Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chat

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Benoit D essaie tant bien que mal de se reconstruire une vie sentimentale. Voilà bientôt deux ans que Patricia l’a quitté, lui laissant son chat pour solde de tout compte. Le narrateur était loin d’imaginer que ce félin l’emporterait dans une série de situations plus improbables les unes que les autres : filatures nocturnes, courses-poursuites à travers les rues de la ville et rencontres insolites qui le mèneront droit en enfer !

Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chat vous emmène dans un univers loufoque où la mécanique de l’absurde, tel un tramway lancé à folle allure, écrase tout sur son passage. Dans un style direct et contemporain, ce roman traite avec une double dose d’humour des sujets les plus essentiels de l’existence : les femmes et les chats.

Edgar Kosma est écrivain et a notamment publié Éternels instants à la Renaissance du livre en 2010. Il est aussi le scénariste de la série BD Le Belge, publiée aux éditions Delcourt.


Publié le : lundi 9 février 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782875600554
Nombre de pages : 134
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COMMENT LE CHAT DE MON EX EST DEVENU MON EX-CHAT Edgar Kosma
ONLIT EDITIONS
À Murielle D, qui aime les chiens mais n’a pas de chat
« La solution du problème de la vie, on la perçoit à la disparition de ce problème. » Ludwig Wittgenstein Tractatus logico-philosophicus(6.521)
CHAPITRE 1 Dimanche 11 mai 2014 – 20 :12 Le ciel qui surplombe la ville s’est rapidement assombri, prenant les ultimes promeneurs par surprise. Quelques minutes encore, tout au plus, et la pénombre sera totale. Si tout se déroule comme d’habitude, que la terre continue de se mouvoir avec son éternelle rondeur, la lumière naturelle ne devrait pas revenir avant demain matin et personne ne s’en plaindra. Au dernier étage d’une copropriété bourgeoise à l’architecture fonctionnelle, Benoit D est assis aux côtés d’un homme et d’une femme d’un âge certain. Au-dessus d’eux, il n’y a plus que le toit, puis les nuages, puis l’espace, puis l’infini et tout ce qui s’ensuit. C’est l’heure du repas dominical et ces trois individus mangent dans un silence aveugle, troublé de temps à autre par des bruits de mastication d’une volaille qui a rôti pendant près d’une heure au four à 180 degrés, prenant ainsi la couleur d’un touriste batave au retour de dix jours de vacances le long de laCosta del Sol. Benoit D fourre un pilon de poulet dans sa bouche salivante de gourmandise. Aussitôt, les fibres mâchées de l’animal industriel entreprennent la descente de son larynx déjà bien huilé. Quelques instants plus tard, il extrait l’os, presque entièrement désincarné, de son orifice buccal et le dépose dans l’assiette collective prévue à cet effet par une mère trop prévoyante. Et tandis qu’il s’attaque à l’une des deux ailes qui, de son vivant, n’aura jamais connu la liberté intense et absolue du vol en altitude, Benoit D trébuche dans la caverne immémoriale de ses pensées troubles : « Aussi loin que je m’en souvienne, ma famille a toujours fonctionné suivant ce planning alimentaire a priori arbitraire et pourtant ancré dans leur estomac comme un esclave noir à son boulet de plomb : lundi, côte de porc, pommes de terre et haricots verts ; mardi, boulettes sauce tomate et riz ; mercredi, spaghetti bolognaise avec les restes de la sauce du jour précédent ; jeudi, steak de bœuf, salade et frites ; vendredi, filet de cabillaud, petits légumes et purée de pommes de terre ; samedi, macaroni au fromage et jambon ; dimanche, poulet rôti, frites et salade. Le monde pourra connaitre mille métamorphoses, en son sein, il subsistera toujours des enclaves où les repères ne disparaitront jamais. Du moins, en ce qui me concerne, tant que mes parents seront vivants. Ensuite, ma vie sera une tout autre histoire… » La mère de Benoit D pose alors ses couverts à côté de son assiette comme on le lui a appris : le couteau à droite et la fourchette à gauche. Et, dans la vacuité de cet univers clos, ce bruit de vaisselle clair, net et concis ne laisse en rien présager la tournure que vont prendre les évènements. — Alors, mon chéri, dit-elle à son fils unique et préféré, ça y est, tu as enfin rencontré quelqu’un ? — Maman ! s’écrie-t-il, en tapant du poing sur la table. Combien de fois devrais-je te dire à quel point ça m’emmerde que tu me demandes toujours la même chose ? — Mais… — Et puis, que signifie ce « enfin » ? — Mais… — Pourquoi insistes-tu ? — Mais… c’est pour ton bien, mon chéri ! J’aimerais tant te voir heureux… C’est ce que souhaite toute mère, tu sais, ni plus ni moins !
