Compte rendu de la réunion publique antiplébiscitaire qui a eu lieu à Corbeil (Seine-et-Oise) le 1er mai 1870 : pour servir de réponse à la circulaire plébiscitaire de M. Darblay jeune...

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Impr. de Malteste (Paris). 1870. France -- 1852-1870 (Second Empire). 10 p. ; gr. in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1870
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COMPTE RENDU
DE LA
REUNION PUBLIQUE AITIPLtiUSCHAIBE
Qui a eu lieu à Corbeil (SeiBe-et4ise)^,|^/^;!J
Le Ie* Mai 1870 ffi *',3 /^Jy-
P0l« &CK%m^L RÉPONSE A LA CIRCULAIRE PLÉBISCITAIRE DBsM.-DARpCAÏ ÏEUKE,
î ^ DÉPUTÉ At CORPS LÉGISLATIF. **—=i-i"
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Plù>4èjîc§r|e^ïenls électeurs, la plupart habi-
tants des campagnes, venus de tous les points de
la deuxième circonscription de Seine-et-Oise, se
sont réunis, dimanche dernier, dans le nouveau
Théâtre-Lyrique de Corbeil. La salle était littérale-
ment comble, et un grand nombre de retardataires
ont du se tenir dehors, malgré le mauvais temps.
MM. Carnot et Colfavru, anciens représentants du
peuple, les membre organisateurs de la réunion
et ceux du bureau provisoire ayant pris place sur
l'estrade, aux applaudissements de l'assemblée,
on a procédé immédiatement à la constitution
définitive du bureau. La majorité des voix a accla-
mé M. Farjasse, avocat, ancien préfet sous la
république, président; M. Ernst, négociant, et
M. Romfort, compositeur typographe, tous deux
de .Corbeil, assesseurs.
A deux heures, le président déclare la séance
ouverte et prononce l'allocution suivante :
M. Farjasse.—Mes chers concitoyens, je vous
remercie du fond du coeur de m'avoir choisi pour
présider cette honorable réunion. Je ne vous dirai
pas comme l'orateur romain, élu au consulat dans
des circonstances difficiles : j'en suis plus onéré
qu'honoré, car la charge pour moi sera légère, et
l'honneur considérable. (Applaudissements.) Vous
pouviez en choisir un plus habile ; comptez du
moins sur la plus parfaite impartialité; ce qu'on
ne voit pas tous les jours dans d'autres assemblées,
qu'on les nomme Corps législatif, Sénat, haute
cour, ou tout autrement. (Applaudissements.)
Avant de donner la parole aux vénérés orateurs
qui viennent apporter parmi nous l'autorité de
leurs convictions inébranlables et la chaleur de
leur éloquence, nous avons un devoir à remplir,
c'est' de remercier les honorables citoyens de Cor-
beil qui ont pris l'initiative de celte réunion, qui
l'ont organisée, qui ont appelé parmi vous l'élite
de la démocratie et nous ont donné le bonheur,
dont nous jouissons, d'être tous réunis dans celte
enceinte. (Applaudissements prolongés.)
Le pouvoir personnel, après nous avoir fait entre-
voir quelques faibles lueurs d'amendement, provo-
que une des crises les plus violentes que nous ayons
subies..Il jette la France entière dans l'émotion la
plus.vive, l'ébranlé sur toutes ses bases, et la
nation se trouve placée en face de cette alternative
inquiétante et, pour bien des esprits, insoluble:
Oui ou Non.. .
Devine si tu peux, et choisis si tu l'oses.
C'est dans de telles circonstances, c'est dans cette
deuxième circonscription, de Seine-et-Oise, d'où la
démocratie est exilée depuis 18 ans faute de repré-
sentant, c'est dans cette ville de Corbeil que le
pouvoir personnel regarde comme l'apanage d'une
seule famille, que sept citoyens, et nous en eus-
sions au besoin trouvé septante fois septante, se
sont dits : profitons de cet éclair de liberté, exer-
çons cette souveraineté inaliénable, imprescriptible
que le sang de nos pères nous a conquise, et appe-
lons parmi nous l'honneur de la démocratie. Et ils
l'ont fait seuls, pourvoyant aux besoins matériels
de leurs propres deniers, et non pas avec les cinq
ou six millions du comité central plébiscitaire
présidé par M. Suchet, marquis d'Albuféra, et sou-
tenu par tous les produits de la candidature offi-
cielle. Ils l'ont fait, inspirés par leur civisme et au
moyen du produit de leur travail journalier : vous
ne l'ignorez pas, vous le. savez tous ici. Merci et
honneur aux citoyens de Corbeil organisateurs de
cette réunion! (Applaudissements.)
