Considérations critiques sur la nouvelle ère , sous la forme d'un discours supposé tenu à la tribune du Conseil des Cinq-cens ; suivies de l'extrait d'un mémoire de l'astronome Delambre, sur les moyens de trouver les années sextiles du nouveau calendrier. Par J.-B. Viénot-Vaublanc

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Mestayer (Paris). 1801. Calendrier républicain. France -- 1789-1799 (Révolution). 50 p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1801
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CONSIDÉRATIONS
CRITIQUES
SUR lA NOUVELLE ÈRE,
Sous la forme d'un Discours supposé
tenu à la Tribune du Conseil des Cinq-
Cens suivies de l'extrait d'un Mé-
moire de l'astronome vELAMBRE, sur
les moyens de trouver les années Sextiles
A PAR 1 S,
Chez MESTAYER Libraire, rue deGrammontj
près le Boulevard Italien N°. 12.
AN IX– 18OI.
A 3
AVERTISSEMENT.
C E T ouvrage avait été destiné à l'im-
pression en l'an 7. Il avait été adressé à
l'un des premiers imprimeurs de la Capi-
tale, qui, sur le vu des premières pages
l'avait accepté, et qui, en conséquence,
l'avait envoyé au directeur de son impri-
merie. Mais celui-ci, ayant lu l'ouvrage
en entier, crut y appercevoir de tels symp-
tômes de contre-révolution, qu'il repré-
senta au propriétaire de l'imprimerie, qu'il
ne pouvait, sans se compromettre, laisser
sortir un tel ouvrage de ses presses. Le
manuscrit fut donc renvoyé à l'auteur
qui, honteux pour son pays,. que la criti-
que décente et réservée d'une institution
ridicule et désastreuse, pût être taxée de
contre-révolutionnaire, par des hommes
qui ne sont pas des imbéciles, jugea qu'un
ordre de choses, où l'opinion publique
était aussi viciée, devait être abandonné
à l'empire des circonstances sans qu'on
s'embarrassât de chercher à déterminer
ces circonstances par des principes de sa-
gesse et de raison.
Cependant les observations publiques
de l'astronome Lalande sur les années sex-
tiles, et le renvoi qui en avait été ordonné
à un comité, avaient fait présumer à l'au-
teur, que le moment était arrivé où l'on
pouvait oser être utile; mais il se trompa
encore et quoique, dans l'intervalle, la
journée du 18 brumaire fût venue rendre
à chacun l'espérance d'une liberté plus
véritable que celle qui avait été prônée
jusqu'alors, une funeste impression de
l'esclavage passé retint encore la presse
dans cette réserve timide, où elle s'était
circonscrite par la crainte d'outre-passer
les bornes arbitraires imposées à son essor.
Le gouvernement a enfin dissipé lui-
même ces vaines terreurs, par son acte
du 6 thermidor an 8, relatif à l'observance
de la décade. Ainsi ces idées qui parurent
si contre-révolutionnaires à des esprits bien
peu philosophiques, il les a trouvées assez
justes pour en faire les siennes propres et
A4
pour en autoriser la manifestation pleine
et entière de la part de tous les individus.
Hommage lui soit rendu pour cet acte de
justice et de sagesse, après lequel on sou-
pirait depuis si long-tems C'était à faire
connaître la convenance d'un tel acte que
cet ouvrage était destiné et aujourd'hui
que cet objet est rempli, cet écrit devien-
drait inutile s'il n'avait eu pour but que
cet unique objet. Mais ce point là, tout
important qu'il est n'était que Tune des
conséquences de ce travail. Puisse-t-il en
éclairant sur les défauts du Calendrier
nouveau démontrer la nécessité d'en re-
venir aux erremens anciens, et prouver
ainsi que dans la recherche de la vérité
comme dans celle de la fortune, ce n'est
pas toujours aux spéculations élevées et
aux excursions lointaines, qu'il faut avoir
recours pour les atteindre l'une et l'autre
mais que le plus souvent il suffit de laisser
tomber ses regards autour de soi pour les
rencontrer toutes deux.
Les évènemens du brumaire, et ceux
qui l'ont suivi n'ont pas peu contribué à
donner de l'inconvenance à plusieurs par-
ties de ce ciiscours, mais, comme ce défaut
ne tombe pas sur le fond même de l'ou-
vrage, et qu'il n'en affecte que la forme,
l'auteur n'a pas cru nécessaire d'y faire des
changcmens à raison de ces circonstances.
