ami, Les sept femmes de la Barbe-Bleue (ABU), Thaïs, Le puits de Sainte Claire

Bibliothèque électronique du québec : L’orme du Mail, L’anneau d’améthyste, Le mannequin d’osier, Les contes de Jacques Tournebroche.

Bnf/Gallica : La révolte des Anges, La vie en fleur, Le crime de Sylvestre Bonnard (1ere version).

Bibliothèque numérique romande : L’île des Pingouins

 

Couverture : 1921, Nobel Foundation, Wikimedia Commons.

Page de titre : Portrait par Wilhelm Benque. New York Public Library Archives. Tucker Collection. Wikimedia commons.

Image pre-sommaire : Jean Baptiste Guth, «Guth», Vanity Fair, 11 août 1909, Wikimedia Commons. University of Virginia Fine Arts Library

 

Pages de titre Internet Archive : Jocaste et le chat maigre, Le crime de Sylvestre Bonnard, membre de l’Institut, Le livre de mon ami, Balthasar, La vie littéraire (3), Thaïs, L’étui de nacre, La rôtisserie de la reine Pédauque (1899), Les opinions de M. Jérôme Coignard, recueillies par Jacques Tournebroche, Le jardin d’epicure, Le lys rouge Le puits de Sainte Claire (1920), L’orme du mail, Clio, Crainquebille, pièce en trois tableaux, Crainquebille, La comédie de celui qui épousa une femme muette, Discours prononcé à l’inauguration de la statue d’Ernest Renan à Tréguier, Les sept femmes de la Barbe-Bleue : (University of Toronto, Robarts – University of Toronto) ; Les désirs de Jean Servien, Vie de Jeanne d’arc : (University of Toronto, Kelly – University of Toronto) ; Nos enfants; scènes de la ville et des champs, Les contes de Jacques Tournebroche  : (University of Ottawa) ; La vie littéraire (1) (2), Pierre Nozière, Le parti noir, Le génie latin : (MSN – Robarts – University of Toronto) ; La vie littéraire (4), La rôtisserie de la reine Pédauque (1922), Le puits de Sainte Claire, Le mannequin d’osier   : (University of Ottawa, Robarts – University of Toronto) ; Les dieux ont soif  : (University of Ottawa, The Centre for 19th Century French Studies – University of Toronto) ; Monsieur Bergeret à Paris  : (MSN, University of California Libraries) ; Opinions sociales (Google, University of Michigan) ; Histoire comique, La révolte des anges : (University of Illinois Urbana-Champaign) ; Sur la pierre blanche : (Duke University Libraries );  L’église et la république : (Brandeis University Libraries).

Pages de titre Google : Le livre du bibliophile (Google Books, Université de Harvard) ; Les poèmes dorés (Google Books, Université d’Oxford)

 

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LISTE DES TITRES

FRANÇOIS ANATOLE THIBAULT (1844 – 1924)

 

img3.pngROMANS

 

img4.pngLE CRIME DE SYLVESTRE BONNARD

1881

img4.png LES DÉSIRS DE JEAN SERVIEN

1882

img4.pngBALTHASAR

1889

img4.pngTHAÏS

1890

img4.pngLA RÔTISSERIE DE LA REINE PÉDAUQUE

1892

img4.pngLES OPINIONS DE M. JÉRÔME COIGNARD

1893

img4.pngLE JARDIN D’ÉPICURE

1894

img4.pngLE LYS ROUGE

1894

img4.pngLE PUITS DE SAINTE CLAIRE

1895

img4.pngL’ORME DU MAIL

1897

img4.pngLE MANNEQUIN D’OSIER

1897

img4.pngL’ANNEAU D’AMÉTHYSTE

1900

img4.pngMONSIEUR BERGERET À PARIS

1901

img4.pngLE CRIME DE SYLVESTRE BONNARD (2ieme version)