Ces chaleureuses acclamations, mes chers conci-
toyens, ne peuvent que m'émouvoir sans m'étonner.
Je reconnais vos âmes généreuses et patriotiques.
J'ai vécu six ans parmi vous, six ans dans la
retraite et l'obscurité, comme il convient au citoyen
de retour de la déportation ou de l'exil. Je ne me
suis mêlé à vos luttes politiques que le jour du
combat, que le jour où rester sous sa tente eu tété
une désertion, eût été un crime ! M. Darblay l'a
emporté d'un millier de voix ; vous savez dans
quelles circonstances et par quels moyens ; mais
nous avons pu, à juste litre, nous attribuer la vic-
toire, et le temps ne reviendra plus où, comme à la
la veille du scrutin, il se prévalait de ses 22,000
voix de 1863 ; il a été distancé de 7,000 !
Que ce résultat ne nous enivre pas : soyons
calmes dans la victoire , et dans ces patriotiques
réunions, que la modération soit notre règle.
Il est une sainte devise : Liberté, Egalité, Fra-
ternité. .. (Applaudissements. )
... Qui d'entre vous voudrait rayer un seul de
ces mots sacrés, un seul ? Eh bien, la Fraternité,
c'est la modération ; la modération, c'est la force;
la violence, c'est la colère, et la colère est une
mauvaise conseillère. Et vous, mes chers com-
pagnons d'exil, parlerez-vous de venger les tor-
tures de toutes sortes que nous avons souffertes
et supportées au nom du droit et de la liberté ?
Je vois parmi vous des victimes, je ne vois pas de
vengeurs ! La justice ne se venge pas, et l'argument
le plus puissant que je reconnaisse en faveur de
l'immortalité de l'âme et de l'existence de Dieu,
c'est le triomphe du méchant sur la terre ; je l'a-
journe à l'autre vie! (Applaudissements.)
J'ai dit que la modération c'est la force et la
justice ; la violence, la colère, le crime ; permet-
tez-moi de vous citer' quelques exemples : Voici
Pisistrale etSolon, tous deux Athéniens. Pisistrate,
général heureux, après avoir combattu pour sa
patrie voulut l'asservir, en être le tyran.Taciturne,
artificieux, inscrutable, dit Plutarque, s'entou-
rant d'aventuriers qui n'avaient rien à perdre
et tout à gagner; cachant son ambition sous le
masque du patriotisme ; préconisant sans cesse
l'égalité pour séduire les masses, il s'empara "de
l'armée et asservit sa patrie. Il régna, mais bien-
tôt il fut chassé d'Athènes. Dans l'exil, il médite
son retour au pouvoir; il choisit clans la class'e la
plus abjecte de la populace une femme d'une
belle prestance, l'affuble du costume de Minerve,
déesse protectrice des Athéniens : le casque, l'égide,
rien n'y manquait, pas même la chouette, l'oiseau
de Minerve : en France, nous avons vu un aigle appri-
voisé (applaudissements), et au moyen de cette mas-
carade de saltimbanque, il remonte de nouveau sur
le trône pour en être chassé de nouveau ! Vous avez
vu Pisistrate. Voyez Solon, son rival. Son histoire
sera plus courte, comme celle de toutes les pério-
des heureuses de l'histoire. Toujours modéré,
rangé au nombre des sept sages, Solon combattit
la tyrannie et laissa à la Grèce une législation qui
en fit le bonheur tant qu'elle fut observée, et il
mourut entouré de la bénédiction de sa patrie ; la
plus belle récompense du citoyen !
Je choisis deux autres noms dans l'histoire de
notre temps : Washington et Bonaparte. Georges
Washington, la modération et la force d'âme
représentées sur la terre, fils d'un colon de la
Virginie, lutta, de 1775 à 1797, à la fois contre
les Anglais oppresseurs de sa patrie et contre
la violence des partis. Les États-Unis une fois
constitués et paisibles, grâce à ses victoires et ses
traités, les Etats-Unis, vastes comme toute l'Europe
et qui sont aujourd'hui la plus grande république
connue dans l'histoire de l'humanité, Washington
quitte la présidence en 1797, revient à Mont-
Vcrnon, sa propriété patrimoniale, reprend la
culture de ses terres, n'accepte pour toute récom-
pense de la nation qu'il avait faite, et quelle nation!
n'accepte que le simple droit de recevoir ses lettres
franches des droits de poste ! (Applaudissements.)
