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Jeu d'Adam (anonyme)

de encyclopaedia-universalis77419

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Extrait


Préface

Le Jeu d’Adam est une œuvre remarquable à plusieurs égards. Datant du XIIe siècle, cette composition aux nombreux traits anglo-normands est la plus ancienne composition théâtrale européenne – avec le Auto de los Reyes Magos espagnol – dont tout le dialogue soit en vernaculaire. Mais, et c’est sans doute là le plus important, le Jeu d’Adam est une incontestable réussite littéraire. Aussi est-il un véritable classique de la littérature française médiévale, cité dans toutes les histoires du théâtre et l’objet d’un grand nombre de travaux. Pourtant cette œuvre n’est pas véritablement connue du grand public. La raison en est que, jusque très récemment, les seules éditions sur le marché, dues à Paul Aebischer (Droz, 1964) et à Willem Noomen (Champion, 1971), étaient des éditions critiques traditionnelles qui n’offraient que le texte en ancien français[1]. Or de nos jours, comme le montre le développement de collections bilingues de textes médiévaux, les étudiants des universités – et le grand public cultivé – ont besoin d’une traduction pour les aider dans la lecture de l’original. Une telle édition a enfin paru en 2012, par les soins de Véronique Dominguez. Si notre édition s’y apparente par son caractère bilingue, elle en diffère sur plusieurs points importants d’interprétation. En voici les plus importants.

Ce que nous savons des pratiques festives des chapitres des grandes églises séculières nous a amené à croire que le Jeu d’Adam provenait d’un tel établissement : la composition appartenait vraisemblablement au répertoire d’une église cathédrale ou une importante collégiale. En revanche V. Dominguez penche pour une origine monastique. Pour ce qui est des nombreuses irrégularités métriques, nous croyons qu’une grande partie d’entre elles résulte de modifications apportées par les acteurs ; d’après le témoignage remarquable du Jeu d’Adam, texte joué, il apparaît que les acteurs médiévaux, tout comme ceux de notre temps, n’hésitaient pas à retoucher leurs répliques. V. Dominguez, quant à elle, croit que ces irrégularités remontent à l’auteur. En ce qui concerne le rapport entre les textes latins de la composition – les répons liturgiques – et le texte vernaculaire, V. Dominguez accepte l’interprétation traditionnelle qui voit dans le texte français la farciture des répons. Or une analyse plus précise des textes latin et français nous a amené à rejeter cette interprétation : selon nous les répons ont été ajoutés dans un second temps au texte français qui n’en dérive nullement. Tous ces points sont développés plus loin dans notre introduction.

Deux études enrichissent considérablement cette introduction. L’analyse détaillée de la langue de la composition, due à Catherine Bougy, revient sur la question de son origine linguistique et remet en question l’interprétation, devenue traditionnelle, qui y voit une composition insulaire[2]. En réalité le Jeu d’Adam est probablement une œuvre continentale dont les traits anglo-normands sont apparus lors de sa transmission. La deuxième étude, l’analyse des répons par Andrea Recek, présente l’usage liturgique de ces textes et permet de mieux cerner le milieu ecclésiastique auquel appartenait l’auteur[3].
Nous espérons que, grâce à son caractère bilingue et la richesse de l’introduction, cette édition permettra l’accès d’un plus large public à cette œuvre majeure du répertoire français du Moyen Âge.


1. Paradoxalement le public étranger a été mieux servi que le lectorat français puisqu’il existe des éditions bilingues anglaise (Odenkirchen, 1976 ; van Emden, 1999), espagnole (Redoli Morales, 1994) et italienne (Barillari, 2010).

2. Les renvois à cette étude se feront par l’abréviation Langue. Le dernier travail en date sur le sujet remontait à Studer dans son édition de 1918.

3. Les renvois à cette étude se feront par l’abréviation Répons