Conseils aux parents sur la manière de diriger la seconde dentition de leurs enfants, par E. Andrieu,...

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A. Coccoz (Paris). 1865. In-8°.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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CONSEILS AUX PARENTS
SUR I.A MANIÈRE DE DIRIGER
LA
SECONDE DENTITION
DE LEURS ENFANTS.
DU MÊME A UT EU II:
Du traitement de la diarrhée des enfants par le régime
lacté et spécialement par la pulpe de viande crue. In-4",
4859.
Des maladies engendrées par la diathèse urique. Goutte,
gravelle et migraine. — Exposé d'un nouveau traitement.
•In-8<>, 2« édition, 1861. 1 fr. 50
Sur un nouveau système de dentiers à base amovible
et plastique. Mémoire à,l'Académie de Médecine par les
Dri Andrieu et Delabarre ; 1863.
Sous presse :
Quelques mots sur la manière actuelle de remplacer
les dents. Le bon sens en protèse dentaire. In-8°.
Paris. — \ I'AREKT, imprimeur de la Faculté de Médecine, rue Monsieiir-le-Pi mee 3i
CONSEILS AUX PARENTS
SU!* LA MANIERE DE DIRIGER
LA
SECONDE DENTITION.
DE LEURS ENFANTS
CAR
E. ANDRIEU
^^îoeleiir en Médecine de la Faculté .de Taris,
Médecin spécial des maladies de la bouche,
CHIBCRGIEIV-DEIf'riS'rs;,
Ollaboralcur du Dr DELÀBARRE , chevalier de la Lés.rôu d'Honneur,
Chirurgien-Dentiste de l'hospice des Orphelins.
PARIS
A. COCCOZ, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
RUE DE L'ÉGOLE-DE-UÉDECIITE, 30 ET 32,
1865
AVANT-PROPOS
C'est pour faire suite au Guide maternel de notre
collaborateur le docteur Delabarre que nous
publions aujourd'hui le résumé de nos travaux,
sur les soins qu'il convient de donner aux en-
fants, au moment de l'éruption des dents de la
seconde dentition.
Frappé de l'énorme mortalité qui atteignait
les enfants en bas âge pendant l'éruption des
premières dents, notre savant confrère s'était
donné tout entier à l'étude de cette importante
question et avait publié ses observations sous le
titre de : Traité de la, première dentition; mais,
comme cet ouvrage n'avait pas été écrit pour les
gens du monde et que, cependant, c'est aux
jeunes mères qu'il faut enseigner les soins né-
cessaires à leurs tendres nourrissons, il en fit
un extrait dépouillé de théories scientifiques
qu'il leur dédia.
A notre tour, nous pensons'n'être pas moins
1
- 2 -
utile aux parents en leur donnant dans un cadre
restreint mais suffisant une série de conseils
indispensables pour bien diriger la seconde den-
tition de leurs enfants.
S'il importe, en effet, pendant l'éruption des
dents de lait, d'entourer l'enfant des soins les
plus minutieux, s'il importe de remédier promp-
tement aux accidents trop souvent funestes que
ce travail entraîne, il n'est pas moins essentiel,
au moment de la chute de ces dents, de surveil-
ler la sortie et le développement de celles qui
doivent lés remplacer pour s'opposer, si besoin
est, aux écarts si bizarres de la nature.
C'est de la direction imprimée à ces nouvelles
dents, soit par leur mode propre de sortie, soit
par les ressources plus ou moins bien appli-
quées de notre art, que dépend leur arrange-
ment.
Or, comme en s'y prenant à temps et en sui-
vant certains principes bien définis, on peut
obtenir dans tous les cas, sinon la beauté, au
moins la régularité de cet arrangement, il s'en-
suit que Ton serait coupable de ne pas faire
tout ce qu'il faut pour l'obtenir,
— 3- — ■
Nous nous sommes efforcé de présenter ces
principes sous une forme claire et précise, et
nous sommes convaincu (l'expérience, d'ail-
leurs, nous l'a toujours démontré) que, si les
parents après les avoir médités et bien compris,
veulent les suivre, ils n'auront jamais à redou-
ter, pour les dents de leurs enfants, ces affreuses
difformités qui de nos jours encore déparent la
bouche d'une foule de personnes.
CONSEILS AUX PARENTS
SUR LA MANIÈREJDE DIRIGER
l'A.
SECONDE DENTITION
DE LEURS ENFANTS
Du choix d'un dentiste.
Le choix d'un dentiste n'est pas chose facile,
et cela tient à ce que notre profession est une
de celles qu'envahit de plus en plus le charlata-
nisme. Bien souvent on croit s'adresser à un
praticien honnête et instruit, et l'on n'a affaire
qu'à l'un de ces nombreux ignorants dont l'au-
dace est le seul mérite.
Comment donc reconnaîtra-t-on l'homme sé-
rieux du charlatan ? La question est délicate,
:~: 6 —
nous le savons, aussi n'avons-nous pas la pré-
tention de la résoudre nous-même ; nous vou-
lons seulement, par quelques, considérations
pratiques, aider le public à la résoudre en le
mettant en garde contre les jongleries de ces
hommes sans conscience qui ne cherchent qu'à
tromper sa bonne foi.
Sous le régime actuel quiconque veut en
payer la patente a le droit de s'établir dentiste,
sans avoir besoin du moindre brevet de capa-
cité.
Le premier individu venu : chaudronnier,
serrurier, chapelier, etc. (1), peut, par le fait de
sa seule volonté, pendre à sa porte un tableau
orné de dents ou de fac-similé de dentiers avec
la suscription.,. Dentiste.
Cela peut paraître bizarre au premier abord,
surtout quand on sait que personne n?a le droit
de pratiquer la médecine sans être muni d'un
(1) Si nous parlons de chaudronniers, de chapeliers, etc.,
c'est qu'il existe actuellement en France des soi-disant
dentistes qui ont quitté leur état de chapelier ou de chau-
• dronnier pour exercer notre profession comme étant plus
lucrative, sans aucune espèce d'étude préalable.
diplôme de. docteur ou d'officier de santé. Mais
lien est cependant ainsi, et, bien que le senti-
ment publie soit que l'art du dentiste est une
spécialité de l'art médical, la loi ou plutôt ceux
qui sont chargés de l'interpréter ne sont pas de
cet avis,; .
