//img.uscri.be/pth/9be860e9dc3f164e7aa719b702863eb681fc878c
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux - chapitre I - Prépas scientifiques 2017-2018

De
447 pages
« Ce qui est vécu, et passionnément espéré dans l’aventure, c’est le surgissement de l’avenir. » Jankélévitch
La philosophie peut-elle penser l’aventure ? L’imaginaire exaltant du voyage, le vacarme joyeux des exploits, la vibrante passion des découvertes nous paraissent un continent vierge, sur lequel l’exercice de la pensée ne peut accoster. Jankélévitch démontre ici le contraire. Par l’analyse des différentes formes de la vie aventureuse, il restitue à cette notion, évocatrice entre toutes, son attrait et son pouvoir de fascination.
Dossier :
1. La philosophie de l’aventure
2. Le temps de l’aventure
3. Les formes de l’aventure
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Jankélévitch
L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux
Chapitre premier
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 2017.
ISBN Epub : 9782081417359
ISBN PDF Web : 9782081417342
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081397446
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur « Ce qui est vécu, et passionnément espéré dans l’a venture, c’est le surgissement de l’avenir. » Jankélévitch La philosophie peut-elle penser l’aventure ? L’imag inaire exaltant du voyage, le vacarme joyeux des exploits, la vibrante passion de s découvertes nous paraissent un continent vierge, sur lequel l’exercice de la pensé e ne peut accoster. Jankélévitch démontre ici le contraire. Par l’analyse des différ entes formes de la vie aventureuse, il restitue à cette notion, évocatrice entre toutes, s on attrait et son pouvoir de fascination. Dossier 1. La philosophie de l’aventure 2. Le temps de l’aventure 3. Les formes de l’aventure
La philosophie du XXe siècle dans la même collection
BERGSON,Les Deux Sources de la morale et de la religion. Matière et mémoire. Essai sur les données immédiates de la conscience. Essai sur les données immédiates de la conscience, chapitre II (édition avec dossier). La Pensée et le Mouvant. Le Rire(édition avec dossier). FREUD,L'Avenir d'une illusion. Le Malaise dans la culture(édition avec dossier). Propos d'actualité sur la guerre et sur la mort(édition avec dossier). Totem et tabou. WITTGENSTEIN,Remarques mêlées.
L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux
Chapitre premier
Vivre et penser à l'aventure
Présentation
L'aventure de la pensée et la pensée de l'aventure
Né le 31 août 1903 à Bourges dans une famille d'int ellectuels russes qui a fui les pogroms antisémites de son pays, Vladimir Jankélévi tch (1903-1985) est le fils d'Anna Ryss et de Samuel Jankélévitch, médecin et traducte ur de philosophie allemande et de textes russes. Reçu au concours d'entrée à l'École normale supérieure à dix-neuf ans, puis reçu premier à l'agrégation de philosophie en 1926, Jankélévitch exerce en tant que professeur à la faculté des lettres de Lille av ant d'être révoqué en 1940 en raison de ses origines. Entré dans la Résistance sous le r égime de Vichy, il est nommé à la chaire de philosophie morale à la Sorbonne en 1951, poste qu'il occupera pendant presque trois décennies. Auteur prolifique, philoso phe et musicologue, il hérite de son père l'amour et le respect de la culture russe. L'e xpérience de la Seconde Guerre mondiale le transforme : il mesure l'importance de ses racines judaïques et éprouve le sentiment d'être à la fois français et étranger, ou , comme il le dit lui-même, « du dehors et du dedans ». Sans doute ce sentiment de se trou ver sur un seuil, au point tangentiel où se rencontrent les cultures de l'Europe de l'Oue st et de l'Est – et de l'une à l'autre, les cultures juives de la diaspora –, traduit-il as sez justement l'équivoque fondamentale de son existence. Sa philosophie tout entière estcontenuesens d'une réserve (au pudique, et non d'un lieu de conserve) dans l'intui tion que cette équivoque est en réalité le propre de toute chose. Aussi ne s'étonnera-t-on pas de retrouver sous sa p lume différentes formules de cette tension entre les contraires, dans un effort permanent pour en réarticuler les termes. Alternative, équivoque, ambiguïté, dedans/d ehors : c'est le mystère de la vie même, et en particulier de celle de Jankélévitch, q ue ces notions s'efforcent d'exprimer, et qu'il ne cesse de convoquer dans sa méditation sur « L'Aventure » pour en définir la nature paradoxale. Cela revient à dire que l'aventure est avant toute chose écartelée entre des exigences contradictoires. Elle témoigne d'une grande tension, celle qui accompagne le sentiment d'être à la fois grisé et effrayé par la prise de risque. La pensée de l'aventure et l'aventure de la pensée sont les deux versants qui, sur les plans inséparables de l'expérience vécue et du disc ours, font de la philosophie de Jankélévitch à la fois une pensée du devenir et une pensée en devenir.
