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Mangeront-ils ?

De
176 pages
Une vieille femme, réputée pour être une sorcière, fait croire à un roi féroce et superstitieux que son destin est lié à celui d'un de ses sujets, Aïrolo, un voleur épris de liberté. Fanfaron et rebelle, Aïrolo est à la fois héroïque et bouffon : "Le prince est la médaille, et je suis le revers". La rencontre de ces deux êtres que tout oppose produit une comédie carnavalesque, drôle, touchante et profonde, où la plus grande liberté se met au service d’un amour heureux mais menacé.
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couverture

COLLECTION
FOLIO CLASSIQUE

Victor Hugo

Mangeront-ils ?

Édition présentée, établie et annotée
par Arnaud Laster

Gallimard

PRÉFACE

Le Théâtre en liberté

« Disons-le hardiment. Le temps en est venu, et il serait étrange qu’à cette époque, la liberté, comme la lumière, pénétrât partout, excepté dans ce qu’il y a de plus nativement libre au monde, les choses de la pensée. Mettons le marteau dans les théories, les poétiques et les systèmes. […] Il n’y a ni règles, ni modèles », voilà ce qu’on pouvait lire dès 1827 sous la plume de Victor Hugo, dans la préface de Cromwell. Et plutôt deux fois qu’une, car, avant d’entretenir plus particulièrement de son ouvrage le lecteur, il rappelait, comme pour éviter tout malentendu, que ce qu’il venait de plaider, c’était « la liberté de l’art contre le despotisme des systèmes, des codes et des règles ».

La préface d’Hernani, en février 1830, marque un nouveau pas dans cette revendication de la liberté, d’autant plus vive qu’elle succède à un acte de censure émanant du pouvoir, l’interdiction de Marion de Lorme : « La liberté dans l’art, la liberté dans la société, voilà le double but auquel doivent tendre d’un même pas tous les esprits conséquents et logiques ; […] la liberté littéraire est fille de la liberté politique. » La bataille d’Hernani, dans le temple du classicisme qu’est le Théâtre-Français, est plutôt un succès, qui se prolonge politiquement par la chute de la monarchie absolue.

La révolution de juillet 1830 entraîne l’abolition de la censure et permet la représentation de Marion de Lorme ; mais la censure du lendemain prend sa revanche, dès 1832, en suspendant puis en interdisant Le roi s’amuse, après la première du nouveau drame. Au théâtre de la Porte-Saint-Martin, Hugo est moins entravé et ses pièces, Lucrèce Borgia et Marie Tudor, bien que controversées par la critique, surtout la seconde, trouvent, en 1833, un public favorable. Hugo voudrait conquérir aussi celui du Théâtre-Français mais là, il doit transiger, et renoncer, en 1835, à tout un acte d’Angelo, tyran de Padoue, triomphe du « grotesque » qui lui est si cher. Trois ans plus tard, il retrouve ses aises dans un nouveau théâtre, celui de la Renaissance, auquel il donne Ruy Blas. L’accueil est nettement plus défavorable au Théâtre-Français, en 1843, pour une tentative de drame épique, Les Burgraves, au point qu’il passe pour un échec.

Comme cette dernière création précède de peu la mort de sa fille Léopoldine, à la suite de laquelle Hugo cesse de publier de nouvelles œuvres pendant plusieurs années, et comme on ne jouera à peu près plus, de son vivant, de nouvelles pièces de lui, une confusion s’établit dans la mémoire collective et l’on ne va cesser de prétendre que l’auteur a renoncé purement et simplement au théâtre.

L’histoire est tout autre. Il serait bien plus exact d’écrire que Hugo renonce, après 1843 et pendant plusieurs années, à publier de nouvelles œuvres, dans quelque genre que ce soit ; qu’il donne la priorité à l’activité politique et que celle-ci le ramènera à la littérature – d’abord clandestine –, par l’intermédiaire du pamphlet, Napoléon-le-Petit, puis de la poésie satirique (Châtiments). À condition de ne pas oublier cependant le roman auquel il travaille dans les dernières années de la monarchie de Juillet, lorsqu’il désespère de faire prendre conscience de la misère à la Chambre des Pairs.

Banni pour sa participation au premier rang de la résistance contre le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Hugo voit les scènes françaises se fermer à son répertoire. Il ne rentrera dans le circuit de l’édition et de la diffusion autorisées qu’en 1856, par un recueil poétique : Les Contemplations.