— D’accord ! Mais sais-tu ce que souhaite tout fils de trente-cinq ans ? — Non… — Que sa mère lui foute la paix ! Et Benoit D de taper un deuxième coup sur la table, nettement plus prévisible que le premier, avant de surenchérir et de poser un premier pied dans la spirale infernale de la violence. — Et je vais te dire une chose : si j’avais rencontré quelqu’un, je ne serais certainement pas là, à mon âge, à manger du poulet rôti avec mes parents tous les dimanches soirs ! Ces derniers mots, tranchants comme un couteau de boucher en période d’essai, résonnent avec la puissance d’un uppercut. C’est le genre de coup qui envoie au tapis, si pas définitivement, au moins pour un bon moment. La victime est fragile et il n’en faut guère plus pour que la mère de Benoit D se mette à chialer comme la petite fille qu’elle fut autrefois. De l’autre côté de la table, le père lève à peine la tête de son assiette et entame déjà la zone la plus tendre du volatile, faisant ainsi partie de cette moitié de l’humanité qui préfère garder les meilleures choses pour la fin. Avec toujours ce même bruit irritant de mastication qu’il ne semble pas entendre, malgré la promiscuité flagrante qui sépare sa fine bouche de ses grandes oreilles qui poursuivent leur croissance sur un corps décroissant. Afin d’amoindrir son sentiment de culpabilité à l’égard de celle qui lui a donné tout ce qu’elle a pu, Benoit D ne trouve rien de mieux à faire que de poser sa paume gauche sur la main droite de sa mère. — Allez, maman, pleure pas, j’ai dit ça comme ça… Parce que ça m’énerve… C’est tout… Si j’avais rencontré quelqu’un, bien sûr qu’elle serait ici avec nous… Mais, tu sais, ce n’est pas si facile de trouver, surtout en une semaine, il faut du temps pour ça… Le père intervient alors pour la première fois dans la conversation familiale. — Les frites vont être froides… Le poulet, c’est moins grave, mais les frites, quand c’est froid… La mère déplie sa serviette, se mouche dedans, la roule en boule et la range dans la manche de son gilet. — Mais es-tu au moins certain de bien chercher ? lui demande-t-elle. — Combien de fois te l’ai-je déjà expliqué, maman ? Je suis inscrit sur un site de rencontres ! — Oui, c’est juste, tu me l’as déjà dit… Excuse-moi… Mais c’est quoi encore ça ? Benoit D prend son mal en patience et tente de lui expliquer une nouvelle fois. — C’est donc un site internet sur lequel des hommes et des femmes célibataires peuvent s’inscrire, en payant un abonnement mensuel, pour ensuite discuter les uns avec les autres et peut-être créer des liens… — Tu dois donc payer pour rencontrer des filles ? — Dans un premier temps, oui, de la même manière que tu payes un abonnement de téléphone… Mais après, on peut se donner des rendez-vous, pour se rencontrer en vrai… Tu comprends ? — Et dans ce cas, c’est toujours payant ? — Dans ce cas, non, le site n’intervient que pour la mise en contact. Ceci dit, ensuite, c’est toujours bien vu d’inviter la fille au resto ou au cinéma… Mais dans ce cas, ça n’a bien sûr plus rien à voir avec le site… — Bon, c’est bien, alors, dit la mère. Et je suis sûre que si tu cherches bien, tu trouveras… Une fois cette conclusion apposée, la mère se met à remanier ses couverts avec une certaine dextérité.
— Mince, mes frites sont froides, dit-elle, avec un sentiment sincère de regret. — Tu m’étonnes, dit le père, sur le ton de l’habitude et sans arrêter de mastiquer. Benoit D observe sa mère, songeur, puis se tourne vers son paternel qui termine déjà sa deuxième assiette, avant de refocaliser son attention sur celle qui l’a mis au monde, il y a déjà trente-cinq ans : « C’est incroyable à quel point mon bonheur, pour elle, est intrinsèquement lié à la rencontre d’une femme. Elle pourrait me demander si j’ai fait du sport, si j’ai vu un bon film ou si j’ai des perspectives professionnelles… Mais non, jamais rien de tout cela. Tout ce qui semble compter, à ses yeux, c’est que je rencontre une femme. Peu importe laquelle et peu importe la manière, dirait-on. En matière de reproduction, de transmission génétique et de participation à l’élan collectif, seul semble finalement compter le résultat… » Le père, qui semble à présent rassasié, extrait soudain son fils de ses pensées. — Un client m’a offert une bonne bouteille de whisky ! Un Japonais ! Le whisky, bien sûr, pas le client… Bref, ça te dirait de le gouter ? Benoit D, qui a bien besoin d’un tel petit remontant, ne se fait pas prier et quitte aussitôt la table. Le père l’imite pour aller prendre sa fameuse bouteille et deux verres plats dans le bar, et rejoint son fils au salon, pendant que la mère disparait dans la cuisine pour se coltiner les