Une pensée du devenir : la pensée de la Vie et de l 'éthique concrète
À l'origine de la philosophie, rappelait Jankélévit ch dès ses travaux de jeunesse, deux conceptions de la pensée s'opposent chez les p résocratiques. C'est au regard de cette opposition que prend sens la philosophie de J ankélévitch. Parménide (fin du VIe siècle-milieu du Ve siècle av. J.-C.) soutient que la pensée est la se ule réalité véritable, car elle seule permet d'accéder au « cœu r sans tremblement de la vérité », tandis que le monde sensible est en mouvement et ch ange sans cesse. Seul ce qui est établi par la pensée est ferme et définitif, échapp ant au mouvement. C'est pourquoi Parménide va jusqu'à dire que c'est une même chose que penser et être : « L'être est, le non-être n'est pas », sachant qu'est assimilé à du non-être tout ce qui ne peut pas être fixement établi par la pensée – le mouvement, le devenir, le changement. À partir
de là, son disciple Zénon d'Élée (v. 490-v. 430 av. J.-C.) aura beau jeu de montrer que le mouvement n'est qu'une apparence, qu'il n'est pa s véritablement, parce qu'il ne peut être pensé sans que cela conduise à des paradoxes – les fameux paradoxes de Zénon d'Élée sur le mouvement, dont Bergson débattra plus de deux millénaires plus tard, en s'employant à les réfuter, débat suivi avec intérêt par Jankélévitch. Contrairement à Parménide, un autre philosophe prés ocratique, Héraclite d'Éphèse (v. 544-v. 480 av. J.-C.), soutient que rien n'est parfaitement stable ni ne peut l'être, pas même la pensée (logos, en grec), qui fait partie du monde et est une pet ite partie d uLogosdivin qui nous a été échue en partage par Zeus. Ce dernier gouverne sur un monde en mouvement en veillant à ce que le Feu éter nel du devenir ne s'éteigne jamais, même si son flux et son reflux ramènent des choses semblables sur le rivage (veille et sommeil, jour et nuit, cycle des saisons ). Le seul repos que peut connaître la pensée du sage est celui par lequel il s'élève au-d elà de son individualité pour comprendre qu'il fait partie d'un ordre sempiternel qui le dépasse, qui a toujours été et sera toujours : « Ce monde-ci, le même pour tous, n ul des dieux ni des hommes ne l'a fait. Mais il était toujours, est et sera, feu éternel s'allumant en mesure et s'éteignant en mesure. » Ainsi, celui qui, en lisant Héraclite, co mprend que ce n'est pas lui qui parle, mais leLogoséternel à travers lui, conviendra avec sagesse que tout ce qui est fait partie de la grande symphonie du devenir. À partir de cette opposition frontale entre Parméni de et Héraclite, on peut aller jusqu'à dire que l'histoire de la philosophie se sc inde en deux lignées généalogiques distinctes : d'une part, une philosophie de l'être (ontologie), qui donne le primat à la pensée plutôt qu'au corps et à la vie, à la théorie relativement à la pratique, à l'espace plutôt qu'à la durée ; d'autre part, une philosophie du devenir qui renverse les privilèges de la pensée et se veut une philosophie concrète. C 'est de cette lignée-là que se revendique Jankélévitch, même s'il n'ignore pas ni ne répudie l'autre : la philosophie de la nature allemande des XVIIIe et XIXe siècles – notamment Goethe (1749-1832) et Schelling (1775-1854) –, caractérisée par l'intérêt porté à la nature organique et une volonté de penser le devenir naturel, a concurrencé les grandes entreprises rationalistes (Descartes, Kant) qui insistaient sur la distinction entre l'esprit et le corps, la raison et les sens. Mais c'est à partir de la se conde moitié du XIXe siècle que, radicalisant le geste goethéen qui réintègre l'homm e dans le mouvement du monde naturel, les philosophes dits « de la vie » se sont efforcés de faire tomber les barrières qui séparaient auparavant le monde de la culture (e sprit, morale, religion, art) et le monde de la nature (corps, instincts, vie). Dans la pénombre de Jankélévitch, on trouvera très souvent ces grands philosophes de la vie, qui se sont manifestés en particulier à la fin du XIXe siècle, en profitant des débats suscités par le darwinisme : Friedrich Nietz sche (1844-1900), mais surtout Henri Bergson (1859-1941) et Georg Simmel (1858-191 8). C'est celui-ci qui est la source d'inspiration du p remier chapitre de l'essai de