Compte rendu des résultats obtenus à l'établissement hydrothérapique du Dr Herland pendant les années 1862, 1863, 1864. Aux médecins de Maurice et de la Réunion

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impr. de E. Delval (Saint-Denis (Réunion)). 1865. In-8° , 55 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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COMPTE-RPDU
BËS RÉSULTATS OBTENUS
A-
L'ÉTABLISSEMENT HYDROTHÊRÂPIQUE
BU
PENDANT LES ANNÉES 1862, 1863,"1864. ,
M MÉDECINS
IIE
.&î&w&3<âs as? ©a' && &â®sîa®sïa
PÏBRIMERIE DU ' JOURNAL DU COMMERCE.
SAINT-DENIS,-RÉUNION.
E. DELVAL, .RUE DU BARACHOHS, 50.
1865.
Al\ MEDECINS
Jqe Mkurice et de la Réunion.
Messieurs et honorés confrères,
En avril 1862, je vous annonçais que je venais de créer à St-
Denis un Etablissement pour le traitement de quelques affections
chroniques par les procédés hydrothérapiques.
Je vous faisais connaître les difficultés matérielles que j'avais
rencontrées, par le fait du climat et de la température de l'eau,
pour mettre cet Etablissement dans les conditions essentielles de
réussite.
Je vous laissais entrevoir que j'espérais vaincre ces difficultés
au moyen d'appareils de mon invention, basés sur l'évaporatio n
de l'eau à l'air libre sur de grandes surfaces. Au moyen de ces
appareils, je suis parvenu à abaisser de 5 à 6 degrés l'eau de la
ville, qui est à 18 ou 20 centig. en hiver, obtenant ainsi de & à 6
mille litres d'eau par nuit, à la température la plus favorable à
l'hydrothérapie, c'est-à-dire à 12 où 15° centigrades.
Depuis deux ans, des succès nombreux sont venus justifier mes
prévisions, démontrer que j'avais atteint lebut et que, grâces à ces
appareils de réfrigération et à la possibilité de se procurer de la
glace pour quelques cas particuliers, mon Établissement se trouve
pour le moins dans des conditions aussi favorables que ses
analogues d'Europe.
— 2 —
Plusieurs d'entre vous, messieurs, ayant suivi avec un bienveil-
lant intérêt les résultats heureux que j'ai obtenus par l'hydrothé-
rapie, m'ont conseillé de publier sous forme de compte-rendu, à
l'adresse de mes confrères de Maurice et de la Réunion, l'exposé
exact et précis de ces résultats, persuadés que cela pourrait vous
intéresser, que la science et surtout vos malades pourraient
en tirer quelque profit.
En effet, la médication hydrothérapique non seulement est
nouvelle pour le pays, mais je crois que c'est la première tentative
qui ait été faite pour appliquer d'une façon régulière et méthodi-
que les procédés hydriatriques dans les régions intertropicales.
Il n'est donc pas sans intérêt pour la science de connaître com-
ment cette médication se comporte dans les nouvelles conditions
de climat, de température et de constitution médicale où nous
nous trouvons.
D'un autre côté j'ai pensé, avec plusieurs d'entre vous, que la
publication de quelques observations les plus intéressantes, adres-
sée à mes confrères, serait plus convenable et plus digne de
notre honorable profession, que de publier ou de laisser publier
les lettres ou articles que les malades guéris à mon Établissement
ont, dans leur reconnaissance envers l'hydrothérapie, demandé
avec instances à faire insérer dans les journaux de la localité.
Une troisième considération m'a surtout déterminé à vous,
adresser ce compte-rendu : c'est le besoin de faire connaître la
vérité sur les résultats de l'hydrothérapie médicale à ceux d'entre
vous qui n'ont pu suivre les malades traités à mon Établissement,
et qui seraient dans l'impossibilité de démêler le faux du vrai au
milieu des assertions contradictoires que le public aurait fait par-
venir jusqu'à eux.
Plusieurs des personnes qui ont expérimenté par elles-mêmes
ou vu chez d'autres l'action curative de la médication par les
douches glacées dans certaines maladies, considèrent l'hydro-
thérapie comme une médication merveilleuse et une panacée
universelle. Cette exagération peut avoir ses dangers, car elle doi 1
nécessairement éloigner les esprits sérieux et les hommes bien
pensants d'une médication qui cependant est loin d'avoir d'aussi
ridicules prétentions.
D'autres; tombent dans l'excès contraire et prétendent que Phy-
• drothérapie est une médication de nulle valeur, parce quelles n'en
ont obtenu qu'une amélioration plus ou moins marquée. C'est que
le plus souvent elles ont manqué de constance; elléS demandaient
à l'hydrothérapie de guérir en quelques jours des maladies très
anciennes que cette médication ne peut faire disparaître que
lentement et en quelques mois.
Enfin, il existe un troisième groupe de personnes, quisefontles
détracteurs de la médication hydriatique parce qu'elle a été im
puissante entre leurs mains.
A ce groupe appartiennent ces personnes, fort nombreuses dans
ce pays, qui sont persuadées qu'elles savent la médecine mieux
que les médecins, qui n'ont jamais besoin du concours de ces der-
niers pour s'administrer ou administrer à d'autres les remèdes
les plus violents et quelquefois les plus dangereux.
