Compte rendu par M. l'abbé Mulot, à l'Assemblée nationale, comme commissaire du Roi à Avignon : le 19 novembre 1791 ([Reprod.])

De
Publié par

[Baudouin] (Paris). 1791. 2 microfiches ; 105*148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : samedi 1 janvier 1791
Lecture(s) : 16
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 151
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Pétition. <A, A^
̃ par
A L'ASSJBMB\LÉE NATIONALE,
COMME COMMISSAIRE DU ROI
>
^Chargé d'exécuter au i>om du décret,
armai dernier
les peuples d'Avignon
remplir auprès d'eux la
d'exercer les fondons de
(x )
quelles pavois conioûru o que j'avois faites feulj
qui raffermît la confiance que m'avpit donnée la ville
de Paris en me défignant pendant irion al?fehce pour
un des membres de cette augure aflembjée qui
éloignât les moindres nuages que l'ingratitude, la ven-
geance & l'envie s'étoient plu à répandre fur moi, &
qui écartât enfin jufqu'auîrplus légers foupçons que les
patriotes fi ançois égarér-par les écljos trop faciles
du méninge avoient puifés dans des feuilles où ils <
trouvent fi fouvent l'erreur en cherchant la vérité.
J'apportois avec moi dans la capitale ce compte
auffi impartial que ma conduite,
Mefueurs, que j'étois dkne dlc^fiéger parmi vous, je
me préparois à vpus demander la permiffion de vous
le rendre, avant même s'avoir prêté mon ferment,
lorfqu*on m'apprit que d'après une dénonciation
formelle, un décret me mandoit à la barre pcmr y être
entendu. La paix de mon amejie fut pas altérée par
cette nouvelle. En vous, Meflîçurs, j ai vu des juges
qui.deiriandoietn à cor.noître la vérité; j'ai vu dans
mon dénonciateur un homme au moins féduit, ^^qui^
l'avok été d'autant plus facilement, qu'il é toit abfei%j
&que je pot! vois confondre plus facilement encore;
& quoique le doute clevé fur la lovauté de ma con-
duite fût pénible à mon cœur tel en mon amour pour
la Conftilution que j'en bénjflbis les auteurs qui
evoient trouvé le moyen de agens du
pouvoir à la refponfabilité devant la loi, qui du moins
pouvoit enfin lej atteindre. r
Je n'ai pas cèlTé /d^Diiis mon retour, d'employer
tous les inftans à accélérer mon rapport; & l%con-
^woiflànce néceuaire des bafes fur lefquelles#i"non adver-
^faïv« avoit appuyé fa dénonciation a pu feulé y apporter
Âa
quelque retard; voici fait avec. Icfi^anchife
de l'an-e honnête qui ne trouve en elle rien a cacher,
parce qu'ele ne te reproche rie+i.
fàue failir vais en pla-
fousvos s'il^fl pofiible
aujji rapide év;nérnens. point
fiïr des otyets traitas déjà pa* n es collègues feulement
je n'oublierai pas au pinceau
ve: iciique <5c énergique ( j' &: #
cherai ligère &tropdifcrète-
de M. Vcrninac n'a j^as aiîez fo* terhfnt (2).
Je peintures; & vous aurez une
ïâie via e de la fituarten fùcceiîîve de ces contrées^
faîtes pour être.'hëureufes, que, leur pofîtion donnoit >
à ia viennent enfin d'y être, réunies
j«r un décret librement demandé, jufteîtierit rendu,
J ï'h, hila? trop tardivement exécuté. Vous verrez
q- H de même que mes collègues, je n*ai pas tou-
p fi je n'ai pas vaincu tous les
obilscles qu'Us m'ont laifl'is à furmontef, mon courage
eft refli du-moins invincible; &que, malgré les efforts
fans c^ire rcnaiiTars de Pai?iftocratie frémiflante & de
Tambiton dcmafqu ie j'ai, bravant lés dangers lutté
contre tes orages avec une* noble .audace ? je nie fuis
fanontr-Tconflamment d;gne du cajraâère dont j'étois
revêtu; &que mon pauotifme n'a foufFert aucune
atteinte, ce patriotïfme, fruit de la raifen & du fenti-
ment, fondé fur la loi, & que je vous garantis pur,
invariable au vent de la. faveur, & Péclat
& au fonjte l'or, tjue ne rendra plus fiduifans la- rfté-
diocnté de ma fortune.
( rendu par
Compte pâr
( 4 )
Vous connoiflez déjà Meneurs, comment la
conquête de la liberté faite par les François en
juillet échauffant les efprits des Avignonois &
des Comtadins, les fît; dès le mois d'août fuivant,
fort;r de la léthargie de l'efclavage dans laquelle les
tetenoit, comme endormis la politique de la cour
romaine. '7
v Vous favez que ces peuples prenantjeur eflbr
de s/élevant à ja dignité de l'homme demandèrent
la convocation des états-généraux & la constitution
françoife au prince dont un prédéceffeur dans un
temps d'ignorance & de barbarie, les avoit achetés
comme de (impies troupeaux d'une femme foîble^
& criminelle pour des abfolûtions qu'il profanoit
& pour Iquelques pièces de monnoie qui ^fur au-
çu.i {joint de la erre n'euifent jamais dû devenir
le prix des hommes. Vous favez encore qu'ifs
avoient, en vingt endroits clifférénSj aboli d'avance
l'aviliffant régime fépdal.
Je laifîe à Thi^oire à tracer fur le livre du
temps le détail cjéj cette première époque qui fui-
vit rétabliflemeia^ de la liberté avignonoife & com-
^tadine. Ceft-là que l'on verra toutes tes tergiverîa-
tions italiennes repouflees paries franches fecouirey
de l'homme débarrafle de les fers. C'eft-là' que fon
verra le vice-légat promettre & ne pas accorder la
modération des oftrois dans Avignon faire lancer
contre les citoyens, qui des
décrets de pnfe-de-corps; faire exécuter ces dé-
crets & en annoncer la fuite terrible avec tout
J'appareil du defpotifrrW les canons & les, gibets,
précautions que bientôt aes mouvemens populaires
xi)
Aj
rendent inutiles; confentir enfin Qu'Avignon forme,
une municipalité fuivant la cojnftitijtion françoife, à
la place des confuls qu'une adminiftra-fion provi-
foire avoit déja remplacés, fur leur démiifion.
Le pape, dans ce livre inraturable paroîtra foi-
ble & incertain, cherchant à retenir ou à rattrapeur
l'extrémité des rênes d'un gouvernement qu'on lui
arrachoit avec tant de raifon refufant les états-gé-
néraux aux demandes preffantes des Comtadins, &
lainant Céleftini fon envoyé, .confirmée des affem
blées primaires qu'il avoit caftées.
Sur les pages éternelles de ce livre feront tra-
cées toutes les caufes qui auront fait mouvoir les
^.divers agens de cette révolution & fi l'on y voit
(les- hommes de bonne-foi fe facrifier au bien géné-
ral, on n'en verra que trop n'agir que pour eux,
pour rétablir les débris de leur fortune épuise, ou
pour s'en procurer une toujours trop tardive* à leurs
yeux avides. §
La plume variée de l'hiftoire nuancera les dpé-
rens caractères. Les habitans d'Avignon & ceux
du Comtat en préfënteront chacun un conilxtn-
ment opppfé & des antipathies dts haines des
jaloufies réciproques^ tout n'offrira, chez les pre-
miers, que 1 effet de l'explonon 4, .leurs fentimens
volcaniques & chez les (ec_onc^ que les fruits
des ré flexions les, plus combinées.
La divifîon des opinions fur la contlitutionfrançoife,
heureux fléau des defpotes & des privilégiés paroîtra
avec fes fuites funeftes.
On verra fe fuecéder les mouvemens de la ville
d'Avignon, tour-à-tour plongée dans la joie que
lui caufent les progrès quelle fait vers l'étab|flement
de cette conftitution ou nageant dans le iàng que
font couler fes ennemis, ou fe déshonorant pax des
%iï
exécutions populaires que le peuple cependant.
laiilo:t tEairè à ties b -ur)
reaux (il (il n'avo1t poîrt encore accoutume Ion
coeur aux barbares de Sarians y îv à r> ang'-r les
entrailles de fes ennemis pomme à ou
plaçant avec allégiefîe., au milieu- d:s h:a: cols qui,
vinrent arrêter ces cmautés, les armes de. France,
& Faifânt briller fur leurs murs, au lieu de la tri-
ple thiaie du despote le (Impie bonnet
de la liberté ainfi que. les lys où parorflbient les
clefs, emblème trop énergique de l'cic'âvage.
Carpentras, moins Fufceptible, par fon^cara^ère
de cette verfatilté offrira le' grive développement
de fa marche & de tes ébmbinaifons. On verra fes'
habitans ^c ceux du Comtat dont elle i-étoit la ea-f
pitale, ic reunir en aOei^nblée reprefentative, calcu-
lant" les fruits du 'bonheur- que pouvoit, que Re-
voit leur procurer la' cpnftitution françoife, & les
fuîtes qu'elle pouvoit avoir, mais gardant un atta-
chement févère au pape, lui déclarer qu'ils le con.
ferverpnt pour prince s'il veut canfentir à l'adop-
tion des lois françoifes que rirréfifli^le befoin d'être
heureux leur fait ..admettre, 5c que le filencc feule
de fa part, fur ce point important, fera à leurs
yeux le fignal de leur indépendance & de la »en-
trée du peuple comtadin dans les droits de fon ina-
liénable fouverainetc.
Stables dans leurs principes, lesCarpentraflîenspsroî-
tront toujours courant à leur but, combattant lesCavail-
•loïmois, trop prompts^ futvant eux, à fecouer le poids
de la thiare faifant arracher des murs des petites
villes comtadines les armes françoifes qu'élles avoient
( i ) Le io Juin 1790.
A4
arborées, avant les
ait cru déliées du ferment de fidélité eu pontife
romain; correspondant cependant t avec. les clpbs
des patriotes françois, jufqu'àParisSîiênie pour entre-
tenir leur amour pour la couftitution, en aflurer même
Pétabîiflèment parmi eux enfin fur le foupçon
bien fondé du filence ailucieux de leur' prince ul-
tramontain, confiant à troisKconfervateurs le pou-
voir exécutif qu'ils avoient ôté provifoirement aux
agéns de la cour de Rome.
Quels contraires quelles contradictions préfen-
teront les Ayignonois Près de la marche réfléchie
des Comtadins fe placeront leurs mouvemens con-'
yulCtfs les fecoufles oqcafîonnées par les ébullitions
de^leur patrioûfmë. Admis à la fédération dans la
capitale on les verra avec empreuement
leur réunion^ la France, n'obtenir d'abord que
des troupes frariçoifes dont ils n'ont pas tiréjl'avan-
tage que celles-ci fembloient leur promettre pour
le maintien jdu 'calme & du bon ordre on verra
leurs chefs dépouille^ les autels ( N°. Il Pièces
juflificatives ) convertir en monrioie les vafes deftinés
à l'exercice du ^cuîte aivin puiffeat ils prouver
maintenant que ces richefles du iandluaîre n ont été
employées qu'a la ^(é|ferife de la liberté & que
c'eft par erreur que leifl: enlèvement à fervl de bafe
il une procédure qui a occafîonné depu,is :des mil-
lions de, crimes émployés^comme moyens pour la
faire difparoître. '̃&̃'
Ici, Meffieurs je vais 'reprendre moi-même le
fil des événemens
Deuxième Epoque.
