L’Âne et le Chien

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XVII.L’Aſne et le ChienIl ſe faut entr’ayder, c’eſt la loy de nature :L’Aſne un jour pourtant s’en moqua :Et ne ſçais comme il y manqua ;Car il eſt ...

Publié le : jeudi 19 mai 2011
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Il ſe faut entr’ayder, c’eſt la loy de nature : L’Aſne un jour pourtant s’en moqua : Et ne ſçais comme il y manqua ;
Car il eſt bonne creature. Il alloit par pays accompagné du Chien, Gravement, ſans ſonger à rien, Tous deux ſuivis d’un commun maître. Ce maiſtre s’endormit : l’Aſne ſe mit à paître : Il eſtoit alors dans un pré, Dont l’herbe eſtoit fort à ſon gré. Point de chardons pourtant ; il s’en paſſa pour l’heure : Il ne faut pas toujours eſtre ſi délicat ; Et faute de ſervir ce plat Rarement un feſtin demeure. Noſtre Baudet s’en ſceut enfin Paſſer pour cette fois. Le Chien mourant de faim Luy dit : Cher compagnon, baiſſe-toy, je te prie ; Je prendray mon diſné dans le panier au pain.
Point de réponſe, mot ; le Rouſſin d’Arcadie Craignit qu’en perdant un moment, Il ne perdiſt un coup de dent. Il fit long-temps la ſourde oreille : Enfin il répondit : Amy, je te conſeille D’attendre que ton maiſtre ait fini ſon ſommeil ; Car il te donnera ſans faute à ſon réveil Ta portion accoûtumée. Il ne ſçauroit tarder beaucoup. Sur ces entrefaites un Loup Sort du bois, & ſ’en vient ; autre beſte affamée. L’Aſne appelle auſſi-toſt le Chien à ſon ſecours. Le Chien ne bouge, & dit : amy, je te conſeille De fuir en attendant que ton maiſtre s’éveille ;
Il ne ſçauroit tarder ; détale viſte, & cours. Que ſi ce Loup t’atteint, caſſe-luy la machoire. On t’a ferré de neuf ; & ſi tu me veux croire, Tu l’étendras tout plat. Pendant ce beau diſcours Seigneur Loup étrangla le Baudet ſans remede. Je conclus qu’il faut qu’on ſ’entrayde.
XVII. L’Aſne et le Chien
Fables de La Fontaine: Barbin & Thierry | Georges Couton
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