Hugo aurait donc pu faire son deuil du théâtre. En fait, il n’a jamais renoncé à en écrire, à défaut de pouvoir en faire jouer. Ce furent pendant ces années 1843-1856 d’innombrables fragments, en attente d’une organisation éventuelle, sous des titres fédérateurs. Et dès que se rouvre un temps de publications littéraires, le théâtre se retrouve à l’horizon de sa production.

Le fidèle Auguste Vacquerie, qui partage l’exil de Hugo, écrit, dans une lettre à son neveu Ernest Lefèvre, datée d’avril 1856 et publiée, l’année suivante, à la fin de Profils et grimaces : « Sais-tu ce que j’ai lu cette année ? En fait de roman, Les Misérables ; en fait de poème, Dieu, La Fin de Satan, Les Petites Épopées ; en drame, Homo, Le Théâtre en liberté, Les Drames de l’invisible ; en lyrisme, Les Contemplations et Les Chansons des rues et des bois ; en philosophie, un livre que vingt-cinq ans de méditations n’ont pas encore achevé et qui s’appellera : Essai d’explication ; j’ai pour bibliothèque les manuscrits de Victor Hugo ! […] Tu auras Les Contemplations la semaine prochaine… » On voit que le drame s’inscrit en bonne position dans cet inventaire, qui est plutôt un programme car aucune de ces œuvres, sauf celle dont la publication est imminente, n’est achevée. Mais Vacquerie n’invente rien : tous ces titres se retrouveront sur des manuscrits, voire sur des livres – fussent-ils posthumes – de Hugo. Là où il fabule, c’est en laissant entendre un état d’avancement très exagéré par rapport à la réalité, car derrière plusieurs de ces titres, à cette date, il n’y a guère plus que des projets. C’est notamment le cas pour les drames, si l’on s’avise qu’une seule des pièces du futur Théâtre en liberté, La Forêt mouillée, est écrite et que les deux autres titres ne verront jamais le jour autrement qu’en tête de fragments posthumes.

La genèse du Théâtre en liberté a connu un chemin tortueux*1. Le projet de publication d’un recueil de pièces se fait jour à plusieurs reprises depuis décembre 1866 dans les écrits privés de Hugo – sa correspondance, ses manuscrits et les prospectus qu’il esquisse de l’ouvrage à venir en témoignent – ainsi que sous forme d’annonce publique sur la couverture d’autres œuvres de lui qui paraissent. Parfois il envisage une publication « par livraisons successives » ou « par séries » (selon la formule adoptée pour La Légende des siècles) avec un titre spécial pour chaque volume (ainsi « La Puissance des faibles » ou « La Victoire des Petits »). Toutefois, l’édition aussi bien que la représentation des pièces constituant l’ouvrage publié de manière posthume ont été liées non seulement à la situation historique complexe – notamment en raison de la censure – mais aussi à la priorité donnée pour certaines d’entre elles par l’auteur à une création scénique future. Une édition tronquée rassemblant seulement les pièces en vers est parue en 1886, un an après la mort de Hugo. L’édition que j’ai établie en 2002 dans la collection Folio classique correspond à un programme du Théâtre en liberté daté de 1870 : il s’agit de son état le plus avancé, le plus complet, le plus proche de ce qu’il aurait pu être si Hugo s’était décidé à le publier. Il comprend : La Forêt mouillée, La Grand’Mère, Mille francs de récompense, L’Intervention, Mangeront-ils ?, L’Épée, Les Deux Trouvailles de Gallus (« Margarita » et « Esca »), Torquemada, et en annexes deux brèves comédies (Les Gueux et Sur la lisère d’un bois) et deux monologues (celui d’un personnage nommé Gabonus et celui d’un Roi : Être aimé), qui peuvent leur être rattachés.

Si Hugo a rompu définitivement avec la tragédie au sortir de son adolescence – ce que confirme Le Théâtre en liberté, où elle n’est évoquée qu’ironiquement dans le Prologue, les contestations de la Comédie dénonçant l’artificielle distinction des genres –, il accepte de placer plusieurs de ses pièces sous l’enseigne de la comédie et il accentue la part du grotesque dans l’un des « drames » majeurs au point de rendre peu perceptible à beaucoup de spectateurs la frontière qui sépare Mille francs de récompense d’une comédie. Le plus sombre, Torquemada, est traversé de tels éclats d’ironie et d’humour noir qu’il ne peut en aucun cas faire figure de tragédie sur le modèle classique.