La deuxième'époque de la révolution arignonoUe
comtadine s'ouvre. Un détachement confîdcrable
\de foldats du régiment de Soiflbnnois & de dragons
de Penthièvre venoit de renforcer la garde nationales
d'Avignon. Les émigrans de Cavaillon l^i offroient
leurs Bras & lui demandoiènt vengeance. te fîége de
Cavaillon eft 4écWé; cette ville eft prife elle eft
pHlée & il faut que^des mains avares & ciuéiles aient
ïpécialement défi6-né les vidimes, puifque des ;vieil-
lards paifiblës qui n'avaient participé en rien aux
affaires publiques |» n'ont obtenu lavie qu'au prix de
l'or qu'ils avoicnt acquis par de longs.travaux; puif-
que des femmes refpedables ,,par leur fexe ieurs
lancées fur elles, n'ont dû leur falut qu'à la
fuite la plus dangereufe, & n'ont furvécu que pour
voir leur fortune anéantie puifque des abfens ont
eu Ictus meubles brifcs, leurs effets enlevés, leurs
•maifons dévalées. Excufcz Meffieurs fi je pèfe
fut ces fats mais il m'a paru nécefîaire de mettre
dan? tout J'on jour ce coup d'eflai de l'armée avigno-,
noik J afin que vous pufîiez en apprécier la marche.
Et d'ailîrrrs es traces de ces malheurs, que f ai vues
toutcs fraîches fe font tellement gravées dans ma
mémoire, qirr-fe n'ai pu les oublier en ce moment où
je vous en rend9 compte.
Effrayée par le fueces des armes avignnoifes, Pafc
femblée reprefentative fe diffipa, & Carpentra? arbora
les lys de la France, taîifman heureux en toute autre
occafion mais impuiusnt contre lavhaine de fa rivale
que tâchèrent en vain d'adoucir des députés pacifica-H
teurs de la ville d^Orangg. Les tentatives que fitPârmée
des Avignonois, furent, il eft vrai, aufTi inutiles que-
l'avaient été les démarches des hommes de paix qu'ils
avoient refufés d'entendre; & tout fe ligua pourries
faire échouer. Les ël<émens le déchaînèrent contre
eux, & furent fécondés par l'impéritie des foldats &
fur-tout par celle de Patrix, leur chef, qui fut ce- 1
pendant afiez fage pour les faire rentrer, dans leurs murs.
Alors s'imagina dans Avignon le fameux pa&e fédc-
ratif
mimes mains tous Jes pouvoii-s.J?»opofc accepté de
bonne foi par beaucoup «fÂvignonôis qui n'en fentoient
pas les dangers; jamais cependant il ne fiat ratifié par
les fedions^ ainfî qu'une, des ^claufes le poiloit ex-
preflement. Ce pade ,qui l'avoient
conçu, l'ancre de l'efpérance &^a reflolirce fcconde
de leur ambition. Il devint bientôt pour le Comtat
la pomme de difcorde.
Les deux Etats par le: paSe fédérâtif, ne
dévoient faire qu'un tout organifé comme les dé-
partemens françois, fous'la dénomination agréable-
ment choifie, .de département de Vauclufz. Le fîége
devoit être place à Avignon & jufqu'à la décifion,
de l'Aflemblôe Nationale, à qui l'on demandoit la
réunion /les électeurs devines à former rorganifation
générale, dévoient être les uniques dépositaires & les_
feuls açens de la fouvérair.eté.
Les habitans de Carpenuas, en grande majorité,
vouloient uncèrement îa~Conftitution françois qu'ils
aimoient mais l'amour qu'ils avoient pour elle n'étouf-
fait pas la haine qu'ils ndurrîflbient depuis des fîècles
Q'ontr6 Avignon, &que ce plan ne pouvait qu'irriter.
Cet éloignement pour fan. acceptation étoit entretenu
fouçdement par les ci-devant privilégiés ennemis
jurés de nos loix & dont <abobdoit cette ville capitale
du Comtat, centre, d'un dlocèfe, fiëge des tribunaux
majeurs du pays, & repaire des receveurs des deniers
publics. On refiifo donc^toute affociation avignônoife,
(^Carpentras entraîna après elle une-grande partie,
quoique la moins peuplée des communes du comtat. r
(^K
'Les chçfs du parti avignonois calculant alors
d'après le nombre dès Individus, & non d'après
celui des communes^ pourfuivirent leurs projets,
'& menacèrent d'un nouveau fiége cette vilfô, qu'ils
peigneoient à leur armée comme réfradaire à la
volonté générale coXnme ennemie de la liberté; &
ce ne fut que par 4esf foins les travaux & félo-
quence' <ï'une députation des amis de la conftitution
de Valence, qu'enfin Çarpentras dans une déli-
bération expreflè configna fon adoption du padte
fédératif qu'elle avoa d'abord repoufl'é. EBe fît plus:
fa délibération fe fentoit, par fa fçcherefTe, de fes
premier^ fentimens elle en prit une féconde, oùlê.s
motifs de fon adhéfion fiuent librement' & folem-
nellemer.t manifeftés. xv
Hélas de combien peu de durée fut cette al-
liance, que la pr.flîon^ avoit combattue & que mal-
heureufement les circonftances feules avoient fait fe
former Époque* i
Ici, Meneurs je placerai la troifîcme époque
de la révolution opérée fur, les terres ci-devant fu-
jettes à la 'domination papale.
carpçntraiTienne outrée defd'adhé-
/ion les patriotes venoient de donner au paâe
fcdcp.tir réfolut d'en empêcher le fuccès. Elle
forme une aïïemblée contre révolutionnaire à
Sainte-Cécile; .& pour tromper plus facilement
le peuple e!le donne à chacun des membres le
nom impofteur de commijfaire de l'union.
Cependant, en vertu du^paâe fédératif I*Aflem-
blce éledorale & DépaVte-
mer4 Vaurlufien fe communes fédé-
rées à Avignon lui env«yoient des députés :&
ne regardant plus les autres que comme des abfens
fn y
volontaires duement convoques, elle procéda à
l'organTation ginérale. L'ambition des, chefs fe dé-
voila dan» cette circonstance, & l'impudeur de leurs
prétentions montra combien peu le patriotifme avoit
été le mobile de leurs a&ions. Trois familles réunirent;
toutes les places majeures &smie!ques amis obtinrent.
enfu'te les autres. L'iriiuftice de ce,choix fut d'autant
pius féntie par ceux qui, dans Avignon, pouvoient
y. prétendre que leur amour-propre étoir blefTé.
Ils jouirent de la liberté pour s'en plaindre. Leurs
plaintes/rirent miprifées; & ce mépris fut une femence
de divi fions fusettes qui, tô* ou tât-d, ne pouvoit
manquer d'éclo re.
Un' éyénem^nt cruel vint faire diveriîon aux ref-
fentimeii^paticuliers, &jfe^la rallier tous les,efprits.
Il les ralhVtous en effet, pour opérer une vengeance
communie. Le malheureux Anfelme, le trop infortuné
barbai, p^u dans le choix de fes moyens,
& qui avoit de comrnettre deux aflaflinats,
plutôt que de voir fes projetsV balancés par le cré-
dit de ces deux électeurs, Aux^tirmes^ ne fut qu'un
cri dans Avignon & fur tous les points du Comtat
où refpiroiçnt les amis de \la révolution. Il ne faut
plus parler à ces monftre^ qu'avec des bouches à
feu, dfVt on hautement dans les afremblées des pa-
triote?. Les canons Te préparèrent, & l'armée fe mit
en marche. C.Vtt arm:e nÇ ;t.oit plus l'armée avigno-
noife, 'armée v.ucldilenne. Elle étoit échauffée
par ï'efpoiir d la ve îçeanc", l'amour de -la conftitution
la flamme de la liberté. Tous fes membres, à l'excep-
( l ) Ils é- oi«nt oce'ip^ fe procurer Jcs foldats pour marcher-
,tilt Çaipentras contre quila guerre <!toit décidée
par 'Chers. t gai redoutoient les divilîons mineures d'Avignon.
( 12 )
tion de nos dcferteurs que l'erreur avait fâhs doute
égarés, & qui ^fuivant les drapeaux de la conftitution,
croyoicnt fuivre les nôtres, tous étoient novices dans
fart de la guerre. La liberté fait des héros. Leurs pre-
miers pas lurent des victoires & l'armée des anti-révo-
lutionnaires quoique double en nombre, fut mife
en fuite dans les plaines de Sarians. Ainfi difparoîtront
devant nos t.roupes patriotes ces légions que farif
tocratie françoife raflcmble près de nos frontières, <St
dont nous menacent nos jongleurs émigrans mais
notre armée ne fe touillera pas des crimes qu'on&com-
mis & qui déshonoreront à jamais les vainqueurs de
Sarians.
Je lespafiTerai fous fîlence, MefHeurs^ ces crimes
dont rhiitoirc ne confervera que trop le fouvenir; ces
meurtres commis fur des vieillards qui demandoient
qu'on leur laifiat pa>fiblement terminer leurs derniers
jours; fur des enfans que rëçouvroient inutilerhentles
bras de leurs mères, ou qu'elfes cachoient en vain près
du fein"îjui les alaitoit encore; ces aîTaflînals commis fur
des corps attendriffans, dont les meurtriers venoient
de jouir ces repas barbares de coeurs & d'entrailles
.humaines; oui, je les voilerai ces atrocités qui ont
été fi grandes que dans ces récits, quelqu'affrèux
qu'ils parôiffent, l'ariftocratie elle-même n^epu les
groirr (i ).
Des troupes plus expérimentées, mieux âifcipjinées,?
moins aviaes commandées par des chefs moin
avares, ne fe fuffent pas arrêtées long-tëms à accu-
muler des vols à fe livrer à de honteux pillages, &\
( i ) Voyez les récits impritr.& par Carpeiitraî.
Le nommé Guêftn s'en: juftifié de l'inculpation faite contre lai,
d'avoir mangé le coeur d'un Carpciitraflicn en montrant des c««
tiiîcats qui aiteftoient fou abfcnce pendant qu'on te mangeoit.
à commettre des incendies elles par
laiffé aux ennemXle téms,de fe retirer dans tes murs de
Carpentras, &yde sty une détente d'autant
plus vigôureufe qu'ils éprouvoientune honte & une
espèce de défefpoir d'avoir été mis eh fuite par des
rivaux.
Oui fi Patxix çût'.fu contenir dajis les bornes
l'armée qu'il coruluifoit (i trop accoutume au profiW
de la guerre par ceux qu'il avoit faits à CavaîHdn, il
n'eût pas' voulu Jouir des produits du pillage, il .eût
complété fa vidoire & terminé cette, guerre, qui eft
devenue la caufe de la ruine du pays; il eût épargné
à fes foldats le furnom de brigands qu'inutilement
ils ont voulu ennoblir; il eût échappé a la tentation
de l'or dont lui fit une promefiè fignée le fieur de
Tourreau il eût confervé fa vie qui lui fut arrachée
autant par politique que par juftice il n'eût pas été
la victime de ceux qui, en le fuguant, fe défirent
plutôt d'un complice que d'un traître; qui ne cher-
choient qu'à fe débarraffer d'uh homme qu'ils conce-
voient ne pas pouvoir toujours conduire & qui vou-
loient en impolèr aux foldats par l'exemple d'une
apparente févérité.
Patrix mort, Jourdan lui fuccéda; Jourdan, homme
nul par lui-même, fan? principes, fans connoiffances,
fans éducation, groffier comme les mules qu'il con-
duifoit tiré du milieu d'elles pour être capitaine
avignonois, & de capitaine fait4i©utenant- général;
puis général par la politique des chefs, qui, régi(-
fant toiit-à-la-fois l'aflèmblée éleâorale Se l'armée
vouloient donner les ordres, les exécuter eux-mêmes,
etr mettant fur un autre la relponfabilitév
Jourdan n'eft pas malheureusement
trop fameux dans l'h'ftoire de noue révolution,
airtiï que l'a prouvé M. Lefcène mon collègue
mais en.vain il a tenté dç^Je définir. C'eft un être
-fans cara&ère il parcît naturellement fenfible &
d'une groflç bonhommie mais, quand on l'excite
ifeil féroce;' & a vu le fang ,^c'euY un
bourreau, c'efl: un'tigre.
