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Gatsby le Magnifique

De
180 pages

Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Francis Scott Fitzgerald, auteur de "Gatsby le Magnifique", "Tendre est la nuit", "Le dernier Nabab": "Il est vrai que nous autres écrivains sommes condamnés à nous répéter. Nous connaissons, dans notre vie, deux ou trois moments grands et bouleversants, si grands et si bouleversants qu'il ne semble pas que quiconque les ait jamais saisis... Puis nous apprenons notre métier, plus ou moins bien, et nous racontons nos deux ou trois histoires, chaque fois sous un voile diffèrent, peut-être dix fois, peut-être cent, aussi longtemps que les gens veulent bien écouter. S'il en allait autrement, il faudrait reconnaître qu'on n'a pas d'individualité du tout. Et chaque fois je me prends à croire sincèrement que, parce que j'ai trouvé un nouveau décor et une nouvelle idée d'intrigue, je me suis enfin débarrassé des deux ou trois histoires que j'ai à raconter" (— Francis Scott Fitzgerald).


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FRANCIS SCOTT FITZGERALD
Gatsby le Magnifique
Traduit de l’anglais (américain) par Victor Llona
La République des Lettres
PRÉFACE
Cette préface de F. Scott Fitzgerald a été écrite à l’occasion d’une réédition de
Gatsdy le Magnifiquezen 1934 chez Random House (la première édition, che
Charles Scribner’s Sons, date de 1925). Elle répond en partie aux critiques émises
sur ce livre, mais aussi à celles exprimées sur son autre grand roman,TenDre est la
nuit, publié quelques mois plus tôt.
emanDer à quelqu’un Dont la vie professionnelle es t entièrement vouée à
l’univers De la fiction D’écrire une préface, c’est le soumettre à un faisceau De
tentations Diverses. L’écrivain qui s’exprime ici a choisi De céDer à l’une D’entre
elles : il se propose De parler De la critique, ave c toute la sérénité Dont il est
capadle, et sans trop s’éloigner Du roman qui va su ivre.
Je précise pour commencer que je n’ai pas à me plai nDre De la presse. Si Jack
(qui avait aimé mon précéDent livre) n’aime pas le nouveau, John par contre (qui
n’avait pas aimé le précéDent)aimele nouveau, et l’un Dans l’autre le résultat
s’équilidre. Mais je pense que les écrivains De ma génération ont été pervertis à cet
égarD — car c’était une époque D’adonDance, et les journaux consacraient une très
large place à D’interminadles paladres concernant l ’art Du roman — place conquise
en granDe partie par H.L. Mencken, scanDalisé par c e qui tenait lieu De critique
avant qu’il ne s’y consacre lui-même et ne se constitue un pudlic fiDèle. Son
auDace, l’amour pénétrant, passionné, qu’il portait à la littérature, nous ont tous
stimulés. Les chacals se font aujourD’hui les Dents sur ce qu’ils consiDèrent, à leurs
risques et périls, comme un lion moridonD, mais la plupart Des hommes De mon âge
ont pour lui un profonD respect et regrettent qu’il soit hors jeu. Il était ouvert à toute
recherche, à tout nouvel écrivain. Il s’est souvent trompé — en sous-estimant tout
De suite Hemingway, notamment — mais ses armes étai ent efficaces. Il n’a jamais
été contraint D’en changer.
Il a adanDonné le roman américain à ses propres cap rices et personne ne l’a
remplacé. S’il fallait sérieusement que l’auteur qu i s’exprime ici attenDe quoi que ce
soit Des efforts Déployés par nos réactionnaires po litiques pour lui enseigner les
valeurs D’une profession qu’il exerce Depuis l’aDol escence — alors, don, D’accorD,
mes enfants, qu’on fasse sortir Du rang cet énergum ène et qu’il soit fusillé à l’aude.
