Le tableau d’église

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Publié le : mardi 18 février 2014
Lecture(s) : 35
EAN13 : 9782368419540
Nombre de pages : 242
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ISBN Epub : 9782368419540
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LISTE DES TITRES
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ARVENSA EDITIONS NOTE DE L’ÉDITEUR
LE TABLEAU D’ÉGLISE
ANNEXES BIOGRAPHIE D'ALFRED DE MUSSET : SA VIE ET SES OEUVRES.
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Alfred de Musset : Oeuvres complètes MÉLANGES DE LITTÉRATURE ET DE CRITIQUE Retour à la liste des titres
LE TABLEAU D’ÉGLISE
La ville était au pillage. Je pénétrai dans une église au coucher du soleil, le jour où le canon cessa de se faire entendre. Je cherchais un endroit où je pusse me délasser, me sentant très-abattu ; ainsi, jugeant, par le silence qui régnait dans la nef, que l’église était déserte, je m’avançai précipitamment. Tu le sais, Henri, ce n'est pas pour moi que sont faites les lâches terreurs dont au premier abord sont saisis ces hommes... Mais pourquoi te parler d'eux ? Ni la triste solennité des monuments, ni l'obscurité de la nuit n'agissent sur ton âme ; ce monde invisible que le vulgaire entrevoit dans les ténèbres n'est qu'un songe à tes yeux, ô mon ami ! — Je marchai sous les profondeurs des voûtes, et ne m’arrêtai qu'à une petite chapelle qui me semblait favorable à mon dessein ; car, dans ce moment, le besoin de repos se faisait sentir avec force. A tout instant je fermais les yeux malgré moi. Toutefois mon sang se ralluma à la vue d'une certaine toile que 'aperçus. « Périssez, périssez, misérables ornements, fils des temps qui ne sont plus ! Écroule-toi, édifice vermoulu des superstitions ; le soleil qui meurt t'emporte avec lui, celui qui naîtra demain refusera de t'éclairer. » Ainsi m’écriai-je dans ma fureur, tandis qu'au moyen d'une épée que j’avais à la main, je précipitais à terre un tableau à demi-brisé I Les signes consacrés étaient épars sur les dalles, mais la colère qui me transportait était
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parvenue à son comble. Cependant lorsque le démon fut apaisé, je demeurai frappé d'étonnement d'avoir ainsi agi, seul et sans aucun motif. Le jour, qui pénétrait faiblement à travers les vitraux peints de diverses couleurs, s'enfuyait avec rapidité. Appuyé sur un pilier qui servait de soutien à la voûte, je résolus d'attendre le sommeil. Peu à peu le sang se calma ; cette espèce d'engourdissement qui précède la perte de la réflexion s'empara de mon être ; les objets, déjà incertains, parurent flotter dans l'espace. En ce moment, ma tête s'abaissa naturellement vers la terre, et mes regards, à demi voilés, se portèrent sur le tableau étendu devant moi... J'ignore combien de temps je demeurai les yeux ainsi fixés sur cette toile où je ne distinguais rien ; comment l'attention se réveilla peu à peu avant de s'éteindre entièrement, c'est ce que je ne puis non plus m’expliquer. Une large ouverture avait séparé la toile du cadre, et plusieurs coups d'épée l'avaient fendue. Cependant un dernier rayon de soleil qui glissa sur la surface, et qui fut peut-être cause de la réflexion que je fis, me montra que le sujet traité par l'artiste était unNoli me tangere. C'était évidemment l'ouvrage d'un Romain ; mais je crus reconnaître qu'il n'était pas du bon temps, bien qu'il fût assez ancien, à en juger par la manière dont les parties obscures s'étaient rembrunies. Une certaine affectation de vigueur, et comme une recherche apprêtée du grandiose, annonçaient en même temps que le peintre n'était pas éloigné de cette école qui voulut puiser aux deux sources. La tête du Christ attira d'abord mes regards, et je ne fus pas longtemps à me convaincre qu'elle était l'oeuvre d'un génie original et novateur. Les linéaments n'en étaient pas très-déliés et ne cherchaient même pas à imiter sous ce rapport les compositions délicates de Raphaël ; mais un sentiment de tristesse profond me parut y dominer. Comme je te l'ai dit, le peintre avait puisé aux deux sources ; ainsi, les draperies annonçaient le style de Rome, tandis que sur les traits du visage il avait fait flotter les ombres du Vinci ; et tout le reste dans ce goût... Mais pourquoi t'en dirais-je davantage sur ce sujet ? il te suffira de savoir qu'insensiblement le sommeil reprit son empire, et que je tombai tout à fait sans connaissance. Mais, chose assez singulière, il me semblait en dormant que j'étais resté les yeux ouverts, et que je n'avais pas cessé de les fixer sur le tableau, en sorte que, par une réflexion machinale, je continuai de l'examiner. Rien ne se fit sentir pendant les premiers moments ; mais,