Le nouveau général fe cantonna à Mont eux.
de-là il ordonna ces éxadiojis qui pnt occafionné
tant de plaintes. Sortie fans fonds, lans autrf caips^
militaire^que lçs feules promefles il'une,; ex-
travagante que TAÏTemblie éleÔorale, avoit fixée
pour foldats ,<fen armée avojt Jbefoin
de fecours & dé vivres. Toutes les N villes "tousses
villages, tous les états, -tous les individus, fiirenT
mis à contribution & 4e"^ ces 4£t(è>Céncrmes
dont les commiflaires civil
vont bientôt vous préfenter l'effrayant ibv
ne vous les offriront pas toutes par dès"
îtïriaridats, & plus d'uiie^ois ils, ,jurant à cpnflater
de véritables larcins..
Cependant à fou-
tenir les attaques dont on étqit^inehacé. L'ariilo-
*cratie aVbit ljarmée (le
Sainte- CécUe mais HHp avoit formé ces groupes
d'émigrans qui, long-temps, éloignés de leur patrie»,
où leur retour a ramené je troiible oi>t laiffé pref-
qu'aux feuls patries foin de la-
Refendirent /feien y*& dans c*tte
^guerre cjûï^ dé guerre pour la liberté, pour la
^cohflitutioni ebit dégénérée eti guerre de rivalité,
ils rirent des prodiges de valeur; heureux fi leurs fôp|W
n'euffentpas trop foulent imité les cruautés de leurs .en*
prenoient ^dan^ toutes les
communes & ïofçoient à marcher, ( N*\ III. Pièces
firent ville
< iy )
& lui livrèrent des' attaques jour-
jirlicres maison peut dire que laj^rovidejicesqui,'
F ^e6brice de notre v/âvfjit fi évidem-
Secondé'les arpies vaucliwënnes
t:;f "-ni oient la çonftikition françoife à Sarians ne
ic de leur fuccès! lorfqu'elles ne Çervi->
rem. que les baifees ?^Jes jalousies & les reflen-
Les divjfions entre les, Àvignonois que Tintérêt
général avoit affoupies reprirent vigueur. Avignon,
epuile ̃'̃par mille frais laifla aeispander inutilement
par l'armée la poudre & les munitions avec lef r
quelles celle-ci fe flattoii d'exterminer Càrpentras
que fecouroit plus# efficacement un dépâftsmerit
^Voifin. 'de
l'armée defîro^ïlt avoir' leur' la caiÛe
municipale & ne
d'uue manière exorbitante & arbitrairemerit ,Jés ci-
parole
& les émigrans. Des fon côté la_ municipalité vou-
lut rappeler ion détachenïfent eîîe tenta fnême
d'ufer de fon infiuehce :fur rAffemblée éle^lorale
qui, fous ce du pa<5le*
CavaiïloiO
de fes^chefs.. Laïninorité de
le Kéu qtiï lui avoit été folemnellement aligne &
cette ieparation commencèrent à éclater les trou- y"
b s affreux de cette ville infortunée, dont les mat
he s vont bientôt vous tirer désarmes. 11/ fe fit
une uerre de maufâis traitemetis, de vexations
,de lomnies; & ,*comme autrefois les anti- papes
fe lançoient des excommunications réciproques,
•a' f# lança de part & d'autre fur ces terres en-
(
core pontificales, des pamphlets, des injures, des
calomnies, des délibérations contradidoires, & juf
:̃̃̃ qu'à des décrets de prife-de corps. Les décrets
frappèrent Spécialement les Tournai
jk l'Êcuyer qui perdit en outre fa place de fecrétaire
de la commune à laquelle il n'a jamais renoncé,
& pour laquelle on le verra tout ofer. Les chefs
vauclufiens ajoutèrent là 'menace de faire marcher
contre la ville d'Avignon fes propres habitans, qui
ffdfrnpient le plus fort détachement/de l'armée; jk
ils fe difoient toujours les patriotes avignoribis!
Deux mois de blo'cus ravoieht iatigué Car|entras,
Cette ville voulut eflayer un 'dernier effort. Vers le
Mont-Venteux & vers celui de Luberon, elle favoit
qu'il exiftoit des ennemis du peuple avignonois. Elle
/oublie que pis fentimens ne^ font pas entièrqnent
confirmes aux leurs &^elle lès appelle à fon fe-
cours ce ne fut pas ^n vain. On vit fortir de
Brantes descendre de ces montagjnes, éternel Xt^
jour des frimatslÇ des hommes enduiq2f à la fatigue
& brûla de v.'tingéàhce. Le %ur Ràxîs 3 Tuo des
généraux avoit de Aon ^autorité fixé aux fol.
n dats q 'il çommandôit^ une\ folde femblable à la
folde mbntcufienne & bientôt il chtffa du Bar-:
roux lek Vauclufiens auxquels il prit plulîeurs
j5téces de\anon. Le fieur Grégoire
duifoit à, Lagnes & faifoit camper près de la totfcf
de Sabran; & les forces, combinées de Brantes, de
Lagnes & de Carpentras n'attendoient plus queJe
moment de fondre de trois côtés fur Monteux &f»y
anéantir l'armée vauclufienne. v ;X
les médiateurs envoyés par la France^, qui
vendît enfin de s'occuper de ces contrées, arrivè-
rent à Orange. S
C il )
Compte rendu par' M. Mulot, Il)
Epoque».
Cette quatrième époque de la révolution
hbife & comtadine offre d'abord des tab!eaux rians-
comme la faifon avec laquelle elle a commencé* Ç
t^tie ne s'enV elle auiîïheureufement terminée
Je parcourrai d'autant plus rapidement les faite
(jui fe' font fuccédés pendant le cours de .cette*
époque,' que. déjà cette fane ,en a retenti que la
conduite des médiateurs y a été applaudie malgré
tous les efforts \d\tn prêtre comtadin qui, par les
^correfpondançès^ avoit foulevé contr'eux fa patrie
que^la/cour de Home peut bien réeompeiîfer du
zele qu'il a montré pour fa défenfe mais <juevle$
bons François ne placeront jamais fur la lifte\1mpé~
patriotes. V
Les .médiateurs placés à Orange comme dans
un lieu neutre y appelèrent tous les partis & rap-»
prochèrent les prétentions réciproques. L'Atifemblée
éledorale y fut reconnue il étoit de p^çipe de
remettre elle offroit les procès- verbaux défoixante-
liuit communes fur quatre-vingt-quatre dont elle
avoit recueilli l'adhéfioiv^foit avant toit pendant la t
guerre. La ddfîgncr comme un point^ central c*étoit
un hpèfoin. Réduire ces pouvoirs Illimités & abfolu9
dont elle n'avoit que trop abufé, c'ét.oit un devoir
& ils, furent reftreints a la fatisfaélion & pour la tran-
quillité détour.
^Lâ, dans cette même Me après plufîeurâ-
jours, de travaux
de peines furent Hgnés les préliminaires de paix
( N°. fquè)
nale conftituante a confirmés qui ont fait le
heur dit pays tant que les habitais ne s'enfont potni
( iS )
écartés & qui ont mérite aux envoyés de la France
cette honorable approbation qui a fait leur plus douce
récompeitfe. O: j
Une violation du territoire frànçois par des foldats
du Haut-Comtat a déterminé l'arrivée dés troupes
que les médiateurs^ avoient ,"par leî décrets, le droit
de requérir. Le licenciement de l'armée vauclufienne,
la difperfion des raffemblemens d'hommes armes de
Brantes & «je Lagne^ furent encore des travaux dont
ils firent précéder leur entrée fur les. terres papales.
Il feroit impoflîblé de vous, peindre, Meneurs, les
douces lenfàtions qu'ils éprouvèrent en parcourant
ce paW Les habitans des campagnes accouroient à
leur rencontre & leur montraient avec reconnoif-
Jânce leurs môiflbns qu'ils alloient récolter, & que,
par leur, foins, ne menaçaient plus la flamme & la
guerre dévaftatrice. Ils les béuiflbient comme des
anges de paix comme des corifolateurs comme
des pèresr-Les citadins leur préfentoient qes cou-1
ronnes formées des fruits qu'ils confervoient \Sc réu
niiToient au chêne civique le froment- nourricier &
l'olivier pacificateur. Les Avignonois leur firent des
fête.<vou les plus ingénieux emblèmes annonçaient
des êtres tutélaires qui
Venoient opérer leur liberté,. Les Carpentftïfliens ne
leur préfentèrent point d'allégories ils leur offrirent
tous les prifonniers faits pendant la guerre & les
leur remirent pour être libres par feuis mains. Des
communes qui, égarées pïrla
s'étaient permis, dans leur vengeance', les arrêtés les
plus barbares contre lents opprelleurs vinrent leur
en offrir le- facrifice & les habitais de Boun'eux
notamment lelif remirent, en y renonçant, la déli-
bération qt'ils avoient prife de fuiï'ller avec les autres
sV reparoifloit^au milieu creux, léur pro-
(19)
.B 2
cureur de la commune, cet homme qui eft ici mort
dénonciateur ( N°. V Pièces juftifieat. ). A Sarians
feul ils ne .virent couler que des larmes; mais ils en-
tendirent les accéns .de 1 efpérance & du moins ils
purent promaure de vous peindre fes malheurs.
Je ne vous ^rappellerai point ici j Meffieurs les
moyens employés^our gagner la |confiaîrce de tous
les partis ces lettres qui recommandoient aux
troupes l'impartialité la prote&ion la sûreté pour
tous la liberté que nous fîmes donner à plufîeurs
prifonniers & notampeiit à MM. de Sainte-Croix-
intéreflans par 4eur â^e \par cet âge l'on eft
incapable pour l'ordinaire d'un grand crime tel
que celui dont on les accufoit liberté que l'on
nous reproche & qui, cependant, étoit fgnée pat
tous les contraâans dans les, préliminaires de
Les décrets de réunion & d'organifation provi-
foire prononcés les 14 & 23 3 feptembre dernier par
l'Affemblée conffituante ont été rendus d'après la
connoiflànce & le récenfement des voeux des habi-
tans d'Avignon & ,du Comtat. Je ne vous parlerai
donc point) de ces ^flemblées primaires où ces
voeux fe forit lilsremëiijt recueillis ces veux qui,
'pour qtdls fuflent p.lu^ folemnels ont été dans
plufieurs endroits, exprimés le jour même de la
fédération des François.
A ce moment les circon es appelèrent les
médiateurs à des occupations/fifférenjtes. M. Le-
fcène alla dans le haut pointai, que l'ariftocraûe
trompoit par des écrits Incendiaires & impofleurs.
Sa conduite, que^nion dénonciateur a cherché à
( f) Voyez l'article dernier des préliminaires N°. IV.- P. ¡un.
<*>)
vous rendre fufpeâe lui attira les déclamations de
j M. l'abbé Maury les applaudiffemens des ,amis de
la réunion, & força les ennemis de la c^onfiitution
françoife à révérer fon impartialité à admirer les,
vertus douces & fes talens pacificateurs.
