Colonies françaises. Des hommes de couleur et de leur émancipation civile et politique ; par un... planteur de la Guadeloupe

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Mary (Paris). 1830. France -- Colonies -- Histoire. In-8 °. Pièce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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DES
ET DE LEUR
CIVILE ET POLITIQUE.
PAR UN HABITANT PLANTEUR DE LA GUADELOUPE.
PARIS,
Cnes MARY, LIBRAIRE, PASSAGE DES PANORAMAS, N° 60.
Xbre 1830.
DÉS HOMMES DE COULEUR
ET DE
LES hommes de couleur s'agitent en France pour ob-
tenir du gouvernement de jouir dans les colonies des
mêmes droits civils et politiques que les Lianes. Des dé-
putés, des avocats , des journalistes, etc. , dont nous
respectons la pureté d'intention , tout en déplorant leurs
erreurs, effrayés que nous sommes des conséquences
désastreuses de l'application de leurs principes, ont épousé
chaudement leurs intérêts, qu'ils considèrent liés a ceux
dé l'humanité et de la justice. Un ministre même, brus-
quement interpellé, il est vrai 7 a eu l'imprudence, il y a
peu de temps, de préjuger une question d'une si haute
importance et de prendre du haut de la tribune des en-
gagemens pour des décisions ultérieures sur cette classe
d'hommes, sans penser au danger qu'il y a souvent à
convertir en actes législatifs, les impulsions du coeur
d'un homme de bien, lorsqu'elles sont en opposition avec
de grands intérêts politiques; sans avoir examiné si la
justice et la protection que la France doit aux colons et
à leurs propriétés, permettent de remplir ces imprudens
engagemens ; sans réfléchir que la conservation ou la
perte des colonies est dans la décision que le gouverne-
ment va prendre relativement aux hommes de couleur.
Car la question n'est pas de savoir, si vingt-cinq à
trente mille affranchis exerceront ou pourront exercer
certains droits, mais si on veut conserver ou anéantir
les colonies, en enlevant brusquement Ies: garanties des
propriétés qui les forment. Les détracteurs des colons
sont tellement parvenus a égarer l'opinion publique que
la chambre des députés qui renferme tant d'esprits
éclairés, a cependant généralement applaudi à cette dé-
claration du ministre, dont l'exécution aurait des résul-
tats si déplorables; tant on est accoutumé en' Franco
.à île considérer les planteurs colons que comme des
hommes encroûtés de préjugés, et qui, oppresseurs de la
classe des affranchis, ne s'opposent à sa complète éman-
cipation que par un orgueil ridicule.
Voyons cependant ce que sont ces colons, s'ils sont
les tyrans ou les bienfaiteurs des affranchis : examinons
leurs droits et les causes de leur opposition à une égalité
absolue avec'les hommes de couleur; opposons des faits
à des déclamations, et traitons sans prévention et froi-
dement par des principes celte question, en renonçant
aux lieux communs et aux mouvemens oratoires dont
nos adversaires ont tant abusé et qui ne peuvent en-
traîner que les résultats des plus funestes.
Pour résoudre sagement les difficultés que présente'
cette question délicate , on doit se prémunir contre cet
enthousiasme d'humanité et d'égalité que l'on nous
montre comme le flambeau de la raison , qui est sans
doute un sentiment très-honorable en lui-même, mais
qui n'élèverait dans les colonies qu'un amas de cendres ,
de ruines et de cadavres.
— 5 —
L'opposition des colons à la complète émancipation
des hommes de couleur est-elle fondée sur leurs droits
de propriété ; ou, comme le prétendent leurs détracteurs,
ne dépend-elle que d'un incurable orgueil d'aristocratie?
Il est, je crois, facile de démontrer qu'elle lient uni -
quement à leurs droits de propriété ; pour le prouver ,
remontons h l'origine du système colonial.
Peut-on nous contester que la France, qui avait jus-
tement apprécié les avantages immenses que des colonies
pourraient procurer à son agriculture, à son industrie, h
son commerce et à sa navigation, ait non seulement per-
mis, mais encore encouragé, jusqu'en 1815, la traite des
esclaves africains , pour défricher et cultiver ces posses-
sions, qui ont été en effet pour elle une source féconde
de prospérité et de moyens de jouissance.
Dès lors, les colons , c'est-à-dire des Français, (ïi
est, je crois, nécessaire de le rappeler; car à la manière
dont on traite leurs intérêts, on semble avoir oublié qu'ils
sont des enfans de la France), dès-lors, les colons, disons-
nous, ont pu acquérir en propriété d'autres hommes.