« Ce sont, écrit Hugo dans un projet de préface, des comédies où l’on meurt (Mangeront-ils ?), des tragédies où l’on ne meurt pas (Slagistri). » Et Juliette Drouet en a bien conscience, elle qui pour lui faire part de son admiration, après une lecture qu’il a donnée de Mangeront-ils ?, encore intitulé La Mort de la sorcière, évoque l’œuvre en ces termes, dans une lettre du 25 février 1867 : « cette triomphante pièce que tu appelles comédie et pour laquelle il faudrait trouver une rubrique nouvelle pour la distinguer de tout ce qui a été fait jusqu’à présent pour la scène*2. »

Mangeront-ils ?

« Cette comédie, note Hugo lui-même sur le manuscrit, a été commencée le 18 janvier 1867 et presque menée à fin en un mois. Divers incidents ont interrompu le travail final. Je ne l’ai terminée qu’aujourd’hui 27 avril. » En réalité, il en a lu dès les 24 et 25 février une première version à un auditoire familial et amical, va écrire encore un nouveau dénouement*3 puis emporter la copie de la pièce en voyage et ne rédigera qu’à l’automne le dénouement définitif.

La pièce met en scène un couple amoureux persécuté par un roi, féroce et superstitieux, auquel une femme centenaire et réputée sorcière fait croire que son destin est lié à celui d’un de ses sujets, Aïrolo, voleur épris de liberté, qu’elle espère sauver ainsi de la potence. René Journet et Guy Robert, auxquels nous devons une précieuse édition critique publiée en 1970, rapprochent cette situation d’un épisode du Quentin Durward de Walter Scott ; l’astrologue Galeotti, sur le point d’être pendu par ordre de Louis XI et le sachant, répond au roi qui lui demande de prévoir quand il mourra : « Tout ce que je puis dire avec certitude de mon trépas, sire, c’est qu’il doit précéder de vingt-quatre heures celui de votre majesté » ; ce qui le sauve. Jeune critique de La Muse française, Hugo rapproche, en 1823, « l’expédient ingénieux » attribué à Galeotti de celui qu’avait imaginé « quelque mille ans auparavant […] un philosophe que voulait mettre à mort Denys de Syracuse ». Se documentant pour Notre-Dame de Paris, il le retrouvera, attribué par Commynes et Pierre Mathieu, au médecin de Louis XI, Coictier, prédisant au roi que, s’il le chassait, il ne vivrait pas huit jours.

Son héros, Aïrolo, dont le nom rappelle celui d’Ariel, esprit de l’air dans La Tempête de Shakespeare, est aussi à sa manière un Homme qui Rit – Hugo rédige en parallèle le roman et la pièce. « Je suis le néant, gai. Supposez une chose / Qui n’est pas, et qui rit ; c’est moi », dit Aïrolo de lui-même. Ce pourrait bien être, de temps en temps, et même de plus en plus, le sentiment de Hugo. Mme Hugo rapporte qu’à quatorze ans il aurait écrit sur un cahier d’écolier : « Je serai Chateaubriand ou rien. » Qu’il l’ait écrit ou non importe peu, il a bien essayé de l’être, ce Chateaubriand, écrivain et homme politique, puis il en a compris la vanité comme celle de toute gloire. Alors il a choisi, ou accepté, d’être « rien », une « chose publique*4 », la république. Contre le tyran. Contre sa loi, et donc, comme jadis son parrain Lahorie, comme dans son théâtre Aïrolo, hors la loi. Et cela l’a conduit dans une île, lieu d’asile, pas à l’abri des espions, lieu d’enfermement possible, mais où il peut parler et écrire en toute liberté. Libre comme l’air, libre comme le vent.

ARNAUD LASTER

*1. Pour les différentes étapes de cette genèse, nous renvoyons à notre préface de l’édition intégrale du Théâtre en liberté (Folio classique no 3672).

*2. B.n.F., N.a.f. 16388 (transcription communiquée par Gérard Pouchain).

*3. On peut lire dans notre édition en Folio classique du Théâtre en liberté le dénouement à la date du 27 avril, p. 939 à 952, et l’ébauche du définitif, p. 953 à 963.

*4. Œuvres complètes, éd. chronologique, « Carnet », 27 novembre 1870, t. XVI, Le Club français du livre, 1970, p. 644.

MANGERONT-ILS ?

Comédie

PERSONNAGES

LADY JANET.

LORD SLADA.

LE ROI DE MAN.

MESS TITYRUS, flûtiste lauréat1.