D'après bon nombre de jugements rendus en
ce sens, le dentiste est un simple ouvrier-, un
mécanicien qui arrache des dents avec une
clef, absolument comme un serrurier ôte des
clous avec une tenaille.
' De là, cette liberté sans entraves qui a déjà
causé tant d'accidents et qui en causera tant
qu'elle durera,.
Il n'est pas un dentiste consciencieux qui ne
réclame contre la situation actuelle de notre
profession.
Plusieurs pétitions ont été adressées au sé-
nat, et cependant rien n'est eneôre changé!
Nous-même nous avons appelé l'attention du
ministre de l'instruction publique, sur le dan-
ger qui résulte de cet état de choses (1) et nous
(1) Il y a deux ans, à l'époque où l'on créa plusieurs
chaires de spécialités médicales à l'École de médecine.
8 —
avons demandé qu'on obligeât tous les dentistes
à être docteurs en médecine. Nous n'avons en-
core rien obtenu, et cependant nous sommes cer-
tain qu'un jour la lumière se fera.
D'ailleurs, nous sommes disposé à ne rien
épargner pour arriver au but de nos efforts, et,
tant que nous ne l'aurons pas atteint, nous in-
voquerons de nouveau l'appui des corps sa-
vants, du sénat et de toutes les personnes
qui, par leur influence, peuvent contribuer à
la réalisation d'une réforme d'une si haute im-
portance.
Voici la copie de notre pétition au ministre,
et nous espérons qu'après l'avoir parcourue, le
lecteur sera moins embarrassé pour résoudre la
question du choix d'un dentiste.
nous avions demandé la création d'une chaire de méde-
cine et de prothèse dentaires.
— o -
A S. EX, M. LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
Monsieur le Ministre,
« Au milieu de ce siècle de lumière et de pro-
grès, tandis qu'aujourd'hui l'on exige des
preuves de capacité de tout homme appelé à
remplir les fonctions même les plus infimes;
tandis que l'exercice de la médecine et de la
chirurgie est interdit à tous ceux qui ne sont
pas munis d'un diplôme leur donnant droit à
la confiance publique; comment se fait-il que
l'exercice de l'art du dentiste ne soit soumis à
aucun règlement, et qu'il soit permis au pre-
mier venu, instruit ou ignorant, médecin ou
simple mécanicien, d'ouvrir à sa guise et sans
inquiétude un cabinet de dentiste?
« Il faut véritablement que l'importance de
cette question paraisse bien minime à une épo-
que où l'on fait de si grandes et si utiles ré-
formes dans l'instruction publique, pour qu'on
la laisse ainsi de côté, ou plutôt il faut que l'au-
torité soit dénuée de tout renseignement sur
les connaissances dont il convient qu'un den-
- 10 -
tiste soit pourvu pour qu'il puisse exercer sa pro-
fession , de manière à mettre le public à l'abri
des plus graves accidents.
Aussi nous sommes certain, Monsieur le
Ministre, qu'il suffit d'appeler votre attention
sur cette question pour qu'elle soit prompte-
ment résolue d'une manière conforme aux in-
térêts de la science et de l'humanité.
Il y a déjà longtemps alors que la chirurgie
était abandonnée aux barbiers et aux rebou-
teurs, alors que le seul remède appliqué aux
dents malades était l'extraction, on eonçoit à la
rigueur qu'il pût être permis au premier venu
d'exercer sa main à cette opération, et même de
la pratiquer sur la place publique :
Mais aujourd'hui que le dentiste doit non-
seulemen.t extraire, mais aussi guérir pu rem-
placer les dents malades ; aujourd'hui que le
domaine de son art comprend non-seulement
les dents, mais aussi les parties qui leur servent
de réceptacle, en un mot toute la bouche ; au-
jourd'hui enfin que son art est devenu une des
spécialités les plus importantes de l'art de gué-
rir, suffira-t-il de s'intituler dentiste pour se
— 11 —
soustraire à la loi qui régit les autres spécialités,
et pour avoir le droit de traiter les malades
sans titre ni diplôme?
Assurément il y a là une laoune dans la lé-
gislation médicale aotuelle, et c'est cette lacune,
Monsieur le Ministre, que nous vous demandons
de combler.
Mais, pour que la nécessité de cette réforme
vous paraisse plus évidente encore, nous allons
vous tracer un exposé succinct des connaissances
que le dentiste doit avoir, des dangers que son
manque d'instruction peut entraîner, nous
allons, en résumé, vous démontrer que la spé-
cialité qu'il pratique est aussi importante que
les autres spécialités officiellement reconnues
et que, comme elles, elle fait partie intégrante
de l'art médical.
Pour plus de clarté, nous rangerons sous trois
chefs ces diverses considérations : chirurgie,
médecine et prothèse buccales.
1° Chirurgie. — Le dentiste est appelé non-
seulement à çxtraire des dents, et des racines
profondément situées dans les alvéoles, mais
encore à ouvrir des abcès, à réséquer des par-
lies cariées des os maxillaires, à cautériser
avec le fer rouge des dents ou des parties de la
bouche plus ou moins malades, etc. .
Il faut donc.qu'il connaisse parfaitement l'a-
natomie de la région buccale ; autrement il
s'expose à en léser les os, les nerfs ou les
vaisseaux, et à produire tous les accidents qui
résultent de ces lésions. .._,»,
C'est d'ailleurs ce qui arrive beaucoup plus
souvent que l'on ne croit; et, sans parler des
petits fragments de parois alvéolaires laissés
après l'avulsion dans les gencives, où ils pro-
duisent des abcès douloureux qui ne se termi-
nent que par la sortie de l'esquille ; sans insis-
ter sur les déformations qui sont apportées à la
bouche par des opérations mal faites, et qui
empêchent plus tard la pose régulière des dents
factices, nous citerons trois faits importants de
notre pratique, recueillis pendant cette seule
année.
Ce sont trois exemples d'opérations faites par
des dentistes soi-disant célèbres, opérations
qui ont failli mettre en danger l'existence des
personnes qui les ont subies.
• — 13 —
Deux de ces personnes, en se faisant extraire
la dent de sagesse du côté gauche de la mâ-
choire supérieure, avaient eu l'os maxillaire
fracturé. Cette fracture avait été produite par
la pression brutale d'une langue de carpe mal
dirigée. (Ces deux faits sont d'autant plus re-
marquables qu'ils sont à peu près identiques
et qu'ils ont été observés coup sur coup.)