Elles ont aussi essayé de faire de l'hydrothérapie à leur ma-
nière, comme elles administrent l'aloès, le purgatif Leroy, la
santonine etc. Elles pensaient que l'immersion dans un bassin ou
dans une rivière, ou que la douche d'eau à la température ordi-
naire, administrée sans méthode et au moyen d'appareils impar-
faits, produirait les mêmes effets que les procédés hydriatiques
méthodiques et appliqués par un médecin. Elles ignoraient que,
dans aucun cas, on ne peut obtenir d'effet curatif sérieux de l'ap-
plication, sous quelque forme que ce soit, d'une eau au-dessus de
16 à 17 degrés centigrades; que moi-même je suis obligé de fer-
mer mon Établissement dès novembre, époque où je ne puis plu
obtenir que de l'eau à cette température.
Elles n'ont pas voulu comprendre que les procédés hydrothé-
rapiques ne constituent pas un système médical appliquable d'une
façon empirique à tous les genres de maladies, mais qu'ils son*
un médicament comme les autres que le médecin seul est apte à
administrer; qu'il faut enfin faire varier la forme, la force, la
température et surtout la durée de l'étuve ou de la douche, selon
— /*_
le tempérament, l'âge, l'idiosyncrasie du malade et le genre de la
maladie.
Quoi d'étonnant, si ces personnes n'ont eu que des échecs ?
bien heureux qu'elles n'aient' pas causé d'accidents. ( 1 )
C'est donc,pour vous tenir en garde contre les erreurs qui
pourraient naître dans vos esprits, par l'exagération en bien
ou en mal de chacun de ces groupes de personnes, que j'ai
tenu à établir, par des chiffres positifs, par des faits bien
constatés et des observations rigoureuses', quelle est la part
qu'il faut avec justice laisser à la médication hydrothéra-
pique appliquée dans les conditions actuelles de mon Etablis-
sement.
Mes observations portent aujourd'hui sur 86 malades compre-
nant à peu prés tous les genres d'affections qui peuvent, avec
quelques chances de succès, avoir recours à l'hydrothérapie. Ce
sont généralement des malades atteints d'affections chroniques
datant d'une ou de plusieurs années, ou des incurables qui ne
viennent d'eux-mêmes, ou ne me sont adressés par vous, que
lorsqu'ils ont déjà subi sans succès toutes les autres médications
appropriées à leur état, et qui enfin n'essayent de l'hydrothérapie
que comme dernière ressource.
( 1 ) Loin de moi l'idée de vouloir blâmer ou comparer à ces médi-
castres les personnes qui ont fait installer chez elles, comme moyen
hygiénique, les petits appareils de douches en pluie dont l'emploi
tend à se répandre et même à se généraliser dans la colonie. Bien au
contraire : mel me\ adsum qui feci. Je revendique l'honneur d'avoir
été le promoteur de ce nouvel état de choses dont l'influence heureuse
sur la santé de la population ne tardera pas à se faire connaître. Le
premier j'ai prôné cet excellent moyen d'hygiène, et engagé toutes
les personnes qui sortaient de mon Établissement à continuer chez
elles les douches d'eau à la température ordinaire , comme le moyen
le plus propre à entretenir la santé qu'elles avaient acquise par leur
traitement hydrothérapique.
Peu à peu le nombre de mes malades sortis guéris, ayant augmenté,
le nombre des douches à domicile s'est également accru.
Plus tard d'autres personnes, reconnaissant l'action bienfaisante,
agréable et toujours inoffensive de la douche d'eau ordinaire, d'une
durée de 2 à 4 minutes, ont suivi le bon exemple.
— 5 —
Malgré ces déplorables conditions, les résultats que j'ai obtenus
sont de nature à faire supposer que la médication hydrothéra-
pique agit, pour le moins, aussi bien si ce n'est mieux qu'en
Europe.
En effet, sur les 86 malades qui ont passé par mon Etablisse-
ment depuis 1862, j'ai obtenu 34 cas de guérison complète et ra-
dicale; 27 cas de guérison partielle, momentanée, ou de très grande
amélioration ; reste 25 cas d'insuccès et pas le moindre petit
accident à déplorer. Ces résultats que je crois dignes de fixer
votre attention, eu égard à la gravité et à l'ancienneté des ma-
ladies que j'ai eu à traiter, eussent été bien plus remarquables
si plusieurs des malades qui n'ont obtenu qu'une guérison in-
complète ou qu'une amélioration marquée, n'avaient manqué de
persévérance etbrusquement suspendu leur traitement alors que
tout leur promettait une guérison assurée.
Pour les 25 cas d'insuccès, il faudrait encore tenir compte des
faits suivants : 11 de ces malades dont le traitement devait être
de un à deux mois, ne l'ont suivi que pendant deux ou trois jours.
Ce sont donc là des traitements dérisoires et qui devaient néces-
sairement être de nul effet. Enfin, trois autres malades ne doivent
leur insuccès qu'à ce que leur traitement s'est effectué lors de
l'ouverture de mon Etablissement, alors qu'il n'était pas encore
dans les conditions actuelles, attendu que des affections en tout
semblables aux leurs ont depuis été guéries radicalement.
De sorte que, aujourd'hui, presque chaque maison a sa petite douche
plus ou moins bien installée, mais toujours suffisante pour entretenir
la santé, reposer des fatigues des grandes chaleurs, détruire leur in-
fluence débilitante et maintenir les fonctions de la peau dans leur
activité normale.