AÏROLO2.

ZINEB3.

LE CONNÉTABLE DE L’ÎLE.

LE CAPITAINE ARCHER.

PREMIER VALET.

DEUXIÈME VALET.

COURTISANS. ARCHERS. MUSICIENS. VALETS. UN MOINE.

 

 

La scène est dans l’île de Man4.

ACTE PREMIER

LA SORCIÈRE

La ruine d’un cloître dans une forêt.

Une masure colossale aussi composée de troncs d’arbres que de pans de mur. Pierres et racines mêlées. Écroulement et broussaille. Ensemble de bâtisse et de végétation, crevassé çà et là de portes rongées et de fenêtres égueulées, peu distinctes de la vaste et informe claire-voie des branches. À droite, une chapelle ouverte, surmontée d’une croix, et entourée de tombes. Parmi les tombes, droite sur un socle, une statue de saint. En avant de la chapelle, un porche obstrué de branchages faisant une sorte de cellule. Ce porche étant une arche, on peut y entrer de deux côtés, soit par devant, soit par derrière. La végétation le couvre au point d’en cacher à peu près l’intérieur. À gauche, un massif de hauts arbustes, en avant duquel le cintre surbaissé d’une tombe détruite offre un deuxième enfoncement de moindre hauteur, également couvert de ronces. Autour de la ruine, un mur bas, croulant, aisé à enjamber, plutôt parapet que muraille.

Au-delà de cette enceinte, au premier plan, la forêt. Au fond, la mer.

À la décroissance des cimes des arbres, et à l’élévation de l’horizon de mer, on sent qu’on est sur une hauteur.

Près de la chapelle, une brèche étroite dans le mur, ne pouvant donner passage qu’à une personne à la fois, s’ouvre sur un escalier de pierres brutes qui semble s’enfoncer dans un précipice et descendre vers la mer.

SCÈNE PREMIÈRE

ZINEB

Une vieille femme marche péniblement en dehors du parapet. On voit le haut de son corps. Elle est vêtue d’un sac et d’un voile en guenilles. Elle a dans ses cheveux gris bizarrement rattachés des pièces de monnaie qui brillent, et, dans les tresses en désordre, une plume nouée qui semble couleur de feu.

 

ZINEB

J’ai cent ans. Le moment est venu de mourir.

Pensive et accoudée au parapet.

Cent ans.

Elle détache de sa coiffure la plume et la considère.

Cent ans.Ce talisman ne peut me secourir

Désormais.

Elle replace la plume dans ses cheveux.

Désormais.J’ai fini ma tâche. Allons au gîte.

Elle se met en marche lentement. Elle s’arrête et lève la tête.

J’entends dans ce branchage une aile qui palpite.

5

C’est le tressaillement d’angoisse d’un oiseau.

Car l’homme et l’animal sont le même roseau ;

L’éternel vent de mort nous courbe tous ensemble.

Elle regarde dans les arbres.

C’est un ramier blessé.

On voit un pigeon voleter au-dessus d’elle.

C’est un ramier blessé.Viens, oiseau.

Le pigeon descend de rameau en rameau et tombe à terre en dedans du mur d’enceinte. Zineb franchit le parapet. L’oiseau se laisse prendre. Elle le réchauffe dans ses mains.

C’est un ramier blessé.Viens, oiseau.Comme il tremble !

Elle l’examine.

Oui, c’est un des pigeons messagers du couvent

10

Par qui les prêtres vont sans cesse s’écrivant,

Afin de tout savoir et de tout se transmettre.

Le pigeon a un papier noué à la patte.

Un papier. Justement. Il apporte une lettre.

Il revient de la ville. Et, quand il a passé,

Quelque chasseur l’aura d’un grain de plomb blessé.

15

La lettre vient à moi, donc il faut que je lise.

Elle dénoue avec précaution de la patte du pigeon le papier qu’elle déploie, et elle lit :

« De l’évêque à l’abbé. – S’il touche à ton église,

« On touchera son trône. »

Rêvant.

« On touchera son trône. »Un avis, un envoi

De prêtre à prêtre avec une menace au roi.

Guérissons l’oiseau.

Elle cueille une feuille dans une fente du parapet.

Guérissons l’oiseau.Feuille, ô dictame de Crète,

20

J’invoque ta vertu redoutable et secrète,

Poison pour tous, pour lui sois la vie.

Elle frotte avec la feuille l’aile de l’oiseau qui semble inanimé.

