Conjuration du général Malet contre Napoléon ; par le Sr d'A... , ancien directeur-général de la police, à Hambourg

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Pélicier (Paris). 1824. France -- 1804-1814 (Empire). 208 p. ; in-12.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1824
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CONJURATION
DU GÉNÉRAL MALET
CONTRE NAPOLÉON.
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CONJURATION
DU GÉNÉRAL MALET
CONTRE NAPOLÉON;
PAR LE Sr. D'A.
ANCIEN DIRECTEUR-GÉNÉRAL DE LA POLICE, A IIAMBOURC.
PARIS,
U
CHEZ
^ONTHIEU,
DELAUNAY,
PÉL1C1ER,
L ibraircs
au Palais-Royal.
1 824.
- PRÉFACE.
LA conjuration du général Malet,
contre la puissance de Napoléon , est
un épisode marquant de l'histoire de
l'empire français.
A l'époque où elle eut lieu, les évé-
nemens , aussi variés quïmportans
qui remplissaient la scène politique,
firent oublier cette entreprise avant
même qu'on en eût connu les circon-
stances.
Le gouvernement impérial avait le
plus grand intérêt à ensevelir dans
l'oubli une tentative qui avait indiqué
( VI )
son côté faible, et prouvé que sa ro-
buste constitution ne tenait qu 'à un
fil, la vie de Napoléon. Le même in-
térêt existait pour les hommes en place
auxquels Malet avait porté ses pre-
miers coups.
Ceux-ci ayant en main la direction
de l'esprit public et la surveillance de
la presse, ne négligèrent aucun moyen
d'empêcher que les détails de cette
conjuration vinssent à la connaissance
du public.
Le voile dont ils la couvrirent n'a
point encore été percé.
Le récit qu'en donnent les auteurs
de la Biographie des contemporains, à
l'article Malet, est de nature à faus-
, ( VII )
ser l'opinion publique sur cette af-
faire.
Un des journaux quotidiens de la
capitale Fa jugée d'une manière aussi
erronée, lorsqu'à propos de l'insur-
rection éclatée à Lisbonne , contre
l'autorité royale, il l'a comparée à une
échauffourée dans le genre de celle
de Malet.
Cette erreur générale nécessite une
rectification dans l'intérêt de l'his-
toire.
Celui qui l'entreprend a eu con-
naissance d'un rapport mis sous les
yeux de Napoléon à son retour de
Moscou.
C'est dans cette pièce, connue seu-
( VIII )
lement de deux personnes , qu'il a
puisé les détails que l'on trouvera
dans la relation suivante.
Napoléon a reçu plus de vingt ré-
cits-rapports sur l'entreprise de Malet,
les uns dictés par le devoir, les autres
par le zèle.
L'auteur a emprunté le récit qu'il
présente au public dans celui de ces
rapports que Napoléon jugea le plus
clair et le plus complet dans son en-
semble. C'est la seule garantie qu'il
puisse offrir de l'exécution de son
exposé.
CONJURATION
DU GÉNÉRAL MALET
CONTRE NAPOLÉON.
Au commencement de l'année 1812,
l'Europe présentait un spectacle aussi
nouveau qu'imposant.
Une seule volonté dominait dans tous
les pays formant alors l'empire français.
Les confédérations du Rhin et d'Helvé-
tie, le grand"duché de Varsovie obéis-
saient à cette volonté; l'Autriche et la
Prusse étaient forcées d'y accéder ; le
Danemarck lui présentait un allié sin"
cère et dévoué , et l'empire ottoman
( 10 )
un auxiliaire qu'il eut été facile de ren- -
dre important dans la lutte qui allait
s'engager.
C'est avec cette masse de puissance
compacte que Napoléon soutenait une
guerre opiniâtre contre deux ennemis
implacables, l' Angleterre et les peuples
de la péninsule, et qu'il allait en faire
déclarer un troisième plus redoutable
encore par sa position sur le globe , que
par les élémens de force qu'il renferme
dans son sein.
Dans cette grande division de l'Eu-
rope , la Suède seule se trouvait en de-
hors de tout système. Isolée vers le pôle
du nord , elle avait été récemment si
affaiblie par la perte de la Finlande
qu'elle paraissait peu en état de jeter
quelque poids dans la balance.
L'enfant de la révolution française,
appelé à gouverner un jour ce royaume,
avait eu jusqu'alors une conduite assez
( Il )
adroite pour qu'il fût permis de lui sup-
poser un grand attachement pour sa
première patrie. -
C'est peut-être cette opinion , trop
répandue dans l'armée et partagée par
beaucoup de ceux qui entouraient Na-
poléon, qui empêcha celui-ci de s'as-
surer de la neutralité de celui qui avait
été l'un de ses lieutenans. Non-seule-
ment il négligea de caresser son am-
bition , mais il n'évita même point de
froisser son amour-propre.
Cette faute devint fatale.