Voilà ce que des personnes sensées ont demandé à leurs douches
hygiéniques, et elles l'obtiennent toujours ; mais elles se sont bien
gardées de leur demander la guérison d'une maladie quelconque
sur elles ou sur les autres. Elles savent qu'il faut pour cela des
moyens plus énergiques, des sudations forcées, de l'eau très-froide à
12 ou 15 centig. et des appareils à forte pression. Or, ce sont là de»
médicaments qu'il n'est bon de mettre qu'entre les mains des mé-
decins.
— 6 —
Resterait donc, en somme, 11 cas d'insuccès réel dans lesquels
la médication hydrothérapique a été de nul effet sur la maladie
principale, bien que la constitution et la santé générale en aient
le plus souvent retiré un certain avantage.
Pour établir autant que possible la manière dont l'hydrothérapie
se comporte, sous ce climat, avec les divers genres de maladies,
j'ai choisi dans chaque groupe l'observation qui m'a semblé la
plus intéressante et surtout la plus propre à le caractériser. Je me
contenterai, pour les autres cas, de vous faire connaître l'ancien-
neté de la maladie, la durée du traitement et les résultats obtenus.
Faire plus eût été m'exposer à des redites. Vous comprendrez
aussi ma réserve pour ce qui a trait aux affections des organes
génitaux-urinaires dont j'évite de citer les observations. Je sais
que la grande, la première qualité du médecin doit être la discré-
tion. Aussi les 22 observations citées ci-après ont été lues à chaque
intéressé, autant» pour éviter toute erreur de ma part, que pour
faire en sorte que rien de ce qui aurait pu contrarier mes ex-
malades ne fût livré à la publicité.
Le tableau ci-après fera connaître comment se sont groupés
les cas de guérison, d'amélioration ou d'insuccès dans chaque
genre d'affection.
Par les détails qui suivront vous verrez que j'ai fait la part
large aux insuccès et aux simples améliorations, aimant mieux me
trouver au-dessous qu'audelà de la vérité.
s, e> 5 -, ,.
I 8 » g »
GENRE DE MALADIE » | 5 o § H
S g g g, r s
? s S » r
Rhumatisme chronique généralisé 8 3 3 0 2
Rhumatisme chronique localisé.. 6 2 4 0 0
Rhumatisme musculaire récent. .6 6 0 0. 0
Rhumatisme articulaire sub-aigu. 4 1 2 0 i
Rhumatisme goutteux 2 1 i 0 0
Ankylose incomplète 3 0 1 1 1
Névralgie scialique 4 2 2 0 0-
Névralgie faciale et hémicran . . 0 0 0 0 0
Névralgie protéiforme , névropa-
thie générale, état nerveux . . 10 4 2 3 \
Crises hystériques 10 0 0 i
Crises épileptiformes 3 0 1 1 i
Cliorée 3 1 2 0 »
Coliques sèches ■) i 0 0 o
Amuurose •] 0 0 1 Q
Congestions cérébrales chroniques. 2 0 1 1 0
Paralysie de l'enfance 2 0 0 2 0
Maladie de la moelle 1 1 0 0 o
Bronchite chronique 1 1 0 o 0
Asthme Chronique 2 0 1 1 0
Gastrite chronique 2 1 1 0 0
Gastralgie 2 1 0 1 o
Dyssenterie chronique 3 2 " 1 0
Hépatite chronique 2 1 1 0 o
Paresse de l'intestin 1 1 0 0 o
Déplacements utérins 3 1 i i Q
Spermatorrhée i i 0 0 o
Eléphantiasis scrotal 1 0 0 1 Q
Hématurie chyleuse \ 0 0 " 1
Fièvres intermittentes , cachexie
paludéenne 40 '3 ^ 0 3
86 34 27 14 Tî~
NOTE DE L'AUTEUR..— Prière de ne voir dans ce tableau aucune clas-
sification nosplogique, mais bien un simple groupement artificiel pour
la clarté de mon compte-rendu.
SÉRIE DES AFFECTIONS RHUMATISMALES.
Rhumatismes chroniques généralisés.
Observations N° /.— Monsieur C. un de nos riches habitants des
quartiers, âgé d'environ 40 ans, d'une belle constitution, était
a tteint depuis plusieurs années d'un état rhumatismal fort sérieux.
. Sa maladie présentait les caractères suivants : douleurs très
vives, quelquefois lancinantes, mais le plus souvent sourdes et
profondes, siégeant tantôt aux lombes tantôt dans les membres
supérieurs, plus fréquemment dans des points plus ou moins pro-
fonds des membres inférieurs.
Ces douleurs revenaient depuis cinq ans, et sans causes appré-
ciables, par crises dont la durée variait de cinq à 10 jours, et ne
laissaient entre elles qu'un intervalle de quelques jours de repos
au malade.
Dans ces derniers temps les crises rhumatismales devinrent si
fréquentes et surtout si intenses que M. C. se trouvait souvent dans
l'impossibilité de vaquer à ses affaires. Aussi, malgré sa belle for-
tune et la charmante famille dont il était entouré, M. C. menait
une existence si pénible que souvent, me disait-il, la vie lui était
à charge.
Pendant cinq ans toutes les médications furent tentées par lui-
Non seulement il eut recours aux conseils des médecins qui durent
employer tous les moyens que la science oppose à un état rhuma-
tismal si grave, mais il alla même jusqu'à essayer les tisanes
d'empirique.
Rien n'avait pu modifier son état: ni médicaments, ni eau miné-
rale, ai-je besoin d'ajouter ni tisane d'empirique.
