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Waterloo. Acteurs, historiens, écrivains (édition enrichie)

De
896 pages
Edition enrichie comportant une préface de Patrice Gueniffey et un dossier sur l'oeuvre.
Waterloo est plus qu’une bataille : c’est l’événement qui sonne la fin de Napoléon et du conflit militaire qui ensanglantait l’Europe depuis 1791. C’est aussi, grâce aux écrivains, une tragédie classique et une pièce romantique qui exacerbe la beauté des ruines, le culte du moi héroïque et la fuite dans les songes.
Cette anthologie témoigne de l’exceptionnelle production littéraire sur la bataille de Waterloo. Elle fait dialoguer acteurs du conflit, historiens et écrivains sur les circonstances de la défaite de Napoléon, la constitution d’une légende, les horreurs de la guerre.
Le soir du 18 juin 1815 a tout du crépuscule : s’il marque l’effondrement de l’ère impériale, il symbolise aussi la naissance de l’épopée napoléonienne qui doit son rayonnement autant au génie propre de Napoléon qu’à la puissance des œuvres des plus belles plumes du XIXe siècle.
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Waterloo Acteurs, historiens, écrivains Préface de Patrice Guenif fey Tex tes choisis et annotés par L oris Chavanet te
C O L L E C T I O N F O L I O C L A S S I Q U E
Waterloo Acteurs, historiens, écrivains
Préface de Patrice Gueniffey
Textes choisis et présentés par Loris Chavanette
Gallimard
© Éditions Gallimard, 2015, pour la préface, le choix des textes, les notices, le dossier et la présente édition. Couverture : « La bataille de Waterloo », gravure de François Georgin daprès JeanCharles Pellerin. Central Saint Martins College of Art and design, Londres. Photo © Bridgeman Giraudon.
P R É F A C E
Deux siècles après la défaite de Napoléon à Waterloo, on dispute toujours de lhéritage de lEmpire. Il est pour le moins contrasté : dun côté, la période napoléonienne a laissé des institutions administratives, une organisa tion judiciaire et des lois qui ont affronté avec succès lépreuve de la durée et permis à la France de traverser sans trop de dommages révolutions et crises politiques. Tocqueville le dira : en France, « la constitution admi nistrative est toujours restée debout au milieu des 1 ruines des constitutions politiques », limitant dautant les conséquences dune instabilité politique chronique. Mais, dun autre côté, le régime napoléonien et son empire territorial nont pas survécu à leur fondateur. Rien na subsisté de létrange monarchie au kitsch caro lingien instaurée en 1804, tandis que limmense empire composé de cent trente départements et orné dune cou ronne dÉtats alliés ou vassaux et de royaumesfrères, comme on parlait de républiquessœurs sous la Révolu tion, sest évanoui comme un songe. La France, après avoir si longtemps débordé de ses frontières, est rentrée dans son lit, plus à létroit même, diton souvent, quelle
1. Alexis de Tocqueville,LAncien Régime et la Révolution, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1986, p. 1073.
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Préface
ne létait lorsque Bonaparte sétait emparé du pouvoir. Ce nest quà moitié vrai car, ayant repoussé ses fron tières sur la rive gauche du Rhin et jusquà Bruxelles, elle était en 1799 déjà trop étendue pour que lEurope sy résignât. Mais enfin, près dun quart de siècle après le déclenchement en 1792 du conflit entre la France révolutionnaire et lEurope, on était revenu au point de départ. La boucle était bouclée. Les Bourbons étaient de retour, la France réapprenait la paix, la fumée était retombée sur les champs de bataille, le temps des che vauchées nétait plus quun souvenir, haï par les uns, chéri par les autres. Cest pourtant à ce moment que Napoléon, déchu, captif, bientôt mort, dépossédé de limperiumquil avait exercé, commença un second règneposthume qui devait durer beaucoup plus longtemps que le pre mier et étendre sa domination bien audelà des fron tières qui avaient été celles de lson règne surEmpire : les imaginations. Le général de Gaulle, dont le jugement sur Napoléon était au fond peu favorable, a bien exprimé le carac tère mixte de lhéritage et sa double dimension maté rielle et immatérielle :
Sa chute fut gigantesque, en proportion de sa gloire. Celleci et cellelà confondent la pensée. En présence dune aussi prodigieuse carrière, le jugement d e m e u r e p a r t a g é e n t r e l e b l â m e e tal dm iration. Napoléon a laissé la France écrasée, envahie, vidée de sang et de courage, plus petite quil ne lavait prise, condamnée à de mauvaises frontières [], exposée à la méfiance de lEurope [m ais ] ; fautil compter pour rien lincroyable prestige dont il entoure nos armes, la conscience donnée, une fois pour toutes, à la nation de ses incroyables aptitudes guerrières, le renom de puissance quen recueillit la patrie et dont lécho se répercute encore ? Nul ndéa plu s profon m ent agité les passions hum aines, provoqué des
Préface
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haines plus ardentes, soulevé de plus furieuses malé dictions ; quel nom, cependant, traîne après lui plus de dévouements et denthousiasmes, au point quon n e l e p r o n o n c e p a s s a n s r e m u e r d a n s l e s â m e s 1 comme une sourde ardeur ?