Mais, Depuis quelques années, le plus Décourageant n’est pas là — il est Dans
la couarDise De plus en plus granDe Des critiques p rofessionnels. Sous-payés,
surchargés De desogne, ils semdlent ne plus s’intéresser aux livres. Quelle tristesse
De voir, ces temps Derniers, tant Déjeunes romancie rs mourir D’asphyxie, faute D’un
espace où se faire entenDre : Nathanael West, Vince nt McHugh, comdien D’autres.
Je me rapproche peu à peu Du thème De ma complainte , qui pourrait se traDuire
ainsi : j’aimerais faire partager aux futurs lecteu rs De ce roman un cynisme De don
aloi vis-à-vis Des critiques contemporains. Sans être D’une vanité excessive, chacun
a le Droit, Dans n’importe quelle profession, D’enD osser une cotte De mailles
personnelle. Notre amour-propre est notre seul dien . Si vous acceptez qu’il soit mis
à mal par quelqu’un Dont le métier est De mettre à mal, avant son Déjeuner, une
Douzaine D’autres amours-propres, vous vous exposez vous-même à une série De
Désillusions Dont un vieux Dur à cuire est à même D e se préserver.
Ce roman en est un exemple. Comme les granDs thèmes aux noms ronflants
n’encomdrent pas ses pages, et qu’il ne parle pas D es fermiers (qui sont Devenus
nos héros Du jour), il était facile De prévoir qu’i l n’aurait rien à voir avec la critique,
mais qu’il pourrait toucher quelques lecteurs n’aya nt pas les moyens nécessaires
pour exprimer ce qu’ils ressentent. Qu’un homme pre nne la responsadilité D’écrire
un roman, sans avoir une attituDe précise et résolu e face à l’existence, est pour moi
une énigme. Qu’un critique prétenDe analyser en que lques heures une vision
particulière qui englode Douze points De vue Différents D’une réalité sociale me fait
penser au passage terrifiant D’un Dinosaure Dans la solituDe Désertique D’un jeune
écrivain.
Pour rester au plus près De ce livre, une femme, ma nifestement incapadle
D’écrire en anglais une lettre cohérente, a Dit que l’ouvrir ou pousser la porte Du
cinéma Du coin revenait à peu près au même. Beaucou p D’écrivains Dédutants sont
accueillis par ce genre De critiques, alors qu’ils espéraient un jugement De valeur
concernant l’univers D’imagination Dans lequel ils (ces écrivains) ont tenté, avec
plus ou moins De donheur, De survivre — univers que Mencken savait renDre
sensidle, Dans ces jours D’autrefois où il veillait sur nous.
Puisque ce livre est rééDité, l’auteur aimerait Dire qu’il n’a jamais tenté De garDer
intacte sa luciDité artistique avec autant D’acharn ement que penDant les Dix mois
passés à l’écrire. Je Découvre, en le relisant, com ment il aurait pu s’améliorer
encore, mais, pour autant que je puisse m’en renDre compte, je ne me sens
coupadle D’aucune trahison De la vérité — sinon la vérité, Du moinsl’équivalentDe
la vérité, celle qui se plie à l’exactituDe De l’im aginaire. Je viens De relire la préface
écrite par Joseph ConraD pour sonNègre du Narcisse, et Dans le même temps je
viens D’être vertement étrillé par la critique, sou s prétexte que le matériau que j’ai
utilisé ne permet plus aucun rapport entre personne s aDultes Dans un monDe
D’aDultes. Mais, granDs Dieux ! ce matériau est le mien, et c’est le seul Dont je
Dispose.
Les coupures que j’y ai faites, tant sur le plan ma tériel qu’émotionnel, pourraient
composer un seconD roman.
Je crois que ce roman est honnête — j’entenDs par l à qu’il s’interDit toute
virtuosité Destinée à impressionner, et, pour aller plus loin Dans la fatuité, qu’il a
constamment garDé l’émotion en sourDine, pour évite r que les larmes ne coulent en
trop granDe adonDance sur le gigantesque visage De carton-pâte qui odserve ce qui
se passe par-Dessus la tête Des personnages.