En désespoir de cause, et sur l'avis de son médecin habituel, il
s'adressa à l'hydrothérapie. Le 19 mai 1862 il commençait son
traitement à mon établissement.
Traitement: une sudation tous les matins pendant les premiers
jours. — Trois étuves par semaine pendant le reste du traitement.
Durée de l'étuve 20 à 40 minutes. — Température de 40° au début
— 9 —
et de 52° à la fin du traitement. Deux fois par jour, douche en pluie
de 15 à 16°, d'une durée de 1 à 2 minutes. Douche en jet de 5
centimètres sur les lombes et les membres inférieurs.
Ce traitement continué pendant trente cinq jours amena dans
l'état général de M. C" un changement complet. Les crises rhu-
matismales si intenses et si fréquentes ne parurent que pendant
les premiers jours du traitement. Enfin, le 28 juin, appelé chez
lui par ses affaires et le désir de revoir sa famille, il partit
heureux des résultats presque inespérés que lui [avait donnés
l'hydrothérapie.
Je l'engageai à.faire désormais souvent usage des bains froids
pour conserver la santé qu'il avait retrouvée.
Les sept autres malades du groupe étaient atteints d'un état
rhumatismal analogue; chez tous les douleurs revenaient par crise ;
le siège était également variable.
N° 2. Maladie datant de 4 ans. Durée du traitement : 35 jours.
Résultat: guérison.
N° 3. Maladie datant de 10 mois. Durée du traitement : 15 jours.
Résultat: guérison.
N° 4. Maladie datant de 3 ans. Durée du traitement : 45 jours.
Très grande amélioration.
N? 5. Maladie datant de 10 ans. Durée du traitement : 15 jours.
Résultat: amélioration.
N° 6. Maladie datant de plus de dix ans. Durée du traitement :
10 jours. Résultat : légère amélioratioft.
N° 7. Malade depuis plusieurs années, état rhumatismal mal
défini, traitement : quelques douches. Résultât: mit
N° 8. Pour mémoire. C'est un de nos excellents; confrères des
quartiers, qui, ayant voulu mettre à profit son séjour à Saint-Denis,
essaya de quelques sudations contre les douleurs rhumatismales
erratiques dont il est atteint depuis quelques années. J'ai dû, pour
lui faire plaisir, le laisser .faire, quoique je fusse bien persuadé
que l'étuve entre pour la plus minime partie dans le traitement des
douleurs rhumatismales et que c'est l'action révulsive de la dou-
che froide qu'il faut surtout rechercher.
— 10 —
" Ce traitement incomplet de cinq à six jours peut encore être
considéré comme nul.
Je crois donc, en toute justice, pouvoir résumer ce qui a trait
aux rhumatismes chroniques généralisés, en disant: que sur 4
malades ayant fait un traitement sérieux, j'ai obtenu 3 cas de
guérison radiçaje et un cas de grande amélioration, les 4 autres
pouvant être considérés comme n'ayant fait que des traitements
nuls.
Rhumatisme chronique localisé.
Observation N° 2.— M. S", européen, depuis longtemps établi
dans le pays, d'une belle constitution et d'une santé généralement
bonne, fut atteint en 1860, pour la première fois, d'un rhumatisme
siégeant à la partie dorsale du pied gauche. Là douleur très vive
augmentait sous la pression et par la marche, le gonflement con-
sidérable au pourtour du point malade ne lui permettait que l'u_
sage de larges chaussures. Cette première crise, non accompagnée
de fièvre, dura, avec des alternatives de mieux et d'exaspération
pendant tout l'hiver, malgré les médications qui furent employées'
Les chaleurs de l'été firent disparaître momentanément la
maladie, mais les premiers froids de la saison suivante firent
revenir les crises avec bien plus d'intensité que la première, fois.
Il en fut de même pour l'hiver de, 1862.
M. S" était sous l'influenée de son rhumatisme alors dans toute
sa force, lorsque le, 12 juillet 1862 il se présenta à mon Etablisse-
ment Dpur y suivre unrtrâitement par les procédés hydrothéra-
Etat actuel: gonflement considérable de la partie supé-
rieure du pied gauche ; rougeur légère ; sensibilité- énorme à la
pression; pas de déformation d'aucune des articulations du pied;
claudication manifeste ne disparaissant jamais par la marche.
La maladie datait de trois ans.
Traitement : 2 étuves sèches par semaine à la température de
48 à 50° déterminant une grande transpiration, mais sans fatigue.
— 11 —
Douches générales en pluie; douches révulsives en jet dirigées au
pourtour des points douloureux ; 4 verres d'èau froide ; exercice
et marche pendant 1/2 heure après chaque séance. ,
15 jours de ce traitement avaient suffi pour faire disparaître
toute trace de la maladie. M. S" crut prudent de continuer pen-
dant une quinzaine de jours encore l'usage dés douchés, 0n de
se mettre à l'abri de toute rechute. Le i2 août il quittait TÉta -
blissement dans un êtai de santé parfait et se sentant] rajeuni
de 10 ans. Depuis bientôt trois ans'la guérison ne s'est pas
démentie.
Les 5 autres malades sont :
N° 1.—Lumbago chronique. Traitement: une, quinzaine de jours
en 1861, une quinzaine également en 1862.—Résultat : améliora-
tion.;
N°3.—Lumbago chronique.—Traî'temmf: 1 mois 1/2 ; guérison.
