La Curée

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« Dans l’histoire naturelle et sociale du Second Empire, La Curée est la note de l’or et de la chair. » C’est par ces mots que Zola annonce en 1871 le premier grand roman parisien de la série des Rougon-Macquart. En digne successeur de Balzac, il allie ici avec brio la satire et le récit, le tableau de moeurs et le drame, la fiction et une analyse socio-politique acérée du capitalisme conquérant. À travers l’histoire du couple formé par Saccard, le spéculateur frénétique, et Renée, la grande bourgeoise blasée, dans le Paris nouveau, bouleversé par les travaux d’Haussmann, le romancier dévoile les ressorts de la société moderne, qui est encore et toujours la nôtre.
Publié le : mercredi 18 mars 2015
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EAN13 : 9782081361027
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La Curée
Professeur de chaire supérieure au lycée Montaigne de Bordeaux, FrançoisMarie Mourad est spécialiste de Zola et du naturalisme. Il a édité, dans la collection GFFlammarion,Le Roman expéri mental(2006), lesContes et nouvelles(2 vol., 2008) etMes Haines (2012) de Zola.
© Flammarion, Paris, 2015. ISBN : 9782081255777
La
ZOLA
Curée
PRÉSENTATION NOTES DOSSIER CHRONOLOGIE BIBLIOGRAPHIE par FrançoisMarie Mourad
GF Flammarion
TABLE DES ABRÉVIATIONS
Corr.Émile Zola,Correspondance, dir. Bard H. Bakker, MontréalParis, Les Presses de l’université de Montréal / Éditions du CNRS, 19781995, 10 tomes. FRM La Fabrique des RougonMacquart : édition des dossiers préparatoires, t. I, éd. Colette Becker, Champion, 2003. OCÉmile Zola,uvres complètes, dir. Henri Mitte rand, Cercle du livre précieux, 19661970, 15 tomes.
P r é s e n t a t i o n
Peu ou mal lu à sa parution, puis évalué du vivant de Zola à l’aune des autresRougonMacquart,La Curée, deuxième volume de l’Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, est au fil du temps devenu l’un des fleurons de cette série. Ce roman, qui recueille toujours plus de suffrages, étonne, empoigne, séduit les néophytes, réjouit les connaisseurs : moins noir, diton, queL’AssommoirouGerminal, aussi mythographique queNana, satirique à l’envi commePotBouille, plus exu bérant queL’Argent, dont il est le prologue, il s’est non seulement imposé comme chefd’uvre autonome sans souffrir de ces comparaisons, mais encore fautil rappeler qu’il est premier dans cet ordre d’excellence. 1 La Fortune des Rougon, qui le précède de peu , pose les fondations du grand ensemble, lui assigne ses origines mais, de l’extension épique de son titre, ne met en place que des indices, des prémonitions. L’histoire des premiers Rougon en leur souspréfecture se ressent de la mesqui nerie des scènes de la vie de province que Balzac s’était déjà complu à décrire. Plassans, le vase clos paradoxal où se commettent impunément des crimes inédits, préfi gure, avec ses deux syllabes équivoques, la sournoise alliance du drame et de la bassesse. Du Midi, la province réputée la plus lointaine, ne pouvaient parvenir que des
1. Zola s’est attelé à la préparation deLa Curéeen 1869, année de parution deL’Éducation sentimentalede Flaubert, avant même d’avoir terminé la rédaction deLa Fortune des Rougon.
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échos étouffés. Le premier épisode de la saga, son com mencement, l’ouverture en grand, c’est bienLa Curée, qui met en scène, avec « une exactitude extrême et un 1 relief saisissant », le « débordement des appétits » de la deuxième génération d’une famille partie à l’« assaut des 2 hauteurs de la société », cette fois au cur même de Paris, la « capitale du monde » (p. 80), qui est aussi « le mauvais lieu de l’Europe » (p. 112). Après l’art des pré parations, celui des déchaînements. La « farce misé 3 rable » et l’escamotage du pouvoir joués lors du coup d’État du 2 Décembre n’étaient qu’un prélude à « la ter 4 rible comédie des vols contemporains », au « tohubohu féerique » puis au « détraquement » (p. 218 et 297) géné ralisé, toutes expressions contrastées par lesquelles Zola dit à quel point la littérature fut concurrencée par le réel frénétique d’une époque tragicomique. Le pari de la carnavalisation de tous les genres, du dire, de l’écrire, de l’être et du paraître, a été rigoureusement tenu par un écrivain qui entre ainsi de plainpied dans la grande tradition du roman pluriel. L’enchevêtrement des perspectives est tel qu’il a d’abord désarçonné les contemporains, du moins ceux qui s’intéressaient à « l’enquête universelle que l’esprit moderne [incarné par 5 Balzac] ouvrait sur les choses et sur les êtres », et cette totalité complexe continue de désorienter la critique.La Curée;est réputée allégorique, féerique, mythologique elle serait le parangon du roman historiqueetune uvre
1. Lettre du 27 mai 1870 à Louis Ulbach,Corr.II, p. 218. 2. Premier plan remis à l’éditeur Lacroix, inFRM, p. 330. 3. On se souvient de la formule célèbre sur la répétition dans l’histoire, rappelée par Marx au début du18 Brumaire de Louis Bonaparte: « Hegel note quelque part que tous les grands événements et person nages historiques surviennent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : une fois comme grande tragédie et la fois d’après comme misérable farce » (Les Luttes de classes en France, trad. Maximilien Rubel, Gallimard, « Folio Histoire », 2007, p. 175). 4. Brouillon de contrat entre Zola et l’éditeur Lacroix (7 avril 1869), BNF, Ms, NAF 10 303, f° 54. 5. Émile Zola,Les Romanciers naturalistes[1881], inOCXI, p. 36.