1902

img4.pngHISTOIRE COMIQUE

1903

img4.pngSUR LA PIERRE BLANCHE

1903

img4.pngL’ÎLE DES PINGOUINS

1908

img4.pngLES DIEUX ONT SOIF

1912

img4.pngLA RÉVOLTE DES ANGES

1914

img3.pngCONTES ET NOUVELLES

 

img4.pngJOCASTE

1879

img4.pngLE CHAT MAIGRE

1879

img4.pngLES AUTELS DE LA PEUR

1884

img4.pngNOS ENFANTS (Illustré)

1886

img4.pngL’ÉTUI DE NACRE

1892

img4.pngCLIO (Illustré)

1899

img4.pngCRAINQUEBILLE, PUTOIS, RIQUET, ET PLUSIEURS AUTRES RÉCITS PROFITABLES

1902

img4.pngLES CONTES DE JACQUES TOURNEBROCHE

1908

img4.pngLES SEPT FEMMES DE LA BARBE-BLEUE

1909

img4.pngFILLES ET GARÇONS (Illustré)

1915

img3.pngSOUVENIRS D’ENFANCE

 

img4.pngLE LIVRE DE MON AMI

1883

img4.pngPIERRE NOZIÈRE

1899

img4.pngLE PETIT PIERRE

1918

img4.pngLA VIE EN FLEUR

1922

img3.pngESSAIS ET CRITIQUES LITTÉRAIRES

 

img4.pngLE LIVRE DU BIBLIOPHILE

1874

img4.pngLA VIE LITTÉRAIRE _ PREMIÈRE SÉRIE

1888

img4.pngLA VIE LITTÉRAIRE – DEUXIÈME SÉRIE

1890

img4.pngLA VIE LITTÉRAIRE – TROISIÈME SÉRIE

1891

img4.pngLA VIE LITTÉRAIRE – QUATRIÈME SÉRIE

1892

img4.pngVIE DE JEANNE D’ARC I

1908

img4.pngVIE DE JEANNE D’ARC II

1908

img4.pngRABELAIS

1909

img4.pngLE GÉNIE LATIN (PARTIEL)

1913

img3.pngESSAIS POLITIQUES ET DISCOURS

 

img4.pngOPINIONS SOCIALES

1902

img4.pngDISCOURS PRONONCÉ À L’INAUGURATION DE LA STATUE D’ERNEST RENAN

1903

img4.pngLE PARTI NOIR

1904

img4.pngL’ÉGLISE ET LA RÉPUBLIQUE

1904

img4.pngSUR LA VOIE GLORIEUSE

1915

img4.pngDISCOURS PRONONCÉ À LA SORBONNE, LORS DU MEETING «  HOMMAGE À L’ARMÉNIE »

1916

img4.pngON CROIT MOURIR POUR LA PATRIE...

1922

img4.pngSALUT AUX SOVIETS

1922

img3.pngPOÉSIE

 

img4.pngLES POÈMES DORÉS

1873

img3.pngTHÉÂTRE

 

img4.pngAU PETIT BONHEUR

1898

img4.pngCRAINQUEBILLE

1903

img4.pngLA COMÉDIE DE CELUI QUI ÉPOUSA UNE FEMME MUETTE

1912

img3.pngJUVENILIA

 

img4.pngMÉDITATION SUR LES RUINES DE PALMYRE

1859

img4.pngWERTHER ET TOM JONES, TRADUITS PAR M. LE COMTE DE LA BÉDOYÈRE

1863

img4.pngDIX VERS D’ANDRÉ CHENIER. ― SONT-ILS INÉDITS ?

1864

img3.pngVOIR AUSSI

 

img4.pngTHAÏS ET M. ANATOLE FRANCE

1890

PAGINATION

Ce volume contient 2 391 812 mots et 7 073 pages

01.MÉDITATION SUR LES RUINES DE PALMYRE

5 pages

02.WERTHER ET TOM JONES, TRADUITS PAR M. LE COMTE DE LA BÉDOYÈRE

6 pages

03.DIX VERS D’ANDRÉ CHENIER. ― SONT-ILS INÉDITS ?