La maladie a reparu l'année suivante sous une autre forme et
avec moins d'intensité.
N° 4. —Rhumatisme siégeant au pourtour de l'articulation du
genou droit et dans le mollet correspondant; maladie datant de
de ûeu%a!as.-^-Traitement: cinq séances.—Résultat: amélioration.
N° 5. — Rhumatisme mal défini. —Traitement: quelques séan-
ces isolées prises à de grands intervalles. —Résultat : après ehaque
séance, amélioration d'une'durée variable.
N° 6. — Lumbago chronique. — Traitement : §.à-6 séances. —
RésuttUt : amélioration.
Il est évidentpour tout homme sérieux que presque tous ces,
malades n'ont fait qu?un traitement fort incomplet, H-est proba-
ble ^qu'ils eussent obtenu une guérison radicale et durable; s'ils
eussent fait avec constance "un traitement hydrothérapique en
rapport avec l'ancienneté de leur maladie. Vous apprécierez si
ce sont là des insuccès.
— 12 —
Rhumatisme musculaire récent.
Observation N° 2. — M. D", Receveur particulier à St-Paul, fut
atteint d'une violente douleur rhumastismale à l'épaule gauche,
en faisant le trajet de la Possession à St-Denis sous l'influence
d'une brise très fraîche. La douleur devint si intense à son arri-
vée, qu'il lui fut impossible de vaquer aux affaires pour lesquelles
il avait entrepris le voyage.
Le lendemain non seulement les mouvements du bras étaient
devenus impossibles, mais les moindres secousses du corps ravi-
vaient les douleurs et rendaient la marche ou le transport en voi-
ture excessivement pénibles.
Le surlendemain de son arrivée, le 10 mars 1862, M. D** se
rendait à mon Etablissement. Ce ne fut qu'à grand'peine qu'on
parvint à le deshabiller. — Traitement : Etuve sèche à 50°'
pendant 25 minutes, douche générale en pluie, douche en jet loco-
dolenti, d'une durée de 2 minutes. Chose digne de remarque
aucun soulagement ne s'était manifesté chez le malade pendant
toute la durée de la sudation, mais à peine fut-il sous la douche
froide que, instinctivement, se sentant soulagé, il se mit à mouvoir
le bras dans toutes les directions, faisant, à son grand étonne-
ment, le moulinet avec la plus grande facilité.
M. D", après s'être essuyé et habillé lui-même, sortit ne ressen-
tant aucune trace de son rhumatisme.
Pendant la nuit suivante, il éprouva encore quelques légères
douleurs ; mais une nouvelle sudation, suivie de la douche ré-
vulsive , fit disparaître toute trace de la maladie. Par excès de
prudence, il vint prendre une troisième douche, et le surlende-
main, après avoir, terminé ses affaires, il partait pour St-Paul
complètement guéri.
Les cinq autres malades étaient atteints :
N° 1 et 3 : — D'un rhumatisme des muscles du bras, de l'épaule
et du côté correspondant du tronc.
N° 4 et 5 : — D'un rhumatisme des muscles des gouttières
(Lumbago.)
— 13 —
N°6:— D'un point pleurodinique. ( Rhumatisme intercostal
côté gauche. )
Chez tous, la maladie était récente, datait de trois jours au
minimun et de 12 au maximun; aussi la médication hydrothéra-
pique a-t-elle été promptement efficace, puisqu'il n'a fallu que
de,2 à 8 séances pour amener chez tous une guérison radicale.
Rhumatisme a rticulaire.
Observation N° 4.— M.V", âgé de 34 ans, grêle de formes, mais
d'une bonne constitution, jouissait d'une excellente santé avant
qu'il n'eût contracté la fièvre intermittente pendant les voyages
qu'il fit à Madagascar en 1863 et 64.
Depuis son retour à la Réunion, des accès nombreux et sérieux
Pavaient considérablementaffaibli. Une dyssenterie chronique don*
il ne s'est guéri que lentement et avec peine, n'avait pas peu
contribué à l'affaiblir encore et à lui donner le cachet si carac-
téristique de la cachexie paludéenne. Enfin un accès pernicieux
ataxique, qui survint vers le mois de juin 1864, mit pendant trois
jours sa vie en grand danger.
Il commençait à peine à se remettre de cette terrible mala
die, lorsqu'il fut atteint d'un rhumatisme articulaire sub-aigu
ayant son siège à l'articulation tibio-tarsienne du côté droit.
L'articulation malade devint douloureuse au toucher; un gonfle-
ment assez considérable en occupait fout le pourtour, le moin-
dre mouvement du pied devenait la cause de vives souffrances •
les nuits se passaient presque sans sommeil. Du reste, pas de
fièvre.
Les moyens habituels pour les cas analogues furent employés :
application desang-sues, cataplasme laudanisé ; plus tard frictions
excitantes de térébenthine, enfin vésicatoires volants au pourtour
de l'articulation. T
Malgré cette médication fort active et les soins intelligents de
notre confrère Richard, la maladie, quoiqu'ayant perdu de son
acuité, restait stationnaire. M. Richard trouvant que le moment
— !14 —
était venu, conseilla à son maladie d'avoir recours â l'hydrothé-
rapie dont il connaissait l'heureuse efficacité dans lés cas de ce
genre.
Le 17 juillet M-. V" se rendit avec beaucoup de peine à mon
Etablissement et: commença' son traitement.