Le lecteur voudra bien ne voir dans le
Conseil des Cinq-cens, auquel il était
adressé que l'autorité qui ayant alors
l'initiative des loix avait aussi l'heureuse
faculté de provoquer les réformes utiles.
Avec cette observation, l'ouvrage devient
applicable au tems présent, comme il
l'était à celui qui a précédé le 18 bru-
maire.
PRÉFACE.
o attaque une institution que
je crois extrêmement vicieuse. Je le
fais avec toute la force de raison
dont je suis capable. Mais c'est la
seule arme dont je me soins servi.
Nulle personnalité ne souille cet ou-
vrage. Si je me suis permis de scruter
les intentions des morts ces in-
tentions sont du domaine de l'his-
toire, et je ne les leur ai attri-
buées que sur des apparences, dont
il y aurait peut être plus que du
pyrrhonisme à se défier. Au reste,
si j'ai fait injure à. leur mémoire, en
leur supposant des motifs qu'ils
n'ont point eus je ne demande pas
mieux que de m'être trompé, et que
de pouvoir en convenir.
Si en m'adressant aux législateurs,
C ro)
on ne retrouve point ici le langage
de ces valets qui prônent servile-
ment tout ce qui émane du pouvoir,
on n'y rencontrera pas non plus ce
cri de soulèvement qui accuse de
tyrannie, tout ce qui n'est pas d'ac-
cord avec des opinions adoptées. En
exposant ce que je crois la vérité,
j'ai voulu que son flambeau fût une
lumière qui éclairât, et Ben point
une torche qui pût incendier. J'ai
tâché de concilier ce que l'honnête
homme doit à la dignité de la na-
ture dont il est revêtu et la per-
suasion intime de la cause qu'il dé-
fend, avec les égards raisonnables
qu'il faut avoir pour les mortels
puissans qui balancent la destinée
des peuples. En offrant leurs yeux
ce que je crois nécessaire au bon-
heur de celui sur lequel ils sont éle-
(II)
vés en les supposant dignes d'en-
tendre des vérités qui blessent peut-
etre leurs préjuges, en les croyant
capables de prendre des résolutions
conformes à ces vérités, en osant
enfin l'espérer j'ai plus fait pour
les environner de respect et pour
les relever aux yeux du public,
que ne le pourront jamais toutes
les plattes adulations de leurs flat'
teurs.
Malgré ces précautions sévères
je ne serais point étonné cependant,
qu'un municipal de village ne trou-
vât cet opuscule hardi mais comme
une telle inculpation ne saurait pro-
venir que d'ineptie ou d'ignorance,
je ne la redoute point auprès des
juges éclairés placés sur un plus
grand théâtre. Je ne la crains qu'au
tribunal de la prévention et de la
(12)
méchanceté. Si pourtant jugé par
elles, cet écrit pouvoit devenir le
sujet d'une inculpation dés-lors il
seroit prouvé, que la liberté de la
presse n'est qu'un piège tendu à l'é-
crivain même le plus réservé, et
que la censure est une nécessité.
CONSIDÉRATIONS
CRITIQUES
SUR LA NOUVELLE ÈRE.
LÉGISLATEURS,
PARMI les projets réformateurs qui ont
signalé cette révolution, il en est un qui
frappe entre tous les autres, par sa hardiesse,
par son étendue, par son utilité. C'est le
projet de donner à tous les peuples, de nou-
velles mesures, au moyen desquelles ils pus-
sent désormais, dans leurs transactions scien-
tifiques et commerciales, s'entendre sans in-
terprêtes. Le génie heureux qui conçut un
tel projet et les savans distingués qui ont
concouru à l'exécuter, ont étendu la puis-,
sance législatrice au-delà des bornes de la
France. Ils ont donné des loix au reste du
(i4)
monde lôix qui finiront par en être favora-
blement accueillies, et parce qu'universelle-
ment utiles, elles sont un bienfait envers la
société et parce que l'unité de mesure,
choisie dans la nature qui appartient à tous
les peuples, ne blesse, dans son adoption,
l'amour propre d'aucun.