2 pages

04.LES POÈMES DORÉS

41 pages

05.LE LIVRE DU BIBLIOPHILE

31 pages

06.JOCASTE

80 pages

07.LE CHAT MAIGRE

70 pages

08.LE CRIME DE SYLVESTRE BONNARD

156 pages

09. LES DÉSIRS DE JEAN SERVIEN

104 pages

10.LE LIVRE DE MON AMI

159 pages

11.LES AUTELS DE LA PEUR

50 pages

12.NOS ENFANTS

56 pages

13.LA VIE LITTÉRAIRE _ PREMIÈRE SÉRIE

229 pages

14.BALTHASAR

121 pages

15.THAÏS

129 pages

16.LA VIE LITTÉRAIRE – DEUXIÈME SÉRIE

263 pages

17.LA VIE LITTÉRAIRE – TROISIÈME SÉRIE

293 pages

18.LA VIE LITTÉRAIRE – QUATRIÈME SÉRIE

244 pages

19.L’ÉTUI DE NACRE

129 pages

20.LA RÔTISSERIE DE LA REINE PÉDAUQUE

194 pages

21.LES OPINIONS DE M. JÉRÔME COIGNARD

122 pages

22.LE JARDIN D’ÉPICURE

191 pages

23.LE LYS ROUGE

227 pages

24.LE PUITS DE SAINTE CLAIRE

140 pages

25.L’ORME DU MAIL

135 pages

26.LE MANNEQUIN D’OSIER

137 pages

27.AU PETIT BONHEUR

43 pages

28.PIERRE NOZIÈRE

159 pages

29.CLIO

82 pages

30.L’ANNEAU D’AMÉTHYSTE

166 pages

31.MONSIEUR BERGERET À PARIS

166 pages

32.CRAINQUEBILLE, PUTOIS, RIQUET, ET PLUSIEURS AUTRES RÉCITS PROFITABLES

128 pages

33.LE CRIME DE SYLVESTRE BONNARD

151 pages

34.OPINIONS SOCIALES

132 pages

35.CRAINQUEBILLE

57 pages

36.HISTOIRE COMIQUE

141 pages

37.SUR LA PIERRE BLANCHE

123 pages

38.DISCOURS PRONONCÉ À L’INAUGURATION DE LA STATUE D’ERNEST RENAN

17 pages

39.LE PARTI NOIR

39 pages

40.L’ÉGLISE ET LA RÉPUBLIQUE

94 pages

41.L’ÎLE DES PINGOUINS

265 pages

42.VIE DE JEANNE D’ARC I

408 pages

43.VIE DE JEANNE D’ARC II

318 pages

44.LES CONTES DE JACQUES TOURNEBROCHE

60 pages

45.LES SEPT FEMMES DE LA BARBE-BLEUE

131 pages

46.RABELAIS

41 pages

47.LES DIEUX ONT SOIF

195 pages

48.LA COMÉDIE DE CELUI QUI ÉPOUSA UNE FEMME MUETTE

45 pages

49.LA RÉVOLTE DES ANGES

200 pages

50.LE GÉNIE LATIN (PARTIEL)

84 pages

51.FILLES ET GARÇONS

57 pages

52.SUR LA VOIE GLORIEUSE

43 pages

53.DISCOURS PRONONCÉ À LA SORBONNE, LORS DU MEETING « HOMMAGE À L’ARMÉNIE »

3 pages

54.LE PETIT PIERRE

169 pages

55.LA VIE EN FLEUR

179 pages

56.ON CROIT MOURIR POUR LA PATRIE...

2 pages

57.SALUT AUX SOVIETS

2 pages

58.THAÏS ET M. ANATOLE FRANCE

5 pages

 

MÉDITATION SUR LES RUINES DE PALMYRE

Méditation sur les ruines de Palmyre
1859
L’Eclair, 7 mai 1925, Mercure de France, N° 647, 1er juin 1925

5 pages

 

Il y a dans l’œuvre d’Anatole France une plaquette, La Légende de sainte Radegonde, si rare qu’on en cite tout juste cinq ou six exemplaires, M. Louis Barthou nous conte dans L’Eclair que, tenté en 1918 par un de ces exemplaires qui devait passer en vente, il avoua à Anatole France, au cours d’un déjeuner, son intention d’ajouter à sa collection la seule des éditions originales du maître, qui lui manquât.