'Etat du malade : — Articulation tibio-tarsienne droite tuméfiée
et douloureuse au toucher ; les mouvements imprimés à l'articu-
lation sont excessivement douloureux et laissent percevoir un
craquement provenant, comme dans tous les cas d'arthrite sub-
aigue, des dépots pseudo-membraneux qui se sont formés dans
l'articulation.'Ea marche, difficile, n'est possible qu'à l'aide d'un
Bâton ; on remarque déjà un commencement d'atrophie de la
jambe droite. L'état générâlest déplorable : Cachexie paludéenne
des plus caractérisées ; maigreur extrême'; langue et lèvres
décolorées; teinte 1 plombée et terreuse de la peau ; peu d'hyper-
trophie du foie et de la rate.
Traitement: — Une étUve de temps à autre pour obliger la
pëâû sèche et parcheminée à reprendre ses fonctions normales ;
deux fois par jour, douche générale en pluie à la température
"' très basse de 12 à 1S° ; douche en jet au pourtour de l'arlicuhv-
tion malade.
'Les premiers jours du traitement amenèrent une légère amé-
lioration; le: malade put se rendre'plus facilement à l'Etablisse-
ment. Le21 juillet, survint une recrudescence delà maladie.
Cette recrudescence du 4e au 6mo jour se remarque très-souvent.
M. V", prévenu par moi, ne perdit pas courage et continua
son traitement.
Le 23, l'amélioration : définitive commençait à se faire sentir, et
à partir de ce moment la maladie a été sans cesse en décroissant,
airpoint que le douzième jour, il ne restaitplus trace de■ son af-
fection rhumatismale'. Le gonflement et'la douleur articulaire
avaient disparu: ainsi que le craquement :intef-articulaire; la
marche était devenue normale ; aussi M. V. se hâtà-rMl de : jeter
sa>'béquille:pàr dessus les moulins.
. Pendant ce même temps l'état-général d& M. V. s?était.si heu-
reusement modifié, qu'il se décida, malgré la guérison de; son
— 15 —
rhumatisme, à continuer encore pendant quelques jours, un trai-
tement dont il se trouvait si bien,
Le 17 août, après un seul mois de traitement, M. V. quittait
mon Etablissement, complètement transformé; npn seulement
il s'était guéri de son rhumatisme et même de sa ûèyre intermit-
tente deMadagascar, mais il avait complètement retrouvé sa cons-
titution et sa belle santé d'autrefois. Depuis, j'ai souvent rencon-
tré M. V.; sa guérison ne s'est pas démentie, et les accès si
tenaces delà fièvre de Madagascar n'ont plus reparu, quoiqu'il
- ait fait un voyage récent dans ce foyer, de, fièvres paludéennes.
Les trois autres malades atteints de rhumatisme articulaire
sub-aigu , sont :
N°l. — Maladie datant de 8 à 10.ans : craquement très pro.
nonce, mouvements douloureux et incomplets de l'articulation
scapulo-humérale. Durée du traitement : Quinze jours.—Résultat :
Amélioration.
Est-ce, là un traitement en rapport avec l'ancienneté de la
.maladie?
* N» 3.— Maladie tout à. fait semblable, datant de 8 à 10 ans
■chez une dame déjà âgée.— traitement : interrompu dès le troi-
sième jour , par conséquent nul. —Résultat:légalement nul.
N° 4. — Jeune enfant atteint d'arthrite sub-aigu du genou
ayant produit une hydrarthrose et un gonflement des extrémités
osseuses. — Traitement : irrégulier mais déjà prolongé. —Résu
lats: Résorption du liquide épanché, retour des ligaments articu-
laires à leur ancienne tonicité, claudication disparue, extrémités
osseuses presque revenues à leur volume normal.
Rhumatisme Goutteux.
Observation N° 2. — M. B., capitaine au long-cours, âgé de 40
ans, d'une belle constitution, d'un tempérament sanguin très
prononcé, d'une santé généralement bonne, habitué à une nour-
riture substantielle et excitante, fut pris pen'dant son retour d'un
voyage dans l'Inde d'un rhumatisme qui présenta en fort peu
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de temps des accidents assez sérieux pour l'obliger à abandon-
ner le commandement de son navire et à se faire débarquer à
Saint-Denis ( Réunion ), pour y recevoir les secours de l'art.
L'état rhumatismal débuta chez lui d'une façon lente et insidieu-
se. Sans cause appréciable, M. B. éprouva du malaise, des
douleurs vagues erratiques parcourant diverses régions du corps,
puis les douleurs se localisèrent et se fixèrent pe.u à peu aux
articulations des mains, des pieds et des genoux.
Plus tard, la maladie faisant toujours des progrès, il se
forma autour des articulations malades un gonflement dur ■>
rénitent des tissus fibreux péri-articulaires. Les mouvements
des articulations furent de plus en plus pénibles, de plus
en plus restreints, au point que la marche et l'usage des mains
devinrent presque impossibles.
Son état général éprouva le contre-coup d'accidents rhuma-
tismaux sérieux : Il eut du malaise , des céphalalgies ;
l'appétit se perdit, la- langue devint saburrale, il eut même
quelques mouvements fébriles . Notre confrère Lataud, ca-
marade et ami du malade, lui donna les premiers soins lors
de son débarquement à Saint-Denis. Tout en opposant une médi-
cation énergique à l'affection rhumatismale, il ne perdit pas de
vue l'état général du malade.
