Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Mansfield Park (édition enrichie)

De
720 pages
Edition enrichie de Pierre Goubert comportant une préface et un dossier sur le roman.
Fanny Price souffre d'une disgrâce majeure – Jane Austen l'annonce d'emblée – elle est pauvre. Elle n'est en outre ni jolie ni brillante, mais timide et effacée. Recueillie par charité à Mansfield Park, la splendide demeure de sir Thomas Bertram, Fanny y est négligée, voire maltraitée. Mais elle va effectuer une ascension inattendue. Et cette évolution semble reposer sur ses seuls mérites, sa rigueur, son jugement infaillible, son indépendance d'esprit.
On a dit que ce roman était l'une des œuvres majeures de la littérature occidentale, l'une des premières à se pencher sur la personnalité au sens moderne du terme. Jane Austen y excelle à confronter diverses sphères sociales, à peindre des personnages dont les qualités ne sont qu'un vernis, tandis que Fanny, sa discrète héroïne, observe, résiste et ne transige pas.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

C O L L E C T I O N F O L I O C L A S S I Q U E
Jane Austen
Mansfield Park
Préface de Christine Jordis
Traduction et édition de Pierre Goubert Professeur émérite à l’Université de Rouen
Gallimard
Traduction de la Bibliothèque de la Pléiade.
© Éditions Gallimard, 2013, pour la traduction française ; 2013 et 2014, pour le dossier ; 2014, pour la préface.
Laura Knight,In the field(détail). Avec l’autorisation de The Estate of Dame Laura Knight, DBE RA 2014 – Tous droits réservés. Photo © Bridgeman Giraudon.
PRÉFACE
En 1808, Jane Austen a trente-trois ans, elle partage son temps entre ses frères et leur famille, habitant tantôt à Southampton avec Francis, tantôt à Steventon avec James et ses trois enfants, quand elle n’est pas à Godmersham, la belle propriété d’Edward, lequel est doté d’une famille qui s’agrandit toujours. Constam-ment elle passe d’un endroit à l’autre, le plus souvent étant entourée de jeunes enfants, dans le bruit, les cris, le mouvement. En 1809, elle emménage à Chawton, dans le cottage que son frère Edward offre à sa mère et à ses sœurs. Un jardin, six pièces, des greniers, un villagequelleconnaîtbien,situédansleHampshire,une contrée aimée — et, enfin, la tranquillité, le silence.Elle s’installe dans un lieu qu’elle n’aura plus à quitter (elle y reste jusqu’à sa mort, en 1817) et où elle peut établir son propre rythme de travail. À Chawton, elle se retrouve elle-même, avec son aptitude à se concentrer, imaginer, écrire. Dès son arrivée, ou presque, elle se met au travail, réviseLe Cœur et la Raisonsorti de ses tiroirs, le publie en 1811, puis, en novembre 1812, remet à l’éditeur, Egerton,Orgueil et préjugés; les deux livres connaissent un beau succès, en particulier le second qui rencontre l’enthousiasme des lecteurs. Jane
8
Préface
Austen, préservant son anonymat, seule avec sa mère à Chawton, a commencé un nouveau roman. Après plus de douze ans d’interruption, ce seraMansfield Park. Entre-temps son père est mort (1805), elle a, semble-t-il, vécu une histoire d’amour sans suite, puisque le jeune homme est mort peu après leur rencontre, et elle s’est probablement résignée à jouer au sein de sa famille le rôle de la tante célibataire, de la « vieille fille », que désigne en anglais le mot peu attrayant de spinster. Et certes, ses trois premiers romans, elle les a écrits avant ses vingt-trois ans, tandis qu’elle vivait heureuse dans la maison de son enfance à Steventon. Le ton s’en ressent, il est accordé au caractère des héroïnes, qui sont vives, allègres, pleines d’énergie. Mansfield Parkest imprégné d’une humeur toute dif-férente. Le livre est publié en 1814, un an seulement après Orgueil et préjugés. Une partie non négligeable de l’intérêt qu’il déclenche provient du fait qu’il semble contredire à peu près tout ce que le roman précédent affirmait au sujet de la vie.Orgueil et préjugésou le goût de la repartie spirituelle, de la légèreté, de la rapi-dité — et ces traits-là sont associés à la vertu et au 1 bonheur qui l’accompagne. Lionel Trilling fait remar-quer que nombre de lecteurs ont comparé leur plaisir à lire ce livre avec celui qu’ils éprouvent en écoutant Mozart,Les Noces de Figaroen particulier. Toutle roman est traversé d’une veine de générosité, il incline au pardon. DeMansfield Parkon peut dire le contraire : le roman tend non pas à pardonner mais à condamner. L’esprit, la vivacité, la légèreté d’humeur ? Il en fait bien état, mais c’est en fin de compte pour écarter ces qualités qui n’ont rien à voir avec le bon-