M. JVerninaé Je retira près de Soignes à Brantes,
d'où il fe rendoit arides lieu fixé pour les
féances de FAflemblée éleâorale. Se§ fondions
étoient de furveiller cette AiTembléè\ toujours prête
à jouir de cette fouveraineté dont on fe deflaifit
il difficilement, dont l'abufif exercice l'avoir pour*
tant rendue fi odieufe,.& toujours prompte à s'é-
chapper des liens que la jitftice & layf»rudence lui
avoient donnes dans les préliminaires -de paix. Par
les arrêtés qu'elle prit en diverfes circonftances ? on
peut juger combien la*prércncei 4e M. Verninac
étoit .néceffaire elle en abufâ une fois de
celte préfence & le nom de M. Verninac, placé
en tête d'une délibération dont il avoit été té-
moin fervit à en autorifer deux autres auxquelles
il n'avoit pas été préfent & que lui-même àvoit
dit ne' pas pouvoir confentir ( N°. VI, Pièces juf
tificatives ). Je lui rendrai publiquement ce témoi^
gnage qu'il figna concurremment avec M. Lef-
cène ôc moi une lettre par laquelle non?* raff
rions Carpentras fur les inquiétudes que cette ville)
nous temoignoit au fujet des entréprîfes des élec-
teurs & où nous déclarions unanimement f nuls
tous les ades qui fortoient des préliminaires
( N°. Vil Pièces juflificatives ). Il fit plus,
Méflieurs au moment où il me quitta pour le
rendre à la capitale il me propofa donner, &
nous fignâmes* enfemble la demande de la «liflcslti^
tion & du changement de l'Afîemblce éléâorale
( N*. VÛI Pièces juftificatives ).
(21 )
B.3..
Quelquefois ce. médiateur quittoit Brantes pour
venir ^m'aider à foutenir les fatigues que les affaires
générales me donnoient à Avignon qui en étoit,
Jexentrè qui m'aecabloit encore parle détail de
tes affaires & de fes diyifîons partici^ieres. Le féjour
d'Avignon avoit été «non partage.
Ce fut pendant que nous étions enfemble dans
cette ville M. Verrlkiac & moi que commen-7
icèrent à éclateur les effets malheureux de haines
invétérées.
Le temps de l'exerc|ce>des fondions ide Pjétatr
iriajor de la gardé nationàlç était expiré OflJ'ayoit"f-
lenouvelé & la cabale monteufienne ,difons-le
avec franchife l'avoit emporté fur la cabale muni-
cipale. Je puis Meilleurs, d'autant, plus me fervir
de cette expreffion que témoin du dépouillement
des fôrutins de plufieurs ferions je ne vis que
deux^lifles répétées fur lefquellès les partifans de
l'armée ou ceux de la municipalité avoient placé
leurs créatures. Ainfî', la garde nationale avôit à fa
tête ceux qui avoient -commandé l'armée vauclu"
fieitne,, ces hommes qui, rentrant après la paix
dans Avignon leur patrie, pour. y confommer le
) licenciement ordonné par la loi avoient décoré
leurs fôldats ornéieurs chevaux, paré leur tête
d'un papier infultam pourtant cette incroyable inf-
cn'ption brqvef brigand,. de Carmes de Vaudufe
infeription que cette main pruaemèL& paljriote eut
le fom & le bonheur d'enlever avant quelle eût
irrité les regards. Enfin cette force militaire ,^ipji
conformément à 'la loi, conformément à la/raifon,
doit toujours êtrey fubordonnée à la municipalité',
devint fa rivale fa dominatrice & bientôt yéïïF
verrez fes membres en être tes accusateurs les,-
geôliers, les bourreaux.
A la vérité, nous avions encore, des troupes de
ligne pour contenir les folàaté e Monteux je
dcfigne ainfi la garde national d Avignon parce
que 'les citoyens paifibtas^ vrais amis de la içonf-
titution fr ançoife- Sç deMa nation nVpouvânt/ plus
fouft'rir leur alliage ayec des hommès^-||j'ilsi mé-
{>riroieïit, avoient, fat uri§ erreur bieri iîapoîïtique
aille tes fondions aes gardes nationaux & le' fer-
vice public à ceux ui n'avoient pas quitté Je, pamp
de Monteux jusqu'au liçenc^menty d'e l'atroce vau-
clufienne. Nous avions aufli des gardes nationales
nîmôifes ? dignes qui comman-
dëes pà| M. d'Aubri/^étoient par leur régime
leur diftlpline & )léur zèle,, émules desHroupes de,
ligne èc pou volent
mais les, dimcultés que nous éprouvions poux, avoir
afiez de'@,.détache mens 9 que la prudence nous con-
feilloit de placer ftir différens points Bu Çomtat
nous ayant fait appeler des foldats citoyens du dé-
partement des JBouchës-du-Rhône & les oppofi-
tioiis que nous ^Trouvions dans celukdu Gard
pour renouveler fes propres détachernj'ris nous
ayant obligé de faire fijourner à/Avignon les
leur féjour que les pial-veillans abusaient pour
fe débarrafler des armes impofantes èi incorrup-
tibles du régiment de Soniœnberg & des huf-
fards.. ̃ i
Vous Meneurs, le, ^triotifme des
habitans d'Aix & de Manille. Il .eft^licat, il eft
fenfible, il en: irritable; l'ombre ileiraritlocratic
l'éveille & l'enflamme; les chefs de la garde na-
tionale avignonoifei innnuans prot>ies fedudeurs
habiles ,lui perfuadèrent aifément que deux régi-
mens que les délices de ,leur- ville & mille tenta-
B4
bons n'avoient pu corrompre n'avoient pu même
rendre un peu moins Sauvages, prefque tous corn*
pofés de SulflîJBs & d'Allemands', éto;ent% effentielle-
ment peu patriotes, & que leurs officiers sûrement
étoient ariftocrates. Un accident facilita la perjlia-
fion. En défiant la pàrade quelques chevaux de
huflards pafsèrent trop près du piquet des gardes
nationales d'Aix,& les querelles commencèrent. Enfin,
Meneurs, fans notre vigilance, fans nos démar-
ches, fans la noble impaffibilité fur-tout des offi-
ciers de ligne le fang françois ruifleloit fur un
diateurs.
Uner^circonllance particulière ajoutoit dans ce
moment' même à la fermentation 3 & tout paroiflbit
avoir été combiné.
Depuis long -temps la folde inconcevable de 40
fous promifé aux foldats vauclufiens par rAffem-
blée éleftorale $ étoit l'objet des demandes réité-
rées par la garde nationale à la municipalité &
_^des refus de celle-ci. Une difcuffion folemnelle &
chaude avoit déja eu lieu fur ce point & l'on
en avoit remis la décifion à ce même moment. Un
attroupement de foldats avignonois avoit été iuf-
qu'à Brantes chercher M. Verninac mon collé.
gue, & l'avoit déterminé à venir ( N°. IX, Pièces
juftificatives ).
Jamais aflTemblée ne fut auiïi tûmultueufe. Tous les
témoins étoient intéreffés. Deux des chefs, moteurs
du peuple, les fleurs Mainville aîné, & Tournal, vou-
loient que l'on traitât des prétentions qu'ils avoient à
à des places municipales avant l'objet pour lequel
U'àflèmblée avoit été convoquée ils avoient perfuadé
à leurs agens, qu'une fois municipaux, ils favorile-
roient tellement leurs demandes & leurs defirs que
tout leur feroit accordé. L'ajournement prononcé fur
leur pétition caufa la commotion la plus dangereufe.
Dans la taHe même de la commune il fe fit une intur-
& au moment où je m'efiorçois de l'appaifer,
je fus moi-même rrréhr.cé de la fatale lanterne ,& je
rectteillis les injurfîsde cette fadieufe cohorte que ces
chefs an!moient fous mes yeux ces chefs dont les
difpofitibns hoftiles, les vues ambitieufeî & la noir- i,
ccur enfin n'avoient plus de voile. r
Par une fenêtre de la maifon commune, pendant
ce tumulte on ne fait quelle voix avoit
(trrr.es. Toutes les gardes nationales fe mirent en ba-
taille. Les troupes de, ligne étoient par prudence
confinées dans leurs quartier* & la nuit entière fe
psfTa dans la plus vive inquiétude. Tyl> Veiqjn.ac avant
que l'affeiriblée fe fût Pipa'rée, avoit néanmoins obtenu
que la roIde feroit réduite à i j fous Ôc qu'on don-
neroit une gratification en argent ou en habits.
La caifTe munictpale.ne pcuvoit pas rféme fournir
lès t j ïov.5. On les demanda &
pour tes donner, il fallut un emprunt
force.
Le lendemain de cette étrange fJance t les officiers
des troupes de ligne vinrent nous demandera fe retirer:
31s n'euirent pu contenir leurs foldats aigris. Nous fen-
tions tout le befoin de lour préfencé*, tous les dangers
que leur réunion dans bette même vjlle'avee les gardes
nationales trompées, popvoit oceanohner; nous cal-
culions que n,ps frontières fefbîent défotées, il dans
quelque endroit les gardes nationales en venoknt aux
mains avec les troupes de ligne. Nous^appelâmes donc,'
pour avoir fes avis, le général Ferrier, ou'une légère
infurreâiorf «Jans-SoifTonnois avoit fait venir il Carpen-
tras. Le réféltat de nos conférences fut d'éloigner
d'Avignon les troupes de ligne « de répartir alorjs^
fur les points du Combat qui |e.ur étoie'nt deftinés, les
gardes des bouche Jd^Rhône.
| Nous comptions bien, fbus^pft'u de jours, rappeler;
les fidèles Suifles de Sqnnenberg &~les huîrards pa-
triotes maison enchaînement de circonftances des
lettres de la Suiflc l^adreflces au bataillon de, Sonnen-
berg, ne nous permirent d'avoir que les derniers. Ils
rentrèrent à la grande fatisfââion du peuple ayignon-
nois, qu'il faut bien fe garder de confondre avec
ceux qui j^nt tyrannifé J qui l'ont
en partie immolé,, -f i
Pendant l'abfence des troupes de Ijgpe, dont U
municipalité & le peuple demandoient té retour, que
les fa&ieux ne^youloient point la|8êr revenir, ces
derniers avoient fait leurs «combinaifons & les refus
obftinés du département du Gard fourd il nos pref-
fantes requifitipgs, les avaient trop Jaeureufément fé-
condés. Ils avoient fatisfait leurs premiers denrs ils
étoient devenus par rufe les maîtres du palais qui
efr*tout-à-la-foïs, fort, prifon Se arfenal ilss'ctoient
emparé des magafins des poudres dont ils avoient
enfoncé les. portes, ce que le puis prouver par un
procès verbal authentique ( N°.*X pièces juftifi-
catives ). Ils avoient placé- les canons de toutes parts,
pour en impofer d'un côté' à ta multitude, & de l'autre
pour le défendre fi urant de nos pouvoirs nous
eu flîoris exigé qu'ils rejniflent cette fortereflè entredes
mains françoifes.
Enfin, Meflleurs, le zî août arriva, four mé>
morable dans les faftes d'Avignon jour malheureux
qui n'étoit que l'aurore d'un jour ptys affreux encore.
Le 21 donc, le fieur Duprat,, aîné, colonel de, la
garde nationale, fit revivre un ufage que fan cœur
abhorroit. Il feignit:; après la melfe militaire,
évec l'étSlçmajor rendre hommage à la municipalités
mais il n'y alloit en effet que pour fôiitenir puiflàm-
ment les demandes des fleurs Miinvilïsx Se 1 ournal,
qui fe préfehtèrërit tous Je prétexte de folliciter au-
près des' officiers d'un
arrêté inconft'tutionnel $ par lequel'ceux-ci avoiènt,
en violant le greffe criminel, fait enlever les minutes
de la procédure, d'après laquelle ces deux citoyens
iavoient été décrétés pendant la; guerre. M. Coulet,
officier municipal fe trouva mil à la maifon com-
mune avec M. Aymé l'un des juges nationaux
odieux aux chefs de la fadtion, parce qu'il avoit lancé
les décrets--d'après la fpoliation de la Chartreufe de
Bompas. On le força de communiquer les
on les parcourut on trouva non-feulement la déli-
bération que ron. cherchpit mais on en vit d'autres
qui fervirent bientôt de prétexte pour échauffer les
efpritsavignonnois.