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peu à peu (probablement le sommeil devenant plus profond), je crus voir de nouveau la lumière éclairer la surface polie de la toile. Alors je pus plonger avidement jusque dans l’âme des personnages : de grandes beautés se révélèrent à moi, et un certain regard que l’artiste avait su donner à son Christ me ravit par-dessus tout. Il était debout et étendait une main de mon côté, tandis que de l'autre il retenait les plis de son manteau ; la suppliante était immobile à ses pieds. Il me sembla tout à coup que les traits de son visage s'éclairaient bien plus que tout le reste du tableau, qui demeurait dans les ténèbres ; et bientôt toute sa personne devint si lumineuse que je crus qu'elle était sortie de sa prison de bois. Poussé par une force invisible, je m’avançai vers lui et je touchai sa main ; elle saisit doucement la mienne, et aussitôt une mélancolie profonde, semblable à celle qu'il éprouvait, me pénétra jusqu'au coeur. Quel sentiment de pitié et de douleur m’inspiraient les blessures terribles dont son corps était diapré ! Il me les fit toucher avec un sourire, et le sang vermeil qui en dégouttait sur ses membres plus blancs que l’ivoire commença à rougir la terre. Alors une partie de mon propre sang voulut s'élancer de mon coeur et se mêler au sien ; un second mouvement me rapprocha de lui. « Jésus ! Jésus ! m’écriai-je, sommes-nous frères ? Oui, tu es sorti comme moi des entrailles d'une femme... » Un sourire plus doux et plus triste encore que le premier fut sa seule réponse ; un inexprimable regret me saisit. « T'aurais-je méconnu ? » Une étincelle électrique qui s'échappa de sa main me traversa rapidement. Ainsi consterné, je retombai dans les ténèbres ; alors sa voix se fit entendre à mon oreille : « Méconnu !... non pas par toi... Si le prix des souffrances est éternel... si la vie de l’homme est le sang de ses veines... songe à la nuit du Golgotha... — Oui ! m’écriai-je d'une voix étouffée ; ô nuit ! ô nuit terrible où tu vis qu’il fallait mourir ! Et s’il est vrai que le doute... » Je m’éveillai en prononçant ces paroles. Elles retentissaient encore de tous côtés sous les voûtes profondes qui m’entouraient ; ainsi le souvenir de cette vision resta gravé dans mon esprit. « Hommes, méprisables créatures, pensai-je, tandis qu'enveloppant sous mon manteau l'image terrible, je m’éloignais lentement, c'est votre souffle empoisonné qui a détruit et annulé l'ouvrage de cette créature céleste. Même en voulant le servir, c'est vous qui l'avez renversé. Du trône radieux où il s'était assis à la droite de son père, vous l'avez précipité sur la fange où s'agitent les ombres humaines. Comment le plus précieux des
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métaux est-il devenu plus vil que le plomb ? Des milliers d'anges tombent des plaines célestes ; c'en est fait, ô Christ ! ton ouvrage est détruit. « Ainsi le sang des martyrs qui s'est séché dans les flammes, tant de soupirs, tant de plaintes, tant de larmes, tout est perdu ! Qui oserait placer la première pierre d'un autre édifice sur les ruines de celui-ci ? Tout est perdu pour l'éternité ! « La superstition, cette vieille chaîne si souvent redorée qui traînait les peuples derrière le char des souverains, s'est brisée tout à coup. L'homme ne veut plus pour guide que ces lois indestructibles jetées dans le monde comme des semences divines, et plus vieilles que lui. O Christ ! ô Christ ! quelle main cependant, même après avoir détruit tes oeuvres, osera s'avancer jusqu'à toi ? Qui t'arrachera l’auréole de feu achetée au prix de la couronne d'épines ? Lorsque, debout sur les confins de deux siècles, et rejetant les débris corrompus du vieil univers, tu rajeunissais la face du monde, as-tu jamais pensé qu'un jour... O céleste imposteur ! quand on cessera de t'appeler le premier des dieux, quel rang te restera parmi les hommes ? » Ainsi réfléchissant, je regagnai ma demeure ; mais la même pensée ne cessa point de me poursuivre. Méconnu !...à mon oreille la voix harmonieuse... Lorsque je murmurait revis cette toile, mes larmes coulèrent malgré moi ! « Que l’être dont la raison se révolta le plus souvent contre la superstition humaine pleure donc sur ta chute, ô Christ ! que ses larmes se mêlent à celles de ta mère au pied de la croix sanglante ! « Ta mère !,.. Elle ne voulut point croire à ta divinité ; elle rejetait le dieu qui la privait de son fils. N'est-ce pas le fils du charpentier Joseph ? disait-elle, et voilà ses frères... Et cependant tu marchais, tu t'avançais sur le sable des mers ; et les pêcheurs suivaient la trace de tes pas. « Mais lorsque tu t'arrêtas sur la montagne, et que tu vis qu'un peuple te suivait, quelles paroles sortirent de ta bouche ! La foule y répondit en t’appelant roi. — Roi ! pensas-tu, non pas, mais dieu. — Il en fallait un au monde ; et jusqu'à toi que d'insensés avaient essayé de mettre des idoles sur les autels déserts ! Pieds nus, tu montas sur les trépieds d'or, et tu donnas un dieu pauvre à cet univers gorgé de richesses. O Christ ! le vieil Olympe en tressaillit au Capitole ; tu vis que ton manteau de bure ne te garantissait pas des pierres de Jérusalem ; tu découvris ta poitrine, et lorsque de larges blessures l'eurent ouverte, tu montas sur la croix...
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« Mais là... mais là... oh ! si au fond de ton âme, si dans les derniers et secrets replis de ta pensée, le Doute, le Doute terrible... si toi-même tu ne croyais pas à cette immortalité que tu prêchais ; si l'homme, l'homme criait alors en toi !... Et pas un être au monde ne savait ta pensée... Jamais, lorsque tu marchais sur cette terre, ignorant si tu serais tout ou rien, tu ne versas dans une âme humaine ce qui accablait ton âme divine... Et dans cette nuit terrible des Oliviers, oh ! devant qui t'agenouillas-tu ? Qui l'a su ? qui le saura jamais ?... quoi ! pas un être !... » A cette parole je m’arrêtai. La voix harmonieuse avait glissé dans les airs ; une douce mélodie se fit sentir à mon oreille, et j'entendis chuchoter : Maria Magdalena ! 1830.
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