Poison pour tous, pour lui sois la vie.Est-ce pas,

Nature, que tu hais les semeurs de trépas

Qui dans l’air frappent l’aigle et sur l’eau la sarcelle,

Et font partout saigner la vie universelle !

Elle continue de frotter la blessure ; l’oiseau reprend force et mouvement.

25

L’aile n’est que meurtrie. Il renaît. À présent

Va porter ton haineux message, être innocent.

Elle lui rattache le papier à la patte.

Ton bec est rose, oiseau cher au devin, au mage,

Au scalde5, et l’arc-en-ciel est dans ton doux plumage.

Te voilà guéri. Va.

Elle lâche le pigeon qui s’envole. – Elle écoute.

Te voilà guéri. Va.J’entends marcher.

Elle se hâte en chancelant et sort.

Entrent le roi de Man et Mess Tityrus, chacun une sarbacane à la main. Mess Tityrus a une gibecière au côté.

DOSSIER

CHRONOLOGIE

1802.

26 février (7 ventôse, an X de la République) : naissance à Besançon de Victor Marie Hugo, troisième fils de Léopold Hugo, chef de bataillon, et de Sophie Trébuchet, tous deux âgés de vingt-neuf ans, mariés depuis 1797. L’aîné des enfants, Abel, a trois ans ; le deuxième, Eugène, n’a pas tout à fait un an et demi.

1807.

Décembre : Sophie et ses fils partent rejoindre Léopold, nommé commandant militaire de la province d’Avellino, près de Naples.

1809.

Février : retour à Paris.

4 juin : installation avec sa mère et ses frères aux Feuillantines.

1811.

10 mars : départ pour Madrid.

1812.

Avril : retour à Paris, aux Feuillantines, avec sa mère et son frère Eugène.

Octobre : accusé d’avoir conspiré contre l’Empereur, le parrain de Victor, Lahorie, est fusillé ainsi que les généraux Malet et Guidal.

Premiers essais partiellement conservés de Victor : L’Enfer sur terre, comédie en un acte ; Le Château du diable, trois actes.

1814.

Après la première abdication de Napoléon, Victor et ses frères sont faits « chevaliers du lis ». Improvisations de Victor pour un théâtre de marionnettes.

1816.

17 juillet au 14 décembre : rédaction d’une tragédie, Irtamène.

1817.

15 septembre au 15 novembre : rédaction d’une tragédie, Athélie, ou les Scandinaves, inachevée.

1818.

1er janvier : achèvement d’un livret d’opéra-comique A.Q.C.H.E.B. (À quelque chose hasard est bon), commencé le 3 décembre précédent.

3 février : jugement de séparation de ses parents.

1821.

27 juin : mort de sa mère.

1822.

1er janvier : proposition par Soumet de tirer une comédie du Kenilworth de Walter Scott.

16 février : deux actes terminés sur les trois qui sont à la charge de Victor. Il écrira encore le quatrième acte puis une rupture se produit avec Soumet.

4 juin : Odes et Poésies diverses.

12 octobre : mariage avec Adèle Foucher.

5 décembre : Inez de Castro, mélodrame rédigé en 1819 ou 1820, reçu au théâtre du Panorama dramatique.

1823.

25 janvier : Inez de Castro autorisé sous conditions par la censure. La pièce ne sera pas représentée, soit en raison de la mauvaise volonté de Hugo à se plier aux conditions de la censure, soit en raison des difficultés du théâtre, dont la faillite est déclarée le 24 avril et la salle fermée le 21 juillet.

8 février : Han d’Islande.

1824.

Mars : Nouvelles Odes.

28 août : naissance de Léopoldine.

2 août au 5 septembre : voyage aux Alpes.

1826.

30 janvier : Bug-Jargal.

2 novembre : naissance de Charles. Odes et Ballades (première version).

1827.

Juin-juillet : rédaction des actes III et V de l’adaptation de Kenilworth, Amy Robsart.

Décembre : publication de Cromwell, précédé d’une importante préface.

1828.

29 janvier : mort de son père.

13 février : unique représentation, à l’Odéon, d’Amy Robsart ; Paul Foucher est censé en être l’auteur.

Août : Odes et Ballades (édition complétée).

21 octobre : naissance de Victor, qui publiera sous le prénom de François-Victor.

1829.

19 janvier : Les Orientales.

3 février : Le Dernier Jour d’un condamné (sans nom d’auteur). « Une comédie à propos d’une tragédie », en préface au second tirage (3et 4édition).