Si malgré les nombreux avantages que
doivent en retirer également le savant et
l'ignorant, cette institution languit encore
parmi nous c'est que l'on a fait de son
adoption une affaire de parti. C'est que tan-
dis qu'il suffisait d'abandonner la découverte
à son utilité et même au simple attrait de
la nouveauté pour que le succès le plus
brillant vint couronner cette heureuse ten-
tative, on a cru devoir suivre une autre
rouie; c'est qu'on a commadé quand il ne
faillait qu'inviter c'est que prenant conseil
de la passion et précipitant un usage, dont
il fallait laisser venir l'habitude on a voulu
des mesures provisoires. C'est que tandis que
l'on s'occupe encore des derniers renseigne-
mens qui doivent déterminer une unité dé-
sormais invariable, le mètre est cependant
provisoirement fixé. Et déjà quelques sa-
vans ont soupçonné ou entrevu, une cer-
taine différence entre le mètre véritable et
(iS)
mètre établi ( i). Cette différence est légère
à la vérité, elle sera peu sensible dans le
commerce ou rien ne se mesure avec la
rigueur mathématique. Mais enfin, puisque;
c'est en partie pour la plus grande facilité
du comrrierce que le projet avait été conçu,
d'établir de nouvelles mesures prises dans
la nature, et déterminées par des opérations
exactes et rigoureuses pourquoi n'avoir pas
attendu l'époque où l'on pourra se flatter de
n'avoir rien à y ajouter ?
Au milieu du concert de louanges que
mérite cette utile innovation peut-être un
juste sentiment de regret doit-il se faire
entendre aux savans recommandables qui
ont effectué ce beau travail. Il porte sur
les changemens qu'ont éprouvé certaines
divisions généralement adoptées parmi le
monde savant. Je veux parler de la division
du quart du cercle en cent degrés, et de
( I ) Voyez le compte rendu au Corps législatif,
par l'Institut, le Ier. complémentaire an 4, page 5;
et la préface des tables de logarithmes de Callct
édition stéréotype, page 100 (a).
( a ) Ce n'est qu'a la titi de l'un 7, et depuis la compo-
sition de cet ouvrage, que le mètre définitif a tté déter-
iiiiné. Sa longueur est de 3 pi. opo- 11 ''S-, Le mètre
provisoire ou légal est de pi. o po. ul'g-, 4(a.
( i6 )
C'est
celle du jour en dix heures. Je doute que
l'av aninge de l'uniformité du système déci-
mal dans nos mesures, qui en a été la cause,
puisse balancer l'inconvénient de rendre
inutiles une foule d'excellentes tables cal-
culées et d'instrumens rares chers et pré-
cieux divisés suivant le mode sexagésimal;
l'inconvénient d'être obligé de préparer par
cios calculs, les observations astronomiques
i ail es autrefois lorsqu'on sera obligé de les
comparer avec celles qui seront faites sui-
vant la nouvelle division l'inconvénient plus
grave enfin de changer un mode universel-
lement établi ( i ).
( I ) Rien n'eut élé changer dans les tables non
plus que dans les instrumens, si l'on eût fait choix
pour unité de mesure, du pendule à secondes sous
l'équateur. Le mètre eut été de 0 pu- ̃–
et comme le mètre établi est de 3 P'- Or°' II lis- g-,
on voit que les mesures de ce système auraient été
ù -peu-près les mêmes que celles qui ont été adoptées.
Au reste comme la longueur du pendule est liée
probablement à la figure de la terre, et lient par
conséquent la mesure des degrés terrestres il eut
encore été convenable pour l'arrêter définitivement
le terme de la grande opération de la me-
sure des degrés de la France. Il y a plus que de
la précipitation prétendre la fixer auparavant, si l'on
B
C'est en effet '1' universalité de convenance
à tous les tems et à tous les lieux, qui fait
le principal mérite de ces sortes d'institu-
tions. C'est leur généralité qui constitue leur
utilité majeure, celle qui doit déterminer
pour leur adoption. Ce caractère est une
pierre de touche à laquelle il faut les sou-
mettre pour juger de leur valeur, et c'est
par cette épreuve que nous pourrons esti-
mer celle du nouveau Calendrier; de cette
institution que l'on a prétendu accoler à la
première comme en étant un accessoire
convenable mais qui ne forme aveè elle
qu'un accouplement monstrueux. Comme
le besoin réel de la société ne lui a pas
donné naissance nous n'y rencontrerons que
le désordre du caprice, et nous reconnaî-
trons bientôt, qu'autant l'opération sur la-
quelle je viens de m'arrêter, est digne de
notre admiration, antant s'en faut-il que la
seconde puisse y prétendre.