1. DansThe Opposing Self, New York, Viking Press, 1955.
Préface
9
heur ni la vertu; en réalité, elles apparaissent plutôt comme une entrave à une vie droite. «Mansfield Parks’attache à montrer, à l’état nu, la contrainte imposée par la société, il la montre dans son aspect négatif, dans toute la force de la répression Il n’est pas d’autre œuvre de génie pour parler de façon si insistante en faveur de la contrainte et de la prudence, voire de l’ennui. » Une lecture attentive ne permet pas de donner tort à Lionel Trilling, d’autant moins qu’il va démontrer comment, en raison même de cette volonté, Mansfield Parkva plus loin, plus en profondeur que les autres romans de Jane Austen. « Personne, pour-suit Trilling, n’a jamais trouvé possible d’aimer l’hé-roïne deMansfield ParkFanny Price est constam- : ment vertueuse, consciemment vertueuse. »
À l’époque même où le roman fut publié, les réac-tions à son sujet divergèrent. Pour la première fois, Jane Austen s’est amusée, à propos de ce livre, à 1 recueillir les commentaires de ses proches . En les lisant, il apparaît que nombre de ses premiers lecteurs le préféraient aux précédents en raison du souci de moralité dont il fait preuve avec tant d’évidence. Divertir, certainement ; instruire, plus encore ; le livre porte au reste en grande partie sur l’éducation. Il s’em-ploie à critiquer avec vigueur les valeurs viciées du monde moderne, c’était là un autre point très positif, de l’avis de beaucoup. « M. Egerton, l’éditeur, le loue pour sa moralité », écrit Jane, Lady Rob également l’estime « pour la pure moralité dont il témoigne abon-damment, ce qui en fait un livre utile autant
1. « Opinions ofMansfield Park», dansThe Works of Jane Austen, t. VI,Minor Works, éd. R. W. Chapman, Oxford, Oxford University Press, 1954.
10
Préface
quattrayant».QuantàM.etMmeCooke,ilsappré-cient vivement la façon dont le rôle du clergé est ana-lysé. Mme Carrick affirme que « tous ceux qui pensent de façon profonde et ressentent avec intensité donne-ront àMansfield Parkla préférence ». D’autres (M. Plumptre) se réjouissent de voir critiqué « le sys-tème d’éducation moderne » avec tous ses défauts (tout en observant qu’une personne aussi peu remar-quable que Fanny Price risque fort de ne pas retenir l’intérêt des lecteurs). Certains, enfin, félicitent Jane Austen de « décrire situations et événements avec tant de justesse qu’on voit bien que l’auteurappartientà la société dont elle est si apte à saisir les manières ». Cependant, tous n’étaient pas de cet avis. Jane Austen note aussi les réflexions des lecteurs qui pré-fèrent de loinLe Cœur et la Raisonou bienOrgueil et préjugés, considérés comme plus vifs, plus spirituels, plus amusants. Parmi ceux-là, les neveux de Jane Austen, dont l’un, George, n’aime que Mary Crawford et déteste Fanny; Edmund, autre personnage vertueux du roman, la contrepartie masculine de Fanny, il le trouve froid et formaliste (une opinion bien partagée). Quant à Anna, l’une de ses nièces, « elle ne peut pas supporter Fanny ». La mère de Jane non plus, dailleurs:«MaMèrenapasaiméautantquOrgueil et préjugés. — A trouvé Fanny insipide. S’est amusée de Mme Norris. » Comme Cassandra, sa sœur, qui, elle, est « enchantée par la stupidité de M. Rushworth »; toutes deux se réjouissent non de l’excellente moralité du livre, mais du comique de ces personnages qui sont déficients en bonté ou en intelligence.
Au cours des années, les opinions surMansfield Parkdu tout au tout (et dans une telle varièrent