Contes à Ninon (édition enrichie) suivi de Nouveaux contes à Ninon

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Edition enrichie de Jacques Noiray comportant une préface et un dossier sur le roman.
Dans les Contes à Ninon (parus en 1864, Zola a 24 ans) et les Nouveaux Contes à Ninon (1874), Zola expose tous ses talents, il joue de tous les registres, de tous les genres : le merveilleux, le fantastique, la satire, l'épopée, le récit réaliste, l'autobiographie. Il y exploite tous les tons : l'humour, l'ironie, le pathétique, le sérieux démonstratif, la colère. Ces volumes de contes sont une réfraction de l'œuvre entière : ils résument dix années de production littéraire et annoncent des thèmes, des figures et des formes que l'écrivain développera dans ses grands chefs-d'œuvre. Entre contes et chroniques, sous le signe de la fantaisie comme du sérieux, ces œuvres de jeunesse montrent la richesse, l'ambiguïté, la puissance d'imagination et d'expression qui donneront bientôt leur prix aux romans à venir.
Publié le : jeudi 23 janvier 2014
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EAN13 : 9782072535925
Nombre de pages : 543
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C O L L E C T I O N F O L I O C L A S S I Q U E
Émile Zola
Contes à Ninon suivi de Nouveaux Contes à Ninon
Édition établie, présentée et annotée par Jacques Noiray Professeur émérite à lUniversité de ParisSorbonne
Gallimard
© Éditions Gallimard, 2014.
P R É F A C E
C O N T E S À N I N O N
Il nest jamais sans intérêt de se pencher sur les pre miers textes dun grand écrivain, surtout lorsquils offrent en apparence, comme dans le recueil quon va lire, une telle différence avec limage que lon se forme traditionnellement de leur auteur. En effet, comment reconnaître, à première vue, dans ces « bien pâles 1 ébauches » adressées à la naïve Ninon le futur auteur deLAssommoirou deGerminal? Comment concilier lidéalisme de ces textes de débutant, leur penchant pour le conte bleu, le goût de la rêverie et du merveilleux dont ils témoignent bien souvent avec le réalisme, la force, lintensité des romans de la maturité de lécrivain ? Cest pourquoi, après avoir compté, du vivant de Zola (avec Le Rêvepeutêtre), parmi les raresœuvres du roman cier naturaliste acceptées par la critique conservatrice et jugées dignes dêtre mises entre toutes les mains (ce qui explique quils aient été beaucoup lus en leur temps), les
1. Cest Zola luimême qui juge ainsi ses propres contes, dans « Le Carnet de danse ». Voir cidessous, p. 66.
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Préface
Contes à Ninonsont aujourdhui, et pour les mêmes raisons sans doute, ignorés du grand public et boudés par la critique. Et pourtant, les choses ne sont pas si simples. Il suffit de sarrêter un instant sur ces textes oubliés pour y reconnaître, audelà des maladresses de lécrivain novice et de la naïveté de lidylle, la richesse, lambiguïté, la puissance dimagination et dexpression qui donneront bientôt leur prix aux romans à venir.
Un hymne à la jeunesse LesContes à Ninonsont, dans tous les sens du terme, uneœuvre de jeunesse. Jeunesse de lécrivain, qui na guère plus de dixneuf ans lorsquil compose le premier de ses récits, « La Fée Amoureuse », et vingt quatre ans lorsque paraît son recueil. Jeunesse du nar rateur, le « jeune conteur » à peine plus âgé, sans doute, que la jeune fille à laquelle il sadresse. Jeunesse des personnages aussi : vingt ans, cest lâge de Simplice, seize ans, celui de Georgette, lCarnet dehéroïne du « danse », celui de Sidoine et Médéric aussi. Plus généra lement, « seize ans », la perfection même, labsolu de la jeunesse, ce point éphémère et magique où lenfance, sans cesser tout à fait dêtre encore, se sépare delle même pour entrer dans la vie adulte, cest le moment symbolique du recueil tout entier. Ce que les contes se proposent dabord dexalter, non sans mièvrerie par fois (mais la mièvrerie aussi est un des charmes de lenfance), ce sont les temps heureux des commence ments. Ce quil faut raviver, cle rêve des seizeest « ans », dans sa fraîcheur et sa naïveté, avec son cortège fleuri de visions idylliques, damours idéales, de drames minuscules : chanter, pour retrouver lenfance perdue, les « coquetteries de la rose » et les « infidélités de la libellule ».