Souriant dans sa barbe, il fixa sur moi des yeux où luisait une affectueuse malice, et me dissuada, sans convition, une trop grande dépense. Il ajouta:

—Barthou, je vous connais. En politique vous êtes capable de faire des sottises (ce qui voulait dire que nous n’avions as les mêmes opinions), mais comme bibliophile, vous résistez difficilement à une folie. SI vous faites celle contre laquelle mon amitié et ma prudence vous mettent en garde, j’écrirai pour votre exemplaire, trop chèrement acquis, l’histoire de ce petit livre, indigne de moi et de vous.

 

M. Barthou acheta le petit livre (il ne nous dit pas quel prix, mais cette déjà ancienne «folie» n’aurait pu depuis se transmuer aujourd’hui en uen bonne affaire, s’il avait voulu «écarter certaines offres»).

Aussitôt le bibliophile rappela sa promesse à France et lui envoya, avec la plaquette, du beau papier coupé à son format. Anatole France s’exécuta de bonne grâce et écrivit cette lettre qui fixe un petit point d’histoire littéraire:

 

Mon cher Louis Barthou,

Comment un esprit comme le vôtre, capable d’embrasser de grandes choses, peut-il s’amuser à ces bagatelles? Mais, puisque vous le voulez, je vous conterai l’histoire véritable d’un devoir d’écolier. Ce devoir, je ne sais pourquoi, fut couronné par l’académie Stanislas, composée des meilleurs élèves de rhétorique et de philosophie. Cet honneur flatta le cœur de ma mère, qui avait peu d’occasions de s’enorgueillir de moi, car je ne brillais pas au collège. Cette Légende de sainte Radegonde révélait que j’avais lu Augustin Thierry, elle ne témoignait pas de beaucoup d’intelligence chez un grand garçon de quinze ans. Telle qu’elle était, ma chère maman la trouva fort belle. On la lut en famille: le grand-père Dufour, qui assista à cette lecture, fut ému et pleura. Ce grand-père Dufour, second mari de ma grand’mère maternelle, en réalité, ne nous était de rien, ma mère étant du premier lit. Hyacinthe Dufour, sergent en 1814, s’était couvert de gloire à Montmirail sous les yeux de l’empereur. Ce fut son malheur et le malheur de ses proches. Ayant dépensé ce jour-là, sur le champ de bataille, toute sa vertu, il ne lui en resta plus pour le reste de sa vie, qui se prolongea fort avant sous le second Empire. Il fit le tourment de ma pauvre grand’ mère, qui l’adora jusqu’à sa mort.. Je l’ai peint sur le vif dans un récit encore inédit du Petit Pierre. J’ai pris seulement la licence d’en faire un oncle pour cette raison que, n’étant pas son petit-fils par le sang, me donner pour son petit-fils adoptif m’obligeait à trop de retenue.

Hyacinthe, quand je le connus, portait bien le poids de son grand âge. Des yeux bleus tout à fait charmants éclairaient son visage rose. Il parlait avec douceur, d’une voix agréable. Son air, ses manières, ses propos respiraient la bonté, la vertu, l’honneur. En réalité, ivrogne et débauché, il mit sa malheureuse femme sur la paille, fit d’innombrables dupes et exerça toutes sortes de métiers, sans gagner dans aucun la moindre considération. On le connut successivement professeur d’écriture et de comptabilité, courtier d’assurances, marchand de vins en gros, inspecteur des Halles à Paris, copiste pour les théâtres, secrétaire de M. Etienne, — de M. Etienne, « moins grand, disait-il, pour être entré à l’Institut par son mérite que pour en avoir été exclu par un roi », — associé à un marchand d’hommes de la rue Saint- Honoré et débattant le prix des rengagements dans un débit de vins à l’enseigne des Deux Grenadiers. Mon père refusait de le recevoir. Espérant qu’il s’amenderait sur ses vieux jours, ma mère lui rouvrit notre maison. Elle croyait alors que, revenu de ses erreurs, il vivrait avec sa vieille femme, en paix, dans un petit logis de la rue du Dragon. Le traître le disait et célébrait les joies de la vie de famille. Mais du matin au soir, et bien souvent la nuit, établi dans un cabaret de la rue Rambuteau, il y tenait bureau d’homme d’affaires et d’écrivain public, conseiller des petits boutiquiers en faillite et secrétaire des servantes amoureuses. Il avait ce qu’on appelait à cette époque une belle main, c’est-à-dire une belle écriture. Cette belle main commençait à trembler. Pourtant, elle gardait encore quelque maîtrise et excellait dans la bâtarde. Il jura à ma mère qu’il s’estimerait heureux et fier d’immortaliser par la calligraphie, dans sa vieillesse indigente, l’œuvre de cet enfant studieux, promis à une meilleure fortune.