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symbolique ou un pamphlet généralisé, un grand 1 roman de murs ; « la note de l’or et de la chair », bien sûr, voire une symphonie ; une galerie de tableaux dra matiques, un spécimen de la littérature d’avantgarde et la préfiguration du décadentisme, sans oublier, y compris pour ceux qui s’en chagrinent, son affiliation au naturalisme. Quoi qu’il en soit, avec cette « uvre d’art et de 2 science », Zola a indéniablement réussi à produire une grande synthèse littéraire des modèles, des types, des 3 styles, et plus encore leurcurée, dans une perspective d’assimilation exemplaire, de représentation consciente et virtuose, pour faire valoir, en ce dialogue inspiré avec de grands prédécesseurs, nommés ou pas  Racine, Hugo, Balzac, Flaubert, voire Baudelaire , un nom propre au delà de tous les noms communs qui préoccupent la critique.
UN LIVRE DE COMBAT
À l’instar des formules chocs qui ont accompagné en 1871 le lancement deLa Curée, cette « plante malsaine 4 poussée sur le fumier impérial », l’abondant discours que l’écrivain a immédiatement produit pour justifier son uvre, dans une dialectique oscillant de l’implication à l’explication et de l’analyse à la diatribe, autorisait par avance un conflit des interprétations. L’avanttexte et le paratexte de ses romans ne sont pas des espaces clos. Ils se signalent même par un dialogisme intense et prospec tif : non seulement « le discours rencontre le discours
1. Lettre ouverte à Louis Ulbach, parue dansLa Clochele 6 novembre 1871, en réponse à l’arrêt de la prépublication du roman (voir Dossier, 4),Corr.II, p. 304. 2. Préface du 15 novembre 1871 (voir Dossier, 4). 3. Sur le titre, voir Dossier, 3. 4. Lettre du 6 novembre 1871 à Louis Ulbach,ibid.
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1 d’autrui sur tous les chemins qui mènent à son objet », pour l’assimiler ou le mettre en perspective, mais il l’anti cipe et le réclame. À cet égard, la lucidité de Zola s’accommode d’une conception pragmatique, libérale et ouverte de la réception de ses romans, tout au moins avant que de grandes campagnes à son encontre ne s’ingénient à manier l’insulte et la caricature, à partir du succès colossal deL’Assommoir(1877). Au début de sa carrière, alors qu’il est en quête de visibilité, on voit l’homme de lettres moins regardant sur la pertinence des commentaires qu’il suscite. Mais la circulation des quali fications les plus diverses au sein d’une stratégie poético médiatique exemplaire et retorse a engendré des méprises et des confusions.La Curée, présentée comme un « livre de combat », est aussi « l’inceste grandi dans le terreau 2 des millions » et une « nouvellePhèdre» : la liste des slogans a de quoi dérouter ! Expert en communication culturelle, formé à l’école de l’édition moderne, Zola sait que l’essentiel en la matière est toujours que l’on entende parler d’un livre qui vient de paraître, même si c’est à 3 tort et à travers. « Très friand de publicité », il a favo risé, pour chacune de ses publications, la recension à chaud et la critique à la volée, à défaut des études plus attentives qu’il espérait mais qui lui seront toujours comptées. La nouveauté deLa Curéea souffert de ce brouillage de la réception. D’autres aléas sont encore venus compromettre non seulement lalisibilitémais aussi lavisibilitéde ce texte, aujourd’hui célébré, en son temps ignoré, ce qui ne laisse pas de surprendre. Il faut d’abord rappeler comment se traitaient les ques tions politiques à l’époque, puisque Zola revendique
1. Tzvetan Todorov,Mikhaïl Bakhtine, le principe dialogique, Seuil, 1981, p. 98. 2. Toutes ces dénominations figurent à quelques phrases de distance dans la lettre à Louis Ulbach,op. cit. 3. Lettre du 30 mars 1865 à Octave Lacroix,Corr.I, p. 407.
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