Préface
9
Célébrer la jeunesse, cétait pour lécrivain de vingt ans revenir un peu nostalgiquement sur les souvenirs heureux de son adolescence provençale. Lauteur se confond alors avec le narrateur, lorsquil sagit de rap peler, dès la dédicace du recueil, « les campagnes de [sa] chère Provence », « les grandes lignes bleues des collines lointaines », la « beauté âpre » de cette « patrie sévère » dont il est maintenant séparé. Mais lesContes à Ninon ne sont pas lesLettres de mon moulin. La Provence ny est évoquée que fugitivement, au début du « Carnet de danse », à travers ses musiques et ses parfums, fifre et tambourin, sauge et thym, genévriers et pistachiers sau vages. Cest que lâme de la Provence se trouve moins contenue dans des souvenirs précis, des notations sen sorielles concrètes, qu e dan s u n e figu re im agin aire chargée de résumer pour lécrivain toute la patrie per due : cest Ninon, ou Ninette, puisque la jeune fille porte 1 les deux noms , compagne rêvée des anciens jours qui attend au pays le retour de son amoureux. En elle se résume tout un passé qui déjà séloigne, fait despé rances, de désirs vagues, de rêveries, de courses soli taires dans la campagne aixoise, tour à tour riante et sévère comme la jeune fille. Un échange sétablit entre la nature et la femme, semblables dans leur beauté comme dans leur caractère, au point que dans la mémoire de l:écrivain elles finissent par se confondre « Cest à vous com e m parer ainsi que je m is à vous aimer follement toutes deux, ne sachant laquelle jado rais davantage, de ma chère Provence ou de ma chère Ninon » (p. 45).
1. Les premiers contes (« Simplice » et « La Fée Amou reuse ») ont paru avec le surtitre de « Contes à Ninette », qui fut, avec « Contes de mai », lun des titres projetés pour le recueil. Voir la Notice, p. 499.
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Préface
Il faut sarrêter sur ce nom de Ninon, que lauteur na pas choisi au hasard. Pour le lecteur passionné de Musset quétait le jeune Zola depuis ses années aixoises, il renvoie clairement aux deux héroïnes dÀ quoi rêvent les jeunes filles, Ninette et Ninon, modèles jumeaux, pour la Ninon de Zola, de légèreté et de naïveté enfan tine. Amoureuses toutes deux du jeune Silvio, elles rêvent comme lui damour idéal, et leur idylle traversée de malentendus attendrissants mais finalement sur montés nest pas sans annoncer les aventures discrète ment mélancoliques de Simplice et de FleurdesEaux ou dOdette et Loïs, les héros de « La Fée Amoureuse », ou bien encore les rêveries ingénues de Georgette, la jeune fille du « Carnet de danse ». Une autre raison poussait Zola à placer ses premiers écrits dans la mou vance du romantisme de Musset : cest que pour lui la découverte du poète sest faite à Aix, pendant ses années de collège, et que dans son esprit lauteur desNuitsa toujours été associé à lévocation de sa jeunesse proven çale, aux promenades dans la campagne aixoise, à la libre camaraderie au grand air, aux lectures faites en commun avec ses amis Cézanne et Baille. Toujours, lorsquil parle de Musset (dansLŒuvren es u , dan étude reprise dansDocuments littéraires), il parle de la Provence, et lorsquil parle de la Provence, Musset nest jamais bien loin. Une sorte déquation à quatre termes étroitement liés sétablit ainsi, dès les premiers textes de Zola, entre la Provence, la jeunesse, la poésie de Musset et lamitié pure, dont Ninon nest dans les contes quune incarnation à peine érotisée. On pourrait dire ainsi que dans le nom de Ninon se concentrent symboliquement, pour lécrivain de vingt ans, tous les éléments de sa poé tique personnelle, et que la jeune fille doit nous appa raître, non comme un être réel, existant ou ayant existé dans la vie sentimentale de Zola, mais comme un pro
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