On venoit feyplaindre de la violation du temple
de la juftice on Viole le temple de la liberté de la
magistrature populaire. Les regiftres font enlevés,
montrés au peuple $ portés au palais, où un enfant
1 apofté Tonne le tocnn avec la cloche d'argent, fpé-
cialement'deflinée à l'annonce des grands évchemens.
Les portes de la ville font fermées & le^fort eH
garnide foldats monteufiens qVi y courrent à l'inftant
avec leurs armes*
Le toefin m'appelle à la maifon commune, Se M.Ver.
ninac le porte au palais. Au milieu du fan&uaire de la
loi je vis réunis tous les chefs. Se les auteurs des mou-
vemens populairesi les fieurrDuprat frères, les lieurs
Mainvilte frères, le fieur Mondes Je fieiwf l'Ecuyer,
le %ur Tournai, le lieur ^bytaviplà autres de cette
jiatuÊe,* patriotes à les entendre 4 tyrans & aflaflins
comme vous allez le» juber pa/kurs aétions. Je ne
faurois vous peinare la fermentation quirégrmit parmi
eux, & qu'ils ^communiqupient à tous ceux qui
venoient à la maifon commune. Ces imposteurs furent
feindre cependant & je crus leur rage appaifée.
1 J'allai même calmer l'inquiétude du peuple, en par"
courant les rues de la ville, & j'eus l'occafion de
faifé fôftir^la malle des lettres qu'en violant les lois,
qu'en violant les établiifemens françois ,& par haine
pour la direârice dèspoflls qukëemande des comptes
au fiçur Tournai, ton ancien comfjiis, on retenoiç
dans les murs.
Je rémpliflbis cette fonélion, lorfqu'on me ternit
un billet de M. Verninàt, qui m'ànnonçoit, qu'après
être parvenu à faire cèfîerïe toçfîn il avoit été retenu au
palais d'où. on ne vouloit point le laiirerlbrtir(N°.XI?
pièces juflifîcatives. ) Je volai dès-lors au palais; j'entrai
même au-delà des grilles de cette prison; mais recon-
noifîant mon imprudence, je me retirai avec adreffe, &
promettant jd'amener mon troifième collègue. Le
"nombre deY!baïonn§ttes-dont je me vis environné,
quoiqu'il n'y eût aucune foule autourdé moi, m'ouvrit
les yeux\fur les projets qu'on pouvoit avoir. Loin
d'amener' M. Lefcène je m'unis à lui pour rede-
mander M. Verninac & ce'ne 4ivf ni à là première,
ni à la féconde Jnftance que nous l'obtînmes.
Pendant qu'il était au palais, on avoit, à notre
infçu commencé lés emprifonnemens arbitraires. Le
jeune Niel, qui n'étoit point membre delà mttnici-
p§y|é qui n'avoir jamais été comptable, fut la pre-N^
mierjè vidime & p&B&ç être,, dès ce moment fans
M. /Clarentbal, capitaine de Huffards qui logeoit
chez lui & qui reçut un coup de fabre dont neïï-
reufemeint fon haSit feul fut coupé, èût-il péri fduî
leurs coups & fous les yeux du feu! médiateur
de la,France pour qui l'on eût conférée l'ombre
de la vénération & quelque attachement.
(̃aS )
Pendant toute la foirée de ce jour fatal nous
apprenons à chaque inftant que les incarcérations fe
lenouvelloient que les officiers municipaux étaient
faifis jetés dans les cachots que l'on alloit les cher-
cher, jufque datfe leurs maifons de campagne au
fein de leurs familles qu'on les traînoit au fort avec
barbarie & que mille autres citoyens étoient trai-
tes comme eux. Nous vîmes à nos pieds, malgré
nos inftances la mère infortunée du jeune Niel,
qui ne pouvoit encore que pouffer des cris tant
étoit vive fa doulèur & qui nous demandoit fou fils
& le lieur Tournai, complice de fon emprifonnement
fe frotter les mains de plaifir & fôurire à fa peine.
Le lendemain fut fouillé par des crimes plus grands
encore. Les emprifohnemens continuèrent & un
nommé Foreftier fut, dans Tefcalier même de la
prifon, fullllé par cinq ou fix de ces foi-difant pa-
triotes qui l'avoient arrêté, A en croire le Heur Tour-
nai, la détente d'un fufîl échappé par hasard avoit
produit ce meurtre & tout étoit calme dans la ville.
,Que l'oft croyc maintenant aux afiertions menfon-
^cres qu'il débite journellement fans honte & fans
îctupule
On ne fe bornoit pas, Meilleurs, à traduire, et*
prifon fans aucune forme légale, les citoyens; on
c'tabliflbit chez eux des gardes qui n'épargnoient ni
leurs provifions de bouche, ni mêrrié leurs effets.
"Un chef de patrouille un capitaine élu à la majo-
rité des ,fumages, le fieur Nibus,(déjà flétri par le
fer de la juftice fi J'on en croit là renommée,) fut
furpns muni d'un vol d'argent & d'afTignats il fut,
à la vente puni mais la politique des chefs ne leur
permit pas de le livrer à la juftice conformément aux
lois que nous réclamâmes en vain & nous obtînmes
feulement qu'il ne fût pas mis à^morh
< 29
On a peint /Meffieurs (i) cette févérité des chfB
.certain* reproches quelle' a partagés avec l'armée de Yau
clufe. Mais on ignorait & l'on n'a pas pu vous dire,
que celui qui avoit- dénoncé le capitaine coupables
avoit été ebligé, par l'ordre de^Jourdan de payer
ce qui manquoit à la fomrrTe vôlée, ce qu'avoit con-
fommê Nibus. En vain fon nieroit ce fait j'en ai
la déclaration authentique -fintre-les mains. ( N°. XII.
pièces juflificatives. )
De pareils tableaux ne pouvoient être mis fous les
yeux des médiateurs de la France., tans que leur coeur
en fût révolté fans qu'ils déplôyaflènt leur autôrité
pour faire cefibr ces malheurs. Hélas Meilleurs la
feule autorité qu'euffent pu connoître les auteurs de
ces maux eût été celle de la force & nous n'en
avions point. De tous côtés, nos requifitions avoient
été méconnues, & I'oji eût dit qu'il yxavoit une conf-
piration générale pour faire échouer les opérations
dont nous étions chargés. ( NI'. XIII & XIv pièces
juftificatives. )
"Nous effayames dès lors la feule reflburce qui
nous reftoit^ Se pour me fervir d'une expreflîon que
la malignité m'a fi fouvent reprochée. nous por-
tames le feul coup qui fût en notre pouvoir. A la
place des officiers municipaux emprifonnés difperrés
& cachés on avoit mis des adminiftrateurs provi-
foires, que tes ^notables feuls avoient nommés
qui étoient tellement défignés par les faftieux que
le fieur Vicari médecin potable, ( Na. XV Pièces
Voyez le Rapport imprimé de page 7. Les
de t'armée de pas ce
témoignage fur tes qu'elle
\Il-
(
justificatives ) fitf mis en ,prifor^ crainte qi£il njkût '?
qûeîqiï'influence & qu'il n'obtînt ion
que nous demandions qu'après
démiffion de notable. ~v
Nous requîmes donc les adminiftrateurs prpvifoirës,
de rendre en v^erlu de la loi du juillet ( N°. XVÏ y
tous Içsvçitoyeîis^détenus âtjbi-
dans les prifons & nous ii^s rendîmes
refppiîfables de l'inexécution de nos réclàTnations >
ainfi que tous poiter quelqu'obfta-
cle. Quelques citoyens furent rendus. (^NVXVH,
Pièces jufiificatives. ) Les principaux furent confervés
dans les prifons,: “& un dernier ne. fut remis à fa fa-
mille, que poi|r tirer d'elle la folde très-chère des
gardes qu'on «lui donnoit; & cette liberté
n'avoit été accordée que* pour rendre
& pus folemnel ùn devolt
terminer la. morv( i ). »
IL illégale & continuée
malgré nos moins légafen
apparence & l'on fabriqua une < dénonciation de
deux cents citoyens adifs parmi lesquels on n'ne
voit a^CUn qui puifl'e répondre par fa fortune
de fon aceufation, 8c que l'on fera fort étonné d'ap-
prendre avoir été fojufcrite par des défcrtéurs ^n-
çois, qui, quelques mois.auparavant, avoient obtehu
leur aminiftie & ne pouvoient, certes, être réputés
citoyens actifs de la ville d'Avignon.
z Cinquième
Ici fe termine la quatrième époque de là révolu-
( CVtoit le jenne Niel tonle faifoit garder par (cpt Soldif»
qu'ou Jui btibit payer liv. pàr j chacun.
frojaTavignonoife
.laquelle j'eus a foujtenïr feul tout le poids désràfîaires
<îc à, être\tcm6in dés plus grands malheurs. v,
Ce 25 août, M. Lefcène,,muni de mon çonfen-
tement, étoit parti pour Paris, où il étoit irnporiant
que l'un de nous vînt éclairer le mini fière fur la pofi-
tion du _pays, détourner les traits que la calomnie
aiguifoit en parer les coups, & preffer l'Aflèmblée
nationale de prononcer fur le fort de cette contrée,
que nous ne voyions que trop.mènacée de nouveaux
troubles, <mê la réunion feule pouvoit empêcher,
& qu'elle élit en effet arrêtés fi le décret obtenu eût
auilitôt été mis à exécution.
Le 27 je m'éloignai d'Avignon où ne fe faifojènt
que des aftiôns contraires aux lois déchirantes pour
tout homme fenfible où je ne pouvoir voir de fang-
froid. violer lès droits de l'homme & laiffer mépiiler
& avilir le caraâcre dont j'ctois revêtu.
Le M. Verninac partit pour accompagner les
députés de fàlfemblée éleâoraic, & venger jdifoit-il, >
fun honneur, que les journaux attaquoient. Mes ré-
flexions ne purent le retenir^ & j'euffe cru injufle de
nroppofer au mon qui fe difoit
Je reftai donc feul. Je ne pouvoirs me cacher à moi-
même combien délicate & difficile ctoîtma poution.
Je me retraçai la fitùation du pays\, mes devoirs, &
les moyens que j'avois pour les rerfiplir. (
D'un côté je voyois pluficurs villes du Haut'-Cotntat
agitées par des mouvemens falloit
réprimer je fentois avec quelle adreffe il falloit agir
pour empêcher le fuccès de ces- mouvemens qui
pouvoient nuire à la réunion ^e ce pays à la France,
Source unique de la félicité de ces contrées, que je
follicitois & prelfois comme on pourroit s'en con-
( V )
vaincreLpar ma correfpondance miniftérielle. Votii
verrez Meffieurs par les détails combien je fus
heureux, du moins en ce point.
D'un, autre côté j'appercevois une aflemblée ja-.
loufe de la Touveraineté ;qu'elle avoit abjurée dans
ribfmaîns à Orange ambitieufe avide de la dif
polition des biens nationaux, reuburce de la France
pour couvrir la dette du pays qu'elle alloit adopter;
excitant fans celle les plaintes du Comtat par les en-
v treprifes journalières. Je r|ie pénétrai de la teneur de
Ces engagemens & lifant article III des prélimi-
naires de paix cette Ajfemblé* ne s'occupera qut
d'objets relatifs à la médiation pendant tout temps -¡le
fa durée ami de la jufUce, de la paix, de la France
qui m'avoit envoyé je vis que pour l'intérêt de
tous, je deyois me livrer à la furveillance même la
^plus importune, &,èmpêcher\ par tous les moyens
qui étoierlt entre mes mains, que cette aiTemblée ne
fortît des bornes qu'elle s'étoit elle mêrrffr imposées
par fa fgnature & qui avoit été la principale bafe
du confentement donné au traité par les coniradans
avec elle.