11 en était résulté une tuméfaction considé-
rable des tissus ambiants ; il était impossible
à ces deux malades d'ouvrir la bouche, et ils
étaient réduits à s'alimenter avec du bouillon
qu'ils aspiraient à l'aide d'une pipette.
Nous fûmes obligé de les chloroformiser pour
pouvoir leur ouvrir la bouche et extraire les
deux fragments d'os; la guérison suivit de près
ces opérations.
La troisième personne avait eu la langue en-
tièrement transpercée par la lame d'une langue
de carpe qui, introduite à faux entre deux grosses
molaires de la mâchoire inférieure, avait glissé
et après une hémorrhagie que l'on eut beau-
coup de peine à arrêter, avait produit un abcès
volumineux que nous fûmes obligé d'ouvrir.
- 14. -
Voilà certainement, Monsieur le Ministre,
trois accidents graves qui ne seraient pas arrivés
si les victimes n'avaient pas été trompées en
trouvant, à la place d'hommes habiles, d'auda-
cieux charlatans que leur titre faisait regarder
comme dès gens d'un certain mérite;
2°'Médecine. — Bien que l'art du dentiste
exige, comme nous venons de le dire, des notions
chirurgicales fort importantes, il envahit ce-
pendant encore plus le domaine de la méde-
cine proprement dite, par le grand nombre des
soins médicaux qu'il est appelé à donner aux
diverses parties de la bouche.
Lès dents sont contenues dans la bouche ;
leurs rapports sont intimes avec les organes qui
composent cette partie du Corps: lèvres, joues,
gencives, os maxillaires, etc. ; leurs maladies
engendrent une foule de maladies de ces or-
ganes ou proviennent elles-mêmes des maladies
de ces organes; bien plus, leurs maladies en-
traînent souvent celles de tout le tube digestif
et inversement; elles sont la cause de bon
nombre de névralgies et autres affections
graves»
— 15 —
Chez lés enfants, elles amènent des convul-
sions, des désordres de la nutrition et beaucoup
d'autres accidents, dont la suite inévitable est
un affaiblissement plus ou moins considérable
de la santé générale.
Certes voilà bien de quoi faire à notre art une
importante place dans la pathologie; mais ce
n'est pas tout.
Lorsqu'il s'agit d'une affection des dents,
causée par une maladie générale, telle que la
chlorose, l'anémie, la syphilis, etc., ou par
l'administration de médicaments qui ont une
action plus ou moins directe sur ces organes,
comme le mercure; ou enfin par un empoison-
nement plus ou moins lent, par le plomb, lé
phosphore, etc. ; ne faut-il pas pour traiter con-
venablement ces affections avoir toutes les con-
naissances indispensables aux autres méde-
cins?
Il est bien certain que, s'il ne fallait qu'obtu-
rer une dent pour la guérir, il ne serait pas
nécessaire d'entrer dans autant de détails, et
d'embrasser tant de faits généraux pour prati^
quer cette minée opération ; niais, c'est qu'une
— 16 —
fois la dent obturée, comment empèchera-t-on
le retour de la maladie si l'on n'en détruit pas
la cause ?
C'est un fait tellement vulgaire que les mé-
caniciens dentistes même , qui n'ont aucune
notion médicale, mais seulement un peu de
pratique dentaire, prescrivent à tort et à travers
à leurs clients des traitements généraux parfois
incroyables.
Ils leur formulent des ordonnances qUe le
pharmacien remplit sans hésiter, et ils leur
font absorber, non pas des médicaments anodins,
mais des poisons irritants, dont l'action sur
l'économie, sous prétexte de guérir les dents,
détériore peu à peu la santé.
Nous lé savons, certains dentistes se conten-
tent d'abuser de l'acide arsénieux comme caus-
tique et du chlorhydrate de morphine comme
calmant local.
Il est vrai que la préparation mal appliquée
sort quelquefois de la cavité cariée, fuse sur les
gencives, est absorbée et produit des accidents
plus ou moins graves sur le tube digestif ou le
cerveau; mais c'est peu de chose, puisque la
— 17 -
mort s'ensuit rarement ! On peut bien le leur
permettre !
Le malade, qui ne se doute de rien, est cepen-
dant étonné de cette souffrance nouvelle ajoutée
à la première, il s'en plaint un peu; mais il a
tant de confiance dans cet homme, qu'il croit
médecin, qu'il lui demande un remède interne
pour le guérir.
Le dentiste alors prend son rôle au sérieux; il
n'hésite plus, et entre hardiment dans la théra-
peutique générale : Extrait d'opium, belladone,
noix vomique, etc., en pilules, en potions, tout y
passe; et le malade, au lieu de guérir, se sen-
tant de plus en plus tourmenté, finit par s'a-
dresser à son véritable médecin, qui souvent
ne sait plus à quelle affection il a affaire, par
cela seul que le patient lui en cache la cause.
Rien n'est exagéré dans ce tableau.
Mais, pour donner encore un exemple de là
confiance que peut inspirer à un malade l'au-
dace d'un ignorant qui s'affuble du titre de
dentiste, nous allons citer un nouveau fait dont
nous avons été témoin.
Il y a quelques mois, une dame-d'un certain
- 18 -
âge se présenta à notre consultation, portant
depuis quelque temps déjà sur le côté droit de
la langue une tumeur qui s'était peu à peu ul-
cérée. Comme à l'époque où la tumeur avait
paru celte dame avait une dent cariée surmon-
tée d'une aspérité presque en face du siège de la
tumeur, elle crut devoir aller trouver son den-
tiste, qu'elle croyait médecin, et lui demander
ce qu'elle avait à la langue. « Ce n'est rien, ab-
solument rien, répondit celui-ci avec une mâle
assurance, c'est une simple écorchure produite
par l'aspérité de la dent malade, et une fois
celte aspérité limée, tout rentrera dans l'or-
dre. »
Il lima donc la dent une première fois, et la
dame, entièrement rassurée, retourna chez
elle.
Mais, quelques jours après, voyant le mal
augmenter au lieu de décroître, elle retourna
chez son dentiste qui crut ne pas avoir assez
limé, qui lima, relima, et, en fin de compte,
voyant qu'il n'obtenait aucune amélioration,
arracha la dent un mois.après la première con-
sultation. Mais la langue he guérissant pas
— 19 -
davantage, la malade crut devoir nous deman-
der notre avis.
Au premier aspect, nous reconnûmes une
tumeur de mauvaise nature, et, ne voulant pas
prendre sur nous seul la responsabilité de
l'opération que nous jugeâmes nécessaire, nous
l'adressâmes à l'une de nos sommités chirurgi-
cales.