Il donne la liberté à ses esclaves et le 14 décem-
bre 1799, il va rejoindre là haut le Tout-Puissant,
le modéré par excellence dont certainement sa
grande âme était une émanation.
Voyons maintenant Bonaparte (mouvement
d'attention), non pas celui d'aujourd'hui, mais
l'autre, celui que Louis XVI entretenait comme
élève boursier à l'Ecole de Brienne : Bonaparte,
l'ambition, la violence, la colère incarnées. Le
18 brumaire, il met la main sur le pouvoir; c'est
l'expression employée par M. Leroy de Saint-Ar-
naud à propos du coup d'Etat du 2 décembre, dans
son dernier discours au Sénat qui n'a pas bronché.
C'était donc en 1800, la France limitée par le
cours du Rhin et les Alpes comptait alors ■ 105
départements ; après quatorze années d'empire,
Bonaparte nous la rend réduite à 86, plus petite
que sous Louis XVI! et deux fois, chose inouïe, de-
puis les invasions des Normands ! deux fois il nous
amène l'étranger dans Paris... (A ce moment un
coup de sifflet se fait entendre dans la salle, d'é-
nergiques protestations s'élèvent à l'instant de
tous côtés contre ce manque de convenances.)
M. Farjasse.—Comment ! les Cosaques ne sont
pas venus en France ! Vous ne les avez donc pas .
vus, en 1814 et en 1815, camper dans nos Champs-
Elysées?
(Le tumulte continue. Enfin, la personne qui a
sifflé s'engage à monter à la tribune, le calme se •
rétablit et M. Farjasse peut continuer en ces ter-
mes ) :
Messieurs, je vous remercie du calme qui se
fait en ce moment ; vous pourriez provoquer
contre nous les rigueurs de l'autorité. Nous ne som-
mes pas le concile; nous n'avons pas le Saint-Esprit
pour garantir notre infaillibilité, nous avons M. le
commissaire de police, c'est autre chose. Celui qui
voudra rétorquer une phrase, un mot de mon
argumentation n'a qu'à venir à cette tribune, la
parole lui sera donnée.
(La personne qui a sifflé, et qui s'appelle
M. Leroy^ monte sur l'estrade au milieu des rires
et des quolibets de l'assemblée.)
M. Farjasse. —Messieurs, j'ai demandé à notre
honorable adversaire de vouloir bien me permettre
de termirer la phrase que j'avais commencée, et
toute latitude lui est donnée pour rétorquer mes
paroles ; je vous prierai, d'un autre côté, d'appor-
ter la plus grande bienveillance à tout ce qu'il
vous dira ; nous ne craignons pas la vérité, nous
la recherchons au contraire, et il se peut parfaite-
ment que nos paroles ne plaisent pas toujours à
ceux qui professent le culte napoléonien.
Faut-il faire ici le budget du premier empire ?
cent volumes ne suffiraient pas. En deux lignes,
ce règne de la plus odieuse tyrannie, a coûté à
l'humanité dix millions d'hommes et vingt-un
milliards, et quels torrents de larmes ! Puis, le 25
mai 1821, après six ans de captivité, Bonaparte
expire rongé de remords et de rage, gardé par les
sentinelles anglaises sur un rocher perdu au mi-
lieu de l'Océan, nous laissant sa famille, sa cor-
respondance, et ces Mémoires véridiques que vous
savez! (Applaudissements.)
M. Leroy. — Messieurs, je me suis permis de
siffler, parce que je me suis figuré, en venant ici,
que c'était une- réunion publique et que chacun
avait le droit d'approuver ou de désapprouver ce
que disait l'orateur. Comme je n'avais pas d'autre
moyen de désapprobation, j'ai sifflé, et je dois
ajouter qu'il m'a été impossible d'entendre, sans
protestation, mal parler du règne du plus grand
homme des temps modernes. Voilà
(Le tumulte est à son comble et on ne distingue
plus ce que dit l'orateur, qui descend de la tribune,
au milieu des cris : A la porte! à la porte!)