La fanion de Monteux dont le centre étoit dans
Avignon,-me caufoit arnTi les plus vives inquiétudes*
Arrêter par-tout fes defleins empêcher/le Fuccès de
fes efforts tel fut mon but. La loi duij. juillet m'en
faifoit un devoir & m'en eût fourni les moyehi fi le*
troupes euflent pu me feconder. Fa' e ce quÇje pou-
vois p0ur le bien, fut mon unique plan, mon uni-
que reflburce. H
Guid^ par la loi par le vœu d'un
le bonheur étoit uni au mien j'entrepris avec
courage les travaux que mes collègues me la:
foient à remplir, V.
Lille avoit demandé ma préfence par^wne déli-
bération
Compte rendu par M. Mulot, C
bération qu'une députation m'avait remife & j'eus
^agrément d'éprouver qu'elle n'ctoit. pas deTagréa*
ble à cette ville. J'avois eu le bonheur d'y apporter,
quelque temps auparavant, le calme de laire dé-
Pofer les armes à ceux qui les avoient piifes contre
les patriotes & ne laiiTajn armfés que ceux gui
conipofoiènt la garde nationale, je m'étois attiré )
le blâme des journaux autocratiques que j'avois
bravés (i).
a J'eufTe defîrc pouvoir refier quelque temps en cet
endroit où je fentois que je pouvois faire auelque(
bien ;1 mais mon fejour ne put pas y être de lon-
gue durée. L'Aflèrriblée cîedoiale fe voyant fans'
un fitrveülant fpéciat,, crut pouvoir fecouer le joug
des préliminaires acceptés par elle & de toutes"
parts me vinrent des plaintes. Les chefs d'Avigron
toujous Ies mêmes que ^eux de l'A^remblée furent
pour fecouèr auiïï toute gêne
& toute aiirorifé>* & dcs-lors à l'occafion d'une
rixe particulière il fut fait a u commandant des
huffards, la demande infultantc& bien conflamment
prouvée celle c!ë faire marchër fes foldats fans
armes ( N°. XVIïï, Pièces justificatives ).
Aux plaintes contre les cxcès de i'Aflemblde je
répondis par une réclamation formelle contre fes
entreprifes que mes collègues avoient dé;a con-
damnées, dans une lettre écrite à Carpentras &
cette réclamation je la fis imprimer ôc remettre à
toutes les communes. C'efl: cet ade conforme à la
juflice, cet a<fte fondé fur les engagemens de
blée 'électorale cet ade confertatlf des biens natio-
naux, & toutes les réquifitions faites enfuite comine
i ) J'ai retpts au Coin't<J un fragment d'un de ces Journaux.
en étant une émanation, que mon dénonciateur vqus
a préfentes comme un attentat à .la fouverainétc du
peEipIe réfutant en tes repiéfentaite & c'étoit
un parjure qu'il faifoit en face de cette adgufle Af
femblée il aligné, lui-même comme lieutenant-
général de farmée vawclufienne ces préliminaires
dont î'Aflemblée électorale excédoit les bornes
auxquelles je, la rappeler.
Je fus tellement frappé de la propofition inful-
tante faite aux hufîaids que j'écrivis au général
Ferrier, pour favoir s'il ne pou voit pas faire mar-
cher vers Avignon des foldats françois qui pu£>
fent fe joindre à nos braves huflàrds, & empêcher,
fans compromettre (Np. XIX, Pièces justificatives )
les troupes que vexations
incites contintiaffent. Laréponfe du général fondée
fur le peu de forces qu'il, avoit à fa dilpofition, fut
un ordre aux hufîards de fe retirer à Couttaifon,
& une lettre d'invitation pour moi, de me rendre
fur les terres françoifes ( Np, XX, Pièces juflifi-
catives ) je me rendis à cette invitation, & Cour-
taifon Tut le lieu de ma retraite.
A Orange 'nous avions pacifié. le Comtat; de
Ccnitairoii je pouvois facile!|ient maiitteliir' la
paix,' fi la paix eût dû régner fur çkfe^ contrée.
A peine y fus-je que des lettres^prèfiantes m'a-
• larmèreut fur la portion de Cmpentras i^j'y volai,
& je fus' .fiez heureux pour y iauvejr de,-la fureur
du peup'o M. Efcoffier, qui venoit Ide corn-
meure (i)^de tiier le couteau cDiHre
un citoyen qui l'avoit irlfultc dans la faite même
de Ja maiibn commune. J'obtins que rien! ne fût
( i ) J'ai remis au'Cotoité les procès verbaux ci
moment.
m: a
arbitraire' à fon égard, & que tout fe jpaflat toit
fermement aux lois. Sans doute cet abbé patriote
a fouffert dans les diverfes prifons où la vengeance
le fanatifme & l'autocratie Pont traîné fiicceffive-
ment mais il ne peut m'imputer fes fouffrances
& il me doit la me..
Quelque joie que m'eût rait éprouver la récep-
tion flatteufe que m'avoit f§ite )e peuple carpen-
traffien, & le bonheur que J'avais eu de fauver la
viel à l'abbé, Efeoffier je ne pus m'aveugler. fut
Tèxiftence d'une Afîemblce qui fe tenoit à Saint-*
Siffrein., Je m'y rendis rems le courage *de lui
prouver fon illégalité & celle de fa conduite. J'y
plaidai avec chaleur, & fermeté la caufe des
ékdeuïs de Carpentras, que fon avoit facilement
perfuadé ail peuple dont la haine pour le peuple
avignonois durera peut-être encore pitifieurs géné-
rations > avoir participé aux excèsile l'Affemblée élec-
torale. Je demandai que fans rifques ils puffent
rentrer dans leurs. foyers dont la frayeur les avoit
écartés ce qui me fut accordé genéreufement. Je
m'apperçus que les principaux agens de l'Aflèmblée
étoient des nommes mus par les privilégiés qui
s'en fervoient utilemert que le but de l'Affemblée
étoit de ramener^ petit à petit l'ancien régime;
fous prétexte que les lois îrançaifes n'étoiênt pa«f
encore en vigueur & qu'infenfiblèment elle iroit
jufqu'à attaquer la légitimité de fon. voeu pour la
réunion. Je fentit que cette Aifemblée étoit chau-
dement foutenue jtar le régiment de SoilTonnois
dont les chef* quoiqu'eftimables par leurs talens
militaires quoique s'étant (il en plusieurs cir-
( i ) M. Defpeyron a plufieucs fois arrêté des émeutes 8c ï*Nl
(
constances, conduits parfaitement ont mérité le
mépris des patriotes-^ar- la proteftation qu'ils fe
font permis de faire contre le décret du 22 juin,
& par le parjure fÓlèrnnel qu'ils ont configné dans
les ( N°. XXI papiers pu
nies. J'enfle bien voulu retirer ce régiment de Car-
mais, le général Ferrier fe difoit dans l'im-
poflîbilité de te faire. Il m'avoît même écrit pour
ne pas perfifter dans la- réquifition que je lui avois-
faite de le remplacer par Boulonnois & je com-
mençois à fentir moi-même qujen le retirant, c'eût
été donner aux' Carpehtfaflîens un mouvement que
mes connoiffances locales ne me permettoient pas
d'éprouver.
Je pris donc mon parti je mis fous la fauve-
garde de la loi l'abbé Efcofiîer je me fis re-
mettre copie des procès-verbaux: je le plaçai feus
la refponfabilité de M. Deipeyron, & conféquem-
ment j'afllirai fa vie en la liant aux intérêts même
du colonel & aNTamitié du ^peuple pour lui. Je fis,
plus dans fuivîe je com-
battis les principes de VAiïèmbléc de Saint-SjiTrein
je la démontrai contraire à toutes les lois; & comme
s il falloit, ou la difliper par h force que je ne pouvois
demander fans danger, ou la laiiier expirer par elle-
même en parant fcs coups, je menai de manière ma
correspondance, que je, ne répondis à la dernière
̃ légitimité dulvoeu pour être François, ce dont on
fent la fînefle «S: le danger que pa le décret de réu-
nion, auquel je travaitlois par mes lettres &mes rap-
Duchevalier Dccoufffyi Bonnefons & de Longueraye ont été
trùs-imlts dans les lieûx oti ils étoient en détachement.
t 37 )
C 3
ports au minière à qui je dévoilois la portion
critique de cette ville, qift rendoit Ja mienne f em-
barraflanie de forte que la fupprèffion de cette Af
femblée aura été l'effet dé l'exécution de la loi du
23 feptembre, qu'il n'étoit point en mon pouvoir
de notifier, au lieu qu'en l'attaquant directement
par la violence, le feu de la guerre civile eût. pu
fe rallumer. ̃ x
J'ai Mefïieurs à vous préfenter G vous l'exi-
gez, &les lettres dé rAffemblée de Saint-Siffrein
& les minutes de mes réponfes (i). C'eft alors que
vous verrez dans tout fon jour la droiture de mer"
vues, la pureté de mon patriotisme &. la'
de mon dénonciateur qui ofe me dire le foutien
de l'ariftocratie & le perfécuteur des patriotes.
Vous y verrez quel courage il me faut pour vous
peindre avec des couleurs vraies, cette .Aflemblée
de Saint-Siffrein après les menaces que fes dernières
lettres contenoient contre moi (2).
Cavaillon éprouvoit de fon côté des fecouifes
particulières. M. Verninac y avoit placé des Soif-
îbnnois qui avoient empêché qu'une ihfurreftion,
formée dans fes murs ne devînt funefte à cette
ville, deux fois fi maltraitée pendant le cours de
la révolution du Comtat mains au milieu des partis
qui divifoient les habitans, le calme ne pouvoit pas
être paifait.
( t ) Je les ai remifes au comité.
(i) L'aflcmbl^e de Snint-SiJfFrein me menait de me dénoncer
à l'Aflembléc fur plufieurs faits qui m'étoient heurtHf<ment communs
avec mes deux coliques & notamment pour avoir fait, au nom
des droits fact<?s <le l'homme, rendre au Juif Molé ton fils que
par ahus des rrincipes de la rc'igion on lui.avoit enlevé au berceau,
ma!g'é les plaintes de fa mère qui en cft morte de chagrin.
( 3* J
Je fus appelé à\ Cavaillon par une 'députation,
'de la municipalité 1 en vertu d'une délibération du
12 feptembre à laquelle avoient aÉifté les officiers
municipaux connus pour patriotes, & par une dé-
putation de lYitat-major qui ne pouvoit certainement
être regardé que comme patriote. :̃'
Ce. fut Hans cette wille que reçus la nouvelle
du décret de réunion j'interrompis tout pour
en envoyer copie à Avignon & à Carpentras.
'Ce fut dans cette cité que je vis mes peines cou-
Tonnées par le fuccès & que mon coe-ur s'ouvrit
Tempérance de voir ce, décret fixer la félicité dans
ces belles contrées, arrofées de mes tueurs. Je par-
tageai la fatisfaftion des habitans fur cet événe-
ment je mêlai ma voix à la leur pour remercier
l'Eternel de cet inappréciable bienfait je reçus les
bénidi&ions données à l'Affemblée nationale j'en-
tendis les bouches à feu féconder les cris du peuple,
qui ne fayoit comment témoigner fon alégreflè.. Ce
bon peuple fit entre mes mails le ferment d'être fidèle
à nos lois, qui devenoient les (tenues & pendant le
petit difeours que je crus devoir lui adrefîer, moi que
1'on vous a peint fi indifférent au décret de réunion
je fis couler leurs larmes avec lefquelles les miennes
furent bientôt confondues..