Celui qu'un peu de condescendance
eût retenu dans les liens de la France,
et qui, s'il eût été déclaré contre elle
avant l'ouverture de la guerre , eût été
considéré comme le plus faible de ses
adversaires, en devint un des plus fu-
nestes par l'effet des circonstances où il
se trouva placé. -
L'Angleterre , le plus ancien ennemi
( 12 )
de la France ; avait renoncé depuis
long tem ps à ces attaques partielles qui
lui avaient si mal réussi toutes les fois
que la trahison ne lui avait point pré-
paré de succès. Mieux avisé , son cabi-
net avait porté toute son attention et
dirigé tous ses efforts vers la péninsule,
où une nation exaspérée combattait avec
le dernier acharnement pour reconqué-
rir son territoire et son indépendance.
C'était là le véritable ver rongeur de
la puissance impériale. Les hommes et
les trésors de la France allaient conti-
nuellement s'engloutir dans ceLte Espa-
gne si utile, si sincère dans son alliance,
avant qu'un népotisme absurde eût fait
sacrifier le bien de l'État, les droits de
l'honneur et de la reconnaissance, au
fol orgueil de placer sur le trône des
Deux-Indes un membre de la famille
, de Napoléon.
Mais déjà cette guerre si impopulaire
( 13 )
dans son principe n'avait plus d'objet.
LImpossibilité de la conquête, au moins
celle de la conservation , était démon-
trée..Ces succès variés; exigeant tou-
jours de nouveaux sacrifices, suffisaient
à peine pour maintenir la possession de
quelques points. On combattait sans
but, et souvent il avait été question ,
dans les conseils du cabinet, des moyens
de sortir avec quelque honneur de cette
lutte insensée.
Qui n'aurait cru qu'un soin si impor-
tant eût dû occuper particulièrement
les méditations de l'empereur, et qu'il
aurait senti la nécessité de terminer celle
guerre avant de se livrer aux plus vastes
desseins, à l'expédition la plus gigan-
tesque qui ait été cunçue dans les temps
modernes.
En terminant la guerre d'Espagne,
avant de s'aventurer dans le Nord ) il
retrouvait la disponibilité des forces
( i4 )
nombreuses, bien qu'insuffisantes, qui
se consommaient inutilement dans ce
pays ; il s'affranchissait de l'obligation
de les entretenir et de les renouveler;
il était rassuré sur un point qui deve-
nait pour lui d'une surveillance d'au-
tant plus difficile , qu'il allait chaque
jour s'en éloigner davantage.
L'Espagne, pacifiée, n'était de long-
temps à redouter pour la France.
Ce pays , couvert de ruines, aurait
eu trop de maux à réparer pour pou-
voir penser de long-temps à porter la
guerre au dehors.
Les causes d'ailleurs qui faisaient de
l'Espagnol un soldat aguerri et infati-
gable dans la défense de son territoire,
n'eussent plus agi sur lui dès qu'on au-
rait voulu lui faire franchir sa frontière.
Ces considérations n'avaient point
échappé à Napoléon.
£ 'il ne s'y arrêta point, c'est aux dil'-
( 15 )
ficultés qu'il rencontra ; pour arriver a
une conciliation, qu'il fa t l'attribuer, et
non , comme on l'a prétendu , à la
crainte de voir les Anglais porter les
moyens qu'ils employaient à la défense
de la péninsule, au secours du nouvel
allié qu'il allait leur donner.
- De quel poids en effet eussent été,
dans l'armée russe , les 25 à 30 mille
hommes qui appuyaient les troupes es-
pagnoles.
L'expédition, vers l'orient de l'Eu-
rope, avait d'ailleurs dans l'esprit de
Napoléon un but bien autrement im-
portant que celui de forcer l'adhésion
du cçar au système continental, et de
poser, par l'étendue et la consistance
donnée à la Pologne , une barrière aux
invasions des hordes de l'Asie.
Ce résultat avoué de la campagne
qu'il méditait, cachait le véritable but
de sa politique.
( 16 )
C'était dans l'Inde qu'il voulait aller
chercher les Anglais. Il l'avait dit à
Campo-Formio. alors qu'il concevait
l'expédition d'Egypte. Il y avait fait con-
sentir l'empereur Alexandre dans les
conférences d'Erfurth, et il n'allait
marcher contre ses Etats que pour le
ramener à ce plan, et le forcer à coo-
pérer à sonexéculion.
On voit déjà qu'il devait peu redouter
le concours des Anglais à la défense des
frontières russes ; car il calculait que s'ils
s'y déterminaient, malgré les énormes
sacrifices que ce parti eût entraînés , les
résultats de ses opérations les eussent
bientôt obligés à retirer leurs troupes
pour les transporter au plus vite sur les
bords du Gange.
L'anéantissement de la puissance bri-
tannique dans l'Inde fut donc la cause
réelle de la guerre déclarée à la Russie,
L'inobservation du système continental
( 17 )
2
n'en fut que le prétexte assez grossier.
L'expédition résolue, Napoléon pour-
vut aux affaires de l'intérieur de l'empire
de la même manière qu'il l'avait fait
dans les guerres précédentes, c'est-à-
dire qu'il ordonna que tout marcherait
en son absence comme s'il eût été tou-
jours présent, et que chaque jour le
travail lui serait adressé partout où il se
trouverait.