Un livre peut survivre, s’il est lu avec donne cons cience — au moins par le
sentiment personnel qu’on en garDe. Par contre, si le lecteur a mauvaise
conscience, il n’y trouvera que ce qu’il a voulu re tenir Des critiques. J’ajoute que si
ce lecteur est jeune, la plupart Des critiques, mêm e les plus injustes, pourront lui
être utiles.
L’écrivain qui s’exprime ici s’est toujours consiDé ré comme un « autochtone »
par rapport à sa profession c’est tellement vrai qu ’il ne voit pas ce qu’il pouvait faire
D’autre, et De mieux, que De se perDre pour y vivre Dans l’univers De la fiction.
Nomdreux sont ceux qui pensent comme lui, qui tente nt De mettre en forme leurs
Découvertes les plus intimes, D’atteinDre à ce :
— RegarDe. J’y suis.
— Je l’ai vu De mes yeux.
— Voilàexactementcomment c’était.
— Non. C’était ainsi.
— RegarDe. Voici la goutte De sang Dont je t’ai parlé.
— Arrête tout ! Voici la couleur Des yeux De la jeu ne fille, l’exact reflet Dont je me
souvienDrai toujours quanD je penserai à ses yeux.
— Si quelqu’un DéciDe De reDécouvrir ce visage Dans le miroir sans tain D’une
pièce D’eau, si quelqu’un DéciDe D’y ajouter quelqu es traces De transpiration pour
que l’image s’assomdrisse, c’est au critique D’en reconnaître l’intention.
— Personne n’avait éprouvé jusqu’ici une telle sens ation, se Dit le jeune
écrivain, maismoilui Du solDat qui, je viens De l’éprouver. Mon orgueil est égal à ce
se lance Dans la dataille, sans savoir si quelqu’un sera là pour remettre les croix De
guerre ou même pour enregistrer son fait D’armes.
En effet, jeune homme, mais n’oudlie pas ceci : tu n’es pas le premier qui ait
vécu en solitaire, encore et toujours solitaire.
FRANCISSCOTTFITZGERAL
Baltimore, MarylanD, Août 1934.
(TraDuction De Nicole TisseranD)
I
Quand j’étais plus jeune, ce qui veut dire plus vul nérable, mon père me donna
un conseil que je ne cesse de retourner dans mon es prit :
— Quand tu auras envie de critiquer quelqu’un, song e que tout le monde n’a pas
joui des mêmes avantages que toi.
Il n’en dit pas davantage, mais comme lui et moi av ons toujours été
exceptionnellement communicatifs tout en y mettant beaucoup de réserve, je
compris que la phrase impliquait beaucoup plus de c hoses qu’elle n’en exprimait.
En conséquence, je suis porté à réserver mes jugeme nts, habitude qui m’a ouvert
bien des natures curieuses, non sans me rendre victime de pas mal de raseurs
invétérés. Un esprit anormal est prompt à découvrir cette qualité et à s’y attacher,
quand elle se montre chez quelqu’un de normal ; voi là pourquoi, à l’Université, on
m’a injustement accusé de politicailler parce que j ’étais le confident des chagrins
secrets de garçons déréglés et inconnus. La plupart de ces confidences, je ne les
avais pas recherchées — j’ai souvent feint le somme il, la préoccupation ou une
hostile légèreté quand, à un de ces signes qui ne trompent jamais, je reconnaissais
qu’une révélation d’ordre intime pointait à l’horiz on ; car d’habitude les révélations
intimes des jeunes hommes, ou tout au moins les termes dans lesquels ils les
expriment, sont entachées de plagiat et gâtées par de manifestes suppressions.
Réserver son jugement implique un espoir infini. J’ aurais encore un peu peur de
rater quelque chose si j’oubliais, comme le suggéra it mon père avec snobisme et
comme avec snobisme je le répète ici, que le sentim ent des décences
fondamentales nous est réparti en naissant d’une ma nière inégale.
Or, ayant fait ainsi étalage de tolérance, j’en vie ns à l’aveu que la mienne a ses
limites. Notre conduite peut avoir pour fondation u n roc dur ou de fluides
marécages, mais passé un certain point, peu me chau t sur quoi elle est fondée.