Son diagnostic, comme le nôtre, fut qu'il s'a-
gissait d'un cancer. L'ablation de la tumeur
fut décidée, pratiquée, mais la malade mourut
des suites de l'opération.
Eh bien! Monsieur le Ministre, ce malheur
serait-il arrivé si le premier dentiste avait eu
des notions médicales suffisantes pour établir
tout d'abord un bon diagnostic ? Nous ne le
croyons pas, et nous sommes convaincu que,
faite à temps, l'opération aurait réussi;
3° Prothèse. — La prothèse comprend non<-
seulement le remplacement des dents perdues,
mais encore l'application des palais artificiels,
des obturateurs, eil un mot, la reconstruction
pour ainsi dire des mâchoires.
C'est doiid une partie lion moins importante
- 20 -
que les deux autres. Mais, pour la bien prati-
quer, il ne suffit pas d'être mécanicien, bijou-
tier, mouleur, sculpteur, etc. ; il ne suffit pas
de pouvoir fabriquer une pièce, jolie, légère et
solide (bien que ce soit déjà beaucoup), il faut
encore savoir l'adapter convenablement aux
parties de la bouche qui doivent la supporter.
Il faut, par conséquent, avoir des notions ana-
tomiques bien nettes, et être à même d'appré-
cier les effets des corps étrangers sur la partie
du corps avec laquelle ils sont en contact,
c'est-à-dire sur des organes à sensibilité plus
ou moins exquise, plus ou moins malades et
par suite plus ou moins tolérants.
Voilà où est le véritable talent de celui qui
est habile en prothèse, et le mécanicien qui n'a
travaillé qu'à l'atelier sur des modèles en plâtre,
et qui ne se doute par conséquent pas de ce
que c'est qu'une bouche vivante, ne peut pas
avoir ce talent, ou du moins ne peut l'acquérir
qu'après une longue pratique et aux dépens
de ses clients. Aussi, que de déformations en-
tières ou incomplètes des mâchoires, occasion-
nées par des appareils vicieux ou posés d'une
manière-.intempestive; que de défauts dans la
prononciation, que de difficultés dans l'exercice
de la parole, que de maladies enfin produites
par la mastication impossible ou incomplète, et
par suite, que d'existences abrégées !
Vous le voyez, Monsieur le Ministre, ce cadre
de l'art du dentiste est considérable, et cepen-
dant nous sommes bien loin d'avoir tout dit.
La spécialité des maladies de la bouche et de
l'art dentaire est aussi essentielle que la spécia-
lité des maladies des yeux ou que celle des ma-
ladies des oreilles. Pourquoi existerait-il pour
elle une dangereuse liberté d'exercice qui
n'existe pas pour les autres? Pourquoi, enfin,
n'exigerait-on pas du dentiste ce diplôme de
docteur que l'on exige de l'oculiste et de l'au-
riste ?
Et d'ailleurs, cette réforme que nous deman-
dons, le public ne i'a-t-il pas sanctionnée d'a-
vance?
Lorsqu'un patient entre chez un dentiste,
quel nom lui donne-t-il? Docteur par-ci, doc-
teur par-là..... tant il lui semble impossible
qu'il ne le soit pas. Il y a plus, c'est que le mé-
«22 —
eanieien dentiste sent tellement le besoin de ce
titre, qu'alors que de simple ouvrier, il s'inti-
tule dé par sa volonté dentiste, il écrit en
grosses lettres sur sa porte M "-DENTISTE, ce
qui pour le public veut dire Médecin-Dentiste
et pour ceux qui le savent Mécanicien-Den-
tiste.
Les apparenoes y sont, et cela leur suffit, Il
faut bien le dire, c'est avec répugnance que
nous nous abaissons dans cette question si
grave à parler de cette honteuse supercherie;
mais il est tant de dentistes qui l'emploient
qu'elle a fini par passer en coutume, et il n'est
pas trop tôt de la dévoiler aux yeux de l'au-
torité :
D'ailleurs, nous ne devons rien omettre qui
puisse donner g'ain de cause à notre demande,
et quelquefois le bien naît de la connaissance du
mal.
En résumé, ce que nous demandons, Monsieur
le Ministre, c'est une loi qui ne puisse pas avoir
d'effet rétroactif et qui permette aux dentistes
établis aujourd'hui d'exercer comme par le passé
leur profession, mais qui interdise l'entrée de
celte carrière ù tout nouvel aspirant qui n'âiW
rait pas fait les études médicales nécessaires
pour mettre le public à l'abri des dangers qui
le menacent avec la liberté actuelle, c'est-à-dire
qui n'aurait pas Je diplôme de docteur en raé-»
decine. .
C'est là le point capital de ce mémoire. .Mais
il en est un second presque aussi important,
qui est comme le corollaire du premier et que
nous ne pouvons passer sous silence. C'est la
création à la Faculté de médecine de Paris d'une
chaire spéciale des maladies de la bouche et de
l'art dentaire.
Déjà l'année dernière, au moment où il a été
fondé une chaire nouvelle pour chacune des
principales spécialités, nous avions adressé à
M. le doyen de cette Faculté utté lettre dans la-
quelle nous demandions la création de cette
chaire.
L'occasion"'- nous semblait favorable, ni ni s
nous n'avons pas insisté parce que nous reg'âr-
dions déjà comme un grand progrès là rëëoïU
naissance en principe des spécialités, et tôtlt
en regrettant tflïe les maladies de la boirëho
— 2Î —
aient été oubliées, nous avons espéré que plus
tard l'oubli serait réparé.
Aujourd'hui que le premier pas dans cette
voie a été accueilli avec acclamation par tous
les membres du corps médical, nous revenons
avec plus de confiance à la réalisation de nos
idées, et nous demandons de nouveau la créa-
tion de cette chaire.
N'est-il pas évident qu'une fois l'enseigne-
ment officiel établi, et chaque élève en méde-
cine pouvant puiser dans cet enseignement les
principes d'un art si utile et si intéressant, il
y en aurait un certain nombre qui, une fois
reçus docteurs, embrasseraient, si leurs apti-
tudes les y portaient, une spécialité qui peut
rendre tant de services à l'humanité ?