Ces dispositions étaient-elles le fruit
de son amour-propre, de sa défiance ou
de son insouciance.
On peut affirmer qu'elles partici-
paient de ces tpois causes.
Sur la première, il suffira de rappeler
avec quelle complaisance il avait tou-
jours tenu à marquer sa carrière par les
dates de ses ordres du jour, lorsque! n'é-
tait encore que général ; par celle de ses
décrets, lorsqu'il fut arrivé à la tête du
gouvernement. Et en effet, cette suite
( 18 )
de noms, parmi lesquels figurent la plu-
part des capitales de l'Europe ; des dates
historiques, telles que Malthe, Alexan-
drie , les Pyramides, les principaux
champs des croisades , et d'autres aussi
pittoresques que sonores, tels que la
Tour et ordre, le bord des Chartema-
gne, etc., ne laissent point que de for-
mer un ensemble imposant -et un ta-
bleau du plus haut intérêt.
La défiance, seconde des causes attri-
buées aux dispositions arrêtées par Napo-
léon pour la direction des affaires en son
absence , est justifiée par l'événement
qui avait eu lieu vers la fin de la der-
nière guerre contre l'Autriche.
Le ministre de l'intérieur Cretet,
étant mort pendant le cours de cette
guerre, l'empereur confia rinterim de
ce portefeuille au duc d'Otrante, déjà
pourvu de celui de la police.
Peu de personnes ont su que l'attaque
( 19 )
des Anglais sur l'île Walcheren et sur
Anvers , intempestive si elle n'eût eu
pour objet que de faire une diversion
en faveur de l'Autriche, avait tenu a
un plan de révolution, dont le but était
la déposition de Napoléon.
Fouché a passé pour avoir été l'âme
de ce plan , et la conviction qu'en eut
l'empereur a son retour, fut suffisante
pour motiver la disgrâce de ce ministre,
sans être assez complète pour détermi-
ner sa mise en jugement.
Ce ministre avait profilé de l'influence
que lui donnait la réunion des deux por-
tefeuilles de l'intérieur et de la police
pour mettre en un clin d'œil un million
de gardes nationales. Le choix qu'il fit
du maréchal Bernadotte, récemment re-
venu mécontent de l'armée, pour com-
mander les forces dirigées sur Anvers,
et la prompte reddition de Flessingue
par le général qui en avait le gouverne-
( 20 )
ment, ne laissèrent aucun doute que
tout n'eût été concerté avec la cour de
Londres.
La position de Napoléon , affaibli par
la bataille d'Essling, et contenu par
l'Autriche, permettait quelque chance
de succès à ce projet. Mais d'une part,
les lenteurs des Anglais, de l'autre, la
promptitude des secours envoyés à An-
vers , et enfin le gain de la bataille de
Wagram, anéantirent toutes les espé-
rances.
Napoléon triompha de toutes ces in-
trigues. La fortune le caressait encore.
Mais il connut dès-lors le danger de
concentrer trop de pouvoirs dans les
mêmes mains, et il se promit bien de
ne plus commettre de pareilles fautes.
C'est d'après ce principe, auquel il ne
dérogea plus , qu'on l'a vu limiter avec,
tant de soins les droits qu'il conféra à
l'impératrice, en la nommant régente ,
( 21 )
lorsqu'il s'éloigna, en 1813, pour la
campagne de Saxe.
On a indiqué plus haut l'insouciance
comme la troisième des causes qui pré-
sidèrent aux dispositions prises pour le
régime de l'intérieur, pendant qu'il mar.
cherait sur Moscou.
Cette insouciance a été réelle. Elle
s'était formée de la sécurité que lui avait
inspirée son mariage avec une archi-du-
ch esse, et la naissance du fils qu'il avait
eu de cette union. La France en effet
avait cru trouver dans ces deux évcne-
mens un gage de stabilité pour l'avenir,
qui ne devint douteux que lorsque tout
espoir de rapprochement avec la Rus-
sie fut perdu par le passage du Niemen.
Napoléon en partant laissait l'empire
tranquille sur tous les points ; il n'exis-
tait point de parti qui méritât ce nom.
Il se persuada que rien n'exigeait de
mesures extraordinaires , et que tout
( 22 )
marcherait sans obstacles comme s'il.
restait à Paris.
Tel était le tableau que présentait
l'Europe , - lorsque Napoléon , ayant
réuni la plus florissante comme la plus
nombreuse des armées dont l'histoire
fasse mention , s'avança majestueuse-
ment pour soumettre à son système
cette puissance que sa chute a rendue
si redoutable.
On voyait réunis dans le même but,
si ce n'est dans la même sincérité d'in-
tention , tous les peuples qui ont une in-
dustrie à protéger contre l'Angleterre.
Tous les esprits demeuraient suspen-
dus et attentifs aux grands événemens
qu'un tel développement de forces de-
vait nécessairement produire ; la lutte
qui s'engageait, devait être la dernière
si le succès la couronnait.
Mais ce succès ne pouvait être ob-
tenu dans une seule campagne. La po-
( 23.)
litique, la saine, raison indiquaient Smo:
lensk et la ligne de la Dwina, comme
des limites qu'il ne fallait point franchir
avant d'avoir rétabli et constitué l'an-
cien royaume.de Pologne.