— Puisse Anatole, s’écria t-il, marcher sur les traces de M. Etienne !

Peut-être ces louanges me donnèrent-elles un mouvement d’orgueil. Mais mes parents connaissaient trop Hyacinthe pour croire que son admiration était sincère et son dévouement gratuit. Ils les acceptèrent pourtant avec reconnaissance.

C’est dans le cabaret de la rue Rambuteau, devant un litre de vin rouge et un sac de marrons rôtis, fredonnant un refrain de Béranger, que le grand-père Hyacinthe Dufour calligraphia sur papier autographique La Légende de sainte Radegonde, en novembre 1859.

Mon cher Barthou, il m’a fallu, pour vous complaire, ramener ma pensée sur ce devoir couronné. On y trouve la preuve que je fus un garçon peu développé pour son âge. Par vos soins, beaucoup le sauront qui l’eussent ignoré. Je ne suis pas assez sot pour m’en fâcher.

Un mot, enfin, pour la satisfaction du bibliophile. L’exemplaire que vous possédez est celui de mon père. Il y a ajouté un portrait de Radegonde ; il l’a fait habiller, assez mal, par un petit relieur de la rue Mazarine, dont j’ai oublié le nom ; il a- inscrit de sa main au bas du titre, au crayon bleu, la date de novembre 1869. Il y a des petites choses qu’on se rappelle tandis qu’on en oublie de grandes. Je puis vous dire que mon père acheta le portrait de Radegonde dix centimes à sa voisine, Mme Rosselin, successeur de Delpech, quai Voltaire.

Croyez-, mon cher Louis Barthou, à ma très vive amitié.

ANATOLE FRANCE.

« Je fus un garçon peu développé pour son âge », avoue Anatole France. M. Barthou pense que cet aveu est presque blasphématoire, et il nous fait lire cette Méditation dur les ruines de Palmyre, encore inconnue et que France écrivit à quinze ans :

MÉDITATIONSURLESRUINESDEPALMYRE

Le soleil couchant ne traçait plus qu’un bandeau de feu à l’horizon, et la lune s’était levée sur les ruines de Palmyre. Cet astre de la nature endormie ajoutait encore à la morne solitude de ces lieux où tout repose d’un sommeil éternel.

On entendait au milieu du silence les glapissements des chacals et les cris des oiseaux de nuit, ces voix lugubres du désert et des ruines.

Un voyageur apparaissait seul au milieu de ces débris ; le dégoût du monde l’avait entraîné loin de sa patrie, loin des hommes, et il était venu demander au désert les impressions dont son âme était altérée.

Ce voyageur, échappé du monde des vivants pour contempler un monde évanoui, méditait sur le grand spectacle qui s’offrait à ses yeux.

Les voilà donc, pensait-il, tous ces monuments qui faisaient autrefois l’orgueil de Palmyre. La main qui les a renversés ne semble en avoir respecté quelques débris que pour en faire les monuments irrécusables de la fragilité des œuvres humaines.

Cette plaine, maintenant déserte et silencieuse, ne révèle que par des débris l’existence des générations qui l’ont jadis animée, comme la mer, après la tempête, ne laisse deviner le naufrage que par les débris qui flottent à la surface de ses ondes apaisées.