M. Farjasse. — Mais détournons lés yeux de
ces chutes vertigineuses des hommes violents, et
élevons nos regards dans la paisible région des
hommes dont la modération a été la règle de con-
duite. Vous verrez que cette vertu, loin d'exclure
la force, est la force même. Nous avons conduit
hier à sa dernière demeure Alexandre - Thomas
Marie, notre trës-vénéré confrère, chargé d'ans et
de gloire. La justice et l'amour du peuple furent
ses seules passions. C'est lui, c'est Marie, cet
homme calme et modéré qui, dans la séance ora-
geuse du 24 février 1848, lorsque tous les vents
déchaînés soufflaient sur la chambre des députés
envahie par le peuple, et que pour certains esprits
la régence était la seule ancre de salut ; c'est Marie
qui déclara hautement, avec toute la force que
donne la conviction, l'illégalité de cette mesure;
affirma que la souveraineté résidait dans le peuple,
et proposa la nomination du gouvernement provi-
soire; l'acte le plus décisif dans l'histoire de notre
république de 1848, à qui nous devons d'être.ici
aujourd'hui, car elle nous à donné le. suffrage unir
versel. (Applaudissements.): • ■ -
Après avoir occupé les plus hautes fonctions de
la république, Marie se retira dans la vie privée,
et pour nous servir des expressions d'un de nos
adversaires, à qui la vérité arrache cet aveu, il sp
retiracornme tousles fonctionnaires' de cette époque
- 3 —
tant calomniée, les mains pures du contact de l'or,,
ne laissant à ses enfants que son nom vénéré, la'
reconnaissance, dés patriotes et une honorable
aisance, fruit de cinquante-deux ans de travaux.
(De nombreux applaudissements se font entendre.)
Soyons donc modérés, mes chers concitoyens,
soyons modérés dans nos actes et dans nos dis-
cours : soyons tolérants pour nos adversaires, parce
que la raison est pour nous et que par conséquent
nous avons la véritable force. Laissons ici, même
à cette tribune, l'erreur se produire ; la vérité en
triomphera par la discussion et non pas par les
injures et la force brutale, qui ne sont pas des
arguments. Nos principes et nos raisonnements
portent plus loin que les chassepots et les canons
rayés. (Applaudissements.)
J'insiste sur le plus religieux silence; vous allez
entendre un des vieux athlètes de la démocratie ;
un nom illustré par son père, illustre par lui-
même autant par sa probité politique que par son
éloquence ; la parole est a M. Carnot.
(M. Farjasse se rassied au milieu d'un tonnerre
d'applaudissements et des chaudes félicitations des
personnes qui ont pris place sur l'eslrade.)
M. Carnot. — Messieurs, quelques-uns d'entre
vous, interprètes d'un grand nombre, ont témoi-
gné le désir qu'il fût fait ici, à l'occasion du plé-
biscite,, un commentaire du manifeste politique
publié par la gauche parlementaire, une sorte
d'exposé des principes de l'opposition sur la ques-
tion qui préoccupe à bon droit tous les amis de la
liberté; nous avons accepté avec plaisir, M. Col-
favru et moi, ce mandat, et nous l'avons accepté
avec d'autant plus d'empressement que nous ap-x
partenons l'un et l'autre à cette gauche par nos
opinions, et que nous avons quelques titres, je crois,
cà votre confiance.,
Nous sommesheui'euxde pouvoir causer avec des
concitoyens sur les affaires de notre chère France
dans une occasion décisive peut-être pour ses
intérêts, et j'ose dire pour son honneur. Avant d'en-
trer directement dans l'examen de la question du
plébliscite, ne serait-il pas bon de faire un retour
rapide vers le passé, pour nous rendre compte de
la situation du pays au moment où la question a
été soulevée ? Il me semble que cela serait néces-
saire. A vrai dire, il faudrait remonter 1 jusqu'au 2
décembre, c'est là le point de départ; c'est alors que
fut voté un premier plébiscite, dont le plébiscite
d'aujourd'hui prétend atténuer les effets. Je le fe-
rai avec réserve : il y a des dates funestes que l'on
ne peut pas, que l'on ne doit pas oublier quand
on a dans le coeur des sentiments de: justice et
d'humanité, mais sur lesquels peut-être, je le dis.
encore, une certaine réserve est imposée, et sur-
tout aujourd'hui que nous avons besoin de ne pas
réveiller les passions et de ne pas les apporter dans
une discussion qui doit être calme, ainsi que vient
de le recommander en si bons termes notre hono-
rable président. Je ne puis pas cependant négliger
tout à fait le 2 décembre.