On a cru que ce fut là la première
pensée de Napoléon ; mais une fatalité
invincible l'entraînait. Moscou était de-
vant lui ; il crut de son honneur d'ap-
prendre a l'Europe qu'il n'était point
de barrière qu'il ne pût franchir.
Il marcha et occupa cette ville. Mais
déjà elle n'existait plus ; le vainqueur
n'avait conquis que des débris.
On connaît les suites désastreuses de
la retraite à laquelle on fut contraint.
Pendant que les événemens, qui se
passaient sur les confins de l'Europe et
de l'Asie, tenaient tous les esprits at-
tentifs, une scène d'une autre genre , et
d'une aussi folle conception , ramenait
l'attention sur Paris.
C 34 ).
La conspiration du général Malet, si
on peut donner ce nom à un projet dont
l'auteur renferma en lui-même toute la
partie morale , eut moins d'éclat par
l'action qui fut terminée en peu d'heu-
res , que par la témérité de l'entreprise.
Elle produisit l'effet de ces grandes
commotions terrestres qui ébranlent la
nature jusque dans ses fondemens, mais
qui cessant aussitôt sans avoir rien dé-
placé, ne laissent à la réflexion que le
tableau des désordres qu'elles eussent
pu produire.
Rien jusqu'à ce jour ne peut être
comparé à l'entreprise de Malet.
L'histoire raconte une foule de cons-
pirations arrivées en tous pays et à tou-
tes les époques. L'ambition , la ven-
geance, le patriotisme, en ont été les
plus ordinaires. Mais les conspirateurs,
-avant d'agir, avaient calculé leurs forces
et évalué la résistance. Les uns s'ap-
( 25 )
3
puyaientsur un grand nom, d'immenses
richesses , le nombre de leurs amis ,
celui de leurs partisans ; les autres , sur
la haine qu'inspirait personnellement le
iyran ou le joug insupporlable de la ty-
rannie.
Pour apprécier le rang unique que
Malet s'est créé dans l'histoire, il con-
vient d'examiner la position respective
de ce téméraire conjuré, avec celle du
colosse contre lequel il allait se me-
surer.
Napoléon régnait sans contestation
depuis dix ans. Le suffrage de la nation,
sinon librement, au moins numérique-
ment donné , l'avait porté à la suprême
puissance ; ses titres s'étaient furtifiés
d'une longue suite de victoires et d'al-
liances multipliées avec plusieurs mai-
sons régnantes.
Lui-même semblait avoir mis le der-
nier sceau à la légitimité de sa position ,
( 26 )
par son union avec une princesse au-
trichienne.
Il avait pu obtenir une grande du-
chesse , ce qui suffisait pour constater
une reconnaissance de ceUe légitimité
pour la cour de Russie.
Enfin la naissance d'un fils, en assu-
rant l'hérédité dans sa famille, parais-
sait confirmer à sa dynastie la posses-
sion de la couronne impériale.
Napoléon n'était donc plus ce premier
consul, magistrat temporaire ou à vie,
que la conjuration du 18 brumaire avait
porté à la tète de la nation, et qu'une
journée semblable pouvait en préci-
piter.
Les esprits Li1 France , et dans pres-
que toute l'Europe, étaient faits à sado-
mination. S'il éprouvait des résistances,
elles étaient purement morales et trop
timides pour-se. hlisserpénétrer; les in-
térêts publics et privés étaient liés à son
( 27 )
sort ; tout était enchaîné dans l'ordre
dont il était le créateur.
Les armées lui obéissaient avec fana-
tisme , et si ses armes avaient éprouvé
quelques revers dans la péninsule, sous
la conduite de ses lieutenans, partout
où il s'était présenté en personne la
victoire s'était plu à ajouter de nouveaux
lauriers à ceux dont sa tête était déjà,
surchargée. -
C'est avec cet entourage de puissance
et de gloire que Napoléon, traînant à
sa suite la presque totalité de l'Europe,
marchait vers l'Orient pour y faire pré-
valoir ses volontés.
Tel était Napoléon au mois d'a-
vril 1 8 12.
- Qu'était son adversaire ?
,- Le général de brigade Malet, brave
de sa personne et ayant bien servi dans
les armées républicaines, n'avait pu se.
( 28 )
plier à l'ordre de choses créé par le
18 brumaire.
Soit patriotisme, soit ambition , il se
montra peu partisan du premier con-
sul. Il fut congédié du service, et peu
après, se trouvant impliqué dans une
conspiration que l'on désigne sous le
nom de conjuration sénatoriale, etqui
cependant n'eut aucune publicité, il fut
enfermé par mesure de sûreté et de ré-
pression.
Quelques années après, son obscu-
rité l'ayant fait juger peu dangereux , et
l'autorité du chef de l'Etat ayant acquis
un bien plus haut degré de consistance,
Malet reçut la permission d'habiter une
maison de santé, située rue de Cha..
ronne, dans un des faubourgs de k ca-
pitale, où il fut considéré comme pri-
sonnier sur parole.