Jankélévitch,L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux (1963), puisque Simmel avait lui-même écrit en 1911 un court texte sur l'Aventure qui ava it fait forte impression sur Jankélévitch. Ce dernier fait souvent allusion à l' essai de Simmel, dans son chapitre sur « L'aventure », dont il est à la fois un commen taire et une réappropriation. Distinguant trois types d'aventures qui répondent c hacune à une caractéristique principale, Jankélévitch reprend la structure du pr opos de Simmel. Ce faisant, il conserve l'esprit d'ensemble de l'analyse mais en a bandonne résolument la lettre. En vertu même de la philosophie du devenir qui est une philosophie en devenir, une constellation de pensées jumelles se rencontrent da ns chaque style de pensée, celle
de Simmel, celle de Bergson et celle de Jankélévitc h, n'ôtant rien à leur spécificité irréductible. Dans celle de Jankélévitch, derrière Simmel, on tro uve par ailleurs Nietzsche et Bergson. Le propos de Jankélévitch n'est pas une re dite, mais une broderie nouvelle sur un thème ancien : d'une part, bon connaisseur d e la pensée russe, de la pensée mystique, ainsi que des moralistes des XVIe et XVIIe siècles, Jankélévitch fait sortir la tradition philosophique de sa routine habituelle ; d'autre part, musicien et musicologue à la culture artistique foisonnante, il examine le concept d'aventure à partir des notions de sa philosophie propre : l'instant et lekairosl'occasion », en grec), l'ennui et le (« sérieux, le destin et la destinée, l'ipséité, pour n'en nommer que quelques-unes. Le propos de l'auteur, qui s'inscrit en outre dans plu sieurs traditions de pensée particulières rayonnant les unes avec les autres, e nglobe aussi d'autres domaines que la philosophie proprement dite. Sans cela, sa médit ation aurait échoué à convertir la philosophie à la vie. En s'interrogeant sur l'expér ience vitale qui sous-tend l'aventure, sur l'expérience vécue qui préside à l'expérience a ventureuse, Jankélévitch convoque des références multiples et variées, destinées à so uligner l'universalité de l'expérience qu'il met en évidence. Ce faisant, il situe son ana lyse à la fois sur le plan de l'anthropologie philosophique (qui met au jour des traits universels de la nature humaine), et sur celui d'une phénoménologie de l'ex périence aventureuse (qui examine les significations et les vécus associés à l'aventu re).
Une pensée en devenir : la pensée comme aventure
Cependant, pour Jankélévitch, la correspondance ent re la vie et la pensée, et l'harmonie entre les filiations multiples, ne sont pas si évidentes qu'il y paraît. D'une part, la rupture entre l'héritage slave et l'identi té occidentale a été consommée par l'émergence des deux blocs après la Seconde Guerre mondiale. D'autre part, la réconciliation entre le judaïsme et la République f rançaise est rendue fort problématique après l'épisode de Vichy. Quelle que puisse être sa grandeur d'âme, le philosophe éprouve de l'amertume après la révocatio n de son poste de professeur à la faculté des lettres de Lille en raison de son ascen dance juive et après le pillage de son appartement familial. Lors de la saisie de sa bibli othèque musicale, c'est une partie de lui-même qui lui a été retirée. En 1963, au moment où il publieL'Aventure, l'Ennui, le Sérieux, il est habité par ce passé, et sa réflexion en porte témoignage : l'aven ture permet certes de s'exhausser vers l'avenir, mais elle ne saurait le faire valabl ement en abandonnant le passé à l'oubli. Sans pour autant laisser le ressentiment a ttaché au passé se putréfier, Jankélévitch est plus réservé que Nietzsche sur l'i mportance de l'oubli pour l'action future. Jankélévitch a retenu des réflexions de Nie tzsche surL'Utilité et les inconvénients de l'histoire pour la vie(1874) que la mémoire est une puissance organique, qui doit tirer du passé une source de vi talité pour édifier ce qui vient. La complaisance nostalgique ou la flagellation indéfin ie du remords sont les deux écueils à éviter. D'où l'insistance de Jankélévitch sur la notion d'irréversibilitédu passé, qu'il oppose à l'imprévisibilitédu futur, et à la réversibilité dans l'espace. De ce qui a eu lieu, il n'est plus possible de faire que cela n'ait pas eu lieu. En revanche, la patiente reconstruction d'une amitié, lorsqu'elle est possib le – comme entre les juifs et les chrétiens, ou chez un homme où les deux versants cu lturels de l'Europe ne se livrent pas à une guerre froide –, est envisageable, pour p anser les plaies et cicatriser les blessures morales. Il est de ce point de vue compréhensible que le spe ctre de l'aventure soit étiré entre