Après ce coup d'état, lorsque fut voté le pre-
mier plébiscite, la France était sous la pression
d'une double terreur : les uns frémissaient à la
seule pensée d'un fantôme révolutionnaire qui
n'existait que dans leur imagination, de ce fameux
spectre rouge dont on'avait troublé leurs cerveaux,
et ils étaient tout prêts à se jeter dans les bras
d'un sauveur , comme les enfants se jettent' dans
les bras de leur nourrice quand on leur parle de
Çroquemitaine. ( Applaudissements. ) D'autres se
préoccupaient de dangers, malheureusement plus
réels; il s'agissait de fusillades, d'internements, de
déportations,, ces'craintes étaient plus "réelles.
C'est ce moment que l'on choisit pour proposer à
la France de se livrer tout entière au vainqueur
de cette journée, de lui livrer le pouvoir exécutif
et le pouvoir constituant, la dictature. Vous voyez
quel usage on a fait, du pouvoir exécutif et du
pouvoir constituant. Le pouvoir constituant nous a
donné cette constitution césarienne dont personne
ne veut plus aujourd'hui et que son auteur lui-
même abandonne, c'est la suppression de la France
politique ; et le pouvoir exécutif, la dictature, vous
savez aussi ce qu'elle nous a valu : la dilapidation ■
de nos finances, la scandaleuse administration pa-
risienne, des guerres désastreuses comme celle du
Mexique, qui de l'aveu même d'un ancien ministre
des finances a coûté à la France 300 millions et plus,
sans compter le nombre des victimes, et cetteexpédi-
tion de Rome sans laquelle aujourd'hui on ne pour-
rait pas tenir au Vatican un concile pour déclarer
l'infaillibilité du pape ; il nous a valu bien d'autres
choses : le silence forcé de la presse pendant vingt
ans, la loi de sûreté générale, la violation de toutes
les garanties individuelles, les candidatures offi-
cielles , ^oppression administrative faisant arriver
ses candidats au Corps législatif; je m'arrête, cette
énumération serait trop longue. Un de nos amis,
Taxile Delord, vient de publier une histoire du
second empire; c'est un tableau désolant pour la
France ; ces vingt années de règne lui ont coûté
le sang de ses enfants, le désordre dans ses éco-
nomies et quelque chose de bien plus déplorable,
une altération profonde de son caractère national
parle règne des courtisans, des courtisanes et des
agioteurs. (Nombreux applaudissements.) Voilà les
fruits du plébiscite de 1852, qui a livré la France
à un homme, et aujourd'hui on vous propose de •
faire un nouveau bail avec lui. (Rires.)
Il a fallu bien des années pour que l'esprit po-
litique se réveillât en France, et il a fallu bien des
efforts de la part de ceux qui avaient conservé un
peu de feu sacré pour en communiquer à ceux qui
l'avaient perdu....
Un Auditeur. —Merci!
M. Carnot. — Voulez-vous me dire pourquoi ;
merci ?
L'Auditeur. — Parce que c'est vous qui l'avez
conservé ce feu sacré pour nous le communiquer;
c'est pourquoi je vous remercie. (Applaudissements. )
M. Carnot. — Oui, il 'a fallu longtemps, et peu
à peu les électeurs sont parvenus a faire entrer
au Corps législatif quelques hommes de l'opposi-
tion , un groupe imperceptible, dont la voix était
étouffée,. dont les propositions étaient constam-
ment rejetées par une majorité; mais cette voix,
si elle n'était pas écoutée au Corps législatif, cette
voix retentissait au dehors, parce qu'elle était
l'écho de celle de la Nation, parce qu'elle était
l'expression de ses voeux les plus chers. (Applau-
dissements.)
Peu à peu ce groupe s'est grossi, enfin les élec-
tions de 1869 sont venues porter un coup décisif
au gouvernement personnel ; ce n'est pas que le
nombre des députés de l'opposition se fût beaucoup
accru; les préfets que l'on désigne comme vous
savez
Une Voix. — A poigne !
' M. Carnot. — ...... Ces préfets, par leur acti-
vité dévorante <— c'est un mot nouveau — (ap-
plaudissements); ces préfets étaient parvenus à faire
entrer au Corps législatif une majorité de candidats
officiels; mais lorsque l'on fit le dénombrement
général des suffrages obtenus dans l'ensemble de
Ta France, on fut obligé de reconnaître que les
candidats de l'opposition avaient obtenu trois mil-
lions et demi de suffrages, et vous savez que, lors-
qu'un candidat indépendant trouve dans l'urne un
certain nombre de■ suffrages à son nom, on peut

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