Les inquiétudes que son caractère et
( 29 )
son mécontentement avaient fait naître t
s'affaiblissant chaque jour, la su-trveil-
lance dont il était l'objet devint moins
sévère. Il obtint" du maître de la maison
où il était consigné , le passe-partout
.(l'une petite porte de jardin, et l'auto-
risation tacite d'en faire usage le soir,
-pour parcourir les promenades voi-
sines.
Voilà l'homme qui entreprit d'exé-
cuter seul ce que l'Europe entière n'a
pa conduire à fin, avec l'appui des élé-
mens, sans le secours des intrigues ei
des trahisons de l'intérieur.
Mais peut-être que cet homme ayait
-de grands appuis en dehors de l'enceinte
.de sa prison? Peut-être n'était-il que le
bras qu'une faction puissante faisait mou-
voir ?
Le fait paraîtra incroyable; il est ce-
pendant avéré. Malet conçut seul son
projet, et aucun de ceux qu'il employa
C 3o )
dans l'exécution ne fut admis à sa con-
fidence.
T1 faut pourtant, pour être exact, an-
noncer qu'il eut deux collaborateurs
dans ses travaux préparatoires.
L'un, nommé l'abbé Lafon, émigré
suspect au gouvernement et détenu dans
la même maison, se chargea de la ré-
daction des pièces officielles dont Malet
fournissait l'idée et le texte ; l'autre,
nommé Rateau, était un jeune caporal
de la garde à pied de la ville de Paris,
employé dans cette maison, qui écrivait
au net les pièces dès que la rédaction en
était arrêtée.
Ces deux hommes méritent un hom-
mage éclatant pour leur probité envers
leur compagnon d'infortune. Le secret
qu'ils lui ont gardé est d'autant plus mé-
ritoire, que leurs révélations leur au-
raient infailliblement procuré de grands
avantages.
( 31 )
Les détails qui précèdent permettent
d'apprécier la position respective des
deux adversaires, et d'évaluer les forces
morales et physiques dont chacun pou-
vait disposer.
On voit d'un côté Napoléon alliant
mettre le dernier sceau àson influencesnr
l'Europe continentale, et de l'autre un
militaire oublié, disgracié, détenu , sans
partisans, sans argent, sans crédit, for-
mant dans l'enceinte de sa prison le
projet de renverser le favori de la for-
tune.
Ce que ce projet a d'audacieux est déjà
digne d'admiration. Ce n'eût été qu'un
rêve insensé , si une découverte préma-
turée eût déconcerté le plan de Malet -
dans la soirée du 22 octobre, avant
qu'il eût commencé à agir. Mais le len-
demain matin , lorsqu'il se trouvait à la
tête d'une force respectable, et qu'il
était maître des principaux postes de la
( 32 )
capitale , si son audace n'a point été
justifiée par un "succès complet, tou-
jours a-t-clle été revêtue d'un grand ca-
ractère de résolution.
Napoléon lui-même l'a jugée ainsi,
lorsqu'après la lecture d'un rapport,
cônnu seulement de deux personnes et
auquel les détails de cet exposé ont été
empruntés, il déclara qu'il n'avait point
apprécié le général Malet; que ce de-
vait être un homme supérieur, et que
s'il se fût trouvé à Paris au moment de
sa condamnation, il ne l'eût pas laissé
exécuter, persuadé que sa grâce le lui
eût sincèrement ramené.
11 est temps d'arriver à l'exposition
des moyens employés par ce général pour
l'exécution de son plan. Quand on les
.connaîtra, on ne suura ce qui doit le
plus surprendre de leur faiblesse ou de
l'art avec lequel ils furent mis en œuvre.
Ce fut, on le répète, au mois d'avril
( 33 )
1812 , lorsque Napoléon partait pour là
campagne de Moscou,. que le général
Malet imagina de profiter de son éloi-
gnement pour mettre fin à sa domina-
tion.
Cette résolution ne fut peut-être
qu'une conséquence de la tendance
continuelle de son esprit vers ce but
qu'il méditait sans cesse ; mais peut-être
aussi lui fut-elle suggérée par une pres-
cience des résultats que devait avoir
cette campagne.
Cette supposition ferait honneur à sa
pénétration.
Quoi qu'il en soit, il paraissait peu
probable de pouvoir attaquer une puis-
sance aussi solidement établie que l'é-
tait celle de Napoléon , aussi long-temps
que par la rapidité de son retour il pour-
rait venir lui-même repoùsser l'agres-
sion. La seule chance de succès était
dans la supposition de sa mort lorsqu'il
( 34 )
serait à une grande distance, et l'espoir
de réussir à entretenir ce bruit pendant
quelques jours. -
On pouvait, dans ce cas, compter
sur la difficulté d'établir une régence
pour laquelle rien n'avait été sérieuse-
ment prévu.
Malet admit donc, comme base et
préliminaire de toutes ses combinai-
sons , la nouvelle de la mort de Napo-
léon arrivant inopinément à Paris; et
supposant la nation lasse d'un joug trop
sévère et disposée à reprendre ses droits,
il se demanda : Que ferait-on si on rece-
vait tout-à-coup la nouvelle du décès
de Napoléon arrivée à six cents lieues de
sa capitale?