Ne serait-ce pas le moyen, tout en détruisant
les pernicieux effets de l'ignorance, d'ouvrir
aux médecins sérieux une carrière qui en même
temps qu'elle maintiendrait leur honorabilité,
leur permettrait d'y trouver un profit qu'ils
cherchent en vain dans leur pratique ordi-
naire.
Et alors on verrait rentrer dans le g'iron mé-
9a —
dical une profession qui en fait partie, quoi qu'on
dise, et qui n'aurait jamais dû en sortir.
C'est à votre haute appréciation, Monsieur
le Ministre, que nous soumettons notre requête,
bien convaincu que vous la jugerez digne de
votre attention.
Et les nombreuses et importantes réformes
que vous avez déjà introduites dans l'instruc-
tion publique, et particulièrement dans l'in-
struction médicale, nous font espérer que notre
voix ne sera pas impuissante, du moment qu'il
s'agit de faire un nouveau pas vers le progrès".
Daignez agréer,
Excellence,
l'expression du profond respect de votre tout
dévoué serviteur,
Dr ANDRIEU.
— Ti
Pourquoi l'on avait autrefois de meilleures
dents qu'aujourd'hui.
Nous entendons souvent dire aux personnes
qui amènent pour la première fois leurs enfants
à notre consultation : « Autrefois les dents étaient
meilleures qu'aujourd'hui; on allait moins chez,
le dentiste, et cependanton conservait mieux ses
dents ; pourquoi dit-on que l'art du dentiste a
fait des progrès si prodigieux, alofs que les ré-
sultats sent si peu satisfaisants ? »
Voilà une accusation grave formulée contre
notre profession ; mais, bien que les dentistes la
repoussent avec indignation, elle n'en est pas
moins légitime.
On a en g'énéral de moins bonnes dents au*
jourd'hui qu'autrefois !
A quoi cela tient-il? Jusqu'ici personne n'en a
donné, ni peut-être cherché la raison ; personne
par conséquent n'a avoué que cela était dû à la
pratique plus ou moins vicieuse dé la plupart
des dentistes modernes. C'est pourtant l'exacte
vérité, et nous allons le démontrer.
Il y a à peine quarante ans, un système, soi-
disant nouveau, a envahi la pratique des den-
tistes.
Ce système était extrêmement lucratif, et c'est
pour cela qu'il a été préconisé par tous les
moyens possibles de publicité. D'un autre côté
il semblait devoir éviter des souffrances aux
patients ; il promettait des merveilles, et de là
la vogue dont il jouit encore.
D'ailleurs, il venait de l'étranger; il était im-
porté d'Amérique, et il n'en fallait pas davan-
tage pour le faire accepter à Paris où les choses
les plus extravagantes, pourvu qu'elles soient
exotiques, ont le plus de succès. Ce système
consistait non pas dans l'aurifîcation des dents
(opération fort ancienne que l'on faisait même
avant la découverte d'Amérique) mais clans Y-ex-
ploitation de laurification.
Voilà ce qui était nouveau et ce que des den-
tistes français n'auraient jamais osé pratiquer,
si le succès trop lucratif des Américains ne les
y avait pas entraînés.
— 29 —
Heureusement le public, dont le bon sens ne
saurait s'égarer longtemps, commence à faire
justice de cette prétendue innovation, et il suf-
fira à nos lecteurs, nous l'espérons du moins,
des considérations qui vont suivre pour ôter
de leur esprit le reste de préjugé qui pourrait
les abuser encore.
Examinons attentivement la bouche des per-
sonnes âg'ées qui tiennent le langage que nous
avons rapporté plus haut, de celles qui préten-
dent n'avoir de bonnes dents que parce qu'elles
ne les ont pas fait soig'ner, nous trouverons
presque infailliblement :
1° Que leurs arcades dentaires, bien qu'elles
aient l'air d'être complètes, sont cependant pri-
Arées de une, deux et même trois ou quatre
dents;
2° Que les dents qui manquent sont presque
toujours les premières grosses molaires perma-
nentes ou quelquefois les dents de sag'esse;
3° Que les dents qui restent sont saines, so-
lides mais parfois très-mal rangées.
Interrogeons maintenant l'une d'elles sur les
— 80 -
soins qu'elle a pu prendre de ses dents. Elle
répondra invariablement :•« On ne m?a presque
jamais rien fait aux dents, je ne crois pas même
qu'on m'en ait arraché. »
Cependant faisons lui remarquer que sa den-
ture n'est pas au complet, et que certainement
à une époque plus ou moins éloig'née, on a dû
lui en extraire.
«Ah oui ! dira-t-elle en rassemblant ses sou-
venirs, à l'âge de huit ou dix ans on m'a con-
duite chez le dentiste parce que je souffrais, et
on m'a arraché deux ou trois dents ; mais je
croyais que c'étaient des dents de lait et qu'elles
avaient repoussé. »
Prise seule, cette observation n'aurait pas
une grande valeur, mais répétée et toujours
confirmée dans le même sens, elle a une im-
mense portée.
La nature, qui ne fait rien au hasard, a des
lois qu'il ne faut pas méconnaître, et contre
lesquelles le médecin, sous peine d'accidents
pernicieux, ne doit jamais agir.
C'est une de ces lois, méconnue par la plu-
part des dentistes modernes, que nous voulons
— 31 -
réhabiliter, parce que c'est d'elle que dépend
presque toujours la qualité de la dentition.
80 fois sur 100, les dents de cinq ans se carient
avant même la sortie de toutes les dents perma-
nentes (1) ; et cela s'observe aussi bien chez les
personnes qui semblent avoir de bonnes dents,
que chez Celles dont l'ensemble de la denture
est mauvais.
Les dents de cinq ans, attaquées par la carie,
continuent, malgTé tous les soins qu'on leur
donne, malgTé les pansements, malgré l'aurifi-
cation, à s'altérer jusqu'à ce qu'on en fasse l'ex-
traction. Les effets de cette carie sont d'autant
plus prompts et d'autant plus dangereux, que
les dents sont plus serrées les unes contre les
autres, et les mâchoires plus étroites.
(1) Les dents de cinq ans sont celles qu'on nomme
premières grosses molaires. Elles sont au nombre de qua-
tre : deux à chaque mâchoire, et font leur éruption pen-
dant que toutes les dents de lait sont encore dans la bou-
che. Placées à leur apparition derrière les, dents de lait,
elles sont plus tard en contact, en avant avec les secondes
petites molaires permanentes, et en arrière avec les se-
condes grosses molaires ou dents de douze ans, qui elles-
mômes précèdent les dents de sagesse.
