Compte-rendu du concours de poésie ouvert à l'occasion du jubilé séculaire de Notre-Dame-de-Grâce de Cambrai

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impr. de H. Carion (Cambrai). 1852. 23 p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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COMPTE-RENDU
DU
1MQ0111 SI VSilII
Ouvert à l'occasion du
Jubilé séculaire
de
JPE-DAME-DE-GRACE DE CAMBRAI.
CAMBRAI,
Imprimerie de n. CARION, rue de Noyon, 11.
0
DISCOURS D'ÇUWEB.T.UJ.E.
Par
M. l'abbé CAPELLE,
Missionnaire aposloliqne.
Messeigneurs, Messieurs,
Ne vous étonnez pas si dans nos solennités religieuses les
accents de la poésie viennent s'allier à la grande voix de la
religion , pour célébrer la glorieuse mère de Dieu. Comme l'a
dit l'auteur inspiré d'un de nos saints livres, il n'est rien de
nouveau sous le soleil. En demandant aux poètes de monter
leur lyre et de chanter le nom de Marie, nous n'avons voulu
que reprendre et renouer le fil rompu des vieilles traditions
de nos provinces.
Les temps ne sont pas encore éloignés de nous, où, chaque
année, on pourrait dire : à pareil jour, dans la ville que
l'on a appelée l'Athènes du Nord, les nèfs d'une vénérable
basilique se transformaient en arène où la poésie s'exerçait à
de pacifiques combats (1). Du haut de la chaire retentissaient
les chants royaux en l'honneur de la Reine des anges et, aux
applaudissements de la foule , une couronne pressait de sa
douce étreinte le front du poète dont les chants avaient été
(t) La séance du Concours de Poésie, qu'ouvrait chaque année
à Douai la Confrérie des Clercs Parisiens, avait lieu dans l'église
Notre-Dame, le dimanche dans l'octave de l'Assomption.
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les plus purs et les plus magnifiques. Rendre pour un jour la
vie à une société littéraire, c'est peu sans doute, mais , si
cette société s'est rendue illustre, c'est beaucoup de marcher
sur ses traces, de dire comment elle a vécu : c'est inspirer
l'espoir de la voir ressusciter.
La commission des fêtes séculaires est fière de la mission
qui lui fut donnée: dans cette circonstance, elle n'a rien à
envier à l'ancienne confrérie des clercs parisiens de Douai,
ainsi appelée : par ce que les mieux disans et ceux lesquels
goûtaient le miel de la langue française, prenaient la parisien-
ne pour la première. Les tenans de notre tournois poétique
sont plus nombreux et j'oserai dire plus forts que ceux qui
autrefois entraient en lice ; dans la galerie, au milieu d'une
assemblée d'élite, les élèves du sanctuaire rappellent les
Jeunes gens que la célèbre Université formait à la science;
les savants professeurs de cette maison , remplacent digne-
ment les anciens docteurs. Plus heureux que nos devanciers,
qui n'avaient pour juges du camp que les abbés des monas-
tères , nous avons devant nous des prélats que l'Eglise de
France contemple avec orgueil.
Mais ce ne sont pas seulement les traditions des clercs pa-
risiens que ce concours est chargé de raviver , nous avons
voulu remonter plus haut encore. Nos belles contrées où le
Christianisme s'implanta au nom de Notre-Dame, et qui depuis
une longue série de siècles, se glorifient de s'appeler les
terres de la Vierge Marie, ont toujours eu des chants pour
leur aimable suzeraine. La poésie française a pris naissance sur
les bords fleuris de l'Escaut, et le nom de Marie fut le pre-
mier qui inspira la mandore de nos trouvères. Remontez jus-
qu'au douzième siècle, à ce temps où St-Bernard , ce père de
l'Eglise que l'on pourrait appeler un poète, traversait le
Cambrésis en ranimant dans l'âme de nos pères , l'amour en-
vers la bonne, la pieuse, la douce Vierge-Marie, vous respi-
rerez un parfum de suave poésie, qui se mêle au parfum des
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fleurs. Du temple au palinod, du moustier au castel, le mé-
nestrel chante sur sa viole, et faire redire aux échos le nom
de la Franche reins ki a signorie là sus el ciel. Un trouvère
pleure la mort d'Enguerrand de Créqui qui cortoisie aimait
et raison aslenanche et religion (1); il croit voir au ciel ce bon
évéque et le grand motif qui le porte à canoniser son héros,
c'est que celui-ci était grandement attaché au culte de Marie..
Je crois, (dit-il,) s'onques nus hom ala
Em paradys , dom i est ja
L'ame au signor dont je vous di.
Tous jors sainte vie mena ,
La mère Diu forment ama
Et a son pooir le servi.
De ses droits warder s'a hati
Si que mainte painne en soffri.
Les palinods et jeux sous l'ormel entendent bien les légers
fabliaux et les satyriques servanlois , mais ils ne peuvent se
passer des chants à la Dame gentil ICen ses beneois leis fu li
vrais Deus conceus et porteis. Devant la madone qui décore
les rues de la cité, comme dans le manoir de la châtelaine ,
partout nos trouvères tiennent à honneur d'être toujours
prêts à célébrer la gloire de Marie-assomptée.