Malet, se répondant à lui -même,
suppose que le sénat se rassemblerait et
adresserait au peuple une proclamation
- pour lui notifier cet événement et les
dispositions qu'il nécessitait.
-..-
( 35 )
Le général prit aussitôt le plan et mi-
nuta cette proclamation telle qu'il la
concevait.
Elle portait en substance:
Une notification de la mort de Na-
poléon ;
Un blâme sévère sur ces guerres con-
tinuelles entreprises dans l'intérêt de
- son ambition et de son amour effréné
pour l'élévation de sa famille;
Des reproches sanglans sur cette
campagne de Russie qui allait épuiser
les finances et les armées de l'empire,
et compromettre sa sûreté ;
Un tableau des empiétemens sur les
droits des peuples et des abus de la puis-
sance souveraine qu'il s'était attribués.
Elle se terminait par la déclaration
que la nation, lasse du joug sous lequel
elle gémissait depuis quatorze ans, re-
prenait ses droits. -
Malet fit suivre cette proclamation
< 36 )
d'un sériàtils-consulte qui déclarait Na-
poléon et sa famille déchus du trône,
et nommait une commission de cinq
membres pour exercer provisoirement
le pouvoir exécutif.
Le général , poursuivant l'établisse-
ment de son système, se demanda ce
que devait faire la commission nouvel-
lement élue pour remplir le mandat
qu'elle venait de recevoir.
Cette commission , suivant lui, de-
vait s'assurer des troupes de Tin teneur,
et à cet effet choisir un général en qui
elle pût placer sa confiance. Or, quel
autre était plus propre que lui, victime
depuis si loiig-temps du despotisme im-
périal , à remplir cet objet.
Dans cette persuasion, il se faisait
adresser par cette commission une let-
tre de service qui le chargeait du com-
mandement des troupes de la première
( 37 )
division militaire , et spécialement de
celles de Paris.
Dans la même dépêche se trouvait un
décret qui l'élevait au grade de général
de division, un exemplaire de la procla-
mation du sénat, et une ampliation du
sénatus-consulte relatif à la déchéance
de Napoléon , et à la nomination d'une
commission exécutive.
Ces minutes, ainsi que toutes celles dont
il sera parlé dans la suite, passaient aus-
sitôt des mains de Malet dans celles de
l'abbé Lafon , qui leur donnait la forme
convenable et les remettait ensuite au
caporal Rateau qui les écrivait au net.
Malet se plaça ainsi successivement
dans toutes les positions où la nouvelle
de Ig mort de l'empereur, et celle des
changemens dans le gouvernement opé-
rés par le sénat, devaient surprendre ceux
(].u 'il jugeait propres à coopérer à l'exé-
çution de son plan.
( 38 )
S'identifiant ainsi chaque individu, il
se demandait toujours ce qu'il fallait
faire, et aussitôt il minutait les ordres
qui devaient découler de cette position.
Son plus grand embarras était le
choix de ses coopérateurs, qu'il ne pou-
vait entraîner dans son parti que par
surprise. A qui eût - il osé s'ouvrir?
Qu'eût-il pu espérer d'associer volon-
tairement à la plus téméraire des entre-
prises?
Il existait bien des mécontens et des
ambitieux parmi les gens en place, mais
leurs plaintes étaient secrètes et stériles ;
et certes pas un ne songeait à attenter à
la sûreté de l'Elat.
L'abandon de Moscou, et les diffi-
cultés que l'on éprouverait dans la re-
traite , pouvaient bien être prévus à l'é-
poque où éclata la tentative de Malet,
et faire conjecturer que le but de la
campagne était totalement manqué ;
C 3g )
mais qu'il y. avait encore loin de ces
idées à la réalité des revers et des per-
tes dont le vingt-neuvième bulletin dé-
roula l'effrayant tableau!
Après même la publication de ce bul-
letin , il eût encore été difficile de for-
mer en France un parti déclaré contre
le gouvernement, tant l'autorité de Na-
poléon avait pris d'assiette, tant on était
façonné au régime qu'il avait créé.
Malet dut donc renoncer à l'espé-
rance d'obtenir des compilces volon-
taires. Il dut se déterminer à faire un
choix parmi ceux qui * occupaient les
places les plus importantes, maintenir
ceux qu'il supposerait enclins a goûter
un nouvel ordre de choses, et rempla-
cer tes autres par des hommes qui eus-
sent tout à gagner et peu ou rien à
perdre dans les changemens qu'il intro-
duirait dans le gouvernement.
Parmi les emplois dont" il importait
( 4° )
de s'assurer, il en était trois surtout
qu'il était indispensable de faire remplir
par des hommes sur lesquels il pût
compter.
Ces emplois étaient le commande-
ment des troupes, le ministère de la
police générale et la préfecture de po-
lice. C'était en effet sur les trois fonc-
tionnaires pourvus de ces commissions
que reposaient la sûreté publique et le
maintien du gouvernement.