Un mois de soins affectueux amena les résultats suivants : Dis-
parition des symptômes d'embarras gastriques, retour de l'appé-
tit; plus de céphalalgie ni de nausées, mais l'état des articula-
tions loin de s'améliorer tendait, malgré tous les efforts de la
médication, à s'agraver de jour en jour et à passer à l'état
chronique.
Notre confrère qui avait observé à mon Etablissement des gué-
risons obtenues par l'hydrothérapie, dans des cas à peu près
semblables, m'adressa son malade.
Etat actuel le 25 avril 1864. — M. B" était alors malade depuis
plus de deux mois. Les articulations phalangiennes étaient le
siège de vives douleurs s'éxaspérant par la pression et par le
mouvement. Les doigts raides, gonflés, ne lui permettaient pas
de se servir de sa main gauche. Le genou droit ainsi que le
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coude-pied du même côté étaient le siège d'accidents semblables;
les membres inférieurs présentaient en outre un peu d'oedème
s'étendant jusqu'aux genoux. Ce n'est qu'avec peine, à l'aide
d'un bâton et en se faisant transporter en voiture qu'il parvint
à l'établissement.
Traitement: — Sudations forcées, douches en pluie, douche en
jet de force modérée, loco-dolenli, '6 verres d'eau froide en dehors
des repas, exercice de la marche [dès que cela serait possible.
Pendant les cinq premiers jours il y eut une amélioration
remarquable, les douleurs furent plus supportables, la marche
possible, les mouvements des mains plus étendus, le sommeil
et l'appétit excellents.
Le 1er mai, sixième jour du traitement, la maladie sembla re-
venir à son intensité première, au point que le malade, per-
dant courage, voulait suspendre son traitement. Sur les instances
de son ami et d'après mes conseils, il le continua cependant, et
bien il fit.
En effet, ce moment de recrudescence, par lequel j'ai vu
passer la plupart des rhumatisants qui ont entrepris une cure
par l'hydrothérapie, fut comme toujours de courte durée, et déjà
vers le 5 mai l'amélioration définitive commençait à se manifester.
" A partir de ce moment elle fit des progrès incessants et chaque
jour appréciables, au point qu'à la fin dé mai, les articula-
tions malades avaient repris leurs fonctions normales. M. B"
se servait de ses deux mains avec la plus grande facilité, et ses
doigts gros et noueux avaient repris leur formé primitive. Il
restait encore un peu de raideur dans le coude-pied et un
peu d'oedème des jambes, mais un mois plus tard il ne restait
plus trace de son rhumatisme et le malade faisait facilement
deux ou trois kilomètres matin et soir pour compléter sa réaction.
Se rappelant la ténacité de sa maladie et voulant se mettre
autant que possible à l'abri d'une rechute, M. B" se décida,
par prudence, à faire un troisième mois de traitement. A la
fin de juillet il repartait pour l'Inde dans tin 'état''dé' santé très
florissant et jouissant d'une vigueur juvénile qu'il n'avait plus
depuis longtemps. ■-,.•■-. > ;
— 18 —
Le malade N° 1 de ce groupe était atteint de rhumatisme
goutteux datant de plusieurs années. Il fit une première saison
de trois mois en 1861. Une autre d'un mois en 1862.
Résultat : — Après sa première cure le malade, sujet à des
crises périodiques très fréquentes, resta trois mois sans en
éprouver de nouvelles. Depuis les accès ont reparu, mais avec
moins d'intensité.
En somme, on peut dire pour ce malade que l'hydrothérapie
a considérablement amélioré son état sans avoir pu amener.
chez lui une guérison complète et durable.
Ankyloses Incomplètes.
Observation N° 1. — Mme N", âgée de 30 ans environ, fut at-
teinte dans le courant du mois d'août 1862, d'une angioleucite
qui se termina par un érysipèle phlegmoneux siégeant au bras
droit. En même temps les articulations des doigts furent prises
d'arthrite sub-aigue.
Lorsque je fus appelé en consultation par le docteur Richard,
son médecin habituel, je trouvai la malade dans l'état suivant.
Le bras droit très amaigri et comme atrophié portait les
cicatrices récentes de plusieurs ouvertures d'abcès. Les articula-
tions phalangiennes et métacarpo-phalangiennes de la main
étaient tuméfiées, rouges et luisantes. Les doigts dans l'extension
forcée. Les tentatives qu'on faisait pour les fléchir étaient très
douloureuses et n'amenaient qu'une flexion excessivement res-
treinte.
En face d'ahkyloses incomplet es si multiples, qui avaient résisté
depuis quatre mois aux applications excitantes ou résolutives,
ainsi qu'aux bains alcalins ou sulfureux, nous fûmes d'avis, le
docteur Richard et moi, qu'il y avait lieu d'essayer l'hydrothéra-
pie et les mouvements graduellement forcés.
Traitement:— Deux fois par jour, douches résolutives en jet sur
les articulations malades. Tous les deux jours forcer avec modéra-
tion et précaution les articulations ankylosées. A la suite de
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cette manoeuvre, application de compresse mouillée et sédative
pour modérer la douleur et l'inflammation.
Quinze jours de cette médication amenèrent les résultats sui-
vants : Commencement de résorption des exsudations intra-arti-
culaires, commencement de résolution du gonflement des doigts.
Ces changements et les mouvements graduellement forcés en-
traînèrent à leur suite une certaine étendue des mouvements
physiologiques de la main.
