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Comment ne pas se rendre malheureux pour rien

De
256 pages
« Il n’y a qu’une erreur innée : c’est celle qui consiste à croire que nous existons pour être heureux. »
Schopenhauer
« Le monde est laid, cruel, impitoyable et, de surcroît, vil, mesquin, ridicule, grotesque, les hommes sont bêtes, veules, soumis, malfaisants, pleurnichards, laids, prétentieux, et tout cela est sans aucun doute intolérable, scandaleux, digne du plus profond mépris.
Mais comme c’est intéressant ! »
Jérôme Ferrari
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La traduction des extraits duMonde comme volonté et comme représentationest d’Auguste Burdeau ; celle desAphorismes sur la sagesse dans la vieest de JeanAlexandre Cantacuzène.
© Flammarion, Paris, 2015 ISBN : 9782081359710
9,7$/,7‰'8 3(66,0,60(
par JÉRÔME FERRARI
PETITE HISTOIRE DUN MALENTENDU e jeune Nietzsche déplorait la malignité perverse d’un destin qui, ayant jugé bon de CiLcéron, avait condamné la première édition du nous transmettre les assommants traités de Monde comme volonté et comme représenta tionà l’infamie du pilon. Le destin, on le sait, punit impitoyablement la démesure, et il faut admettre que Schopenhauer s’est brillamment efforcé de mériter son châtiment. La préface de cette première édition consiste en une agression en règle de celui qui vient de l’acquérir et aurait la prétention naïve d’en entamer la lecture. Schopen hauer, avec une morgue et un aplomb jubilatoires, lui soumet une liste hallucinante de conditions pré liminaires propre à décourager les meilleures volon tés : l’aspirant lecteur doit non seulement s’engager
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VITALITÉ DU PESSIMISME
à prendre connaissance de la philosophie critique de Kant et de tous les écrits préalables de Schopen hauer, mais il lui faudra encore, après s’être acquitté de cette tâche considérable, lireLe Monde comme volonté et comme représentationdeux fois de suite, faute de quoi, étant assuré de n’y rien comprendre, il ferait mieux de ne pas le lire du tout. Bon prince, Schopenhauer tente de le consoler en concédant que le monde est rempli d’imbéciles dont les bibliothèques croulent sous les livres qu’ils n’ont pas lus et il assure que le sien, convenable ment relié, s’acquittera, aussi bien qu’un autre, de ses fonctions décoratives. Pour stimulante que fût l’expérience de se faire ainsi vertement engueuler par un philosophe de trente ans au seul motif qu’on a osé acheter son livre, rares furent les lecteurs à en goûter les délices, et Schopenhauer dut attendre la fin de sa vie pour accéder enfin, avec la parution desParerga et paralipomena, à la notoriété. Mais la perversité du destin ne connaît pas de limites et il est bien possible que, dans le cas de Schopen hauer, cette notoriété ne lui ait été concédée que pour rendre son châtiment plus raffiné, plus cruel et plus durable. Il y a quelques années, j’eus la surprise de constater queL’Art d’avoir toujours raison, petit ouvrage que Schopenhauer a consacré à l’austère
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