— 32 —
Pourquoi les dents de cinq ans s'altèrent-
elles si vite et sans ressource? C'est ce que
nous expliquerons plus loin; contentons-nous,
pour le moment, de dire que c'est un fait ap-
puyé sur les observations suivantes :
1° Que, si les dents de cinq ans restent dans
la bouche, soit parce qu'elles sont de bonne qua-
lité (ce qui, d'ailleurs, est extrêmement rare),
soit parce qu'on ne les extrait pas, quoiqu'elles
soient altérées, alors les dents de sag'esse n'ont
plus de place pour faire leur éruption, sont al-
térées même aArant leur sortie, et se détruisent
promptement;
2° Que si au conlraii'e les dents de cinq ans
sont extraites à temps, les dents de sag'esse pous-
sent à leur aise, et restent de bonne qualité;
3" Qu'en résumé, bien que les dents de sa-
gesse ne prennent pas exactement la place des
dents de cinq ans (1) extraites, il y a cependant
(1) Si la dent de sagesse venait prendre la place même
de la dent de cinq ans, il n'y aurait aucun doute sur le
fait du remplacement.
Mais la dent de douze ans, située entre ces deux dents,
semble tout d'abord être un obstacle invincible.
Elle n'en empêche cependant pas la possibilité. On sait
— OO
relation entre ces deux espèces de dents, et
les premières peuvent être regardées comme
les dents de remplacement des secondes ;
•4° Qu'en un mot, les dents de cinq ans ne
sont ni des dents de lait, ni des dents perma-
nentes proprement dites, mais des dents de
transition entre la première et la seconde den-
tition.
Ceci posé, voyons comment les dentistes agis-
saient autrefois dans leur pratique.
Un enfant âgé de 8 à 14 ans se plaignait du
mal de dents : ses parents le conduisaient chez
le dentiste qui, sans autre forme de procès, ar-
en effet, et nous dirons plus loin que, grâce au travail qui
s'accomplit dans les mâchoires des enfants, jusqu'à l'évo-
lution complète de leur seconde dentition; leurs dents
peuvent être dirigées sans efforts et au moyen d'appareils
convenables, de tel ou tel côté. Eh bien ! la dent de sa-
gesse, qui, au moment de son éruption, se trouve compri-
mée entre la dent de douze ans et la partie postérieure de
l'os maxillaire, agit, à mesure qu'elle sort, à la manière
d'un coin, et repousse en avant la dent de douze ans.
Celle-ci, à son tour, vient combler les trois quarts du
vide laissé par l'extraction de la dent de cinq ans, et c'est
ainsi que se fait le remplacement.
3
- 34 —
radiait les dents malades, et l'enfant ne souf-
frait plus,
Le procédé était bien un peu barbare, et fai-
sait la plupart du temps maudire le dentiste par
les enfants qu'on avaient opérés de force; mais
le but que l'on se proposait était atteint; «Oter
la brebis g'aleuse, afin que le reste du troupeau
demeure sain. »
Ces jtremières dents malades, comme nous
venons de le dire, étaient toujours les dents de
cinq ans; leur extraction laissait momentané-,
ment un vide ; mais les dents voisines se desser-
raient, et par suite n'étaient pas exposées à la
carie par compression; enfin, comme on se ser-
vait peu d'appareils à redressement, elles se
rangeaient plus ou moins mal, mais en général
mieux que si l'on avait laissé dans la bouche
les dents cariées ; en somme, elles restaient
bonnes, quoique parfois mal rangées.
Aujourd'hui, au contraire, un enfant souffre
des dents, ses parents le conduisent chez le den-
tiste. Mais'celui-ci ne veut plus entendre par-
ler d'extraction» «Arracher une dent ! s'écrie-
— 38 — '
t-il, c'était bon autrefois ! aujourd'hui la science
a fait trop de progrès pour que l'on ait encore re^
cours à un procédé aussi cruel !.. Nous guérissons
toutes les dents et nous les garantissons vingt
ans !...—Mais, docteur, diront peut-être timide-
ment les parents qui n'ont pas encore une foi
bien profonde dans ce progrès exagéré, les
dents de devant sont bien serrées les unes contre
les autres ; jamais elles ne pourront se ranger
convenablement; il vaudrait peut-être mieux
faire un peu de place : les mâchoires sont si
étroites !...— Delà place! reprend l'opérateur, la
nature nous en fera toujours assez!,.. Nous
donne-t-elle des dents pour qu'on les ôte dès
leur apparition? Coupe-t-on un bras ou une
jambe, parce qu'ils sont malades? D'ailleurs, si
les mâchoires ne s'élargissent pas d'elles-¬
mêmes, nous les aiderons..., nous avons des
appareils pour arriver à ce résultat, d'une puis-
sance et d'une douceur incomparables... Ayez
confiance en moij je réponds de tout.... Il est
bien inutile de faire souffrir vos pauvres en-
fants!..!*»
Et les parents» vaincus par l'assurance de cet
- 36 —.
homme de l'art qui doit s'y connaître et qui met
leur conscience en repos, vaincus par les prières
de leurs enfants qui ont peur de l'extraction et
qui se rangent de tout coeur à l'avis du den-
tiste, laissent faire celui-ci à sa guise.
Mais que de regrets'ils se préparent pour l'a-
venir! que de reproches surtout ils auront à en-
courir de la part de ces mêmes enfants qui ne
craindront pas (ce que nous voyons tous les
jours) d'attribuer leurs mauvaises dents, non à
leur pusillanimité, non à l'impéritie du dentiste,
mais à la trop grande faiblesse de caractère de
leurs parents.
Les dents de cinq ans, quoique aurifiées, con-
tinuent à s'altérer sous l'or. Bientôt leur cou-
ronne rongée par la carie tombe en morceaux,
et il ne reste plus que des racines douloureuses
et difficiles à extraire. Cependant il faudra en
délivrer la bouche, car elles finiraient par ren-
dre Thaleine fétide.
Mais l'extraction pratiquée trop tard ne pourra
plus préserver les dents voisines de la carie qui
les a déjà envahies, par suite du contact avec la
dent malade; et alors ce ne sera plus deux,trois
— 37 —
ou quatre dents de cinq ans qui seront alté-
rées, perdues pour la denture, ce sera toutes
les dents voisines et peut-être tout le râtelier si
par malheur les dents qui le composent sont
trop serrées.,
De là ces dentures détruites avant l'âge, ces
fausses dents placées prématurément, avec leur
cortège d'ennuis et quelquefois de douleurs.