Les plus profonds historiens de Napoléon, de Stendhal à Bainville, l: comme dit lont tous noté un deux, 2 Taine, Napoléon aimait le pouvoir en artiste . Le pou voir et la politique, la guerre aussi, lui furent ce que la page blanche avait été pour Dante et le marbre pour MichelAnge : la matière, vivante, quil travaillait pour réinventer le monde et forger son propre destin. En cela, il était assurément lhéritier de la Révolution qui avait cru à la possibilité dengendrer par la volonté, la force et le secours de la raison un monde entièrement nouveau qui fût délivré des malédictions du passé. Mais avec lui, le pouvoir dont la Révolution avait investi le peuple se trouvait concentré dans la volonté surhumaine dun homme extraordinaire. Chacun le sait, les asiles hébergèrent longtemps des pensionnaires qui se prenaient pour Napoléon, se croyant eux aussi, jusquau délire, appelés à remodeler 3 le monde suivant leur volonté et leur fantaisie . Mais ils ne furent pas les seuls à le croire, ou à le vouloir, dans les décennies qui suivirent la disparition de lempereur. Dans la politique, la guerre et les arts, lincroyable et météorique épopée du petit officier corse laissa une trace de feu. Elle avait donné le tempo du siècle dont elle
1. Charles de Gaulle,La France et son armée, éd. H. Gay mard, Paris, Perrin, 2011, p. 181182. 2. Hippolyte Taine,Les Origines de la France contemporaine, éd. F. Léger, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1986, 2 vol., t. II, p. 393396. 3. Voir Laure Murat,Lhomme qui se prenait pour Napoléon, Paris, Gallimard, 2011 ; coll. « Folio », 2013.
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Préface
avait frappé les trois coups :Allegro con brio, avait noté Beethoven en tête du premier mouvement de sa troi sième symphonie. Com ment comprendre Bolivar, Garibaldi, Bismarck et tant dautres sans lexemple impérial ? Au Mexique même, le père de lindépendance Agustín Iturbide ne se fitil pas couronner empereur en sinspirant de Napoléon ? Et que dire de la littérature, de Chateaubriand à Stendhal et de Victor Hugo à Balzac ? Et de la musique ? « Je sens au fond de moimême se 1 projeter la lumière de son génie », disait Beethoven . Cest tout un siècle qui voulut, qui dans la politique, qui dans la musique, qui dans la littérature, devenir Napo léon. Aux yeux de tous, son histoire ouvrait des pers pectives nouvelles dans un monde m oderne queonl croyait condamné définitivement au règne médiocre mais paisible des intérêts bourgeois. Napoléon ? Il avait, contre la philosophie de 1789, ramené la vieille idée de lhéroïsme dans la société moderne. La généra tion romantique allait nourrir son spleen dune épopée e qui dépassait limagination et le très bourgeoisXIX siècle y trouver linspiration de ses entreprises les plus gigantesques et de ses expéditions lointaines. De lAfrique du Nord à lExtrêmeOrient, cest encore lombre de Napoléon qui plane sur la fondation des grands empires coloniaux. Napoléon avait traversé lhistoire comme un météore : quinze années, quinze années seulement, si brèves, mais si riches, si rempliesIl avait surgi sou dainement en Italie, en 1796, à loccasion dune cam pagne à côté de laquelle, disait Stendhal, même les 2 débuts de César en Gaule faisaient pâle figure . Il avait
1. Cité par Théo Fleischman,Napoléon et la musique, BruxellesParis, Brepols, 1965, p. 154. er 2. Stendhal,Mémoires dun touristeAutun, le 1 mai, « 1837 », « Folio classique », p. 8995.