Ici, pourtant, se pressait une foule nombreuse ;a ici des hommes ont vécu ; ils ont eu leurs jours de joie comme leurs jours de douleur. Où est-il maintenant, le souvenir de leurs maux et de leur félicité ? Où est-il, le secret de leur existence ?

Cet amas de ruines était un temple. Où sont-ils, ceux qui venaient y brûler de l’encens ? Ils ont passé comme la fumée de leurs sacrifices.

Dans ce palais dont il reste à peine quelques colonnes, un prince, un roi peut-être, entourait son existence de tout ce qui pouvait flatter ses passions et satisfaire ses vœux. La foule misérable portait alors des regards d’envie sur cette orgueilleuse demeure en maudissant les injustes caprices de la fortune qui jette en aveugle le bonheur et l’adversité.

Mais la mort a passé par là et le vent du désert a complété son œuvre : il a mêlé les cendres du tyran aux cendres de l’esclave.

À cette pensée, le voyageur s’arrêta, puis se levant :

— Salut, dit il, opulente Palmyre, royale Babylone, superbe Persépolis : et vous, Tyr et Sidon, reines du commerce, salut. Dépouillées comme vous l’êtes de vos prêtres et de vos temples, de vos soldats et de vos remparts, de vos marchands et de vos trésors, que vous avez d’attrait pour moi !

Ruines de tant de nations puissantes, que je vous sens de vertus !

Vous consolez le malheureux par la vue de la plus terrible catastrophe ; vous réprimez l’élan d’une joie immodérée par une image de deuil et de mort ; vous apprenez au riche ce que valent les richesses, à l’esclave combien est court son esclavage ; enfin, vous élevez l’homme vers un monde meilleur en lui montrant que rien n’est stable, que rien n’est vraiment grand ici-bas.

R. DEDURY

 

WERTHER ET TOM JONES, TRADUITS PAR M. LE COMTE DE LA BÉDOYÈRE

Le Chasseur bibliographe, Paris, France, février 1863, 8 p.

6 pages

E***

WERTHER ET TOM JONES,

TRADUITS PAR M. LE COMTE DE LA BÉDOYÈRE{1}.

 

M. le comte de la Bédoyère, qui prenait tant de plaisir à s’entourer des livres des autres, n’a pas laissé d’en composer lui-même, et il n’a pas moins bien servi les lettres par ce qu’il a produit que par ce qu’il a conservé. Ses écrits, il est vrai, sont jusqu’à ce jour peu connus ; mais qu’on n’attribue pas cette obscurité à leur peu de mérite : elle n’a d’autre cause que l’extrême modestie de l’auteur. M. de la Bédoyère ne craignait point, il est vrai, de livrer ses manuscrits à l’imprimeur ; il surveillait même avec sollicitude ces enfants de sa pensée, jusqu’à ce qu’ils fussent devenus de beaux volumes dignes de l’homme de goût qui les avait produits ; mais il ne souffrait point qu’ils se répandissent au dehors ; il redoutait ces violentes émotions que la célébrité traîne toujours à sa suite ; ces fatigues, ces déceptions, qui empoisonnent communément la vie des gens de lettres. Il retint toujours ses livres et mit tout son soin à les préserver de l’attention publique, obéissant ainsi, aux dépens de sa gloire, à une timidité excessive. Mais cette austère tutelle est maintenant révoquée, ses livres vont affronter le jugement du public, et nous ne pouvons douter qu’il ne leur soit favorable.

Leurs noms du moins sont déjà connus du lecteur : l’un se nomme Werther, cette œuvre de la jeunesse de Goethe, ce cri de désespoir contre une société sans croyance, sans idéal, sans vie ; l’autre, Tom Jones, cet ouvrage de la famille impérissable des Don Quichotte et des Gil Blas, ce chef-d’œuvre de toutes les littératures, cette reproduction si admirable de la vie humaine. M. le comte de la Bédoyère a traduit ces deux beaux livres, et, grâce à la souplesse de son talent, il a su rendre tour à tour la passion brûlante de Goethe et le charmant badinage de Fielding.

I.
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