Quand je rentrai de New-York, l’automne dernier, j’aurais voulu que le monde entier
portât un uniforme et se tînt figé dans une sorte d e garde à vous moral ; je ne
souhaitais plus d’excursions tumultueuses avec coup s d’oeil privilégiés dans le
coeur humain. De cette réaction, je n’excluais que Gatsby, l’homme qui donne son
nom à ce livre. Gatsby représentait pourtant tout c e à quoi je porte un mépris dénué
d’affectation. S’il est vrai que la personnalité es t une suite ininterrompue de gestes
réussis, il y avait en cet homme quelque chose de m agnifique, je ne sais quelle
sensibilité exacerbée aux promesses de la vie, comm e s’il s’apparentait à une de
ces machines compliquées qui enregistrent les tremb lements de terre à dix milles
de distance. Une telle promptitude à réagir ne prés entait rien de commun avec cette
mollasse impressionnabilité qu’on dignifie du nom d e « tempérament
créatif » — c’était un don d’espoir extraordinaire, un romanesque état de
préparation aux événements comme jamais je n’en ava is trouvé de pareil chez un
être humain et comme il n’est guère probable que j’ en rencontre de nouveau.
Non — en fin de compte, Gatsby se révéla sympathiqu e ; c’est ce qui le rongeait, la
poussière empoisonnée qui se levait derrière ses rê ves, qui avait pour un temps
fermé mon intérêt aux chagrins abortifs et aux joie s à courte haleine de l’humanité.
Ma famille se compose de gens connus et à leur aise , établis depuis trois
générations dans cette ville du Middle West. Les Ca rraway forment en quelque
sorte un clan et la tradition veut que nous descend ions des ducs de Buccleuch,
mais le véritable fondateur de la lignée à laquelle j’appartiens fut le frère de mon
grand-père, lequel vint ici en mil huit cent cinqua nte et un, se fit remplacer pendant
la Guerre de Sécession et inaugura le commerce de q uincaillerie en gros que mon
père continue à diriger.
Je n’ai jamais vu ce grand-oncle, mais il paraît qu e je lui ressemble — si l’on en
croit surtout le portrait à l’huile pendu dans le b ureau de papa où il apparaît sous un
aspect inflexible et sceptique. J’obtins mes diplôm es à Yale en 1915, tout juste un
quart de siècle après mon père, et un peu plus tard affrontai cette émigration
teutonique qu’on réussit à endiguer, temporairement du moins, et qu’on a nommée
la Grande Guerre. Je pris tant de plaisir au contre -raid que j’en revins fort agité. Le
Middle West, où je m’attendais à retrouver le centre brûlant du monde, me fit l’effet
de n’être que sa lisière effilochée — à telles ense ignes que je pris la décision d’aller
à New-York pour y faire mon apprentissage dans une banque d’émission. Tous les
jeunes gens que je connaissais travaillaient dans d es banques d’émission, ce qui
m’autorisa à supposer que le métier pouvait nourrir un célibataire de plus. Mes
tantes et mes oncles assemblés au complet débattire nt la question, comme s’il
s’était agi de me choisir une école enfantine et fi rent en fin de compte : « Après tout,
pourquoi pas », avec des visages fort graves et dub itatifs. Mon père consentit à
m’entretenir pendant une année et, après divers retards, je me rendis dans l’Est
pour toujours, du moins je le croyais, au printemps de l’an 1922.
Le bon sens aurait voulu que je cherchasse un logem ent à New-York, mais la
saison était chaude et je venais de quitter une vil le pleine de larges pelouses et
d’arbres fraternels. Aussi, lorsqu’un de mes jeunes camarades de bureau suggéra
que nous prissions ensemble une maison dans la banl ieue, la proposition me
sembla-t-elle géniale. Il trouva la maison, un bung alow en carton-pâte fatigué par
les intempéries, d’un loyer de quatre-vingts dollars par mois, mais à la dernière
minute, la firme l’envoya à Washington et j’allai à la campagne tout seul. J’avais un
chien — du moins je l’eus pendant quelques jours ju squ’à ce qu’il prît la clef des
champs — une vieille auto Dodge et une Finlandaise qui faisait mon lit, préparait
mon petit déjeuner et marmottait des proverbes finn ois, en s’affairant devant le
fourneau électrique.