1er août : interdiction de Marion de Lorme.

1830.

25 février : première d’Hernani, à la Comédie-Française.

24 août : naissance d’Adèle.

1831.

16 mars : Notre-Dame de Paris.

11 août : première de Marion de Lorme, au théâtre de la Porte-Saint-Martin.

30 novembre : Les Feuilles d’automne.

1832.

25 octobre : emménagement dans un appartement loué au 2étage du 6, place Royale (actuelle place des Vosges).

22 novembre : Le roi s’amuse (première à la Comédie-Française ; les représentations sont suspendues le lendemain et drame interdit le 10 décembre).

1833.

2 février : première de Lucrèce Borgia, au théâtre de la Porte-Saint-Martin.

16 février : première nuit partagée avec Juliette Drouet, interprète de la princesse Negroni dans Lucrèce Borgia.

6 novembre : première de Marie Tudor, au théâtre de la Porte-Saint-Martin.

1834.

15 janvier : Étude sur Mirabeau.

19 mars : Littérature et Philosophie mêlées.

6 juillet : Claude Gueux.

5 août : départ de Paris pour rejoindre Juliette en Bretagne. Retour le 31.

1835.

28 avril : première d’Angelo, tyran de Padoue, à la Comédie-Française.

25 juillet-20 août : en Picardie et Normandie avec Juliette, compagne désormais de tous les voyages estivaux.

27 octobre : Les Chants du crépuscule.

1836.

15 juin-20 juillet : voyage en Normandie.

14 novembre : La Esmeralda, opéra composé avec la musicienne Louise Bertin.

1837.

20 février : mort de son frère Eugène.

Juin : Les Voix intérieures.

10 août-13 septembre : voyage en Picardie et Belgique.

1838.

8 novembre : Ruy Blas, au théâtre de la Renaissance.

1839.

12 juillet : intervention auprès du roi Louis-Philippe pour demander la grâce de Barbès, condamné à mort pour sa participation à l’insurrection du 12 mai.

26 juillet-23 août : rédaction d’un drame Les Jumeaux, « interrompu » au milieu du troisième acte (en fait, il ne sera jamais achevé).

31 août-26 octobre : voyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.

1840.

Mai : Les Rayons et les Ombres.

29 août-1er novembre : voyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.

1841.

7 janvier : élection à l’Académie française.

1842.

28 janvier : Le Rhin.

1843.

15 février : mariage de Léopoldine avec Charles Vacquerie.

7 mars : Les Burgraves (première à la Comédie-Française).

18 juillet-12 septembre : voyage en Espagne et dans les Pyrénées.

4 septembre : Léopoldine et son mari se noient à Villequier.

23 novembre (?) : début d’une liaison avec Léonie d’Aunet, épouse du peintre Biard.

1845.

13 avril : nommé pair de France.

5 juillet : flagrant délit d’adultère.

17 novembre : début de la rédaction d’un roman qui deviendra Les Misérables.

1846.

21 juin : mort, à l’âge de vingt ans, de Claire, fille de Juliette et du sculpteur Pradier.

20 juillet : début d’un Journal de ce que j’apprends chaque jour.

1848.

24 février : interruption de la rédaction des Misérables « pour cause de révolution » ; la République est proclamée.

5 juin : élection à l’Assemblée constituante.

1er juillet : départ de l’appartement de la place des Vosges.

1849.

13 mai : élection à l’Assemblée législative.

9 juillet : discours sur la misère.

21 et 24 août : discours au Congrès de la Paix.

19 octobre : discours sur l’expédition de Rome.

1850.

15 janvier : discours sur la liberté de l’enseignement. Rupture définitive avec la Droite.

1851.

2 décembre : membre du comité de résistance contre le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte ; le 11, il quitte clandestinement la France pour la Belgique.

1852.

9 janvier : décret d’expulsion de France ; en cas de retour, déportation possible.

5 août : Napoléon le Petit. Débarquement à Jersey.

16 août : emménagement à Marine Terrace.

22 octobre : début de la rédaction de Châtiments.

1853.

11 septembre : première séance de communication par les Tables (médium : Charles).

21 novembre : publication de Châtiments.

1854.

27 avril-28 mai : « le Drame » et « Shakespeare » se relaient pour dicter un drame via les Tables, en l’absence de Hugo.

14 mai : achèvement de la rédaction de La Forêt mouillée.

1855.

12 avril : achèvement d’une première version de « Solitudines coeli », destiné au poème Dieu.