Permettez-nous, Messieurs, de vous citer quelques vers
d'un de nos vieux poètes, enfant de Cambrai, qui, pour
l'honneur de notre cité, ajoutait le nom de sa ville natale. au
nom que lui avait imposé l'Eglise Nous n'avons pas besoin de
vous avertir que la rime n'est pas riche et que le style en est
vieux: ces vers ont vu passer près de six siècles ; mais , nous
doutons fort que la poésie moderne sache s'inspirer de pen-
(1) Enguerrand de Créqut cinquante-deuxième évéque de Cam-
brai, mourut eu 1285,
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sées plus pures, plus pieuses et plus délicates. Ecoutez
Jacques de Cambrai, parlant à Marie.
Dame poissans (puissante), ceu m'ocist etesmaie ;
K'en pechiet maing (je reste), et si n'en puis issir,
Maix li grans biens de vos, mes mals apaie ;
Por ceu, vos veul honoreir et servir.
II ne m'en puet, se grans biens non venir.
Car ki a vos ait s'amor otroieie {','
En dous leus puet demoneir (mener) bone vie,
Si (ici) et en ciel, pou après le morir.
Hé ! très douls cuers 1 se mercis me délaie ;
Je ne saurai ou aleir , ne foïr (fuir)
Etc'ilvos plaist. douce dame, ke j'aie
La vostre amor, rien ne me puet nuisir (nuirej ,
Doneis la moi, s'il vos vient & plaisir,
Ou atrement joie n'iert defaillie
Dame, mercit, à jointes mains, vos prie ,
Por celi Deu (Dieu, Deus) ki de vos volt nasquir.
Tels sont, Messieurs, les chants que redisaient nos pères
il y a environ six siècles. Ces chants , ne les modulaient-ils
pas quand ils élevaient les murs de notre cathédrale, et
qu'ils découpaient en dentelles les pierres de sa tour prodi-
gieuse? Nous pouvons le penser : ils les redisaient le soir
en essuyant la sueur de leur front, en s'animant à reprendre
leurs travaux du lendemain.
En ces beaux jours où nos ouvrïers-pontifes s'unissaient en
confrérie pour ériger nos basiliques, nos poètes s'unissaient
de la même manière pour célébrer la gloire de celle à qui le
plus souvent nos basiliques étaient dédiées : pour chanter
leur loyaul amor droiturière et vraie, exciter parmi eux une
noble émulation, ils formaient une espèce de famille. Au
*IUe siècle, Valenciennes voyait fleurir sa confrérie de Notre-
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Dame-du-Puy ; celle des Clers-Parisiens de Douai, composée,
dit une vieille chronique, de vénérables et rares personnages
tant ecclésiastiques que nobles et populaires, remonte au XIVe;
Arras, Cambrai. Lille, Tournay avaient leurs chambres
de rhétorique. Toutes ces confréries étaient érigées en l'hon-
neur de la Mère de Dieu, et chaque année, elles ouvraient un
concours. Dans ces luttes littéraires, appelées jeux sous
l'ormel, puys verts, puys d'amour, il était de rigueur que
les concurrents, en leurs ballades et chants royaux , exal-
tassent la gloire de la Sainte Vierge ; et si, quelquefois le sujet
à traiter ne devait être que le développement d'une haute
pensée morale, néanmoins, disaient les règlements, il fallait
que l'ouvrier mariant son chant royal à celui des anges fît
mention de la vierge Marie.
Nous ne nous arrêterons pas à vous parler des refrains que
l'on imposait aux concurrents , et qui, martelés dans tous
les sens, devaient reparaître à la fin de chaque strophe. Jeux
naïfs de l'esprit, conformes aux mœurs de tous, ils ne
pouvaient que donner au vainqueur le mérite d'avoir sur-
monté une difficulté, et l'on s'étonne avec raison de les
trouver encore dans les concours qui eurent lieu à Douai vers
la fin du dernier siècle.
La Commission des Fêtes séculaires de 1852 , à Cambrai, en
ouvrant un tournois poétique , n'a point cru devoir circons-
crire les champions en des limites si étroites : elle a appelé
tous ceux qui se sentiraient capables de combattre, et leur a
livré la carrière aussi large qu'ils auraient voulu la prendre.
Le programme qu'elle a publié n'exigeait qu'une chose : c'est
que le sujet du poème fût la Sainte Vierge Marie , chantée soit
dans sa vie, soit dans sa gloire, soit dans son culte. Nous
avons admis toute pièce quelle qu'elle pût être, depuis le
chant de l'épopée jusqu'au simple cantique , spécifiant seule-
ment qu'en cas de parité de mérite , la palme serait décernée
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au poème qui célèbrerait Notre-Dame de Cambrai, ou dont le
sujet aurait trait à notre histoire locale.
Nous sommes heureux de le dire : notre appel a été entendu
jusqu'au Midi de la France, jusqu'en pays étranger ; mais ce
qui augmente notre bonheur, c'est que nos provinces du
Nord se sont tenues à la hauteur où la gloire les a placées
dans les anciens jours, c'est que Cambrai doit recueillir la plus
large part de nos couronnes, et qu'un de nos premiers lau-
réats a depuis longtemps mérité le titre de Trouvère du
XIXe siècle.

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