N'examinons pas en lui-même le titre d'une pareille pro-
priété; quelle que soit sa nature, il est valide aux yeux de
la France, puisque c'est elle qui l'a fait, qu'elle l'a établi
dans l'intérêt de son commerce et de sa navigation, et
qu'elle doit, non seulement respect h toutes les propriétés,
de quelque nature qu'elles soient, qui ont été établies et
acquises sous la garantie de ses lois, mais qu'il est en-
core de son devoir, de sa dignité, de sa justice de les
protéger, de les soutenir et de les défendre de toute sa
puissance, contre ceux qui en voudraient ou qui en pour-
raient contester le titre.
- 6 -
D'après ces principes inattaquables , nos adversaires
sont donc forcés de convenir que la liberté des esclaves,
appartient légalement aux colons.
Or, que sont les hommes de couleur ?
Ce sont des esclaves affranchis (1), des esclaves à qui
leurs maîtres, c'est-à-dire, ces mêmes colons, que la plu-;
part d'entr'eux ont l'injustice, nous devons dire l'ingra-
titude de calomnier, ont accordé la liberté qui était leur
propriété puisqu'ils l'avaient achetée avec l'assentiment de
la France. Il est vrai qu'en les affranchissant, ils n'ont
voulu ni entendu leur donner la plénitude des droits dont
ils jouissaient eux-mêmes et qu'ils ont mis ainsi quelques
restrictions à leurs bienfaits. Mais le droit de limiter les
effets de cette liberté n'appartient-il pas aux donateurs ?
peut-on le leur dénier? Non; qui peut le plus , peut le
moins : puisque les colons pouvaient retenir dans l'escla-
vage ceux qu'ils ont affranchis, à plus forte raison ont-
ils pu leur donner la liberté avec les restrictions qu'ils
ont voulues, ou sous la garantie du maintien de celles qui
établies par la loi. Ce, bienfait, pour n'avoir pas été
absolu, a-t-il cessé d'être un bienfait? Pour rappeler
(1) Il est vrai qu'il y a une partie des hommes de cou-
leur qui sont nés libres. Mais ceux-là même ne doivent pas
oublier que c'est aux blancs qu'ils doivent primitivement
l'amélioration sociale de leur famille. Ce nombre est, au
reste, moins considérable qu'on ne le pense en France.
C'est celte classe qui est, en général, la plus éclairée, et
dans laquelle on compte des hommes très-distingués, et
d'après lesquels on juge faussement le degré de civilisation
où la masse des hommes de couleur des colonies est par-
venue,
aux hommes de couleur ce qu'ils doivent aux blancs, qu'ils
comparent leur situation, non à celle de leurs anciens
maîtres , mais à celle des esclaves ; situation dans laquelle
ils seraient encore, sans la libéralité de ces mêmes
hommes qu'ils veulent faire considérer en France comme
leurs oppresseurs. L'amour-propre les égare et les rend
injustes. Us ne sont pas fondés à crier à la tyrannie des
blancs parce que quelques distinctions les en séparent.
Qu'ils soient au reste bien convaincus que ces distinctions
ont été conservées, non par un orgueil aveugle, mais
par prudence et parce qu'elles ont été reconnues indis-
pensables pour maintenir sans rigueur des esclaves dans
l'obéissance, c'est-à-dire, pour la conservation de toutes
propriétés coloniales.
Cela est tellement vrai, que la France l'a toujours
jugé ainsi, puisque c'est elle qui a établi ces restrictions
sous la garantie desquelles tous tes affranchissemens
jusqu'à ce jour se sont opérés. Bien plus , elle a si bien
senti que les influences morales peuvent servir à conserver
ou à compromettre le régime colonial et toutes les pro-
priétés qu'il garantit , qu'elle a dans tous les temps
considéré qu'il y avait danger à laisser aux colons le
pouvoir de donner à volonté des affranchissemens, parce
que la multiplicité de ces actes ferait fermenter les idées
de liberté dans l'esprit des esclaves et pourrait produire
leur rébellion. Le gouvernement français a donc voulu;
bien que l'affranchissement d'un esclave ne paraisse au
premier abord qu'un abandon de propriété de la part
du maitre, en conséquence un simple acte civil, il a
voulu, disons-nous, intervenir, non par suite de vue de
fiscalité , comme on le pense généralement, mais par

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