deux pôles fort différents, selon que l'on considère l'aventure comme une robinsonnade du moi, associée aux fantasmes de l'exotisme et de l'île déserte, ou comme une patiente et difficile élaboration collective, à laq uelle même le temps d'une vie humaine ne saurait suffire. Voilà pourquoi l'aventure est t iraillée entre le jeu et le sérieux, entre l'esthétique et l'éthique. Ce qui explique égalemen t que notre auteur ne sacrifie pas aux complaisances attendues de l'éloge, où l'aventu re rimerait nécessairement avec voyage, onirisme, exotisme et bonheur. Cette aventure fantasmée, et donc jamais vécue, est une contrefaçon du désir, une attitude typiquement moderne qui dissimule mal le f ond d'angoisse et de misère existentielle, sur laquelle elle étend son voile il lusoire. Mais surtout, si c'est bel et bien la modernité qui consacre l'aventure comme ouvertur e à l'avenir, c'est en l'accompagnant du sacre de l'individu. Pour le meil leur, s'il s'agit d'égalité démocratique, mais aussi pour le pire, si l'individ ualisme dégénère en triomphe de Narcisse. C'était déjà d'une certaine façon le diag nostic d'Alexis de Tocqueville (1805-1859) dansDe la démocratie en Amérique(1835-1840). C'est aussi – dans un contexte spiritualiste sensiblement différent de l'analyse t ocquevillienne, qui est historique et politique – ce que n'ont pas manqué de dénoncer les philosophes français de la génération antérieure à celle de Jankélévitch, qui, pour sa part, écrivait à son ami philosophe Louis Beauduc : « Comme ils sont odieux […] ces gens qui sont hypnotisés par leur propre moi, par Leurs voyages, par Leur sa nté, […] parL e u rsprécieuses tripes. » C'est en 1924 que Jankélévitch rédige cette lettre. Il a vingt et un an. Sa vie durant, il invitera à se méfier de cette complaisance, et de l 'aventurisme d'esthète dont elle se pare, pour rappeler qu'il y a dans l'aventure véritable une grandeur de nature morale. Si elle ne sacrifie pas la dimension esthétique, cette dimension éthique est ce qui fait toute la valeur de l'aventure, qui n'est pas une av enture en solitaire. Jankélévitch n'a pas de mots assez durs pour railler la « philautie » de l'aventurier, c'est-à-dire l'amour (philos, en grec) propre (autos) de l'homme en mal de sensations fortes, du touris te en mal d'exotisme ou encore du colon aux bonnes intent ions (évangéliques ou civilisatrices), dont l'enfer est pavé. De l'aventure fantasmée par les touristes et les av enturiers du dimanche, il ne sera pas plus question ici que de l'aventure des profess ionnels du voyage, de ceux qui font de l'aventure un métier. Le ton ne sera donc ni cel ui de l'ode à l'aventure, ni celui du sonnet élégiaque – «Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage(Du Bellay, » Les Regretsmaine. La soif de) –, ni celui de la condamnation de la curiosité hu connaître,libido sciendiale de, ne mène à rien d'autre que la mort : c'est la mor l'histoire d'Ulysse, chez Dante, qui fait mourir Ul ysse, suggérant que l'aventure est condamnable, ainsi que le rappelle notre auteur. Qu oiqu'il apprécie les moralistes, il n'entre aucunement dans les intentions de Jankélévi tch de se faire procureur. S'il est question de la valeur de l'aventure, ce n' est pas en se fondant surles aventuresplus ou moins romanesques et rocambolesques de la littérature et de la vie – qui sur ce point s'imitent l'une l'autre – qu'ell e pourra être établie, mais sur les manières d'être qu'impliquel'aventurea, dont il faut conserver le singulier pour saisir l singularité. Il est donc compréhensible que Jankélé vitch ne l'étudie pas comme un fait objectif, mais comme une expérience vécue qui revêt différentes formes, et dont on peut suivre, à condition d'en percevoir déjà la man ifestation primitive, les différents types, en vertu d'une analysemorphologique, qui met en évidence des formes-types (morphè, en grec).
Quelleaventure?L'approchemorphologique