Je me sentis assez dépaysé pendant un jour ou deux, jusqu’à ce qu’un matin,
un homme plus récemment arrivé que moi m’arrêta sur la route.
— Le village de West-Egg, je vous prie ? me demanda -t-il, désorienté.
Je le renseignai. Et, continuant mon chemin, je ne me sentis plus dépaysé.
J’étais un guide, un indicateur de routes, un des p remiers colons. Sans s’en douter,
cet homme m’avait conféré le droit de cité dans le patelin.
Si bien qu’avec le soleil et les grandes poussées d e feuilles qui croissaient sur
les arbres à l’allure dont grandissent les choses d ans les films à mouvement
accéléré, je ressentis cette conviction bien connue que la vie recommençait à neuf
avec l’été.
En premier lieu, il y avait tant de livres à lire, tant de belle santé à cueillir aux
branches de l’air jeunet et dispensateur de souffle . J’achetai une dizaine de tomes
traitant des affaires bancaires, de crédits, de pla cements, qui s’alignèrent en rouge
et or, sur une planchette, comme du numéraire frais émoulu de la Monnaie,
promettant de me révéler de reluisants secrets excl usivement connus de Midas,
Morgan et Mécène. D’ailleurs je nourrissais sérieus ement l’intention de lire bien
d’autres livres encore. Au collège j’avais été asse z féru de littérature — une année
entière j’avais écrit pour leYale Newsune série d’articles de fond, fort solennels et
totalement dépourvus de subtilité — et maintenant j ’allais réincorporer à ma vie
toutes les choses de cet ordre et redevenir un de c es si rares spécialistes :
« l’homme d’un talent universel. » Ceci n’est pas q u’une épigramme — après tout
on obtient beaucoup plus de succès quand on regarde la vie par une seule fenêtre.
C’est tout à fait par hasard que la maison que j’av ais louée se trouvait située
dans une des plus étranges communautés de l’Amériqu e du Nord. Elle s’élevait sur
cette île mince et turbulente qui s’allonge à l’est de New-York — et où, entre autres
curiosités naturelles, on remarque deux formations de terrain peu ordinaires. À vingt
milles de la grande cité, une paire d’oeufs énormes , identiques quant au contour et
séparés seulement par une baie, ainsi nommée par pu re courtoisie, s’avancent
dans la nappe d’eau salée la plus apprivoisée de l’ hémisphère occidental, cette
vaste basse-cour humide qu’on appelle le détroit de Long-Island. Il ne s’agit point
d’ovales parfaits — comme l’oeuf de Christophe Colo mb, ils sont tous deux aplatis
au bout de contact — mais leur ressemblance physiqu e doit être une source de
confusion perpétuelle pour les mouettes qui volent au-dessus d’eux. Pour les êtres
sans ailes, un phénomène plus intéressant est leur dissemblance en tout ce qui
n’est point forme et grandeur.
Je demeurais à West-Egg — l’oeuf occidental — qui e st, avouons-le, le moins
chic des deux, bien que ce soit là une étiquette de s plus superficielles pour
exprimer le contraste bizarre et assez sinistre qui existe entre eux. Ma maison se
trouvait à la pointe extrême de l’oeuf, à cinquante yards à peine du détroit, et
resserrée entre deux énormes bâtisses qu’on louait douze ou quinze mille dollars
pour la saison. Celle que j’avais à ma droite était un monument colossal, quel que
soit l’étalon d’après lequel on veuille la juger — de fait, c’était une copie de je ne
sais quel hôtel de ville normand avec une tour à un de ses angles, d’une jeunesse
saisissante sous sa barbe de lierre cru, une piscin e de marbre et plus de vingt