Enfin je partis le i8.feptembre, accompagné du
témoignage le moins fufpeét du regret des patriotes
& du peuple cavaillonnois. Ce feroit dans cet endro:t
que je devrois placer ce qui arriva à Sorgues ce
lui a fervi de prétexte aux inculpations monftrueufes
de mes calomniateurs mais, pour ne point réparer
l'enfemble de. ma conduite, permettez que je vous
parle encore d'un événement arrivé à Cavaillon. Ce
f .ît à Brantes-les-Sorgues que j'en appris la nouvelle.
Les gardes national'» vinrent m'y porter des plaintes,
n*j
c*
Contre les Soiflbntiois dont cependant ils a'moient
le lieutenant-colonel M. du Chevalier il qui ils fe
plurent à rendre un bon témoignage. Ils me préfen-
tèrent les traces d'un coup de fabre donné par un
foldat fur un officier des gardes nationales & des
linges imbibés de fang. Loin d'en rire comme Font
efé dire des hommes accoutumés au menfonge je
leur témoignai toute la peine que je 'relient ois d'un
malheur que les discutions dans lefquelles j'avois iaiffé
la ville ne fembloient pas préfager. J'écrivis au colonel
de Soiffonnois de fe trahfporter à Cavaillon pour faire
cefTer les plaintes des habitans qu'à la vérité des
détails particuliers atténuoient.
Je remis aux députés de Cavaillon même une
lettre pour le général Ferrier, afin qu'il fit çeifer
les fujets de plaintes dont je Pinftruifois. Je vous prie
lui écrivois-je, de bien pefir les plaintes des habitans de
Cavaillon de juger ce que vous aureç à faire de vous faire
rendre compte* par les officiers qui commandent de leur
conduite de prendre les moyens pour la
paix ne fait plus. altérée par les troupes qui doivent la faire
régner. ce. que vous encore hier, que
vous répondiez des troupes Comme
pouvoir civil., je vous demande régner le câîme &
la paix: fies moyens militaires vous les abandonne.
Si doncVMeflieurs les Soiflbnnois que l'on accu-
foit d'avoir ensanglante les fêtes de Cavaillon étorent
réellement coupables & n'ont pas été punis, il en:
évident qu'on ne peut pas m'accufer d'une aveugle &
coupable indulgence.
Je fuif parvenu maintenant à Pc\énemer»t de Sor-
gues. Cet événement fi ddnaiurc par mes détr.i&euis,
c-ft une des opérations les plus fimplcs 4e nia miffion
dans laquelle vous me vcrrcz l'organe cîe la loi. J'en
ai configne tous les détails, toutes, les pièces juiUii--
(49)
catives, dans un. mémoire en réponfs à la dénon-
ciation Ifui a été imprimée contre m<|i mémoire que
j'avois adreffé à>,M. le prélidcnt de cette afTemblee
jjui n'a été remis à M. le rapporteur qu'à rinçant
même où d'après les feules pièces de mes aceufa-
teurs, il vous néceüairement incom-
plet. Je garde entre mes mains les pièces originales
qu'il renferme, & j'abrège a:nft les faitî.
Le Il 1 feptembre fous le prétexte d'une contre-
révolulion inm^inaire, les citoyens fe difant patriotes
̃par le fî-cur Pytavin major dé la troupe foldée
accompagna d'un fieur Gérard de-Nîmes,
«5c de deux gendarmes nationaux d'Avignon, firent
v conduire en prilon un domeuique des Ccleftins de
accule d'avoir voulu armer les
̃coiilr^-rcvohitionnaires avec des fufils dépotes dans
la maifon par l'armée de Monteux, lors de fon licen-
ciement fufiîs dont il eft tellement confiant au'il
n'avoit pas la clef, que depuis il a été relâché fans
ar.cune peine; ce que ne fe fufîent jamais permis les
chauds amis de la révolution.
Les mêmes -perfonnagesV ont fait enlever le même
jour tous les ful'ils &: les mubitions qui étotent dans le
même lïcir, j'en ai le reçu entre les mains (N°. XXIII,
Pièces ju(tif;catives ).
Le même jour encore les mêmes personnages,
toujours fous le même prétexte de conlre-révolution,
& à l'occafion d'une difpute entre deux femmes,
font entrés chez les particuliers qu'ils nomment arif-
tocratcs & jufqu'au milieu de la nuit, ils ont été
chez ces citoyens pour les défarmer tous. On a fait
descendre de Cha-teauneuf des patriotes du même
genre que l'on a placés chez en les y plaçant,
ï
on a eu foin de les faire payer au prix des foldàtsdë
Honteux c'efl-à-dire à 40 fols Ôc c'étoit le maire''
lui-même le fleur André qui fignoit l'ordre de cette
folde arbitraire & exorbitante: j'ai l'un de ces ordres.
( N°. XXIV, Pièces .juftificatives. )
Les patriotes de Sorgues ne fe font pas bornes à
ce défarmement & à la pofition arbitraire de gardes
chez leurs concitoyens, gardes qui, outre les fols
de paye devoient encore être nourris & qui,s'ils
ne le trouvoient pas airez bien hébergés, alloient, aux
frais de fimpofc fe bien traiteur chez les aubergines
patriotes du lieu; mais ils ont encore impofé des
amendes de livres, livres fans le paie-
ment desquelles les citoyeafee pouvoient pas rentrer
dans leur domicile, ce'^Hrm évidemment prouvé
par un certificat figne de mes propres accufateurs,
qui attelé que ces.fortes d'amendes furent impofées
par toutes lés gardes nationales du licu; comme fi Jes-
gardes nationales avoiént le droit de chaffer des ci-
toyens de leurs fovers, & de leur imposer des amendes
pour obtenir le droit d'y rentrer. (Nu. XXV, Pièces
juftificatives.)
Ces exaftions continuèrent pendant plijifieurs jours
elles occafior&ièrent les plaintes*' que m-firent les
particuliers qui les fupportoient & le défarmement
fur-tout fait de tous les citoyens qui n'étoient pas
de l'armée de Monteux par des Avignonois fit
naître les réclamations de la ville de Carpentras, qui
ne vVyoit pas avec indifférence les entreprises avi-
cnonolfcs après_ le licenciement des armées, après
la loi du 4 juillet, qui afluroit la tranquillité aux
individus & à leurs propriétés. ( N\ XXVI, Pièces
juftificatives. ) La loi m'autorifoit à faire marcher dèHi
troupes à S orgues j'avois été le garant des f préli-
minaires de paix j'étois oblige d'en' placer dans tous
u*5
les lieux oh befoin ferait 9 pour prévenir tout ce qui
fe feroit contre l'ordre public. Ce pouvoir «ttfit in-
dépendait des réquifitions des municipalités qui 1
elles l'euffent eu, auroient pu entraver les opérations
des médiateurs. J'attendis au moins une demande
formelle de la part des citoyens léfés. Ils vihreht le:
ig feptembre, au nombre de plus d'une vingtaine,,
& réclamèrent les larmes aux yeux avec les expref-
fions les plus preflantes, ta.protedion que la- France
leur avoit promife. Je fus obligé de céder.
Je is au général Ferrier la rcquifition de faire
porter à Sorgues une force fuffifante ou d'infanterie
ou de cavalerie .pour rnéttre le calme dans cette
commune. (NI). XXVII Pièces juftifîcatives.) Le gé-
néral étoit fâché d'être forcé de divifer Boulonnois,
qui é toit le feul régiment dont il pouvoit difpofer
mais il m'annonça qu!il envèrroit 100 hommes à Sor-
gues, avec johufTards. Je fis partir pour la munici-
palité de Sorgues, la réquifition ( N". XX1I1I Pièces
juftifîcatives. ) qui en l'avertiJlant de l'arrivée des
troupes, lui demandoit l'étape & le logement nc-
ceflàires. Les troupes d'après l'ordre uu général
partirent pour Sorgues. Le bruit de leur arrivée lcs
avoit précédées & on avoit battu ta générale pour
réunir les patriotes comme cela eft prouvé par les
réponfes aux interrogatoires, par les, uépofitions des
témoins, par les pièces même que mon dénonciateur,
a fournies au comit'i contre moi.
Ces patriotes, amis de la nation)
çoife, réunis au pont tirèrent fut1 les troupes de cette
nation, qui venoit de les réunir il elle i'oiïre la preuve
(le, ces faits dans une lettre du fieur Barbier (itf9. XXIX,
Pièces iuftfficatives ) capitaine de huflards qui m'en
rendit compte à deux heures du matin; dans les ccr
tificats der-tafficiefs & foldats qui compofoient le
<vr
Hétachement; dans ceux j^es citoyens de la ville dé
Sorgues; dans les dépofit.ions des témoins dans le*
^déclarations faites Avignon par les émigrans fuf-
peéls, qui attribuent aux ariïlocrates ces hoftilités
des lors trçs-réelles commis envers les François
dans les^aveux de quelques-uns de ces
croyaient, difoient ils que J^ détachement étoit
compote de Soiffonnois. r
Ce fut dans cette que fut tué
Pochy, officier municipal qui, comme il eft facile
cle le vérifier, après avoir manqua deux fois de
tirer ion fufil, l'amorce feule ayant prix monta
fur les toits, non pour ïuir, mais pour jeter due
tuile/; fur les troupes., dont un foldat moins patient
l'atteignit, a ce que ton croit car dans une des
depofitions fournies par me* adverfaires il eft
dit qu'i^étoit impoffible de l'atteindre delaïue,,
& qu'il \;été tué par une* lucarne, d'où l'a viré
l'un des croyons de Sorgues défigné comme arif-
tocrate (là.
AinG Meilleurs, moi que. la calomnie par-les
cent bouches de la renommée publiait être un gé-
néral an,t,i révolutionnaire qui marchant la tête
des huflards Se de 3,000 hommes, inveljiflbït4a ville
de Sorgues; maifacroit ou lailtoit maflacrer fous
fes yeux, un officiet muniçipal qui revêtu de fon
echarpe demandoit de quel* droit entroient -let
troupes j'étois un pacificateur qui, pour faire
cefter des cxn^ions des vexations» des mauvais
traitemens faits aux citoyens de Sorgues., avois
envoyé au nom de la loi, qui m'y obligeoit, un
l Cela fe trouve dans la
fait: devant les adminiftiatctus provifoircs lé oftobic
détachement fuffifônt pour ramender le calmé que
la France 'leur garàntiflbit & dôrmois paifible-
ment à deux lieues de__ la fcène dans la douce
convi&ion où j'étois cPy* avoir produit la tranquillité
générale. K
Les nouvelles que le reçus m'alarmèrent j'é-
crivis au général Ferrier défaire marcher des ren-
forts de troupes je l'invitai à venir lui-même
fuppofé qu'il trouvât fa préfence néceflaire pour
donner les ordres qui ne pourroient pas être de
•ma compétence ( N°* XXX, Pièces juflificatives ).
Comme on avoit envoyé des détachemens à Avi-
gnon, ainfî que me le marquoit la lettre du corn-
mandant je le requis de faire marcher l'artillerie,
& de faire vu mon défaut de eênndifTances mili-
taires tout ce que les ciicqnftances exigeroient.
En attendant l'exécution de ma demande je me
rendis il Sorgues où j'entrai avec un feul offi-
cier, qui m'accompagna jufqu'à la niaifon com-
mune. J"y trouvai les prifonniers que l'on avoit
faits 6c onf m'amnonça que beaucoup de coupables
avoient fur.^Je conhoiflojs trop Jaioi pour que
ces prisonniers l'émanent fans être interrogés & je
fis, a la municipalité de Sorgues une requiiition
qu'il éft important 'de connoitre parce qu'elle
comprend toutes les mefures que j'ai prifes, afin,
d'avoir la connoifTance légale des x délits. La
voroi. u "v^sr
« Nous &c. requérons M. le maire & MM.