tâches les plus ingrates et ainsi pérenniser les inégalités de genre. Le père remplit les verres et tend le moins vide à son fils. Sans même trinquer avec son généreux géniteur, Benoit D se l’enfile d’une traite. Pour ensuite s’en servir un deuxième avant de se blottir au fond du fauteuil et de le siroter comme un jeune fumeur d’opium. Le père l’observe avec un air inquiet et ne peut s’empêcher de creuser l’abcès à la pioche. — Y’a quelque chose qui ne va pas, fiston ? — Non. — On dirait que si. — Ça va, je te dis. — Et au boulot, ça va ? — Disons que ça pourrait être pire… — T’as demandé une augmentation à ton chef, comme je te l’avais conseillé ? — Ah non, tu ne vas pas t’y mettre, toi aussi ! — Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ? — Tu me parles de ça à chaque fois qu’on se voit ! — Mais enfin, on ne peut plus discuter ici ? — Si, mais pas toujours des mêmes sujets ! — C’est important, tu sais, d’être payé à sa juste valeur… — Oui, je sais, tu me l’as déjà tellement dit… Et je t’ai chaque fois expliqué que ce n’était pas si simple et que l’époque où on va voir son chef pour obtenir une augmentation et où il dit « D’accord, vous voulez combien ? », c’est fini ! — Ah bon, et c’est quoi l’époque d’aujourd’hui alors ? — C’est l’époque où tu vas voir ton chef pour demander une augmentation et où il te donne plus de travail en te disant que si tu n’es pas content par rapport au salaire, il y a pas mal de chômeurs qui seraient très heureux de faire ce que tu fais, et même pour un salaire moindre… — T’exagères pas un peu, là ? En guise de réponse, Benoit D termine son verre et le pose sans tact sur le coin de la table basse, le faisant claquer comme un point d’exclamation en fin de phrase. Le principe actif de l’alcool est rapide, agit aussitôt comme un antidépresseur, et l’impression
fugace d’avoir passé une soirée presque parfaite s’empare de Benoit D. Après avoir embrassé son couple de géniteurs, prétextant un état de fatigue avancé et leur promettant de revenir la semaine suivante, même lieu, même heure, même menu, Benoit D s’esquive avec l’idée préméditée d’aller s’en jeter une dernière dans un bar de son quartier.
EDGAR KOSMA
Edgar Kosma est un auteur belge né à Namur en 1979 et vivant à Bruxelles depuis 1998. Son premier romanÉternels instants est paru aux éditions Renaissance du Livre en 2010. Il a remporté la Médaille d’Argent dans la compétition « Création littéraire » aux Jeux de la Francophonie 2013 à Nice. Il est aussi le scénariste de la série BDLe Belge, réalisée avec le dessinateur Pierre Lecrenier et publiée aux éditions Delcourt. BD Tout est bon dans le Belge(T2), éditions Delcourt, 2014 Le Belge(T1), éditions Delcourt, 2013 Littérature Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chat, ONLIT Editions, 2015 Une mauvaise histoire vraie, éditions Maelström, 2014 20 ans | De l’autre côté, ONLIT Editions, 2012 De ses dix doigts, éditions Publie.net, édition numérique, 2011 Éternels instants, Renaissance du Livre, 2010 Plus d’infos surwww.edgarkosma.com
ONLIT EDITIONS
ONLIT Editions est une maison d’édition belge qui se consacre à explorer et diffuser la création littéraire contemporaine, en phase avec l’évolution des nouvelles technologies. Catalogue Papier + Numérique Patrick Delperdange est un sale typede Patrick Delperdange Son parfumde Jacques Mercier Les fées penchéesde Véronique Janzyk Faux témoignagesde Lorenzo Cecchi Sur la grued’Olivier Bailly Le Pape a disparude Nicolas Ancion À vivre couchéde Pauline Hillier Eaux perduesde Daniel Adam Dérapagesde Véronique Deprêtre On est encore aujourd’huide Véronique Janzyk Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chatd’Edgar Kosma Impasse du 30 févrierde Luc Delfosse Petite fleur de Javasuivi deDeux migrationsde Lorenzo Cecchi S’enfonçant, spéculerd’Antoine Boute Catalogue Numérique Miradorde Patrick Delperdange L’oragede Jacques Mercier Corentin Candi ne s’est pas fait en un jourde Corentin Candi Bruxelles Midi(Collectif) Éternels instantsd’Edgar Kosma C’est plutôt triste, un homme perdud’Emmanuelle Urien Brise Lame Cityde Corentin Jacobs Cité-Monarquede Simon Auclair 20 ans | De l’autre côtéd’Edgar Kosma Machinde Pierre-Brice Lebrun Les grottes de Gettysburgde Simon Auclair Bruxelles ou la grosse commissionde Manu Causse Et ta mère !de Luc Delfosse La Tour Folkstromde Jeff Balek La légende d’Ulenspiegelde Charles De Coster Les villes tentaculairesd’Émile Verhaeren Bruges-la-Mortede Georges Rodenbach Un mâlede Camille Lemonnier Zonzon Pépette, fille de Londresd’André Baillon Sortie de routede Serge Coosemans Toison d’orde Patrick Delperdange
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