Il faut bien le dire et mettre à nu cette plaie
de notre profession. Presque tous ces dentistes
qui n'ont pu être prophètes dans leur pays, vien-
nent en France pour satisfaire avant tout leurs
propres intérêts. La bouche du client est une
mine qu'ils savent exploiter, et tant pis pour
ceux qui se laissent prendre aux séductions de
leiir charlatanisme !
Une dent extraite est une dent perdue pour
le dentiste, et avec la dent perdue s'échappe
ramification, non-seulement de cette dent,
mais celle des dents voisines, qui se trouvent
préservées par le seul fait de l'extraction !- .
Avec la dent perdue, s'évanouit l'espérance
de la pose d'appareils redresseurs, qui, trop
- 3S -
longtemps maintenus en place, détériorent les
dents sur lesquelles ils s'appuient et amènent
rapidement la pose de fausses dents!...
Avec la dent perdue enfin, se tarit la source
inépuisable de toutes les opérations plus ou
moins pernicieuses pour le client, mais à coup
sûr lucratives pour celui qui a l'audace de les
exploiter !
Qu'on ne nous accuse pas cependant de re-
pousser systématiquement l'aurification, pas
plus que d'être partisan de l'extraction quand
même. L'aurification et l'extraction sont deux
opérations qui ont chacune leur valeur, nous le
reconnaissons; seulement nous voulons qu'on
les pratique avec discernement; nous voulons
qu'un bon diagnostic détermine les cas où l'une
est préférable à l'autre; nous voulons, en un
mot, que le dentiste soit médecin consciencieux
et cherche avant tout i'intérêt de son client.
De tous côtés l'on dit : n'arrachez pas, gué-
rissez ! Voilà certes un beau problème à résou-
dre; mais il est souvent insoluble.
Sans parler de la périostite alvéolo-dentaire
-.39 —
chronique, qui entraîne forcément la chute des
dents, ne nous occupons pour l'instant que de
la carie.
Il est évident que, dans une bouche où le tra-
vail de la dentition est parfaitement achevé, chez
les personnes âgées par exemple, il est évidénty
disons-nous, que nous devons chercher à con-
server toutes les dents, alors même qu'elles sont
altérées. Dans ce cas, en effet, la carie est sou-

vent locale et a peu de tendance à se propager,
et un traitement approprié peut amener la g'ué-
rison de la dent;
D'ailleurs, l'extraction serait plus nuisible
qu'utile, et, si on la pratique, les dents voisines
implantées dans des alvéoles tout à fait ossifiées
ne se desserrent plus, ou bien si elles se desser-
rent un peu, lé reste de la denture ne participe
pas à ce mouvement, et l'espace vicie produit
par l'extraction ne se comble plus.
Les dents de la mâchoire opposée situées juste
en face de ce vide s'allongent ou du moins Sor-
tent de leurs alvéolés : l'harmonie de là denture
se détruit et plus tard toutes lés dents chancel-
lent et tombent. •
- 40 —
Mais chez les enfants il n'en est pas ainsi. Les
dents n'ont pas encore atteint toute leur dureté ;
leur tissu est moins dense, leur émail plus ten-
dre et plus altérable ; la carie par contact les
gagne très-facilement et il convient de les isoler
du voisinage des dents cariées.
L'extration sera donc préférable chez les en-
fants, à moins qu'il ne s'agisse des dents anté-
rieures qu'il faut s'efforcer de conserver à tout
prix.
Mais, nous le répétons, le problème est simpli-
fié par ce fait que ce sont presque toujours les
dents de cinq ans qui se carient les premières
et que leur extraction est le plus souvent avan-
tageuse. D'ailleurs, l'extraction que l'on redoute
tant n'est pas très-douleureuse chez les enfants.
Les alvéoles ne sont que peu ossifiées, les
adhéiénces sont faibles, et par conséquent, le
dentiste n'a pas besoin de faire de grands ef-
forts pour les extraire.
Il y a plus, et en admettant même qu'elle soit
douloureuse, on peut la faire supporter très-fa-
cilement en engourdissant les dents par l'anes-
thésie locale.
- 4'i —
Nous décrirons plus loin le petit appareil
dont nous nous servons pour arriver à ce résul-
tat et nous insisterons sur son emploi pour ren-
dre les enfants moins pusillanimes.
Leur appréhension est souvent pire que le
mal. Ils ont entendu leurs parents faire le récit
d'opérations difficiles et douloureuses, et leur
sensibilité est tenue en éveil, avant même qu'il
soit question de les opérer.
Quelquefois même ils poussent des cris ef-
froyables avant l'application de l'instrument.
Il n'y a donc aucune bonne raison pour éviter
cette extraction chez les enfants et en somme il
vaut mieux n'avoir que vingt-huit ou trente
bonnes dents dans la bouche que trente-deux
dont dix ou douze altérées. C'était le raisonne-
ment des anciens dentistes, et dans ce cas ils
avaient la logique pour eux. Malheureusement
ils appliquaient ce système de l'extraction à tous
les cas comme certains dentistes modernes ap-
pliquent celui de la non-extraction quand même.
La saine voie est évidemment entre ces deux
exagérations, et c'est d'elle que dans notre pra-
tique nous cherchons à ne jamais nous écarter.
— 42 -
C'est d'ailleurs en la suivant que nous avons
prévenu bien des irrégularités, bien des mala-
dies dans la denture des enfants confiés à nos
soins, et que nous avons obtenu des suocès là
où les pratiques de l'art dentaire telles qu'on les
applique le plus souvent paraissaient tout d'a-
bord devoir être sinon nuisibles au moins par-
faitement inutiles.
SECONDE DENTITION.
Notions anatomiques indispensables.
Il est rare que les parents qui conduisent
leurs enfants chez le dentiste aient une notion
même vague des termes scientifiques et des
principes élémentaires d'anatomie des dents
que celui-ci est souvent obligé d'énoncer. Et
cependant il est impossible de se rendre bien
compte des opérations qui se pratiquent dans
notre art si l'on ne sait ce que c'est que la bou-
che, ce que c'est qu'une dent, de quoi elle se
composé, etc.
Il nous a donc paru nécessaire de donner d'a-
bord une idée de l'anatomie de ces parties, et
nous engageons nos lecteurs à prêter une grande
attention à l'exposé que nous allons en faire.
