Conférence sur l'anatomie des formes humaines : faite au Cercle artistique, le 28 décembre 1867 / par le Dr S.-E. Maurin,...

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impr. de vve M. Olive (Marseille). 1868. Anatomie artistique. 14 p. ; in-8.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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CONFÉRENCE
SUR
L'AMTMIE DES FORMES HUMAINES
FAITE AU CERCLE ARTISTIQUE
Le 28 Décembre 1867
PAR
LED. S.-E. MAURIN
Secrétaire général de la Société de Statistique,
Médecin du Dispensairt Central.
MARSElLLE
TYPOGRAPHIE V° MARIUS 0 L I V K
RUS PARADIS, 68
1 S G 8
CONFÉRENCE
SUR
L'ANATOMIE DES FORMES HUMAINES
MESSIEURS,
Le vulgaire pourrait s'offenser de voir un médecin s'oc-
cuper d'esthétique; je comprends moins les peintres qui
refusent à la médecine toute immixtion dans leur domaine,
et je veux m'efforcer de détruire cette double hérésie des
artistes et des profanes.
Le peintre et le médecin ont dans leurs études un point
de corrélation qui échappe à l'esprit superficiel, mais que
l'homme profond saisit. Le peintre et le médecin scrutent
les formes humaines : celui-ci pour découvrir sur l'enve-
loppe extérieure les signes sensibles d'affections internes
cachées, celui-là pour reproduire les traits harmonieux du
chef-d'œuvre de la création.
Ce point de corrélation entre les deux arts serait bien
tangentiel si là devaient se borner les études communes ;
mais le peintre n'a pas seulement h représenter les lignes
extérieures du corps , il doit étudier les bouleverse-
ments que ces lignes subissent par le fait des passions , des
tempéraments, des races, de l'accomplissement anormal des
fonctions; et comment acquerrait-il ces notions primesau-
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tières pour la représentation du vrai, s'il n'appelait à son
aide la psychologie médicale , l'ethnologie, la physiologie ,
branches importantes de la Médecine ?
Vous le voyez, Messieurs, le temps n'a pas détruit les
liens de parenté des Muses : elles sont toujours sœurs et
se donnent volontiers la main.
S'il existait des profanes dans cette assemblée; s'il était
des hommes vulgaires qui ne comprissent point l'alliance
réciproque de la peinture et de la médecine, je les renver-
rais a un schématisme grossier qui convaincrait leur esprit
lourd; je leur montrerai la médecine pratique progressant
avec l'anatomie , et la marche de cette grande science liée
elle-même aux perfectionnements de l'art iconographique.
Mais vous, artistes, vous concevrez mieux l'amour des
médecins pour les chefs-d'œuvre des Raphaël et des
Michel-Ange, lorsqu'ils vous auront dit qu'ils ne peuvent
se rassasier d'admirer : dans les premiers l'expression des
sentiments les plus doux du cœur humain , dans les autres
la variabilité infinie du modelé du corps et l'énergique
reproduction des passions les plus violentes.
Cette méditation sur les œuvres d'art a paru si indispen-
sable aux médecins célèbres de toutes les époques, que
l'on retrouve même dans les œuvres de l'émule de Galien ,
dans les œuvres de Julien, la question de l'étude nécessaire
des chefs-d'œuvre artistiques pour le médecin, posée et
résolue dans le sens affirmatif.
Et il y a quelque vingt ans, l'illustre et vénérable doyen
de la Faculté de médecine de Montpellier , M. Lordat ,
publiait à ce sujet un livre des plus remarquables, fait dans
des circonstances que je suis bien aise de vous rappeler
pour démontrer que l'art a su, au moment critique, trouver
chez des médecins de vaillants défenseurs.
La Faculté de médecine de Montpellier possède une
superbe collection de camaïeux, de dessins de maîtres; les
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Carraches, les Puget: tous les maîtres du Midi y sont
représentés.
Le gouvernement aurait bien désiré centraliser ces
objets d'art d'une incomparable valeur. Paris se serait
satisfait ; le musée Fabre se serait contenté du reste. La
Faculté aurait joui de la place laissée vide par le déména-
gement. Mais le vénérable professeur Lordat, alors âgé de
soixante-douze ans, demanda huit jours de répit, et, en
ces huit jours, il rédigea, sous le titre d lconologie médi-
cale , un tel plaidoyer en faveur de la nécessité de l'étude
des œuvres d'art pour le médecin, que force resta à l'intel-
ligence, et la Faculté possède encore aujourd'hui la re-
marquable collection que j'engage mes lecteurs à visiter.
Si les médecins sont à ce point amateurs des belles
productions, c'est qu'ils considèrent la peinture comme
un art soumis en partie à des principes élémentaires tirés
de quelques sciences médicales. Et, en ce qui concerne les
formes humaines surtout, ils ont certainement raison.
Ingres, dit-on, affectait de fuir les cours d'anatomie des
formes, parce qu'il ne pouvait se résoudre à fixer les yeux
sur le squelette appendu à côté du professeur. Mon
Dieu ! je veux bien croire que cette affectation était le
résultat d'une horreur instinctive; mais tous les grands
hommes ont de ces horripilations dont le bon sens de tous
doit faire justice et que l'on serait malavisé à prendre pour
modèle à suivre.
Reculerez-vous devant la vue d'une charpente d'édifice ?
Et qu'est-ce que le squelette, sinon la charpente de l'édifice
humain? charpente soigneusement étudiée, dont tous les
angles, toutes les crêtes, toutes les lignes courbes ont une
raison d'être. Winckelmann, dans son bel ouvrage sur
le Sentiment du Beau, nous apprend que les anciens
avaient érigé en loi la proscription de tous les objets qui
pourraient inspirer de l'horreur ou du dégoût ; mais ils

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