On a déjà dit que Malet s'était réservé
l'autorité militaire. Pour les deux poli-
ces, il jeta les yeux sur les généraux
Lahorie et Guidai, détenus comme lui
et plus sévèrement encore, puisqu'ils
étaient renfermés à la grande Force.
Cetle circonstance aurait pu être un -
obstacle à ce choix, attendu que la
coopération de ces généraux demeurait
subordonnée à leur délivrance, laquelle
ne pouvait s'exécuter sans quelque éclat,
( 41 )
4,
et devait entraîner une perte de temps
-bien préjudiciable, lorsque le succès
allait dépendre de la rapidité des coups
que l'on frapperait.
Malet ne fut point arrêté par cette
difficulté ; il savait que Lahorie, ancien
chef d'état-major du général Moreau,
ayant partagé la disgrâce de son chef,
ne pouvait rien espérer tant que Napo-
léon régnerait, et que les sentimens ré-
publicains de Guidai l'avaient fait con-
sidérer comme un ennemi implacable
• de- la dynastie régnante. Il crut rencon-
trer dansxes généraux une similitude de
besoin de vengeance, comme il y en
avait une de disgrâce et de position, et il
n'hésita plus à arrêter son choix sur eux.
Fixé sur ce parti, il prépara les dé-
pêches du nouveau gouvernement qui
les élevaient, Lahorie au ministère de
la police générale, et Guidai à la pré-
fcclurc-dc police.
( 4* )
Les paquets qui leur étaient adresses
contenaient des copies de la proclama-
tion du sénat et du sénatus-consulte.
Malet y joignit des instructions parti-
culières; mais toutes ces précautions,
si bien concertées, devinrent inutiles,
comme on le verra plus tard , parce que
n'osant s'ouvrir entièrement a ces ge-
néraux, ceux-ci ne sentirent point as-
sez le prix du temps et de l'activité.
Peut-on le condamner sur cette ré-
serve? On ne le pense pas.
Si Malet, abordant ses compagnons
d'infortune qui n'avaient point sa trempe
de caractère, et auxquels il n'était pas
certain d'inspirer une très-grande con-
fiance dans sa capacité, leur eût dit:
« La nouvelle de la mort de Napoléon
» est une invention ; le gouvernement
» provisoire, au nom duquel vous allez
» exercer le pouvoir, n'existe que dans
» mon imagination tout est fictif dans
( 43 ) 1
» celle affaire ; les gens qui me suivent
» ignorent tout ; un seul mot peut les
» détromper. Seul j'ai entrepris de chan-
» ger la forme de l'empire , et je vous
» ai choisis pour contribuer à cet im-
» mense résultat. » S'il eût tenu ce lan-
gage, pense-t-on que ces généraux n'eus-
sent point reculé devant un si périlleux
projet.
Dans la position où se trouvait Malet,
un moment d'irrésolution pouvait tout
perdre. Il préféra les laisser dans l'er-
reur, et c'était le seul parti qu'il avait à
prendre , quoique le succès ne l'ait point
justifié.
Ce'général s'étant ainsi, dans le dé-
veloppement de son plan , assuré des
deux plus grands ressorts de l'ordre pu-
blic, la direction du militaire et celui
de la police, songea à remplir les autres
emplois d'un intérêt 'moindre dans le
premier moment, mais nécessaires pour
( 44 )
la marche des affaires, dès que les pre-
miers coups auraient été portés.
Il fit des choix de confirmation ou de
changement suivant que les individus
lui parurent trop intimement liés au
sort de Napoléon, ou suscepliblès de
voir sa chute avec indifférence et même
avec satisfaction, si leur sort en deve-
nait meilleur.
Ses papiers ayant été saisis et détruits
sans qu'ils aient été rendus publics, on
n'a pu connaître le classement qu'il avait
fait de ctîux qui remplissaient les places.
Sa sollicitude à cet égard avait été
grande. Tout, dans son plan, était aussi
bien cimenté que la capacité d'un seul
homme avait pu le permettre.
Le travail préparatoire auquel il s'é-
tait livré était prodigieux.
Mais parmi les hommes qu'il avait
maintenus en place, il est nécessaire, ,
dans l'intérêt de l'histoire, de citer Je
( 45 )
comte Frochot , préfet de la Seine.
Certes on n'accusera pas ce fonction-
naire d'avoir eu l'intention de trahir ses
sermens , et d'abandonner une cause
qu'il servait depuis son origine avec au-
tant de devoument. que de capacité. La
confiance de Napoléon l'avait porté et
maintenu jusqu'alors dans la première
magistrature de la capitale. Son sort
était donc assez brillant et son caractère
assez mo d éré, pour qu'on pût mettre
en doute ses sentimens.
Cependant Malet osa faire fond sur ce
fonctionnaire. Il le maintint dans son
organisation ; et, chose remarquable,
les premières démarches du comte Fro-
cliot semblèrent avoir justifié cette dé-
termination.
Le général, en osant concevoir l'idée
de changer l'ordre de choses qui régis-
sait l'empire depuis quatorze ans, sans
autres secours que les ressources qu'il
( 46 )
puiserait dans son génie et dans sa fer-
meté, avait, ainsi qu'on l'a déjà dit., fait
entrer dans son calcul, comme le plus
puissant des auxiliaires , les effets de l'é-
tourdissement que devait produire l'an-
nonce de la mort de Napoléon.