Quel est l'objet d'un Calendrier? Son but
considère le peu de confiance que peuvent offrir les
degrés mesurés jusqu'à ce jour lesquels par leurs
différences prodigieuses et non suivies atlestent ou
un définit d'eHiptifcité dans la figure de la terre ou
quelflues' erreurs dans lis opérations des géomètres.
( i8)
est de servir de mesure à la durée, et de
fixer dans cette durée les époques intéres-
santes des fasies du genre humain. Plus il
est répandu, plus il est facile de l'appro-
prier à cet objet. C'est un de ses mérites
particuliers. Rien de si fatigant que d'être
fôr cé d'avoir recours à des calculs, pour
comprendre un écrivain et il n'est pas be-
soin de preuves, pour sentir qu'une ère gé-
néralement adoptée sauve bien des dégoûts
et des difficultés à l'historien et au lecteur.
Or, on ne saurait se dissimuler qu'une ère
qui est celle de l'Europe, celle des deux
Amériques, et de presque tous les élablis-
semens importans de commerce de l'Afri-
que et de l'Asie, n'ait sur toute autre un,
avantage qu'il soit difficile de balancer, sur-
tout lorsqu'à la consistance qu'elle tire de
l'habitude des peuples se joignent des idées
morales et religieuses qui en assurent et en
maintiennent l'existence. Ce n'est pas le nou-
veau Calendrier qui, sous ce rapport, peut
soutenir la concurrence. L'uuiversalité né-
cessaire à ces grandes institutions lui man-
que par le fait, et cela suffit pour le faire
rejeter. Le 19 nivose de l'an 6 de la Répu-
blique, et le 20 redjeb de l'an 1212 de l'hé-
gire, nç sont guères plus connue l'un que
(
B 2
l'autre en Europ e tandis que pour se faire
une idée nette du 8 janvier et de l'in-
lervalle de cetle époque à celle où nous
vivons, la presque totalité du monde po-
licé n'a besoin ni de réflexion ni de
calcul.
Mais, dira-t-on l'institution est nouvelle,
elle ne saurait-être universelle dans son com-
mencement. Elle ne peut le devenir que lors-
qu'elle sera plus connue. Voyons si elle peut
espérer d'obtenir un jour le glorieux suffrage
de cette générale adoption. Nous observions
tout-à-1'heure que le préjugé national, mé-
nagé dans le choix de la mesure universelle,
était le garant du succès du premier projet.
Or, sous ce point de vue, le nouveau Ca-
lendrier est encore en défaut. Ce n'est point
une mesure prise dans la nature que vous
offrez aux autres peuples c'est une mesure
française, et il suffit de cette circonstance
pour la leur faire rejeter. Et si vousendoutez,
consultez l'expérience, consultez l'histoire
dans une conjoncture absolument sembla-
ble. Par préjuge de secte ce n'est que plus
de cent cinquante ans auprès la réforme du
Calendrier par Crégoire XTIl que l'Angle.
terre et que la Suède l'ont enfin adopté; et
dominée encore par le même préjugé la
( 20 )
Russie persiste toujours à retenir l'ancien,.
Or, croyez-vous qu'une ère qui date de
l'établissement de la République, d'une épo-
que de laquelle la plupart des nations de
l'Europe comptent, ou leur abaissement
ou leur destruction, puisse leur être infi-
niment agréable ? Vous vous abuseriez, si
vous vous flattiez de la leur faire adopter;
vo^s vous abuseriez même quand ils n'au-
rüient pas ces motifs d'éloignement. Eh
qu'est-ce que l'an etc. peut avoir
de commun avec leurs fastes
( I ) On conçoit que la longueur du mètre, et mieux
encore que celle 'du pendule à l'équateur, lequel est
commun aux deux hémisphères, puisse par le con-
sentement des peuples et par la coopération de leurs
savans, devenir l'unité commune de mesure dans ces
deux hémisphères, et servir ainsi de moyen de cor-
respondance entre tous les pays. Mais à quel titre po-
litique ou moral verrait-on du nord au sud et de
l'est à l'ouest, les années 7,8,9 etc. et leurs mois
de nivose pluviose ventose etc. faire partie d'une
Ere digne par sa perfection de prétendre à une telle
universalité, et celle Ere devenir ainsi l'échelle chro-
nologique commune, à laquelle tous les peuples désor-
mais pussent raisonnablement rapporter la supputation
de leurs fastes. La main sur la conscicnce esl-ce bien
là une de ces institutions dont on puisse dire à lous
les lems à tous les peuples ?

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