La maladie étant ainsi en bonne voie de guérison, MmeN" quitta
l'établissement, se proposant de continuer chez elle la même mé-
dication. Malheureusement cela ne put avoir lieu, de sorte que,
depuis l'ankylose est restée à peu près au point ou nous l'avions
laissée.
N° 2. — Ankyloses incomplètes des deux genoux, datant de
quinze ans. Déformation des extrémités osseuses. Retour fré-
quent du rhumatisme qui avait entraîné à sa suite ces désordres
graves. Durée du traitement : un mois. Résultats: amélioration
dans l'état général de la malade. Diminution du gonflement arti-
culaire, tonicité plus grande des ligaments ; par suite mouvements
plus réguliers et marche un peu plus assurée. C'est.tout ce qu'on
était en droit d'attendre d'un mois de traitement pour une af-
fection si grave et si ancienne.
N° 3. — Enfant de 7 ans atteint d'une ankylose. légère du
genou ; pris en traitement à titre d'essai. Traitement : — for*
irrégulier :
Résultat : — L'extension graduellement forcée n'ayant pas été
tentée, nous n'avons obtenu, par les douches excitantes résolu-
tives, qu'un peu plus de force dans les mouvements musculai-
res et un peu plus de développement du membre malade qui
reste cependant encore légèrement atrophié.
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SÉRIE DES NÉVRALGIES ET NÉVROSES.
Névralgie scîatfquc.
Observation N 3. — M. D", agent de change, d'une bonne
santé habituelle et d'une grande activité, fut atteint il y a une
quinzaine d'années d'une névralgie sciatique des plus intenses,
qui le mit pendant plusieurs mois dans l'impossibilité de vaquer à
ses affaires. Tous les moyens que l'art oppose à cette cruel-
le affection furent employés: Liniments narcotiques, excitants
de toute espèce, térébenthine à l'intérieur, vésicatoires sur le
trajet du nerf, morphine par la méthode endermique ; je crois
■ même qu'on eut recours au fer rouge ou au marteau de Mayor.
. Tout fut inutile ou du moins n'apporta qu'un soulagement
■momentané.
, M. D" essaya alors des eaux.de Cilaos. Un séjour de six
semaines dans cette localité n'apporta aucun changement dans
son état.. Cependant avant de redescendre à St-Denis, il s'avisa
d'essayer quelques' immersions et quelques douches sous les
cascades naturelles du ruisseau voisin et s'en trouva fort bien.
Il sentait que chaque immersion lui procurait un soulagement
marqué. Les douleurs prirent un autre caractère, la maladie sem-
bla même s'enrayer ' au point qu'après sa descente, M. D" put
reprendre ses travaux habituels. Peu à peu et sans autre-traite-
ment, la névralgie, une fois enrayée, s'usa d'elle-même et dis-
parut complètement.
Le 20 juin 1864, sans cause appréciable, M. D" se sent pris
de vives douleurs aux lombes ; le lendemain la douleur qui avait
considérablement augmenté s'irradiait vers la hanche droite e^
la cuisse du même côté, et l'obligeait à suspendre les travaux
de sa profession.
M. D" comprit qu'il allait être atteint de son ancienne et
cruelle maladie. En effet, le 3mo jour il n'y avait pour lui plus
de doute ; la douleur, devenue plus vive encore, s'étendait dans
- 21 —
presque tout le trajet du grand nerf sciatique, depuis sa sortie
du bassin jusqu'à sa terminaison.
Se rappelant les insuccès des moyens employés lors de sa
première atteinte et le soulagement qu'il avait obtenu par les
douches froides de Cilaos, M. D" ne balança pas un instant à
avoir recours à l'hydrothérapie. Le 24 juin , il commençait
un triatement.
Ce ne fut qu'avec la plus grande peine que M. D" arriva
jusqu'à mon Etablissement, appuyé sur une canne, le dos recour-
bé, marchant avec lenteur et s'arrêtant presqu'à chaque pas,
tant les mouvements lui étaient pénibles. La nuit précédente,
passée sans sommeil et dans de grandes souffrances, lui lais-
sait une grande lassitude vers le matin.
Traitement : — Etuve de 30 minutes à 44° centigrades, douche
en pluie et en jet de 1 minute, eau de 14°. A l'issue de la
première séance, M. D" put s'habiller facilement ; rentré le
dos voûté, il sortait marchant fort droit, quoique boitant encore.
Le bien-être produit par la douche dura de 1 heure à 1 heure
et demie. Le soir douche sans étuve ; même soulagement. La
nuit fut comparativement assez calme; le malade avait pu dormir _
Le 28, ayant remarqué que les séances où la douche était
précédée de sudation produisaient chez le malade une amé-
lioration moins prononcée et surtout moins prolongée , nous
suspendîmes les étuves pour ne donner que la simple douche
en pluie et en jet de 2 minutes, avec eau très froide de 12° et
13° centigrade.
A partir du 1er juillet, le bien-être que procurait chaque
séance , au lieu de ne durer qu'une ou deux heures, se pro-
longeait toute la journée et toute la nuit. Enfin le 8 juillet,
après quinze jours de traitement, M. D" quittait mon Etablis-
sement dans un état on ne peut plus satisfaisant.
Il marchait droit, ne boitait plus, dormait parfaitement et
avait repris les. travaux de sa profession. Il lui restait encore
un peu de raideur dans les mouvements, mais obligé de repren-
dre ses travaux, il dut suspendre son traitement, persuadé que
cette raideur légère s'en irait d'elle-même.

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