Ce mot magique devait en effet avoir
sur beaucoup d'individus l'influence
qu'il en espérait; car, d'une part, toutes
les affections privées qui en rattachaient
un grand nombre à l'empereur, dispa-
raissaient avec sa personne; de l'autre,
les liens de la crainte une fois rompus ,
toutes les opinions compriméespar son
ascendant devaient éclater avec d'autant
plus de force, qu'elles avaient été plus
long-temps condamnées au silence.
C'était une bien faible barrière con-
tre ces dispositions si naturelles dans
l'homme, que les droits qu'il léguait à
son fils en mourant, et ces droits eus-
sent d'ailleurs été trop mollement dé-
( 47 )
fendus par une princesse sans expérience
et à peine naturalisée en France, pour
pouvoir résister à la révolution subite
que devait produire l'entreprise de Ma-
let, si son succès se soutenait seulement
pendant vingt-quatre heures:
L'exemple du comte Frochot dont,
on ne saurait trop le dire, les intentions
et les affections ne pouvaient être dou-
teuses , est une grande preuve que le gé-
néral avait bien jugé les hommes et les
circonstances.
Malet poursuivit en silence pendant
plusieurs mois, et seulement avec le se-
cours de deux collaborateurs subalter-
nes qu'il s'était donnes, l'organisation de
son plan de révolution.
On peut juger de l'immensité de son
travail par les nuances des rôles qu'il
préparait, et par la nécessité de remet-
tre à chaque partie des copies des piè-
ces fondamentales de son système , la
( 48 )
proclamation du sénat et le sénalus-con-
sulte. N'ayant point la faculté d'em-
ployer les secours de la presse, c'était
à la main que minute, rédaction et co-
pies au net devaient être expédiées,
et tout ce travail devait se concentrer
entre trois personnes. -
Le plus grand ordre devait aussi être
observé dans toutes ces opérations pré-
paratoires ; car aux difficultés déjà si
grandes de l'entreprise, il ne fallait point
joindre celles que la confusion eût occa-
sionées.
Pour obtenir cet ordre, dès qu'un
rôle était complètement préparé, Malet
avait soin que la dépêche fût à l'instant
close , cachetée et numérotée.
Tout le travail préparatoire se trouva
prêt au commencement du mois d'oc-
tobre 1812.
Nul soupçon n'avait éclaté ni au de-
hors ni dans l'enceinte de la maison
( 49 )
5
de santé où se tramait un si vaste com-
plot.
On pourrait être surpris de ce dé-
faut de vigilance dans les différentes po-
lices qui se partageaient la surveillance
de la capitale, et qui même s'obser-
vaient et se contrôlaient mutuelle-
ment. 1
L'étonnement cessera quand on saura
que l'instant de la sortie de Napoléon
des murs de Paris , était aussi celui d'un
relâchement général dans toutes les
parties du service.
Soit que ce relâchement, dans une
machine trop tendue, fut un besoin im-
périeux auquel on ne pouvait résister,
soit qu'il y eût dans les chefs, auxquels
la direction des affaires restait confiée ,
une tiédeur née de leur fortune acquise
et de l'habitude des jouissances, il est
certain que l'on avait remarqué à tou-
tes les autres absences de l'empereur,
( 50 )
que tout se ralentissait dès qu'il était
parti.
Cette fois son éloignement devant
être plus considérable , et l'époque de
son retour indéfiniment ajournée, les
salariés de l'État, et surtout les gens
pourvus de hautes dignités, durent se
livrer avec plus d'abandon à la liberté
que leur laissait l'absence du chef.
Il n'est donc point étonnant que les
fréquentes communications de Malet et
de ses deux collaborateurs aient échappé
à l'œil investigateur de la police.
Il avait assez d'habitude de la capitale
pour que ce demi-sommeil de l'auto-
rité ne lui eût point échappé. Il en avait
heureusement profité jusqu'alors; il se
flatta, non sans raison, d'en tirer parti
dans l'exécution de ses projets.
Jusqu'à ce moment on voit dans le
général Malet un homme d'une con-
ception hardie , d'une grande suite dans
( 5. )
les idées, d'un.secret impénétrable, trois
qualités indispensables pour entrepren-
dre de grandes choses. Ce qui va suivre
le montrera non moins ferme et résolu
dans l'action.
Il est certain que tout ce qu'il put faire
par lui-même réussit complètement, £ t
que s'il eût été secondé, son projet eût pu
avoir une entière réussite. En effet, il était
bien plus difficile à u-n détenu obscur de
se placer à la tête des troupes, de les
faire marcher, de faire ouvrir les prisons
d'État et de s'emparer des principaux
postes de la capitale , sans autre guide,
sans autre appui que les ressources qu'il
trouvait en lui-môme, que de mettre à
fin une aventure si heureusement com-
mencée.
La France était déjà inquiète des ré-
sultats préstrmables de la campagne de
Russie. On savait que la grande armée,
affaiblie par ses longues marches dans

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