9 octobre : à la suite d’une crise de démence de Jules Allix, qui y participait, fin des séances de communications par les Tables.

31 octobre : suite à un arrêté d’expulsion, départ pour Guernesey.

1856.

23 avril : Les Contemplations.

26 avril : début de rédaction d’un ensemble destiné à ouvrir Dieu.

16 mai : achat d’une maison, 38 Hauteville Street.

5 novembre : emménagement à Hauteville House.

1857.

25 décembre : achèvement de « La Révolution » (sauf l’épilogue), destinée aux Petites Épopées et qui paraîtra finalement dans Les Quatre Vents de l’esprit.

1858.

1er janvier : achèvement de La Pitié suprême.

24 février : achèvement du « Verso de la page » (suite de « La Révolution ») qui sera démantelé et dont les morceaux se retrouveront dans divers recueils ultérieurs.

23 mai : achèvement de L’Âne (sauf le préambule de 16 vers ajouté en 1880).

19 juin au 4 octobre : grave maladie (anthrax).

1859.

26 mai-10 juin : voyage à l’île de Serk avec Juliette et Charles ; notes pour un roman qui sera Les Travailleurs de la mer, dessins, poèmes qui feront partie des Chansons des rues et des bois.

18 août : refus de l’amnistie, décrétée le 16.

26 septembre : publication de La Légende des siècles (Première Série).

1860.

15 avril : dernière date figurant sur le manuscrit de La Fin de Satan.

25 avril : Les Misérables « tirés de la malle aux manuscrits ».

1861.

25 mars-3 septembre : voyage en Belgique et Hollande.

25 novembre : protestation contre l’expédition franco-anglaise de Chine.

27 décembre : album de Dessins, gravés par Paul Chenay et présentés par Théophile Gautier.

1862.

3 avril-30 juin : Les Misérables.

28 juillet-26 septembre : voyage au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

1863.

Entre 18 mars et 17 mai : soutien aux assiégés de Puebla (Mexique) contre les troupes de Napoléon III.

16 juin : Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (Adèle, avec le concours de Charles et Vacquerie).

18 juin : sa fille Adèle quitte définitivement Guernesey.

15 août-7 octobre : voyage au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

1864.

5 janvier : achèvement d’une lettre à Nadar sur la locomotion aérienne.

14 avril : William Shakespeare.

15 août-26 octobre : voyage sur les bords du Rhin.

1865.

18-24 juin : rédaction de La Grand’Mère.

28 juin-30 octobre : voyage en Belgique et sur les bords du Rhin.

17 octobre : mariage de Charles avec Alice Lehaene.

25 octobre : Les Chansons des rues et des bois.

1866.

5 février-15 avril : rédaction de Mille francs de récompense.

Mars : Les Travailleurs de la mer.

7-14 mai : rédaction de L’Intervention.

24 juin-10 octobre : séjour à Bruxelles.

1867.

18 janvier-27 avril et octobre : rédaction de Mangeront-ils ?.

11 mai : Introduction à Paris-Guide.

20 juin : reprise d’Hernani, à la Comédie-Française.

17 juillet-14 octobre : voyage en Belgique et Zélande.

20 novembre : achevé d’imprimer de La Voix de Guernesey (sur Garibaldi vaincu à Mentana).

1868.

27 juillet-9 octobre : séjour à Bruxelles.

16 août : naissance de Georges, fils d’Alice et Charles.

27 août : mort d’Adèle Hugo.

21 septembre-4 octobre : rédaction de Zut, dit Mémorency.

1869.

21 janvier-24 février : rédaction de L’Épée.

4 mars-3 avril : achèvement des Deux Trouvailles de Gallus, commencées début janvier.

19 avril-7 mai : L’Homme qui Rit. Au verso de la couverture du tome I, annonce du Théâtre en liberté.

1er mai-4 juillet : rédaction de Torquemada.

3 mai : premier numéro du journal Le Rappel, daté du 4 ; fondateurs : Charles et François-Victor, Meurice, Vacquerie, Rochefort.

14-22 juillet : rédaction de Welf, castellan d’Osbor.

26 juillet : rédaction du « Prologue » du Théâtre en liberté.

5 août-3 novembre : voyage en Belgique, Suisse et sur les bords du Rhin.

14-18 septembre : discours au Congrès de la Paix et de la Liberté de Lausanne.

29 septembre : naissance de Jeanne, fille d’Alice et Charles.

1870.

19 juillet : déclaration de guerre de la France à la Prusse.