,-les officiers municipaux dé faire dreffer procès-ver-
bal des événemens qui fe font partes depuis & au
moment de l'arrivée des troupes françoifes placées
à Sorgues fur notre réquifition pour y affiner la
N garantie flipulée dàus les préliminaijïé^ de paix. Les
requérons en outre, de faire dreffer procès-verbal
( 4; ),
des interrogatoires & réponfes des perfonneV arrê-
tées foit lès larmes à la main, tirantfur les troupes
françoifés foit agitant contr'elles d'entendre les
témoins, de dreffer procès-verbal de leurs dires, le
fout en préfence de de ux'notablesy conformément
à la loi.
Ce 20 Jhptembre &c.» »
Celte ré.quifition étoit à .jkferi de toute atteinte
de la part de mes calomniateurs ils en ont ca-
lomnié l'exécution. En le faifant ils avoient un
double avantage ils me noifcifibient faifoient de
moi un fcélérat abufant des chofes les
crées, &. atténuoient. autant là force des preuve.
que pouvoit fournir contre leurs"amis
cernent de procédure
C'efl: ici le lieu de ré uter ces calomnies; voici,
Meilleurs, les principates on m'accufe d'avoir fait
mettre,- dans le procès, que M. l'abbé Pochy
l'un des principaux accu ¿ avoit: tiré fur les trou-
pes, de lui avoir impofé'filence lorf^u'il me prioit
de ne pas écrire ce menfongé; d'avoir ri lorf"lu'on
finfultoit, & d'avoir pris ain(ï plaifîrà le-faire char-
ger dans les dépofitions. Meuieurs, vous allez avoir.
une rcponfe bien fimple- à ces inculpations. Il n'y
avoit à la maifon commune qu une falle, ou
étoient à-la-fois le maire, les officiers :municipaux,
les notables, les adjoints, les accufcs, les aecafa-
teurs les témoins & le corps-de garde des foldats
chargées de furveiller les prifdnriiers. Une petite
chambre voifine étoit remplie des Mis qui ayoierît
été recueillis dans la ville. Conféquemment les^
dépofitions ont été faites devant les accufes ils
fe font trouvées témoins de tout ce qui pouvoit fe
dire contr'eûx. M. l'âbbé Pochy tantôt ne vou-
X
ïoit pas que Ton écrivit les quand dû
U cnargeoit tantôt interprétprt ce que l'on di-
foit tantôt indiquoit les réponfes à ceux q\xl étoient
interrogés y de iorte que plu rieurs .fois il fut néceflairô
de lui impofer filence. On fut obligé de lui faire
remarquer qu'il devoit laiffer diéler les déportions
librement fauf à lui, quand on l'interrogerait, à
tes détruire. Au furplus la procédure exifte elle
en entre les mains de M. le minière de la juftice
& l'on peut y -voir que -les réponfes de/ l'abbé
Pochy n'y font poin$ atténuées pour en laire un
coupable.
On m'accule d'avoir écrit moi-même la procé-
dure. L'infpedion feule de la pièce originale fuf
fira pour détruire cette menfongère alfertion. J'ai
été prirent en partie ma préfencé étoit nécej-
faire pour que tout fe paffât avec ordre & t.oufei
les fois que je ne pouvois m'y .trouver je faifois^
prier le juge de paix de s'y rendre, Plufieurs inter-
rogatoires font Ggnés de lui.
} Que M. l'abbé Ppchy ait été irifutlç par les fql-
dats, cela n'eft point abbé avoit
été faifi un fufil à la. main uri^pîîlolet à la poche &
muni de tf®\s paquets de cartouchèSv, de dix chacun,
€e qui eft-, confirme par ton propre térhoignage &
par fa fignature & toute la troHîpe.~voyoit
en lui un homme qui avoit voulu tirer jur clle mais
que je n'aye fait que rire des ihfultes qui lui ont été
faites, c'eft une faufietc qu'il me feroit facile^de faire
détruire par le témoignage de ceux des citoyens qui
aboient aux dépofitions& à la procédure, âtattef-
teroient fans doute combien de foins je prenôis pour
qu'il n'y eût aucun tumulte dans cette folle., où la
multitude qui y étoit rauemblée, 'ne permettoit pas
que la paix fût parfaite. L'affaire de ayant
feryi de bafe à mes adversaires pour toutes tes accu-
fations qu'ils ont accumulées les unes fur-les au très
il eil eflentiel que je porte jufqu'à l'évidence, les
preuves *de mon innocence dans t^s^des points qui
Je le ferai le plus brièvement poflïble & comme
une des pièces les plus folemnelks fournies par mon
dénonciateur, eft la déclaration faite par le maire 4. par
l'état* major de la garde nationale -par plûfieurs ci-
toyens évadés de Sorgues; comme cette pièce, fouf-
cnte de trente-deux figriatures contient les inculpa-
tions les plus graves c'efl elle précifément que je
veux détruire. Il y eil dit que c'en: fans réquifition &
annonce préalable fans aucune néceffite que les
troupes françoifes ont été envoyées à Sorgjues; qu'il
n'eIl point venu à la cônnôiflance des déclarans qu au-
cun citoyen ait tiré fur, les troupes que le fieur
Pochy, tu%furfon toit, au moment où il ch'erchoit
à fuir, eh a été descendu avec des cordés, a été
placé devant la porte de la maifon commune, où il
demeura dix-huit heures, où il a été outragé, mutilé
indignement qu'il a été inhumé fans prêtres, fans
cérémoniels religiëufes que i4 prifonniers qui furent
faits 'dans cette circonftance ont été détenus fans accu-
fa tion préalable & fans le concours de la municipalité,
qui les reconnoît pour hommes de probité & de
civile que les citoyens font vexés, leurs maifons
pillées. Le maire de Sorgues ajoute qu'il défavoue
toutes les Signatures qu'il a données; que cesfigna-
1 ures ont etc extorquées par moi, & que je ne lui
laiffois pas la liberté de lire ce que jp lui faifois frgner.
Au récit de ces accusations, votre coeur équitable &
fenfible a frémi- on ne favôit dans la; tribune de
cette aflernbléo quel nom donner à mes crises; on
voyoit en moi un François ,|un frè're, un njçàiateur,
( 48 )
un ange de jpaix que la nation envoyoit à fes amî.^
& qui, abufant dé la confiance de la nation entière,
fecouoit la torche de la discorde d'une main & de
l'autre portoit le poignard dans le fein des patriotes,
& verroit à flots le fang de nos alliés. On appeloit
fur ma, fête les foudres de la justice, & l'on vouloit
que, convaincu tout-à-la-fois d'avoir violé les droits
de l'honneur & de la, probité, je dtvinfle par un
fupplice folemnel l'effroi de tous les agens du pou-
voir.
«*• Honteux de moi-même, odieux à mon propre
cœur, fi j'étais fouillé de ces atrocités, je fonferirois
volontiers à l'arrêt de mon fupplice, que je regarde-
rois comme le terme de mes remords, & l'expiation
bien foible encore de mes crimes; mais heureufement
la capitale en donnant n^flance n'a pas créé
un montre le roi, en me^choififiant pour média-
teur,, jn'a pas choifi un montre les éledeurs, pen-
dant mon abfcnce ne vous ont pas donne un monftre
pour collègue & j'ofe me flatter que vous frémirez
dé l'audace de mes calomniateurs, & de la témérité
leur organe.
Voici, Meilleurs des pièces triomphantes ôc qui
vous convaincront tout-à-la-fois & de mon inno-
ccncc & de r^trocité de mes calomniateurs. C'efl:,
dit-on, fans préalable que je fuis venu,*
fans n<|C€^té qv.c j'ai envoyé & vous
avez déjà vu qu'elles n'ont marche que pour faire
ceffer les exactions, les vexations par mes
accusateur' Se attewées par
Voici de plus l'attcîlation de ceiùï qiu tout venus àe-
quérir ces fecotirs elle ea (palTée devant, notaire
( N°. XXXÏ Pièces juftincativ.es ).
Il n'en: point venu à la conr.oiiTance de mes êccu-
fateurs
Compte M. l'abbé Muloh V
fetettrs que l'on ait tiré fur la troupef&, comme vous
J'avez déjà vu, Meilleurs, ils acculent les ariftocrates
de l'avoir fait on peut s'en convaincre par l'infpec-
tion des pièces dépofées au comité contré- moi.
Voici d'ailleurs, Meilleurs, un certificat des officiers,
fous-officiers & foldats, tant du cinquième régiment
de huffards, ci-devant Colonel-Général, que du foi-
xante-dix- neuvième régiment d'infanterie, cri-devant
Boulonnois, formant le détachement envoyé à Sor-
gues, certificat revêtu de trente quatre fignatlires,
3 ui attelle que la troupe a été accueillie, fur le pont
de Sorgues, par des coups de fufils tirés par des ha-
On dit que le font Pochy ji'avoit point tenté de
tirer fur la troupe; qu'il fuyait par Ion toit, ou'il ne
jetoit point de tuiles. Vous pouvez voir, leurs
les dépofitions des témoins qui aifurent le contraire
Tune de ces déportions eu: dans la procédure l'autre
etl à la fuite du procès-verbal dreilc par le juge à la
reconnoiffance du cadavre.
On a imprimé on a publié on vous a dénoncé
que le cadavre du même Jérôme Pochy avoit été
expofé pendant plufieurs jours dans la rut, même-fous
mes yeux, puis mutilé de la plus indigne manière >
puis enterré fans les cérémonies de l'églife. Je ne
rapprocherai point, Meffieurs, pour confondre
^calomniateurs les contradiuions des procès-vqrbaux
qu'ils ont fournis, des déportions qu'ils ont fait faire
Jes dates qui fe croifent, ces fignes de fraude & d'irh*
pofliire qui ont échappé à l'oeil clair-voyant de votre
comité; mais je vous montrerai le certycat du chi-
rurgien le procès.- verbal du juge de p^ix le certi-
ficat des citoyens revêtu de fignatûres, celui des
officiers & foldats dont je parfois topt-à-l'heure &•
l'atteftationdu curé lui-même toutes ces pièces ont
(
l'authenticité que vous pouvez defîrer & font trop
effentielles pour que vouj n'en permettiez pas la
levure.
« Certificat, du Chirurgien. Je fouffigné Jean Gouif-
ieaud chirurgien au lieu du Pont de Sorgues, &
par ordre de MM. les maire & officiers municipaux
dudit lieu, je fuis été convoqué au rapport. fur ce
qui a été la caufe de la' mort du nommé Jérôme
Pochi & d'après examen fait fur fon/ corps je lui
ai trouvé différentes bleffures dont deux mortelles,
l'une fituée à la artie droite de
la poitrine par laquelle bleflùre^a été faite par un
coup de fufil changé à une feule lÉIIe & par laquelle
balle a été portée de droite^, stj gauche, a pénétré
dans la poitrine & dans les pardes' Abdominales gauches.
La féconde blefliire examinée a. été faite par la même
balle qui » ayant été portée de droite à gauche,
comme j'ai dit ci-devant, à pénétré dans la poitrine
& l'abdomen & ladite balle fe donnée ilïùe parla
féconde bleffure fituée dans la région partie épigaf-
trique & Jombaire gauche. Ce qui a été la caufe de
la mort de\cet homme ce que la balle ayant trouvé
'da fon trajet les vifcères du pouimon, du coeur,
du aiaframè qui fépare la poitrine d'avec le bas-
ventre a bleue le foie & peut-être quelque portion
d'inteftin^ ce qui d'un épanchement dans
la poitrine & le En foi de quoi irai figné
le préfent rapport à Sorgues, le vingt du mois de
feptembre mil fept cent quatre-vingt-onze. Signé,
GOUISSEAUD». ►
Voici, Meffieurs le proccs-verbal du juge de -paix*
« L'an mil fept cent quatre-vingt-onze & le vingt-
un du mois de feptembre par-devant M. Frattcois

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.