LA BOUCHE est la partie la plus élevée du tube
digestif et du conduit aéiûén. Elle est destinée à
loger l'organe du goût, à recevoir les aliments
et à leur faire subir un commencement d'élabo-
ration par la mastication et l'insalivation ; enfin
elle sert à l'articulation et à la transmission des
sons.
Lqs parties qui la composent sont : les "lèvres,
les joues, la voûte et le voile du palais, le plan-
cher de la bouche et la langue, l'appareil sali-
vaire, les mâchoires, les gencives et les dents.
Nous ne parlerons ici que de ces trois der-
nières parties qui aont plus intimement liées à
notre sujet.
LES MÂCHOIRES sont au nombre de deux : la
mâchoire supérieure et la mâchoire inférieure.
La mâchoire supérieure se compose en réalité
de presque tous les os du squelette de la face,
mais, considérée sous le rapport de la dentition,
elle ne comprend qu'un seul os formé de deux
portions symétriques, l'os maxillaire supérieur.
La mâchoire inférieure n'a qu'un seul os pour
charpente, c'est l'os maxillaire inférieur.
Ce sont ces os qui, au moyen des alvéoles,
servent de réceptacle aux dents. ,
■Les alvéoles forment une rangée de cellules
concordant en nombre et en dimensions avec
les dents.
Chaque dent se compose d'une couronne,
d'une racine qui peut être double, triple, qua-
druple,- et même quintuple et d'un collet.
La couronne est la partie située hors de la
gencive, elle est recouverte par l'émail.
La racine est tout à fait cachée sous la g'en-
cive, c'est elle qui est implantée dans l'alvéole
à laquelle elle adhère au moyen d'une mem-
brane très-vasculaire appelée périoste alvéolo-
dentaire.
Le collet est le point de jonction de la cou-
ronne avec la racine; c'est sur la partie rétrécie
qu'il forme que vient se terminer la gencive.
Intrinsèquement chaque dent est formée par
la pulpe, substance riche en nerfs et en vaisseaux
sanguins contenus dans une cavité qui se trouve
au centre de la dent et qui s'ouvre au sommet
de chaque racine ; Y ivoire qui sert pour ainsi
dire de charpente à la dent et qui entoure la
cavité de la pulpe ; Y émail qui à la couronne re-
couvre l'ivoire; le cément qui remplace l'émail
à la racine.
- 46 —
Les gencives font partie de la membrane mu-
queuse de la bouche, membrane qui pour les
former s'épaissit et devient beaucoup plus dense.
Elles enchâssent les dents et tapissent les ar-
cades alvéolaires.
L'éruption ou sortie des dents constitue la den-
tition. Elle se fait par deux séries bien distinctes :
l'une qui commence six ou sept mois après la
naissance pour se terminer à deux ans et demi :
c'est la première dentition; l'autre qui com-
mence vers sept ans et se termine à vingt-cinq
ans : c'est la seconde dentition.
La première dentition comprend vingt dents :
huit incisives (quatre à chaque mâchoire),
quatre canines (deux à chaque mâchoire), huit
molaires (quatre à chaque mâchoire). Ces vingt
dents s'appellent vulgairement dents de lait.
On les nomme aussi dents temporaires.
La seconde dentition comprend trente^deux
dents i huit incisives (quatre à chaque mâ-
choire), quatre canines (deux à chaque mâ-
choire), huit petites molaires (quatre à chaque
mâchoire), douze grosses molaires (six à chaque
mâchoire). Ces trente-deiix dents, appelées
- 47 —
aussi dents permanentes, par opposition aux dents
temporaires, ont des noms particuliers qu'il
est bon d'indiquer, parce que les gens du
monde les connaissent plutôt sous ces noms
que sous leurs noms scientifiques.
Ainsi, en séparant l'arcade dentaire en deux
parties symétriques et partant de la ligne mé-
diane, on trouve d'avant en arrière :
1° Une grande incisive, incisive médiane,
grande palette ;
2° Une petite incisive, incisive latérale, petite
palette ;
3° Une canine, cuspidée, oeillaire, dent de
l'oeil;
4° Une l''e petite molaire, lre bi-cuspidée;
5° Une 2è petite molaire, 2febi-cuspidée;
G" Une lre grosse molaire, 1er marteau, dent
de cinq ans ;
7° Une 2e grosse molaire, 2ê marteau, dent
de douze ans ;
.8° Une 3e grosse molaire, dent de sagesse*
— 48 -
Caractères qui distinguent les dents de la
seconde dentition
de'celles de la première.
Lorsque l'on examine la bouche d'un enfant
en travail de seconde dentition, la première
chose est sans contredit de savoir reconnaître
à quelle espèce de dents l'on a affaire, aux dents
de lait ou aux dents permanentes.
Nous avons malheureusement vu des méde-
cins distingués, aussi bien que des dentistes
dénués de toute notion anatomique, se tromper
sur ce diagnostic et enlever comme dents de
lait des dents de seconde dentition.
Nous ne saurions donc trop insister sur l'im-
portance de ce diagnostic, toujours facile ce-
pendant lorsque l'on a présents à la mémoire
ces trois points de repère :
1° L'aspect des dents,
2° L'époque de leur évolution,
3° La place qu'elles occupent dans là bouche.
ASPECT DKS DENTS. —En général, les dents de
la seconde dentition sont d'une couleur moins^
— 49 —
blanche, moins laiteuse pour ainsi dire que celles
de la première dentition; leur émail est plus épais,
leur forme plus accentuée, leurs angles plus
aigus, leur couronne plus large, plus élevée et
plus épaisse.
Les incisives sont plus hautes et plus larges ;
leurs angles sont plus saillants et leur crête
semble au moment de l'émission divisée en
trois lobules qui rappellent leur mode de for-
mation.
Les canines sont plus grandes, plus fortes, leur
couronne est plus conique.
Les petites molaires ont deux lobes et n'existent
pas dans la première dentition, où elles sont
remplacées par les molaires de lait, si facilement
reconnaissables à leur couronne presque plate,
et ordinairement surmontée de cinq petits lobes.
Les grosses molaires, ainsi que les dents de
sagesse, ont la couronne presque cubique et
surmontée de quatre lobes à peu près égaux.
ÉPOQUE DE LEUR ÉVOLUTION. Bien que l'époque
de l'éruption des dents de seconde dentition soit
variable, nous allons cependant l'indiquer d'une
manière générale.

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