5 septembre : le lendemain de la proclamation de la République, arrivée à Paris après dix-neuf ans d’exil.

20 octobre : première édition française du recueil intitulé désormais Les Châtiments.

1871.

8 février : élection à l’Assemblée législative.

13 février : arrivée à Bordeaux, pour participer aux travaux de l’Assemblée.

8 mars : démission en raison de l’invalidation de Garibaldi.

13 mars : mort subite de Charles.

17 mars : retour de Bordeaux à Paris.

18 mars : enterrement de Charles alors que s’insurge la Commune de Paris.

21 mars : départ pour Bruxelles.

25 mai : offre d’asile aux communards proscrits.

27-28 mai : lapidation de son domicile.

30 mai : expulsion de Belgique.

1er juin-23 septembre : au Luxembourg.

2 juillet : non-élection aux législatives complémentaires.

25 septembre : retour à Paris.

1872.

7 janvier : nouvel échec électoral.

12 février : retour de sa fille Adèle de la Barbade ; elle sera placée en maison de santé.

16 mars : Actes et Paroles 1870-1872.

20 avril : L’Année terrible. Au verso de la couverture, annonce du Théâtre en liberté.

10 août : retour à Hauteville House.

10 septembre : achèvement d’un dialogue Mouffetard-Gédéon pour Les Gueux.

20 décembre : achèvement d’un monologue de Gabonus.

1873.

1er avril : début d’une liaison avec Blanche Lanvin.

16 juin : achèvement de Sur la lisière d’un bois.

12 juillet : partie le 1er, Blanche revient clandestinement.

31 juillet : retour à Paris.

5 août : emménagement villa Montmorency à Auteuil dans une maisonnette louée trois mois, afin de se rapprocher de son fils François-Victor, atteint de tuberculose rénale.

26 décembre : mort de François-Victor.

1874.

19 février : Quatrevingt-treize.

15 mars : achèvement d’Être aimé.

1875.

19-28 avril : séjour à Guernesey.

Mai : publication d’Actes et Paroles, II, Pendant l’exil.

1876.

30 janvier : élection au Sénat.

5 juillet : publication d’Actes et Paroles, III, Depuis l’exil.

1877.

26 février : nouvelle série de La Légende des siècles (Welf, castellan d’Osbor y figure).

3 avril : Alice, veuve de Charles, épouse Édouard Lockroy.

14 mai : L’Art d’être grand-père.

16 mai : opposition au demi-coup d’État de Mac-Mahon.

1er octobre : Histoire d’un crime (tome premier).

1878.

15 mars : Histoire d’un crime (tome second).

29 avril : Le Pape.

30 mai : discours sur Voltaire, à l’occasion du centenaire de sa mort.

27-28 juin : probable accident vasculaire cérébral transitoire.

4 juillet-9 novembre : séjour à Hauteville House.

1879.

28 février : discours au Sénat pour l’amnistie des condamnés de la Commune et publication de La Pitié suprême.

28 août-20 septembre : voyage en Normandie.

1880.

26 février : préface à l’édition de ses Œuvres complètes qui va paraître progressivement chez Hetzel et Quantin.

Avril : Religions et religion.

3 juillet : nouveau discours au Sénat pour l’amnistie, qui est enfin votée.

24 octobre : L’Âne.

1881.

31 mai : Les Quatre Vents de l’esprit.

1882.

8 janvier : réélection au Sénat.

21 janvier : création de Margarita, première des Deux Trouvailles de Gallus.

26 mai : publication de Torquemada.

1er juin : protestation contre les massacres de juifs en Russie.

1883.

11 mai : mort de Juliette Drouet.

9 juin : La Légende des siècles (série complémentaire).

2 août : codicille au testament.

11 août-20 octobre : voyage en Suisse, avec Alice et ses petits-enfants.

20 septembre : début de la publication en feuilleton dans Le Rappel de L’Archipel de la Manche ; publication en volume le 6 octobre.

22 septembre : la Bibliographie de la France annonce le tome I de La Légende des siècles (édition définitive).

3 novembre : annonce du tome II de La Légende des siècles.

1884.

2 février : annonce des tomes III et IV de La Légende des siècles.

1885.

22 mai : mort.

26 mai : l’église Sainte-Geneviève redevient, par décret, Panthéon pour qu’un tombeau puisse y être ménagé à Victor Hugo.

31 mai : veillée du corps à l’Arc de Triomphe.

1er juin : funérailles nationales.